‹ Geographie De StrabonChapitre 151 sur 181 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

10. Passé la ville de Locres, on atteint le fleuve Sagra, la Sagra pour mieux dire (car le nom est féminin). Sur les bords de ce fleuve s'élèvent les Autels des Dioscures : c'est là auprès que 10 000 Locriens, aidés seulement de quelques Rhégiens*, attaquèrent et défirent soi-disant 130 000 Grotoniates, ce qui donna lieu au proverbe : « c'est toujours plus vrai que V événement de la S<^gra! » lequel s'entend des choses invraisemblables et difficiles k faire accepter. Certains auteurs ajoutent ce détail fabuleux, que le jour de la bataille, le jour même, et par un prodige de célérité qui ne put être cependant révoqué en doute, on en apprit l'issue à Olympie, où se célébraient alors les jeux. En tout cas, c'est à ce désastre et aux pertes énormes essuyées par le& Grotoniates dans cette journée qu'on attribue la prompte décadence de ce peuple. De l'autre côté de la Sagra, s'élevait la ville de Gaulonia, qui avait été bâtie par les Achéens et appelée d'abord Auloniay de Yaulôn ou vallée qui la précède. L'emplacement en est aujourd'hui désert, ses habitants ayant été chassés par les Barbares et forcés de passer en Sicile, où ils ont fondé cette autre ville de Cavlonia. Puis vient Scylletium, ou, comme on l'appelle aujourd'hui, Scyllaciunij qui passe pour avoir été fondée par les Athéniens, compagnons de Ménesthée. Gette ville appartenait aux Grotoniates, quand Denys en attribua la possession aux Locriens. La même ville a donné son nom au golfe Scy lié tique, lequel forme, avons-nous dit, avec le golfe Posidoniate, cet isthme que Denys, dans sa guerre contre les Lucaniens, entreprit de fermer par un mur, soi-disant pour protéger contre les Barbares de l'extérieur les populations comprises au dedans de l'isthme, mais en réalité pour rompre l'espèce de ligue qui unissait les villes grecques les unes aux autres et pour aflérmir ainsi sa propre domination sur Imlérieur de l'isthme : par bonheur, une incursion des peuples du dehors vint l'empêcher de mettre à exécution son projet.

i. Cf. Justin, XX, $

436 GEOGRAPHIE DE SIRABON.

1 1 . A Scylletium succèdent la frontière de la Crotoniatide et les trois promontoires dits des Japyges ; puis on aperçoit le Lacinium, temple de Junon, naguère fort riche et tout rempli aujourd'hui encore de pieuses offrandes. Mais ici le long de la côte les distances deviennent difficiles à déterminer. Approximativement, Polybe compte 1300 stades^ du détroit de Sicile au Lacinium, plus 700 stades pour le trajet qui sépare le Lacinium de la pointe de Japygie, autrement dit pour Touverture du golfe de Tarente, Quant au- périple de rintérieur du golfe, bien que le Chorégraphe le mesure déjà largement en le portant à 240 milles, Artémidore, lui, [en exagère encore l'étendue : il le fait de 2]380 stades, laissant néanmoins [à Touverture la même largeur de 700 stades que Polybe lui attribue] ^ Quoi qu'il en soit, le golfe regarde le levant d'hiver et c'est le Lacinium qui en marque l'entrée, car à peine a-t-on doublé ce promontoire qu'on voit se succéder les vestiges des anciennes cités achéennes. Ces villes^ k l'exception de Tarente, n'existent plus k proprement parler aujourd'hui, mais quelques-unes dans le .nombre ont répandu un tel éclat qu'il y a lieu encore à en parler en détail.

12. Grotone, à 100^ stades du Lacinium, s'offre à nous la première, avec la rivière et le port d'^sarus et un autre cours d'eau, le Neœthus, qui doit son nom, assure-t-on, au fait suivant. Des Achéens, revenant de Troie, s'étaient vus, après de longues erreurs, jetés sur cette partie de la côte d'Italie et y avaient débarqué pour prendre connaissance des lieux. Des femmes troyennes qu'ils ramenaient avec eux s'aperçurent qu'il n'était pas resté un seul homme sur les vaisseaux, et y mirent le feu pour se venger des fatigues et des ennuis de la traversée, forçant ainsi les Achéens, qui n'é-

1. 1300 au lieu de 2300, correction de Mannert Ct IX, ir, p. 202). — 2. Combinant les deux restitutions de Groskurd et de M. Mùller, nous avons traduit ce passage désespéré , comme s'il y avait dans le texte : «ùtôç 6 xàlnoç

*X" ittpÎTrXouv â^i6XoYov |A.iXifa>v ^laxoffîuv tt'CTapâxovTa, wç /upOYpdçpo; çijffî * [icoul ii é'içxi^îwv] Tfiaxoffiwv dY'^oiixovra, [iîoXXw {iàv ouv jxtiÇova] 'ApTepLîè'otpoç, "COffoiTOiç Si xaX

(et avec cela cependant, avec ce grand nombre de stades pour le périple)

Xtlicwv T(ô «TTÔnaxi (TcaSlouç ôffoyç xal rioXûSioç "PiJxO toO TXdxo'iç toû trcà^azoqxov xokmv.

— 3 100 stades au lieu de iso, correction de Groskurd, fondée sur l'autorité de Tite Live.

Page 1