L'ancienne Tarente avec sa constitution démocra
iiG8 GEOGRAPHIE DE STRABON.
tique, était parvenue à un degré de puissance extraordinaire : elle possédait la plus forte marine de tout le littoral et pouvait mettre sur pied des armées de 30000 fantassins, de 3000 cavaliers, et de 1000 hipparques^. Elle comptait en outre dans son sein beaucoup d'adeptes de la philosophie Pythagoricienne, l'un des plus distingués, notamment, Archytas , connu aussi pour être resté de longues années à la tête du. gouvernement de son pays. Mais Texcès de la prospérité finit par engendrer la mollesse, et celle-ci fit de tels progrès à Tarente que le nombre des jours de fêle arriva à y dépasser celui des jours ordinaires*. De là naturellement une grave altération des mœurs et des institutions des Tareniins. Il me suffira, du reste, de rappeler un détail de .leur administration pour en faire sentir tous les vices : je veux parler de l'emploi si fréquent fait par ce peuple de généraux étrangers. Indépendamment d'Alexandre , roi des Molosses, dont ils avaient imploré le secours contre les Messapiens et les Lucaniens , indépendamment d'Archidamus, fils d'Agésilas, à qui ils avaient eu recours plus anciennement, ils appelèrent encore dans la suite Gléonyme, Agathocle, et finalement Pyrrhus pour lutter contre Rome. Et notez qu'en appelant ces étrangers à leur aide ils ne pouvaient pourtant s'astreindre à leur obéir, de sorte qu'ils ne tardaient pas à s'en faire des ennemis. Cl*est ainsi qu'Alexandre voulut, uniquement en haine de leur indocilité, transporter sur le: territoire de Thurium le siégé de l'assemblée générale des Grecs italiotes, qui s'était toujours tenue à Héraclée, sur le territoire tarentin : il choisit sur les bords du fleuve Acalandre un vaste terrain, et, l'ayant fait entourer de murailles, décida que les synodes ou réunions générales se tiendraient là dorénavant. On s'accorde aussi généralement à regarder comme une conséquence de leur ingratitude la malencontreuse entreprise qui mit fin aux jours de ce prince. [Disons pourtant que
I. Voy. sur ce nom Meinekc : Vind, Strabon,, p. 77. — 2. Cf. Athen. IV, 4>. 106. '