LIVRE VI
Pelorias et le cap Pachynus (ce dernier cap, on Ta vu, regarde Torient*), comme étant tourné au plein nord. Il faut avoir soin seulement qu'en fait ladite ligne conserve une légère inclinaison au levant d'hiver; car on voit la côte dévier en ce sens depuis Catane, à mesure qu'on avance 'dans la direction de Syracuse et du "cap Pachynus. A propos du Pachynus, nous ferons remarquer que la traversée entre ce cap et l'embouchure de TAlphée est connue pour être de 4000 stades et qu'Artémidore , en comptant, d'une part, 4600 stades pour le trajet du Pachynus au Ténare, d'autre part, 1130 stades, pour le trajet de l'Alphée au Pamisus, semble avoir fait un double calcul inconciliable avec cette mesure formelle de 4000 stades assignée à la traversée entre le Pachynus et les bouches de l'Alphée. Par le fait aussi la ligne à tirer entre le cap Pachynus et le cap Lilybaeum (ce dernier cap est plus occidental que le Pelorias), au lieu de suivre exactement la direction d'un parallèle, devra dévier sensiblement au midi* et regarder en même temps l'est et le sud, ce côté de l'île se trouvant baigné à la fois par la mer de Sicile et par la portion de la mer de Libye qui est comprise entre Garthage et les Syrtes. Ajoutons que c'est entre le cap Lilybaeum et un certain point très-rapproché de Garthage que le trajet pour aller en Libye est le plus court. Il mesure 1500 stades : à cette distance, un homme, dont l'histoire nous a conservé le nom et qui était doué d'une vue perçante, put cependant, étant en vigie, compter les vaisseaux qui sortaient du port de Garthage et en dire le nombre aux Carthaginois [assiégés] dans Lilybée. Reste le côté compris entre le cap Lilybaeum et le Pelorias, celui-là devra nécessairement [dans un tracé] obliquer vers l'est et regarder dans une direction intermédiaire entre le couchant et le nord , puisqu'il se trouve avoir l'Italie
1. Nous lisons ce passage, ainsi qu'il suit, d'après MM. Meineke etMûIler :
ûffO' 1^ iiitl!^euYvu|i.ir»| an aùr^ç liti tôv Ilâ^vvov, [ôv] ixxtio^ai i:pôç (w tça|t(v, *fhç apxTOv
pUnouffo, lîowifftt Ttjv icXtupàv tiiv icpôç tôv iiopOitôy. — 2. NOUS traduisons d'après la corrt^ction nécessaire de M. Millier àità toû Iffiji^ipivoû ai)|A.(iou icpôç-rijv titffi()j«.egiav. Voy. ïlnd. var. lect , p. 977, col. 2, lig. 11.
ftu N. et la mer Tyrrhénienne, ainsi qrie les îles d'yole, àl'O.
2. Les principales villes de la Sicile^ en commençant par le côté qui forme le détroit, sont Messéné d^abord, puis Taoromenium, Catane et Syracuse. Entre ces deux dernières villes s'élevaient naguère Nazos^ et Mégare; elles ont aujourd'hui disparu Tune et Tautre. C'est aussi entre Gatane et Syracuse qu'on voit déboucher à la mer, au fond d'sestuaires qui sont autant d'excellents ports naturels, le [Symsethus] et le Panta[cias] \ deux cours d'eau descendus del'iStna. De cette même partie du littoral se détache la pointe de Xiphonie. Naxos et Mégare , suivant Éphore, ont été les premières villes grecques bâties en Sicile et leur fondation ne date que de la dixième génération après la guerre de Troie. Jusque-là, par crainte des pirateries des Tyrrbéniens et de la férocité des Barbares, habitants de la Sicile, les Grecs n'avaient pas même osé y venir faire de trafic. Enfin, l'Athénien Théoclès, qu'une tempête avait jeté sur cette côte, reconnut la faiblesse des populations indigènes en môme temps que la richesse du sol ; il se hâta de regagner son pays, et, comme il ne put vaincre l'incrédu- •lité des Athéniens, ce fut avec une bande composée prinicipalement de Chalcidiens de TEubée, mais aussi d'un certain nombre d'Ioniens et de Doriens (de Doriens de Mégare ipour la plupart), qu'il reparut en Sicile. Les Chalcidiens, ajoute Éphore, bâtirent Naxos, et les Doriens Mégare, ou, pour mieux dire, Hybla, car ce fut là le nom primitif de rétablissement. Aujourd'hui, je le répète, ces villes n'existent plus; et, si le nom d' Hybla a survécu, c'est grâce à la supériorité du miel dit hybléen.
3. Revenons aux villes actuellement subsistantes qui se succèdent le long de ce côté de la Sicile. Messéné, qui s'offre à nous la première, est située au fond d'un golfe,
1. « ATorEtM, dit M. Mûller, inter Tauromenium et Catanam sita erat. Aut •latlur Strabo trravity aut verba turbata sunt. * — 2. Double restitution aun lare bonheur due encore à la merveilleuse sagacité de M. Millier. Voy. Index var. lect., p. 977, col. 2, lig. 29-60.
