ntXapYôç signifie cigogne
qu'à Cossa]* que 1330 stades. [Enfin de Gossa à Osties la distance est de 740 stades]. — Des noms de lieux, que nous venons de citer, celui de Luna désigne à la fois une ville et un port : les Grecs distinguent également le poi^t et la ville de Séléiié, La ville proprement dite n'est pas grande ; en revanche, le port est très-spacieux et très-beau, il renferme même dans son enceinte plusieurs bassins distincts, ayant tous une grande profondeur d*eau jusqu'auprès des bords, et répond tout à fait à Tidée qu'on pouvait se faire du port militaire d'une nation ayant dominé si longtemps et si loin sur les mers. Il est entouré d'une ceinture de hautes montagnes, du sommet desquelles on découvre devant soi la pleine mer et Tîle de Sardaigne en même temps qu'à droite et à gauche s'aperçoit une très-longue étendue de côtes. Dans les mêmes montagnes se trouvent ces fameuses carrières, d'où l'on extrait en si grande quantité et en blocs si énormes, en dalles, en tables, en colonnes d'un seul morceau, ces beaux marbres blancs ou veinés et à teinte verdâtre qui vont ensuite servir à la décoration des somptueux édifices de Rome et des autres villes de l'Italie. Le transport des marbres, en effet, n'offre aucune difficulté sérieuse vu la proximité où se trouvent de la mer les montagnes qui contiennent ces carrières et la possibilité d'achever par le Tibre le trajet commencé par mer. C'est encore la Tyrrhénie qui, de toutes les parties de l'Italie, fournit la plus grande quantité de bois de construction et les poutres les plus droites et les plus longues et elle a l'avantage de pouvoir, par le grand fleuve qui l'arrose, faire descendre ces bois directement des montagnes kla mer. [Dans le voisinage des montagnes de Luna est une autre ville, connue sous le nom de Luca]^. Entre Luna et Pise, coule le Macrès^, dont
1. En traduisant ainsi , nous nous conformons à rexplication très-ingénieuse que M. MûUer a donnée de ce passage et qui rend au moins l'erreur de Polybe vraisemblable. Voy. Ind, var. /ec<., p. «69, col. 1,1. 1.— 2. Cette phrase est un dernier fragment de ce passage du S il du chapitre i du présent livre, déplacé par M. Meineke et scindé en deux. —3. Voy., Ind. var. lect.j p. 969, col. 1, 1. 13, l'explication paléographique que M. Millier cunne de la leçon des Mss., Mâx^t]; iotX ^upiov &> ni^a-zi.
beaucoup d'auteurs font la limite commune de la Tyrrhénie et de la Ligystique. Quant à Pise, elle passe pour un ancien établissement de ces Pisaîœ du Péloponnèse, qui, en revenant de Troie, où ils avaient accompagné Nestor, furent jetés, dit-on, hors de leur route, les uns, vers Metapontium, les autres précisément sur cette côte de Pisatide. La ville est située entre deux fleuves, l'Arnus etTAusar^ juste à leur confluent : le premier de ces fleuves vient d'Arretium avec un volume d'eau encore considérable, bien que fort diminué, pour s'être, dans le trajet, divisé en trois branches; l'autre descend directement de l' Apennin. A leur confluent, et par l'eô'et du choc de leurs eaux, les deux fleuves s'élèvent à une telle hauteur qu'ils empêchent absolument de se voir d'une rive k l'autre et opposent par là nécessairement de très -grands obstacles k ce quun vaisseau venant de la mer paisse remonter les vingt stades qui séparent Pise de la côte. Suivant une fable qui a cours dans le pays, la première fois que les deux fleuves descendirent des montagnes, les populations leur barrèrent le passage, dans la crainte qu'en unissant leurs eaux ils n'inondassent leurs terres, et les fleuves durent s'engager par serment à ne jamais déborder, ce que du reste ils observèrent scrupuleusement. La ville de Pise paraît avoir été autrefois très-florissante ; aujourd'hui même, elle jouit d'un certain renom grâce k la fertilité de son territoire , k la richesse de ses carrières et k l'abondance de ses bois particulièrement propres aux constructions navales. Naguère elle utilisait ces bois de la sorte et les utilisait pour elle-même, ayant à se défendre des dangers qui la menaçaient du côté de la mer : les Ligyens, plus belliqueux que les Tyrrhéniens, étaient en effet pour eux de méchants voisins, pis que cela, des ennemis attachés k leur flanc et qui se plaisaient à les harceler sans cesse. Mais aujourd'hui que les Romains se bâtissent jusque dans leurs viUàs des palais aussi somptueux que ceux des anciens rois de Perse, ce sont les constructions de
