‹ Geographie De StrabonChapitre 152 sur 181 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

taient pas, du reste, sans avoir remarcpié la fertilité du pays, à s'y fixer définitivement. Puis d'autres* colons achéens avaient rejoint les premiers, et, s'étant piqués d'émulation, comme il arrive communément entre frères, ils s'étaient mis à fonder de leur côté différents établissements, auxquels ils avaient donné* de préférence les noms [des fleuves les plus voisins*]. S'il faut en croire Antiochus, ce fut sur l'ordre formel d'un oracle que les Achéens envoyèrent une colonie à Grotone. Myscellus partit devant pour explorer le pays et vit en passant la ville de Sybaris, qui s* élevait déjà sur les bords du fleuve dont elle a pris le nom; il en jugea le site bien autrement avantageux, et s'en revint aussitôt consulter l'oracle, pour savoir si la nouvelle colonie ne ferait pas mieux de s'établir là qu'à Grotone, mais l'oracle lui fit cette réponse :

» Myscellus, toi dont la taille aurait déjà besoin d'être re- « DRESSÉE (Myscellus avait le dos légèrement voûté), montre f au moins que tu as l'esprit droit*, cesse de courir après c les larmes en cherchant autre chose que ce que les dieux te <r destinent, et agrée de bon cœur le présent qui t'est fait. »

Myscellus repartit alors pour l'Italie et bâtit Grotone avec l'aide d'Archias, le fntur fondateur de Syracuse, ayant alors, par un hasard heureux, relâché sur ce point de la côte ainsi que la colonie qu'il conduisait en Sicile. Éphore, lui, prétend que Grotone a eu des Japyges pour premiers habitants. Grotone , au reste , paraît s'être appliquée surtout à former des soldats et des athlètes; il est arrivé, par exemple, que^ dans la même Olympiade, les sept vainqueurs du stade fussent tous de Grotone, de sorte qu'on a pu dire avec vérité

1. aùSk; au lieu d'eùOù; correction de Coray. — 2. noTaiiûv au lien de Tod^Av,

M. Meineke, nous avons considéré comme une interpolation la phrase qui suit

celle-ci : Kal icoTaiiôç Si i Nioi9oç à-KÔ toû icdôouç -riiv '!cpoçuvU|4.!.av Iffj^t. — 4, Malgré

toutes les autorités citées par M. Millier nous avons cru devoir maintenir dans le texte 6pûôv au lieu de 5ûpov, dp96v formant avec ppopvwT» une opposition très-heureuse. Cf. Millier, Ind, var. lecL^ p. 976, col. 2, hg. 31-42, et Meineke: Vind. Strab.y p. 63.

qne « le dernier des Crotoniates était encore le premier des Grecs. » Le proverbe * plus sain que Crotone » a eu aussi, dit-on, la même origine , et ce grand nombre d'athlètes crotoniates paraîtrait indiquer dans la situation de cette ville quelque vertu native éminemment favorable au développement des forces et à l'entretien de la santé. Le fait est que Crotone compte plus à' Olympionices qu'aucune autre ville; bien qu'elle se soit dépeuplée de bonne heure, par suite des' pertes énormes qu'elle avait éprouvées à la journée de la Sagra. Quelque chose a contribué encore à illustrer son nom, c'est d'avoir produit tant de Pythagoriciens et d'avoir donné le jour notamment àMilon, qui, non content d'être le plus célèbre des athlètes de son temps, fut encore l'un des disciples assidus de Pythagore durant le loog séjour que le Maître fit à Crotone. On raconte à ce propos qu'un jour, pendant que les Pythagoriciens prenaient leur repas en commun, un pilier de la salle où ils se trouvaient étant venu à céder, Milon s'y substitua aussitôt, donna le temps ainsi . à tous ses compagnons de s'échapper, et réussit luirmème : à s'esquiver. Or, une telle confiance dans sa force rend : vraisemblable le genre de mort que la tradition lui prête : un jour, dit-on, comme il traversait une épaisse forêt, il lui arriva de s'écarter beaucoup du chemin frayé et de rencontrer un grand arbre à demi fendu que des coins tenaient entr'ouvert ; il voulut essayer, en introduisant ses pieds et ses mains dans la fente , d'achever de séparer l'arbre en deux, mais il ne réussit, avec tous ses efforts, qu'à faire tomber les coins, de sorte que les deux côtés de l'arbre se rapprochèrent aussitôt, et qu'étant resté pris comme dans un piège il devint la proie des bêtes féroces.

