LIVRE II
voir d'une première distance de 6700 stades, comptée entre Babylone et les Pyles Gaspiennes, et d'une autre de plus de 9000 stades, marquée entre Babylone et la frontière de Karmanie et de Perse, et prise sur une ligne menée droit au levant équinoxial, perpendiculairement à ce côté commun de la deuxième et delà troisième sphragide, il résulterait, dis-je, un triangle rectangle ayant son angle droit à la frontière de Karmanie, mais son hypoténuse moindre que l'un des deux côtés de l'angle droit, d'où il suit que la Perse aurait dû être comprise dans la deuxième sphragide. A cela il a été déjà répondu que, du moment qu'Ératosthène n'avait pas mesuré la distance de Babylone à la Karmanie sur un parallèle, ni pris dans le sens même du méridien la droite qui forme la ligne de démarcation des deux sphragides, Hipparque n'articulait proprement rien de sérieux contre lui. Hippargue n'a pas eu plus raison dans ce qui suit. Ainsi, sur ce qu'Eratosthène avait marqué entre les Pyles Gaspiennes et Babylone le nombre de stades que nous avons dit, puis 4900 stades entre les Pyles Gaspiennes et Suse, et 3400 stades entre Suse et Babylone , Hipparque , partant toujours d'hypothèses à lui, a joint ces trois points ensemble, les Pyles, Suse et Babylone, et composé de la sorte un triangle soi-disant obtusangle, ayant son angle obtus à Suse et ses divers côtés de la longueur même marquée par Ératosthène; puis, de cette construction ildéduit que le méridien des Pyles Gaspiennes devra nécessairement couper le parallèle de Babylone et de Suse plus de 4400 stades à l'ouest du point où le même parallèle est coupé par la droite qui va des Pyles Gaspiennes à la frontière die la Karmanie et de la Perse , que la même ligne , passant par les Pyles Gaspiennes et la frontière de Karmanie et Perse, fera avec le méridien des Pyles Gaspiennes à peu près un demi-angle droit, inclinant ainsi entre le midi et le levant équinoxial, qu'enfin le cours de l'Indus lui sera parallèle et devra, par conséquent, au lieu de tendre droit au midi à sa sortie des montagnes, comme le marque Ératosthène, se diriger aussi entre le midi et le levant équinoxial, ainsi qu'il est figuré
sur les anciennes cartes. Mais, comment accorderions-nous à Hipparque que le triangle qu'il vient de former de la sorte est obtusangle, quand nous n'accordons pas que le triangle qui le contient soit rectangle? Gomment lui accorderionsnous que la droite qui joint Babylone à Suse, et qui forme, d'après lui, l'un des côtés de l'angle obtus, se dirige dans le sens même d'un parallèle , quand nous ne l'accordons pas pour la ligne totale prolongée jusqu'à la Karmanie? Gomment lui accorderions-nous enfin que la ligne menée des Pyles Gaspiennes aux confins de la Karmanie est parallèle au cours de l'Indus? Sans toutes ces conditions pourtant, son raisonnement tombe à faux. Hipparque prétendait en outre que, comme Ératosthène avait prêté à l'Inde la forme rhomboïdale, et que le côté oriental de celte sphragide s'étend beaucoup dans Test, vu qu'il se trouvo là prolongé encore de tout un promontoire fort saillant qui, se dirigeant en même temps au sud , dépasse tout le reste du littoral de ce côté, il devait en être de même pour le côté que borde Tlndus. 35 . Dans tout ceci Hipparque argumente en géomètre, sans doute; mais son raisonnement n'en est pas plus convaincant. Car il semble s'être condamné lui-même et avoir voulu justifier Ératosthène, en ajoutant ce qui suit, « que l'erreur d'Eratosthène eût été pardonnable, s'il se fût agi seulement de faibles distances, mais que, comme les distances sur lesquelles elle porte sont de plusieurs milliers de stades, on ne sauvait la lui passer, après qu'il a déclaré surtout qu'une simple distance de 400 stades suffisait à mettre entre deux parallèles, entre le parallèle d'Athènes et celui de Rhodes, par exemple, une différence sensible. » Les jugements de nos sens, en effet, ne sont pas tous de même nature^ ils comportent, suivant les cas, une latitude plus ou moins grande, une latitude plus grande, quand, pour juger des climats ou de la situation respective des lieux, nous consultons seulement le témoignage de nos yeux, la nature des productions ou la différence de température, une latitude moins grande, quand nous employons les mstruments de gnomonique et de dioptriquo. Aussi conçoit-on que les parallèles d'Athènes,