‹ Geographie De StrabonChapitre 150 sur 181 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

ApoUocratès, il avait accompagné son père dans cette expédition qui devait lui rouvrir les portes de Syracuse. Denys eut beau supplier lui-même les Loeriens de mettre leurs prisonniers en liberté à telles conditions qu'il leur plairait fixer, les Tarentins eurent beau intercéder en sa faveur, les Loeriens ne se laissèrent point fléchir et aimèrent mieux supporter les horreurs d'un siège et la dévastation de leurs campagnes. Puis, reversant toute leur colère sur les filles du tyran, ils les condamnèrent kla prostitution, les firent ensuite étrangler par la main du bourreau, et exigèrent, qui plus est, que leurs corps fussent brûlés, leurs os' broyés et leurs cendres jetées à la mer. Éphore a parlé des lois de Zaleucus, de ces lois écrites pour les Loeriens, et dont les éléments avaient été puisés dans les coutumes Cretoises, lacédémoniennes et aréopagitiques. Suivant lui, la principale innovation introduite par Zaleucus consistait en ce qu'à la différence des anciens, qui avaient toujours laissé aux juges le soin de fixer une peine pour chaque délit particulier, il avait, lui, inscrit et déterminé la peine dans ses lois, persuadé apparemment que pour un même délit les sentences des juges ne sont pas toujours identiques, tandis que [la peine] * doit être invariablement la même. Ephore loue aussi Zaleucus d'avoir simplifié les formalités relatives aux contrats. Il ajoute que les Thuriens, en voulant pousser la précision et l'exactitude plus loin encore que les Loeriens^ donnèrent à leurs lois plus de relief peut-être, mais assurément moins de vertu, le mérite des lois consistant non pas à prévenir toutes les subtilités de la chicane, mais à maintenir avec fermeté un petit nombre de principes simples et généraux : ce qui revient à cette pensée de Platon, que la multiplicité des lois implique l'abondance des procès et le irègne des mauvaises mœurs, tffiat comme le grand nombre des médecins suppose le grand nombre des maladies.

9. On observe sur les bords de THalex, fleuve dont le cours profondément encaissé forme la séparation du terri-

1. [Tàç 5t ÇtijAiaç] 5tiv [tlvai] làq aù-càç, correction de M. Meineke, ratifiée par .M. Muiler, qui ciie à ce propos Heyne, Opusc. acad., t. II, p. 37.

toire de Locres et de celui de Rhegium, on observe, dis-je, relativement aux cigales, un phénomène curietix : tandis qu'elles chantent sur la rive locrienne, elles restent muettes sur la rive opposée. Or, on attribue cette différence à ce que, l'une des deux rives étant très-ombragée, le corps des cigales y est toujours chargé de rosée, ce qui empêche leurs membranes sonores de se tendre, tandis que sur l'autre rive, où elles sont continuellement exposées au plein soleil, ces membranes deviennent sèches et dures comme de la corne, et d'autant plus aptes à vibrer. On voyait naguère à Locres une statue qui représentait Eunomos, le fameux citharède, ayant sa cilhare à la main et sur sa cithare une cigale. Timée nous en donne la raison : « Eunomos , dit-il, se présentait aux jeux Pythiens comme concurrent d'Aris- .ton de Rhegium. L'un et l'autre se disputèrent le pas : Ariston, pour intéresser les Delphiens en sa faveur, rappelait que ses ancêtres avaient été voués à Apollon et que la colonie qui avait fondé Rhegium était partie de Delphes; Eunomos, lui, prétendait qu'on n'aurait même pas 'dû admettre à concourir pour le prix du chant un homme dont le pays était le seul sur la terre où la cigale, l'animal chanteur par excellence, demeurât muette, Ariston n'en avait pas moins eu un grand succès, si grand même qu'il navait pu espérer un moment de triompher ; mais, la victoire ayant été finalement attribuée à Eunomos, celui-ci avait fait hommage à sa patrie de la statue en question, destinée surtout à rappeler que, pendant qu'il chantait devant les juges ;du concours , une des cordes de sa cithare était venue à casser, et qu'une cigale s'était trouvée là juste k point ?pour compléter et suppléer l'accord, -p- L'intérieur du pays au-dessus des villes que nous venons de nommer est occupé par les Brettiens [ou Brutiens]. On y rencontre, avec la ville de Mamertium , la forêt de Sila. fiette forêt, qui iproduit la nïeilleure espèce de poix, la poix dite bret- 4iennef et qui se fait remarquer en outre par la beauté de ses arbres et l'abondance de ses eaux, couvre un espace de 700 stades.

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