‹ Geographie De StrabonChapitre 103 sur 181 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

et ribérie elle-même nous montre aujourd'hui une ville du nom d'Odyssea, un temple de Minerve et mille autres traces des erreurs du héros et de ceux qui, comme lui, survécurent à la guerre de Troie, à cette guerre aussi funeste, on peut dire, aux vainqueurs qu'aux vaincus, les premiers n'ayant remporté qu'une victoire cadméenne. Cette victoire, on le sait, avait coûté à chacun des chefs grecs la ruine de sa maison et ne lui avait rapporté en échange qu'une bien faible part des dépouilles de l'ennemi , de sorte qu'à l'imitation des chefs Troyens qui avaient échappé à la mon et à l'esclavage ils s'étaient tournés vers la piraterie, faisant par honte ce que ceux-ci avaient fait par dénument, car chacun s'était dit

« Qu'il est hutailiant de rester si longtemps

loin des siens, humiliant surtout

c De rei^enir auprès d'eux les mains vides. »

Et c'est ainsi qu'à côté des erreurs d'Énée , d'Ânténor et des Hénètes, l'histoire a enregistré celles de Diomède, de Ménélas, de Ménesthée * et de maint autre héros grec. Or, instruit par la voix de l'histoire de toutes ces expéditions guerrières aux côtes méridionales de l'Ibérie, instruit aussi de la richesse de cette contrée et des biens de toute sorte qu'elle possède et que les Phéniciens avaient fait connaître, Homère a eu l'idée d'y placer la demeure des Ames pieuses et ce champ Élyséen , où , suivant la prédiction de Prêtée, Ménélas devait habiter un jour :

ff Quant à vous, Ménélas, les immortels vous conduiront vers le champ Ëlyséeu, aux bornes mêmes de la terre : c^est là que siège le blond Rhadamanthe, là aussi que les humains goûtent la vie la plus facile à Tabri de la neige, des frimas ex de la pluie et qu'au sein de l'Océan s'élève sans cesse le souffle harmo* nieux et "rafraîchissant du zéphyr, » *

La pureté de l'air et la douce influence du zéphyr sont

1. Ménesthée an lieu d'Ulysse, qae donnent tous les Mss. : correction de Coray rendue très-probable par 1 existence du Port de Ménesthée dans les environs de Gadira. M. Meineke supprime purement et simplement les mots »aV •o«u<r<r4»«. Voy. Find. S<ra6.,p. 23.

!^^6 GÉOGRAPHIE DE 5TRAB0N.

bien en effet des caractères propres à cette partie de Tlbérie, qui, tournée toute du côté de l'occident, possède un dimat vraiment tempéré. Il se trouve en outre qu'elle est située juste aux derniers confins de la terre habitée, c'est-à-dire aux lieux mêmes où la fable, avons-nous dit, a placé les enfers, car la mention de Hhadamanthe dans les vers qui précèdent implique le voisinage de Minos , et Ton sait ce qu'il est dit de Minos dans Homère : « Là j'ai vu Minos, au visage rayonnant, Minos, le fils de Jupiter, qui, son sceptre d or dans la main, rendait la justice auxmorts. » D'autres poètes maintenant, venus après Homère, ont enchéri sur ce qu'il avait fait en imaginant à leur tour et l'enlèvement par Hercule des troupeaux de Géryon, et l'expédition du même héros à la conquête des pommes d'or du jardin des Hespérides, et ces îles des Bienheureux, dans lesquelles nous reconnaissons aujourd'hui quelques-unes des îles situées non loin de l'extrémité de la Maurusie qui fait face à Gadira. •

14. Mais, je le répète, les premiers renseignements étaient dus aux Phéniciens, qui, maîtres de la meilleure partie de l'Ibérie et de la Libye, dès avant l'époque d'Homère, demeurèrent en possession de ces contrées jusqu'à la destruction de leur empire par les armes romaines. Quant à la richesse de Tlbérie, elle nous est attestée encore par ce que disent certains historiens, que les Carthaginois, dans une expédition que commandait Barca, trouvèrent les peuples de la Turdétanie se servant de crèches d'argent et de tonneaux d'argent; on se demande même à ce propos si ce ne serait pas l'extrême félicité de ces peuples qui aurait donné lieu à la réputation de longévité qu'on leur a faite, qu'on a faite surtout à leurs rois, et qu'AniHcréon rappelle dans ce passage : 9 Je ne souhaite pour moi ni la corne d'Âmalthée ni un oècle et demi de règne sur l'heureuse Tartesse; 3> ce qui expliquerait, pour le dire en passant, comment Hérodote nous a conservé le nom d'Âi^anthosius, l'un de ces jois *.

1. Ici nous partageons IVivis de SL Meineke^ et noos teijetQiis comme «se glose marginale les mots suivants, restitués par M. MjQUer : i^ «r^ -coOtov (Om-c' âv

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