‹ Geographie De StrabonChapitre 45 sur 181 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

D'autre part, cependant, il établit qu'en prenant pour mesure du méridien entier le nombre de stades fixé par Ératosthène, on ne trouve pas plus de 2400 slades pour la distance du parallèle d'Athènes à celui de Babylone et que par conséquent les montagnes d'Arménie et la chaîne du Taums ne sauraient être placées sur le même parallèle qu'Athènes, comme le veut Ératosthène, mais qu'elles doivent être, d'après les données mêmes de celui-ci, reculées vers le nord de plusieurs milliers de stades. Or ici, indépendamment de ce qu'il s'est servi, pour la construction de son triangle, de propositions dont nous avons démontré la fausseté, Hipparque prend encore pour une donnée de la question ce qui n'en est pas une, à savoir que l'hypoténuse de son triangle, autrement dit la droite qui joint Thapsaque et Babylone a 4800 slades de longueur. Car Ératosthène dit formellement que celte longueur est celle de la route qui suit le cours de l'Euphrate, et il fait remarquer en même temps que la Mésopotamie, y compris la Babylonie, forme nn vaste cercle dont la circonférence est décrite par l'Euphrate et le Tigre, mais principalement par l'Eaphrate, de sorte que la droite tirée entre Thapsaque et Babylone ne saurait en aucune façon longer l'Euphrate, ni mesurer à beaucoup près un si grand nombre de stades. Voilà donc le raisonnement d'Hipparque détruit. D'autant qu'on a montré plus haut comment il était impossible que deux lignes données pour se diriger à partir des Pyles Gaspiennes, l'une sur Thapsaque, l'autre sur tel point de la chaîne des monts d'Arménie situé à l'opposite de Thapsaque et à une dislance de cette ville qu'Hipparque lui même fait de 2100 stades au moins, fussent parallèles soit entre elles, soit avec la ligne menée par Babylone , c'est-à-dire avec le côté méridional delà sphragide d'Ératosthène. Faute de pouvoir indiquer la mesure exacte de la route qpii borde les montagnes, qu'a fait Eratosthène ? Il nous a donné à la place la mesure de la route comprise entre Thapsaque et les Pyles Gaspiennes, mais en ayant soin d'ajouter qu'il ne la donnait que comme un à peu près. 11 lui importait peu d'ailleurs, d»i

moment qu'il ne voulait qu'indiquer la longueur de la contrée qui succède à l'Ariane et s'étend jusqu'à l'Euphrate, de mesurer une ligne plutôt que l'autre. Qu'Hipparque néanmoins ait affecté de croire qu'Ératosthène avait voulu parler là de lignes parallèles, autant valait lui dire qu'il le trouvait aussi ignorant qu'un écolier. Des critiques aussi puériles ne méritent pas qu'on s'y arrête.

30. Voici en revanche ce qu'on pourrait sérieusement reprocher à Ératosthène. De même qu'en anatomie on distingue la division par membres de la simple division , de la division grossière en parties prises au hasard, la division par membres procédant d'après la délimitation naturelle des parties et suivant leurs articulations et leurs principaux contours, ainsi qu'Homère le dit dans ce vers,

c Ayant divisé la victime membre à membre *,

tandis que l'autre méthode n'offre rien de pareil , et de même que l'on emploie Tune oul'autre méthode en son lieu, suivant la circonstance et le besoin, de même en géographie, oti il nous faut procéder aussi à la division complète des parties, nous devons imiter la dissection par membres plutôt que la division en parties prises au hasard, car c'est ainsi seulement que nous pourrons obtenir ces traits ou caractères distinctifs et ces délimitations rigoureuses, dont le géographe a surtout besoin. Or, pour qu'une contrée soit bien délimitée, il faut autant que possible qu'elle le soit à l'aide des fleuves, des montagnes ou de la mer, à l'aide encore de la nationalité une ou multiple de ses habitants, à l'aide enfin , si faire se peut, d'une détermination exacte de son étendue et de sa figure. Dans tous les cas, une simple indication à grands traits suffira , sans qu'il faille chercher la précision géométrique. S'agit-il de l'étendue, il suffira d'indiquer le maximum de la longueur et de la largeur, de dire, par exemple, au sujet de la terre habitée, qu'elle a en Ion-

1. Hom., Oîyssée, IX, 291.; Iliade^ XXIV, 4o9. M. Meineke voit dans cette citation une glose marginale, et comme telle il Ta rejetée en note dans son édition. Cf. Yindity, Strabon, liber, p. 8.

Page 1