LIVRE VI
passèrent dans l'île à leur tour , et , en ayant expulsé les Carthaginois, ils mirent le siège devant Syracuse et s'en emparèrent. De nos jours, pour réparer le mal que Sextus Pompée avait fait k Syracuse, ainsi qu'à mainte autre ville de la Sicile, César-Auguste y envoya une colonie et fit rebâtir une bonne partie de l'ancienne ville. Seulement, celle-ci formait une pentapole ayant un mur d'enceinte de 1 80 stades, et comme il n'y avait aucune utilité à ce que toute cette enceinte fût remplie, Auguste crut devoir borner ses réparations au quartier voisin de l'île d'Ortygie, quartier moins abandonné, moins désert que les autres, et qui se trouvait avoir d'ailleurs à lui seul le périmètre d'une ville considérable. L'île d'Ortygie fait, on peut dire, partie de Syracuse, d'autant qu'un pont l'y réunit. Elle renferme la fontaine Aréthuse. Les mythographes prétendent que le fleuve par lequel cette fontaine s'écoule dans la mer n'est autre que l'Alphée venu jusqu'ici des côtes du Péloponnèse, après avoir fait sous terre tout le trajet de la mer de Sicile, pour s'unir à l'Aréthuse, se séparer d'elle aussitôt et se perdre de nouveau dans la mer. On cite à l'appui de cette tradition certains faits, celui d'une coupe, par exemple, jetée dans l'Alphée à Olympie, et qui aurait reparu à Ortygie dans l'Aréthuse; celui-ci aussi, qu'à la suite des grandes hécatombes d'Olympie les eaux de la fontaine prennent toujours une teinte bourbeuse. Ajoutons que Pindare admet la tradition et s'y conforme, quand il dit en parlant d'Ortygie :
e Tombe auguste de TAlphée, noble berceau de Syracuse % »
et que Timée lui-même fait conmie Pindare, l'historien en ceci Confirmant le poëte. — Mais au moins faudrait-il qu'avant d'atteindre les côtes du Péloponnèse l'Alphée se perdît dans quelque gouffre béant à la surface de la terre, on concevrait alors à la rigueur que du fond de ce gouffre il pût parvenir jusqu'en Sicile par un canal ou conduit souterrain et sans que ses eaux se fussent altérées par leur mélange avec celles