CHAPITRE IV
Après avoir dépeint, trop longuement peut-être, l'aspect physique de l'Italie , jious voudrions indiquer les causes , les causes principales, qui ont élevé si haut la puissance romaine. La première cause, à notre, avis, est que l'Italie se trouve être aussi sûrement gardée que pourrait l'être une lie, puisque la mer l'entoure presque de tous les côtés et que dans le court intervalle où la mer ne la baigne point un rempart de montagnes infranchissables la protège. Nous ferons remarquer, en second lieu, que Tltalie, dont les côtes sont généralement dépourvues d'abris, possède cependant quelques ports merveilleusement beaux et spacieux, deux conditions excellentes, en ce que Tune préserve le pays des attaques du dehors, pendant que l'autre permet à ses habitants de prendre au besoin Toffensive et facilite en même temps l'importation des marchandises. Enfin l'Italie a un troisième avantage, c'est de réunir en elle différents climats et différentes températures : de là, en effet, l'extrême variété d'animaux et de plantes, soit utiles, soit nuisibles, qu'on y rencontre, et cette richesse qu'elle offre en productions de toute nature pouvant servir aux besoins de la vie. Nous avons déjà dit que la péninsule s'étend en longueur généralement du N. au S. et que sa longueur, déjà très-grande par elle-même, se trouve encore accrue de toute celle de la Sicile, qui fait pour ainsi dire corps avec elle ; or, on juge de la douceur ou de la rigueur du climat d'un pays, suivant que la température en est élevée, basse ou moyenne ; il s'ensuit donc nécessairement que l'Italie, j'entends l'Italie actuelle, placée comme elle est à égale dis-
tance des températures extrêmes et allongée cominë elle eet^ doit participer surtout de la nature des climats tempérés^ en posséder tous les privilèges. Ceci du reste résulte encore pour elle d'une autre cause : comme la chaîne de l'ApeBr nin, en traversant la Péninsule dans toute sa longueur, laisse encore assez de place libre des deux côtés pour que de belles plaines et de fertiles coteaux s'y déploient, il n'y a pas par le fait une seule partie de Tllalie qui ne se trouve ' jouir à la fois des avantages des pays de montagnes et de ceux des pays de plaine. Ajoutez la multitude et Timporportance des cours d'eau et des lacs.que Tltalie renievm&y la quantité de sources [minérales] , chaudes ou froidesi qu'on y voit jaillir à la surface du sol, précieux remèdes par lesquels la nature semble avoir voulu venir en aide à. la santé de ses habitants et dont l'existence n'exclut pas celle de nombreuses mines riches en métaux de< tout genre. Quant à la profusion de matériaux, d'aliments que ce pays met à la disposition de l'homme et des animaux, quant k l'excellence de ses divers produits, il faut renoncer k en parler dignement. Enfin, placée comme elle est, entre la Grèce et les plus riches provinces de la Libye*, l'Italie» se trouve former pour ainsi dire le centre des plus grands Étqte, et, comme sa supériorité, sous le rapport de la fertilité et de l'étendue, semble l'appeler à une sorte d'hégémonie ou de prédominance sur tout ce qui l'entoure, cette proximité des principaux États est encore un avantage de plus qui lui facilite l'exercice du pouvoir.
2. Faut-il, maintenant, à cette description générale de ritalie joindre au moins une courte esquisse de l'histoire du peuple romain, de ce peuple qui Ta conquise et s'en est fadt ensuite, comme qui dirait, un point d'appui pour conqn^r le monde? Eh bien I qu'il nous suffise de rappeler qu'après la fondation de Rome les Romains vécurent plusieurs géné-^ rations heureux sous la sage administration de leurs rois , mais qu'ayant vu le dernier de ces rois, Tarquin, abuser