LIVRE VI
Il en est de même de l'herbe qui pousse ici dans les terrains que les cendres volcaniques ont recouverts, elle engraisse tellement le bétail qu'il suffoquerait, dit-on, si, tous les quarante ou cinquante jours % on ne le saignait aux oreilles, précaution que nous avons déjà observée à Erythie. La lave, en se figeant, forme à la surface du sol une croule pierreuse tellement épaisse qu'il faut la couper comme on fait la pierre dans les carrières, si Ton veut mettre à découvert le sol primitif. C'est en efiet la roche même, liquéfiée au fond du cratère, qui, par suite de l'ébuUition, déborde et se répand sous la forme d'une boue noirâtre le long des flancs de la montagne; après quoi, elle se refroidit, durcit de nouveau et prend laspect et la consistance de la pierre meulière^ sans perdre la couleur qu'elle avait à l'état liquide. Mais la combustion des roches, tout comme celle du bois, produit de la cendre ; et si la cendre de bois est un excellent engrais pour certaines plantes (pour la rwe, par exemple), on conçoit que les cendres de l'iEtpa puissent exercer sur la vigne ime action analogue.^
4. Naxos et Mégare venaient d'être fondées, quand Archias arriva .de Gorinthe en Sicile et fonda lui-même Syracuse. Suivant certaine tradition, Archias s'était rendu à Delphes en même temps que Myscellus et ils avaient consulté l'oracle ensemble : le dieu, avant de répondre, avait voulu savoir ce que chacun d'eux préférait de la richesse ou de la santé ; et comme Archias avait choisi la richesse et Myscellus la santé, il avait désigné au. premier l'emplacement de Syracuse, et l'emplacement de Grotonë au second. Or, les Crotoniates se trouvèrent effectivement avoir bâti leur ville dans des conditions de salubrité merveilleuse, ainsi que nous l'avons dit plus haut ; et les Syracusains de leur côté s'élevèrent en peu de temps à l'apogée de la richesse et de l'opulence, témoin cet ancien proverbe : c Us rC auraient pas
1. Le texte porte : « tous les quatre ou cinq jours; » mais, en se référant au passage correspondant du 1. III, ch. v, $ 4, on voit que la correction est inUispeusanie.
GÉOGR. DE bTRABON. 1. — 29
assez* de la dîmè de Syracuse », lequel se dit des gens prodigues et magnifiques. La tradition ajoute qu'en passant à Corcyre, qui se nommait alors Scheria, Archias y laissa l'HéracHde Chersicrate, avec une partie de ses gens, pour y fonder un établissement, ce que Ghersicrate parvint à foire 9.près avoir chassé les Liburnes, maîtres de Tîle ; qu'ayant ensuite relâché au promontoire Zephyrium il y trouva un certain nombre de Doriens qui revenaient de Sicile, où ils s'étaient séparés de leurs compagnons , les fondateurs de Mégare, qu'il les prit alors avec lui, comme ils se disposaient à regagner la Grèce "j et put enfin, aidé par eux, fonder Syracuse. Grâce, surtout, à la fertilité de son territoire et à rheureuse disposition de ses ports, Syracuse prit un rapide accroissement, et ses habitants en vinrent bientôt à exercer sur toute la Sicile une véritable hégémonie^ hégémonie oppressive tant que régnèrent leurs tyrans, hégémonie bienfaisante quand, redevenus libres eux-mêmes, ils voulurent affranchir aussi toutes les villes qui gémissaient sous le joug des Barbares. De ces populations barbares de la Sicile, les unes étaient autochthones , les autres avaient franchi le détroit et envahi le pays. Les Grecs avaient bien empêché qu'elles ne prissent pied sur aucun point du littoral, mais ils n'avaient pu les empêcher de pénétrer dans Tintérieur et de s'y fixer, si bien que, de nos jours encore, l'intérieur de l'île demeure occupé par les descendants des Sicèles, des Sicanes, des Morgètes, etc., voire même des Ibères , le premier peuple barbare , au dire d -Éphore, qui se soit établi en Sicile. Morgantium , . ville ancienne aujourd'hui détruite, avait eu, suivant toute apparence, les Morgètes pour fondateurs. Barbares et Grecs eurent beaucoup à souffrir ensuite de l'invasion des Carthaginois et de leurs continuelles attaques, auxquelles Syracuse opposa pourtant encore une énergique résistance. Puis les Romains
1. M. Mûller propose de lire : oùJ' cDi:ç ^Cvoix' av. Voy. Ini var. lect., p. 978, vol. I, lig. 45, comment il justifie cette correction. — 2. En maintenant le mot àiciôvTaç, que M. Meineke supprime parce qu'il est omis dans un ou deux Mss., nous l'avons reporté après xxtaâv-rwv, comme le veulent et Groskurd et.Krjuner.