‹ Geographie De StrabonChapitre 161 sur 181 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

n'a plus contribué à ruiner cette ville que le siège soutenu autrefois dans ses murs par les bandes d'esclaves fugitifs qui formaient l'armée d'Eunus et que les Romains eurent tant de peine à réduire. La même guerre fit beaucoup de mal ^ Gatane, 'k Tauromenium et à plusieurs autres villes encore*. Partout ailleurs, dans Tintérieur [et sur le littoral] on ne trouverait guère que des habitations de bergers , car il n'y a plus, que je sache, de vrai centre de population, ni k Himera, ni à Gela, ni k Gallipolis, ni k Sélinonte, ni k Eubœa,etc., toutes villes dont l'origine est grecque , puisqu'elles ont été fondées, Himera par les Zancléens de Mylœ , [Gela par les Rhodiens] *, Gallipolis par les Naxiens, Sélinonte par les Mégariens de Sicile, etEuboDa par les Léontins'. Quant aux villes fondées par les Barbares, comme était Gamici, résidence de ce roi Gocalus chez qui la tradition fait périr Minos assassiné, elles ont aussi pour la plupart compléte*ment disparu. Frappés de cet abandon du pays, de riches Romains se rendirent acquéreurs des montagnes et de la meilleure partie des plaines et livrèrent ces terres k des éleveurs de chevaux, de bœufs et de brebis, leurs esclaves. Mais la présence de cette nouvelle population fit courir plus d'une fois aux Siciliens de grands dangers ; car ces pâtres, qui ne s'étaient d'abord livrés qu'k des actes de brigandage isolés, individuels, finirent par former des bandes qui portèrent la dévastation jusque dans les villes, comme l'atteste l'occupation d'Enna par la bande d'Eunus. De nos jours, tout dernièrement même, on a amené k Rome un certain Selurus, dit le fils de T^ina, parce qu'à la tête d'une véritable armée il avait longtemps couru et dévasté les environs de cette montagne, et nous l'avons vu dans le cirque, k la suite d'un combat de gladiateurs, déchirer par les bêtes. On l'avait placé sur un échafaudage très-élevé qui figurait l'iEtna; tout à coup l'échafaudage se disloqua, s'écroula, et lui-même fut précipité au milieu de cages remplies de bêtes féroces qu'on avait

1. Voy. ]a note 2 de la page précédente. — 2. Restitution de Meineke, d'après une conjecture de Groskurd. — 3. Voy. la note 2 de la page 453.

4f.6 GÉOGRAPHIE DE STRABON.

placées an-dessous, mais qa'on avait faites exprès assez fragiles pour que ces bêtes n'eussent aucune peine à les rompre.

7. Qu'est-il besoin, à présent, de parler de la fertilité de laSicile, après ce que tant d'auteurs en ont dit ? Généralement, on régale à celle de l'Italie ; il semble pourtant qu'on doive la mettre encore au-dessus, quand on compare la production des deux pays en blé, en miel, en safran, etc. Ajoutons que son extrême proximité de l'Italie (la Sicile fait en quelone sorte partie de la péninsule) lui permet de pourvoir aux approvisionnements de Rome aussi commodément et sans plus de peine que les campagnes mêmes de l'Italie. On TappeUe à cause de cela le grenier de Rome; et il est de fait qu'elle exporte à Home tous ses produits, sauf une petite quantité réservée pour fa propre consommation; et pstr produits je n'entends pas seulement les fruits de la terre, mais aussi Je bétail, le cuir, la laine, etc. Suivant l'expression de Posidonius, la Sicile se trouve avoir, dans Syracuse et dans l'Éryx, deux citadelles qui commandent la mer, et, dans £nna,une troisième citadelle intermédiaire qui commande et domine toutes les plaines de l'intérieur*.

8. Non loin de Gentoripa est la petite ville d'Etna, dont nous parlions tout à Theur^e. iEtna est le repos et le point de départ des voyageurs qui font l'ascension du volcan; car c'est là que commence , à proprement parler, la region du sommet. Dans toute cette région supérieure, la montagne est nue et stérile, le sol est comme de la cendre, et disparaît rhi ver sous la neige amoncelée, ce qui forme un contraste avec les beaux bois et l'abondante végétation de la région inférieure. Le sommet, qui plus est, paraît sujet à de fréquents changements par suite de la nature capricieuse des éruptions volcaniques, et cela se conçoit : comme le feu intérieur tantôt se porte tout vers un seul cratère et tantôt se divise entre plusieurs, et que de ces cratères sortent tantôt des flots de lave, tautôl rien que des flammes et de la

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