‹ Geographie De StrabonChapitre 128 sur 181 · Tûv iï\b>/ au lieu de tôv iXkov · texte numérisé non relu

Tûv iï\b>/ au lieu de tôv iXkov

3i0 GÉOGRAPHIE DE STRABON.

Tolossa par le général romain Gsepiou provenaient d'une partie des dépouilles de Delphes, grossie, il est vrai, des offrandes qu'ils avaient faites ensuite à Apollon sur leurs propres richesses, et dans le but d'apaiser le courroux de ce Dieu, et que c'est pour avoir touché à ces trésors sacrés, que Cœpion finit ses jours si misérablement, loin do sa patrie d'où il avait été chassé comme sacrilëge, et loin de ses filles, qui, livrées par décret à la prostitution, s'il faut en croire Timagène, périrent à leur tour d'une mort honteuse. Toutefois, la version de Posidonius semble plus vraisemblable : il fait remarquer que les richesses trouvées à Tolossa, soit dans l'enceinte du temple, soit au fond des lacs sacrés, représentaient une valeur de 15000 talents , toute en matières non travaillées, en lingots d'or et d'argent bruts, et que le temple de Delphes, à l'époque [où il avait été pris par les Gaulois], ne contenait plus de semblables richesses, ayant été pillé par les Phocidiens durant la guerre sacrée ; que ce qui pouvait s'y trouver encore avait dû être partagé entre beaucoup de mains ; qu'il était -probable d'ailleurs que les vainqueurs n'avaient pu regagner leurs foyers, ayant été, après leur départ de Delphes et pendant toute leur retraite, assaillis de mille maux et forcés finalement par la discorde de se disperser de tous côtés. Mais, comme la contrée est très-riche en mines d'or, et que les habitants (Posidonius n'est pas seul à le dire) sont à la fois très-superstitieux et très-modestes dans leur manière de vivre, il s'y était formé sur différents points des trésors. Les lacs ou étangs sacrés notamment offraient des asiles sûrs où Ton jetait l'or et l'argent en barre^: les Romains le savaient, et quand ils se furent rendus maîtres du pays, ils vendirent ces lacs ou étangs sacrés

1. 'ApYÛfou if xal xo^ao^i ^âpi]. Je ne VOIS pas que personne ait proposé ^dpoç comme l'étymologie de notre mol barre, dans le sens où je remploie ici. Le passage de Strabon nous a para mériter d'être signalé à nos lexicographes, d'autant que l'expression française éveille une idée de forme allongée qui ne se retrouve plus dans le mot grec d'où je la crois dérivée : Strabon nous explique même la forme qu'avaient ces masses ou lingots d'or et d'argent, le marteau leur avait donne la forme de meules grossières. Ainsi, dans le cas où l'étymologie que nous proposons serait agréée, l'expression d'or et d'argent en barre n'aurait signifié a l'origine qu'une masse de métal indépendamment de toute idée de forme ou de figure.

an profit du trésor public, et plus d'un acquéreur y trouve aujourd'hui encore des lingots d'argent battu ayant la forme de pierres meulières. Le temple de Tolossa, vénéré comme il était de toutes les populations à la ronde , leur offrait aussi un asile inviolable, et naturellement les richesses s'y étaient accumulées, la piété multipliant ses offrandes, en même temps que la superstition empêchait d'y porter la main.

14. Tolossa est située dans la partie la plus étroite de risthme compris entre TOcéan et la mer de Narbonne, lequel mesure, au dire de Posidonius, moins de 3000 stades de largeur. Mais à ce propos-là revenons encore (la chose en vaut la peine) sux ce que nous avons dit plus haut de la correspondance, en quelque sorte symétrique, qui existe entre les différents fleuves de la Gaule et par suite entre les deux mers Intérieure et Extérieure. On trouve , en effet , pour peu qu'on y réfléchisse, qtie cette circonstance constitue le principal élément de prospérité du pays, en ce qu'elle facilite entre les différents peuples qui Thabitent l'échange des denrées et des autres produits nécessaires à la vie, et qu'elle établit entre eux une communauté d'intérêts d'autant plus profitable, qu'aujourd'hui, libres de toute guerre, ces peuples s'appliquent avec plus de soin à l'agriculture et se âçonnent davantage au genre de vie des nations civilisées. On serait même tenté de croire ici à une action directe de la Providence, en voyant les lieux disposés, non pas au hasard, mais d'après un plan en quelque sorte raisonné. Ainsi, le Rhône, qui peut déjà lui-même être remonté trèshaut, et l'être par des embarcations pesamment chargées, donne, en outre, indirectement accès dans beaucoup de cantons, par la raison que ses affluents sont également navigables et peuvent aussi transporter les plus lourds fardeaux : les marchandises reçues d'abord par l'Arar passent ensuite dans le Dubis, affluent de l'Arar ; puis on les transporte par terre jusqu'au Sequanas, dont elles descendent le cours, et ce fleuve les amène au pays des Lexoviens et des Galètes, sur les côtes mêmes de l'Océan, d'où elles gagnent enfin la Bretagne en moins d'une journée. Seulement, comme le

Bhône est rapide et difficile à remonter, il y a telles marchandises de ces cantons (toutes celles notamment qu'on expédie de chez les Ârvemes pour être embarquées sur le Liger) , qu'on aime mieux envoyer par terre sur des chariots. Ce n'est pas que le Rhône, en certains points de son cours, ne se rapproche sensiblement de l'autre fleuve, mais, la route de terre étant toute en plaine et peu longue ellemême (elle n'est guère que de 800 stades) invite à ne pas remonter le Rhône, d'autant qu'il est toujours plus facile de voyager par terre. A cette route succède la voie commode du Liger, fleuve qui descend des monts Cemmènes et va se jeter dans l'Océan. Si c'est de Narbonne qu'on part, on commence par remonter le cours de l'Âtaz , mais sur un espace peu étendu; le trajet qu'on fait ensuite par terre jusqu'au Garounas est plus loog, mesurant à peu près 7 à 800 stades ; après quoi, par le Garounas, comme par le Liger, on atteint ' rOcéan. — Ici finit ce qui se rapporte aux peuples de la Province narbonnaise, autrement dit aux Celtes j pour nous servir de l'ancienne ^dénomination : car j'ai idée que c'est aux habitants de ladite province que les Grecs ont emprunté ce nom de Celtes qu'ils ont ensuite étendu à l'ensemble des populations de la Gaule, soit que ce nom leur ait paru plus illustre que les autres, soit que l'avantage qu'avait le peuple qui le portait d'être si proche voisin des Massaliotes ait contribué surtout à le leur faire choisir.

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