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sorte d'angle très-aigu et en façon d'aisselle, que forme le Pelorias en se repliant brusquement à Test. Le trajet de iMesséné.à Rhegium mesure 60 stades, celui.. de Messéné h Golonne-Hliëgine est beaucoup moindre. C'est une colonie de Messéniens du Péloponnèse, qui, en s'établissant dans œtte ville, lui a donné le nonî qu'elle porte actuellement; antérieurement, elle avait porté celui de Zanclé, qui rappelait la disposition oblique, anguleuse du lieu qu'elle occupait (et en effet Wy^Xoç est un vieux mot qui a le même sens que crxoXio?), et c'étaient les Naxiens des environs de Gatane qui l'avaient bâlie. Plus tard les Mamertins, Gam- . panions d'origine, vinrent augmenter le nombre de ses habitants; puis les Romains en firent leur place d'armes dans cette première guerre contre les Carthaginois, dont la Sicile fut le théâtre ; enfin Sextus Pompée y eut le gros de SSL flotte tout le temps qu*il lutta contre César- Auguste, et c'est de là qu'il s'enfuit, lorsqu'il vit qu'il ne. pouvait plus tenir en Sicile. Un peu au-dessus de la ville, au sein même duDétroit, se trouve le gouffre de Charybde, gouffre sans fond, . dans les tourbillons duquel sont entraînées et viennent se perdre inévitablement Mes embarcations qui se sont laissé surprendre parles courants contraires du détroit. Les débris de tous ces naufrages sont ensuite portés vers la plage de Tauromenium, et celle-ci en a reçu le surnom de Copria. Les JMamertins^ avec le temps, ont su prendre un tel ascendant sur les Messéniens qu'ils sont devenus, on peut dire, les maîtres de la ville : aussi n'est-ce plus le nom de Messéniens qu'on emploie aujourd'hui pour désigner les habitants de Messéné, mais toujours le nom de Mamertins» Le vin même de cet excellent cru , capable, on le sait, de rivaliser avec les meilleurs vins d'Italie, n'est plus connu sous le nom de Messénierij mais bien sous celui de Marner tin. La ville d'ailleurs est passablement peuplée, moins pourtant que Gatane y depuis que celle-ci a reçu des colons romains. Tauromenium est la moins peuplée des trois; et^ tandis que
1 . ' 'a^«»t«< ► aa Ken • -de tb^nù^ , conjeetare de - M. Piccoloi.
Gatane a eu , comme Zanclé , les Naxiens mêmes pour fondateurs, ce sont les Zancléens d'Hybla qui Tont bâtie. Gatane, du reste, perdit momentanément sa popnlation naxienne, elle reçut à la place une colonie qu'avait envoyée Hiéron, tyran de Syracuse^ et vit du même coup substituer le nom à*jEtna à son nom primitif. C'est à cette fondation de EUiéron que Pindare fait allusion dans le passage suivant :
c Prête roreille à ce que je vais dire, grand roi, dont le c nom rappelle nos pieux sacrifices , grand roi , fondateur c d'iEtna *. »
Mais, après la mort de Hiéron, les Catanéens rentrèrent dans la ville , en chassèrent les nouveau- venus et renversèrent le tombeau du tyran. Ainsi expulsés, les MtDœens allèrent s'établir dans un canton de r.>Etna, appelé Innesa, à 80 stades de distance de Gatane, et y bâtirent une autre ville qu'ils appelèrent de ce même nom à'jEtna et qu'ils placèrent, tout comme s'il Teût fondée, sous les auspices de Hiéron. Gatane se trouvant située juste au pied de l'iEtna, c'est son territoire qui a le plus à souffrir des éruptions du volcan : la proximité est telle en effet que tout y est de prime abord envahi par la lave. On connaît lé pieux dévouement d'Amphinomos et d'Anapias, chargeant leur père et leur mère sur leurs épaules et les sauvant ainsi des dangers d'une éruption : c'est ici, à Gatane même, que la tradition place cette scène touchante. Suivant Posidonius^, à chaque éruption de l'iEtna, la plaine de Gatane disparaît tout entière sous une épaisse couche de cendre ; mais cette cendre volcanique, qui dans le premier moment gâte qt détruit tout, fait avec le temps à la terre un bien infini : il est constant, par exemple, que les vignes et les campagnes de Gatane lui doivent leur incomparable richesse, car nulle part ailleurs dans le pays la vigne n'est aussi productive.
1. Voy. Pind., éd de Boeckh, t. II, p. 597. — 2. Nous avons traduit ce passage en lisant avec Kramer : S-cav 8\ 6 no«i5wvi[éç] ç|r,<Ti], Ytvr.tai xà icipixè ôpoç. M. Mûiler propose une autre correction, qui, si elle était agréée, retranche* rait ce passage du nombre des fragments de Posidonius. Voy. Ina. var. lect.^ p. 978, col. i,lig. 13-22.