LIVRE VI
odieusement de son pouvoir, ils le chassèrent et se don^ nèrent une constitution mixte, tenant à la fois de la mo-narchie et de Taristocratie. Ils s'étaient associé , dès auparavant, les Sabins et les Latins; mais, comme ils ne trouvèrent point toujours ces deux peuples, non plus que leurs autres voisins, animés à leur égard de dispositions bienveillantes, ils furent en quelque sorte forcés de les traiter en ennemis et de s'agrandir à leurs dépens. Us continuaient à s'étendre ainsi de proche en proche, quand on les vit eux-mêmes tout d'un coup, et sans que personne pût s'y at* tendre, dépossédés de leur propre cité , qu'ils ne tardèrent pas du reste, à reprendre , et cela aussi brusquement qu'ils l'avaient perdue*. Polybe place ce double événement dixneuf ans après la bataille navale d'^gos Potamos, c'est-à-dire juste à la même époque que le traité d'Antalcidas. Une fois ce danger écarté, les Romains achevèrent de réduire 1» Latium en leur pouvoir. Ils enlevèrent ensuite aux Tyrrhènes, ainsi qu'aux Celtes des bords du Pô, cette liberté dont ils avaient si fort abusé ^, puis triomphant successivement des Samnites, des Tarentins et de Pyrrhus, ils se trouvèrent bientôt avoir conquis toute l'Italie, tout ce qu'on nomme au* jourd'hui Y Italie, kl'exception toutefois de la région qui avoisine le Pô. Sans attendre que la guerre de ce côté fût complètement terminée, ils passèrent en Sicile, arrachèrent cette île aux Carthaginois, puis revinrent à la charge contre les Celtes ou Gaulois des bords du Pô. Mais ils n'avaient pas encore achevé de les réduire qu'Annibal entrait en Italie. Alors commença la seconde guerre punique, suivie bientôt de la troisième, laquelle se termina par la destruction de Carthage et la réduction en province romaine de la Libye et de la portion de l'Ibérie qui avait appartenu aux Carthaginois. Cependant diilérents peuples avaient formé anrec
1. Malgré Texem pie de Coray, nous n'avons pas restitué ici le nom des Gau' lois. L'omission de ce nom, que d'ailleurs tous les lecteursde Strabon devaient suppléer par la pensée, est une flatterie ingénieuse bien en rapport avec le ton général de ce morceau, véritable panégyrique de Rome. — 2. T^« mU^ç xal àvi^i)/ atjûîpla; ! Nouvelle allusion à la prise de Rome par les Gaulois que Strabon regardait comme un véritable attentat, comme un crime de lèsemajesté.
Garthage une sorte de ligue contre Rome : c'étaient les Grecs, les Macédoniens et les peuples d'Asie compris en deçà de l'Halys et du Taurus, cette ligue fut ce qui amena les Romains à conquérir les États du roi Antiochus et ceux de Philippe et de Persée. Et comme, à cetto occasion, les lUyriens et les Thraces, voisins de la Grèce et de la Macédoine, avaient pris eux-mêmes les armes, on vit s'allumer de ce côté une nouvelle guerre qui se prolongea jusqu'à la pleine et entière soumission des pays situés tant en deçà de Tlster qu'en deçà de l'Halys. Il en fut de même du côté de Tlbérie, de la Celtique et de ces autres pays que nous voyons aujourd'hui dans la dépendance de Rome. L'Ibérie, effectivement, ne cessa point d'être en butte aux attaques des Romains, qu'ils ne l'eussent ravagée tout entière et domptée par leurs armes : à la guerre contre Numance succédèrent celles de Viriathe et de Sertorius et finalement celle des Gantabres, peuple qui ne put être réduit que par Gésar- Auguste. Avec la Gaule, tant la Gaule cisalpine que la Gaule transalpine, avec la Ligurie, les Romains ne procédèrent longtemps aussi que par attaques partielles, mais sous les auspices de César, la guerre devint générale, et, continuée par Auguste , elle aboutit à la conquête définitive de ces pays. Enfin des frontières de la Gaule, comme de la base d'opération la plus avantageuse, les armées romaines sont parties récemment pour envahir la Germanie, et déjà maints triomphes ont enrichi Rome des dépouilles de ces nouveaux ennemis. Dans la Libye, maintenant, où les pays indépendants de Garthage avaient été confiés à des rois sujets ou tributaires, on vit quelques-uns de ces rois chercher à secouer le joug, mais on les punit en leur retirant ce qu'on leur avait laissé. Seul Juba continua de régner sur toute la Maurusie et sur une bonne partie de la Libye, grâce à son attachement constant pour l'alliance romaine. Les mêmes faits se sont produits en Asie : gouvernée d*abord par des rois qui s'étaient reconnus sujets de Rome, l'Asie a vu ces rois ou bien s'éteindre sans postérité comme les Attales et les princes de Syrie, de Paphlagonie, de Gappadoce, et