1. Avi<Tapo(; au lieu de Aforo^o;, ancienne correction due à Ciuvier.
Rome qui absorbent la plus grande partie de ces bois précieux.
6. Le territoire de Vokterr» est baigné par la mer, quant à la ville même, elle [en est loin] : du fond d'une vallée longue et étroite s'élève une colline très-haute, escarpée de tous les côtés et terminée par una plate-forme ; c est là, sur ce plateau, qu'a été bâtie Tenceinte fortifiée de la ville. Le chemin par où Ton y monte mesure quinze stades depuis la base de la colline , et est d'un bout à l'autre extrêmement roide et difficile. On vit, du temps de Sylla, un certain nombre -de Tyrrbéniens et de proscrits se réunir en ce lieu et, après avoir formé un corps de quatre cohortes, y soutenir un siège de deux ans, peur ne rendre encore la place au bout de ce temps que par composition. Poplonium , petite ville bâtie au haut d'un promontoire élevé, qui avance assez loin dans la mer pour former une véritable presqu'île, eut aussi à la même époque un siège en rè^e à soutenir. La ville proprement dite est aujourd'hui, à l'exception des temples et de quelques maisons, absoluioent déserte; mais le quartier dit de V arsenal f avec son petit port au pied même de la montagne et sa double ^ cale à loger les navires, of^e un aspect moins désolé. Je ne crois pas que les anciens Tyrrhènes aient placé une autre de leurs villes sur le bord même de la mer : comme toute cette côte est dépourvue de ports, les premiers colons, naturellement, se tinrent à distance de la mer ou se fortifièrent plus particulièrement de ce côté, pour éviter de se trouver à la merci des pirates. On a placé au pied du même promontoire un thynnoscopeum[o\L guérite à l'usage des vigies chargées de signaler l'approche des thons]. De Poplonium, on
\ découvre, mais tout à fait dans le lointain, et non sans peine, l'île de Sardaigne, puis, sur un plan plus rapproché, à 60 sta-
' des à peu près en deçà de la Sardaigne, l'île de Gyrnos ; plus distinctement enfin, vu qu'elle est beaucoup plus voisine du continent, l'île d'i^thalie qui se trouve à 300 stades environ
1. Voy. Vindic. Strahon., p. 51, les raisons que donne M. Meincke pour justifier la suppression qu'il fait du mot $tô au commencement de cette phrase.