13. A 200 stades de Crotone, entre le cours du Sybaris et celui du Crathis, les Achéens avaient fondé une ville ' appelée également Sybaris : le chef ou arcfiégète^ de la-^

marquer qu'en: tout cas l'article serait mal placé ei — — „^

avoir proposé une restitution telle quelle, que «ctrt haeo neqwuni.

colonie était Is.... d'Hélice. Cette ville jouit ancienne-» ment d'une prospérité extraordinaire : ainsi elle commandait à quatre peuples, ses voisins^ et comptait dans sa dé^ pendance immédiate jusqu'à vingt-cinq villes; elle put armer 300 000 hommes contre Grotone, et son enceinte prèi? des bords du Grathis mesurait une circonférence de 50 sta-> des. Mais par la faute de ses habitants, par un e£fet de leur mollesse et de leur indolence, toute cette prospérité firti anéantie ipar les Grotoniates, et cela dans i'espace de soixante^ dix jours. Les Grotoniates maîtres de la ville détournèrent' le cours du Grathis, et la noyèrent sous les eaux de ce fleuve. Plus tard, il est vraii, le peu d'habitants qui avaient survécu essayèrent de se réunir et de réoccuper les mêmes lieux, mais ils furent exterminés à leur tour par des colons^ venus d'Athènes et d'autres parties de la Grèce : ces colons avaient eu d'abord l'intention de s'associer à eux, mais indi^ gués, dégoûtés [par le spectacle de leur mollesse], ils enavaient égorgé une partie, avaient [réduit le reste en esda-^ vage *], et, déplaçant la ville elle-même^ l'avaient transportée» non loin de là dans le voisinage d'une source^ dont le nomy Thvrii, était devenu celui de la nouvelle ville. Les eaux du Sybaris rendent très-ombrageux les chevaux qui s'y abreu-» vent; on a soin, à cause de cela, d'eaécarter le bétail. Quant aux eaux du Grathis, elles blondissent et blanchissent îles i cheveux, pour peu que l'on s'y baigne ; elles ont cependant aussi la propriété de guérir de mainte affection grave ^ Après ^ une longue période de prospérité, la ville de Thurii tombftîi sous le joug des Lucaniens; plus tard, les Tàrenlins l'enle^ > vèrent aux Lucaniens, elle eut recours alors à la protection' des Romains, qui, la voyant presque déserte, y envoyèrent ^ une colonie, et, àcette ooeasiony changèrenison nom«n)' celui de Copix.

H. A Thurii succède Lagaria, ville forte^^ bâtie par Epeus et les Phocéens : son territoire produit le Lagor ritain, vin légisr et doux^ que les^imédecins pour. cette

1. [Toù; ^ï V$r«in^tvMrN>}y.re6tittftioa.pcopQ8ée<faDM* MaiiMkA^'

raison prescrivent volontiers. Le vin de Thurîi compte aussi du reste parmi les vins en renom de l'Italie. La ville d'Héraclée qui vient ensuite est située un peu au-dessus de la mer; puis Ton rencontre deux cours d*eau navigables, TAciris et le Siris. A Tembouchure de ce dernier s'élevait naguère une ville de même nom , d'origine troyenne ; mais, quand les Tarentins eurent transporté à Héraclée l'établissement primitif, cette ville de Siris ne fut plus que le port des Héracléotes ; elle était à 26 stades seulement d'Héraclée et à 330 de Thurii. On donne pour preuve de l'établissement des Troyens en ce lieu la présence de la statue de Minerve Troyenne et cette tradition qui s'y rapporte que, lors de la prise de la ville par les Ioniens (la ville était au pouvoir des Chônes, quand les Ioniens, qui venaient de se soustraire au joug des Lydiens, la leur enlevèrent, s'y établirent à leur place et changèrent son nom en celui de ?olieum)j ladite statue aurait baissé les paupières pour ne pas voir le vainqueur arracher les suppliants du pied de ses autels, prodige qui se renouvellerait même encore soi-disant de temps à autre. Mais s'il y a déjà de l'effronterie à [reproduire deux fois la même fiction], à nous montrer la statue de la déesse, à Siris, abaissant ses paupières [pour ne pas voir l'attentat des Ioniens], comme elle avait, à Troie, détourné les yeux pour ne pas être témoin du viol de Gassandre; s'il y en a quelque peu aussi à prétendre qus le prodige s'observe de nos jours encore*, c'est porter, suivant nous, l'effronterie à son comble que de multiplier, comme le font les historiens, ces statues do Minerve Troyenne : à ce compte-là, en eflFet, Rome, Lavinium, Lucérie et Siris se trouvent avoir chacune sa Minerve, venue directement d'Ilion. Nous en dirons autant de ce trait d'audace des femmes troyennes ; bien qu'il n'ofifre rien en soi d'impossible, il est certain qu'on lui ôte beaucoup de vraisemblance, à le transporter comme on fait sur

1. Nous lisons comme il sait la phrase de Strabon : Wai&iv (liv ouv xal vi oûtm (uittt&tiv, ûffTc (11^ xaxaiiûaai fâvai pi6voy (correction de Kramer au lieu de faiv^^tcvov), »fliloic«p xoX iv 'Uiw (et non th iv 'Ul*»;, àicooTpafijvai.... c*est-à dire que Qous identifions, comme M. Melneke, la statue de Troie et celle de Siris.

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