LIVRE VI
ville. « Après la guerre de Messénie, dit-il, tous ceux d'entre les Lacédémoniens qui n'avaient point pris part à l'expédition furent, en vertu d'un jugement, réduits à la condition d'esclaves et déclarés hilotes; en même temps tous les enfants nés pendant l'expédition reçurent le nom de Parthénies et se virent exclus de la dignité de citoyens. Mais ces derniers ne purent endurer un tel outrage, et, comme ?ls étaient nombreux, ils conspirèrent la mort des Spartiates. Cependant les Spartiates avaient eu vent du danger ; ils répandirent alors sous main des émissaires chargés de tromper les conjurés par de faux semblants d'amitié et de tirer d'eux tout le détail de leur plan d'attaque. Phalanlhe, l'un des Parthénies, passait pour le chef du complot, bien qu'en réalité il n'eût pas approuvé sans réserve ce projet de guetapens. Voici quelles en étaient les dispositions : le jour des Hyacinthies, pendant la célébration des jeux dans l'Amyclseum, les conjurés devaient, au signal que donnerait Phalanthe en se couvrant la tête de son bonnet, fondre sur les Spartiates, tous aisément reconnaissables à leur chevelure, et les massacrer. Or, au moment où les jeux allaient commencer, sur les secrets avis qui avaient fait connaître le plan des compagnons de Phalanthe, un héraut s'avança, et défendit à Phalanthe de se couvrir la tête. Les conjurés comprirent qu'ils étaient découverts, une partie se dispersa; quant aux autres, ils implorèrent et obtinrent leur pardon, mais, en les rassurant sur leur vie, on les retint sous bonne garde. Seul Phalanthe dut se rendre à Delphes pour interroger l'oracle sur le lieu où ils pourraient être envoyés en colonie. L'oracle lui répondit :
« En te donnant pour demeure Satyrium et les grasses camc pagnes de Tarente, je te donne aussi de devenir le fléau des a lapyges. »
Les Parthénies vinrent donc à Tarente sous la conduite de Phalanlhe et y reçurent bon accueil tant des populalioiii barbares que des Cretois, premiers colons du lieu. » Suivant Antiochus, ces Cretois descendaient des compagnons m émus
GÉOGR. DE STRAUON. I. — liO
de Minos, qui, ayant, après le meurtre de leur roi à Gamici, chez Gocalus , quitté la Sicile en toute hâte, avaient été jetés par les vents hors de leur route et poussés vers ce point de la côie d'Italie, d'où une partie avait ensuite gagné la Macédoine par terre, en faisant le tour de l'Adriatique, et s'y était ^xée sous le nom de BottUens. Antiochus ajoute que le nom de lapygie^ sous lequel on désigne tout le pays jusqu'à la Daunie, lui est venu d'un fils de Dédale, appelé lapyx, que la tradition fait naître d'une femme Cretoise, et qui serait devenu lui-même l'un des chefs ou princes crétcûs. Quant à Tarente, c'est du héros Taras qu'elle aurait tiré son nom.
3. Éphore, lui, raconte autrement la fondation de Tarente. « Les Lacédémoniens, dit-il, ayant déclaré la guerre aux Messéniens pour venger la mort de leur roi Téléclus, tué à Messène pendant la célébration d'un sacrifice, jurèrent de ne point rentrer dans leurs foyers avant d'avoir détruit Messène, et de périr plutôt jusqu'au dernier. Us partirent ne laissant pour garder la ville que ce que Sparte comptait d'enfants tout jeunes ou de vieillards décrépits. Mais, la dixième année de la guerre, les femmes des Lacédémoniens s'étant réunies en conciliabule députèrent vers leurs maris, quel?-^ ques-unes d'entre elles pour leur représenter qu'ils faisaient la guerre aux Messéniens dans des conditions par trop inégales; que ceux-ci, restant dans leurs foyers, continuaient à procréer, tandis qu'eux, en s'obstinant à ne pas vouloir quitter le territoire ennemi, laissaient leurs femmes à l'état de veuves et risquaient ainsi de dépeupler leur cité* Les Lacédémoniens pour faire droit aux représentations de leurs, femmes, sans manquer pourtant à leur serment, renvoyèrent les plus vigoureux et les plus jeunes d'entre, eux, qui n'avaient pu prendre part au serment commun, vu qu'ils étaient encore enfants quand ils avaient suivi l'armée en Messénie, et, en les coogédiant, ils recommandèrent à chacun en particulier d'avoir commerce avec toutes les jeunes filles qu'ils trouveraient à Sparte : ils supposaient que ces unions collectives avaient chance d'être plus fécondes. Les choses se