de la côte, c'est-à-dire à la même distance où elle est de Cyrnos. C'est aussi à Poplonium qu'il est le plus commode de s'embarquer lorsqu'on veut passer dans l'une on l'antre de ces iles. Du haut de la ville, où nous étion-s monté exprès, nous les avons reconnues toutes les trois, en même temps que nous découvrions du côté de la campagne un certam nombre de mines abandonnées. Nous arotts vu de là aussi les forges où Ton travaille le fer apporté d'iEthalie. Quelque chose en effet empêche que h minerai tue soit fondu couve^ nablement dans les fourneaux de l'île, et, à cause de cela, on le transporte sur le continent aussitôt après l'avoir extrait de la mine. Ce n'est pas là du reste le seul fait étrange que l'on observe à ^Ethalie, il peut arriver, par exemjde, qu'avec le temps les mines qu'on y exploite se remplissent de nouveau, comme on dit que la pierre se refonte dans les platamons de Tîle de Rhodes, le marbre dans les carrières de Paros et le sel dans ces mines de l'Inde dont parle Glitarque. De ce qui précède, il résulte qu'Ératosthène a eu bien tort de prétendre qu'on n'apercevait da coBtifient ni Cyrnos ni la Sardaigne, et Artémidore bien tort aussi de rejeter ces deux îles à 1200 stades en pleime mer : car, à une telle distance, ces îles, distinctes peut-être pour d'autres yeux, n'auraient certainement pas pu être aperçues des nôtres aussi nettement qu'elles l'ont été, surtout Cyrnos. Il existe sur la côte d'iEthalie un port appelé Argôus portm^àu. nom, soi-disant, du navire Argo ; on prétend qu'en dier^hant la demeure de la déesse Circé, que Médée voulait voir, Jason aborda en ce lieu ; on veut même que les gouttes d'huile tombées des strigilles dont se servaient les Argon^autes aient formé, en se pétrifiant, ces cailloux de plusieurig oofileurs que Vàû voit sur la plage. Des tradïtioas comme celles-ci confirment, on l'avouera, ce que nous avons déjà dit, que toutes les fables contenues dans les poèmes d'Homère ne sont pas le produit de son imagination, mais qu'il y a dans le nom-bre beaucoup de traditions locale recueiiliies par lui et auxquelles il n'a rieo changé, si ce n'est qu'il a habituellement, en augmentant les iistançes, reculé dans un lointain mcr^
372 GÉOGRAPHIE DE STRAfiON.
veilleux le théâtre de la fiction ; qu'il a de la sorte transporté dans r Océan les aventures de Jason, comme il avait fait celles d'Dlysse, se fondant sur ce que la tradition prêtait à ce héros, ainsi qu'à Ulysse et à Ménélas, de longues et interminables erreurs. — Voilà ce que nous avions à dire au sujet d'iEthahe.
7. L'île de Gyrnos, que les Romains nomment Corsica, 6St un pays affreux à habiter, vu la nature âpre du sol et le manque presque absolu de routes praticables, qui fait que les populations, confinées dans les montagnes et réduites k vivre de brigandages, sont plus sauvages que des bêtes fauves . C'est ce qu'on peut, du reste, vérifier sans quitter Rome, <air il arrive souvent que les généraux romains font des descentes dans Tîle, attaquent à l'improviste quelques-unes des forteresses de ces barbares et enlèvent ainsi un grand nombre d'esclaves; on peut alors observer de près la physionomie étrange de ces hommes farouches comme les bêtes des bois ou abrutis comme les bestiaux, qui ne supportent pas de vivre dans la servitude, ou qui, s'ils se résignent à ne pas mourir, lassent par leur apathie et leur insensibilité les maîtres qui les ont achetés, jusqu'à leur faire regretter le peu d'argent qu'ils leur ont coûté. Il y a cependant certaines portions de l'île qui sont, à la rigueur, habitables, et où l'on trouve même quelques petites villes, telles que Blésinon, Charax, Eniconiœ et Vapanes. Quant à ses dimensions, elles sont, au dire du Chorographe, de 160 milles en longueur et de 70 milles en largeur. Or, le même auteur prête à la Sardaigne une longueur de 220 milles et une largeur de 98. Suivant d'autres, Gyrnos aurait environ 3200 stades de circuit, et la Sardaigne en aurait 4000. Cette dernière île, dont une grande partie est âpre et stérile, et se trouve en proie, qui plus est, à des troubles continuels, ne laisse pas que d'offrir sur beaucoup d'autres points des terres excellentes et propres à toute espèce de culture, principalement à la culture du blé. Elle contient aussi plusieurs villes; deux, entre autres, qui sont véritablement importantes, Caralis et Sulchi. Disons pourtant que cette fertilité du sol est contre-balancée