‹ Geographie De StrabonChapitre 52 sur 181 · LIVRE II. Ikb · texte numérisé non relu

LIVRE II. Ikb

puis se continue à partir de Thapsaque par une nouvelle droite assez étendue pour atteindre jusqu'à l'Egypte, et qu'il prétend enfin mesurer la longueur totale de la figure par la longueur même de cette seconde ligne, n Vt-il pas l'air de voiâoir mesurer par le diamètre la longueur de son quadrilatère ? Et, si au lieu du diamètre il prend une ligne brisée, a'aggrave-t-il pas encore sa faute ? Eli bien ! L'on ne peut voir qu'une ligue brisée dans celle qu'il mène des Pyles Gaspiennes par Thapsaque jusqu'au Nil. Voilà ce qu'on pouvait reprocher à Ëratosthène.

38. Ce qu'il y aurait maintenant à dire à Hipparque c'est qu'à la critique des opinions d'Eratosthène il était tenu de joindre une rectification telle quelle de ses erreurs, ainsi que nous procédons nous-même. Mais tout ce qu'il fait, quand parfois il y pense, c'est de nous renvoyer invariablement aux anciennes cartes géographiques, lesquelles auraient pourtant, infiniment plus que la carte d'Eratosthène, besoin d'être rectifiées. Suit une nouvelle objection qui pèche toujours par le même vice, puisqu'ici encere Hipparque s'appuie [pour condamner Ératoslhène] sur une proposition qui, ainsi que nous le lui reprochions tout à l'heure, ne Tésulte pas le moins du monde de données propres à Ëratosthène, à savoir que, si Babylone se trouve plus avancée vers l'est que Thapsaque, la différence n'est pas de plus de 1000 stades*. Cela étant, et quand il résulterait maintenant de telle ou telle allégation d'Eratosthène qu*il faisait Babylone plus orientale que Thapsaque de plus de 2400 stades, comme il est avéré que le plus court trajet entre Thapsaque et le point du Tigre, où Alexandre franchit c& fleuve, est de 2400 stades, et que TEuphrate et le Tigre^ tout le temps qu'ils enveloppent la Mésopotamie, coulent directement vers l'E., pour tourner ensuite au midi, et sa

1. Aalîea de où T:>.elo(nv ^ yj-V^oiq cra^lot;, que Spengel avait déjà proposé do changer en fiupû «Xtloaiv, M. Menieke propose de lire où [i:oUo>] Kkiioaiv. Mais ici encore le changement nous parait propre plutôt à contrarier qu'à faciliter Tintelligence de ce passage difficile. Hii parque avait intérêt à réduire le plus pos* sihle la distance entre les deux méridiens de Thapsaque et de Babylone pour que la prétendue contradiction d'Eratosthène en parût d'autant plus forte.

rapprocher l'un de l'autre, ainsi que de Babylone, nous ne voyons pas que le raisonnement offre en soi rien d'absurde. 39. Même injustice dans le chef d'accusation qui fait suite à celui-ci et qui consiste à prétendre que la distance entre Thapsaque et les Pyles Gaspiennes, qu'Ératosthène a faite de 10 000 stades, mais sans dire qu'elle eût été mesurée en ligne directe (car une droite entre ces deux points eût été infiniment plus courte), a été prise par lui bel et bien en ligne droite. Voici du reste quelle est la marche dû raisonnement d'Hipparque : il pose en fait d'abord que, de l'aveu même d'Ératosthène, le méridien de la bouche Ganopique n'est pas différent de celui des Cyanées et se trouve éloigné du méridien de Thapsaque de 6300 stades ; que les Cyanées, maintenant, sont à 6600 stades du mont Gaspius, lequel domine le col par où Ton descend de la Golchide aux rivages de la mer Gaspienne, si bien qu'à 300 stades près le méridien des Gyanées est également distant et de Thapsaque et du mont Gaspius ; qu'on peut alors considérer Thapsaque et le mont Gaspius comme situés sous le même méridien. « Mais, ajoute-t-il, si l'on peut conclure de là que les Pyles Gaspiennes se trouvent à la même distance de Thapsaque et du Gaspius, il s'ensuit aussi que cette distance ne saurait mesurer à beaucoup près les 10 000 stades que marque Ératosthène entre les Pyles Gaspiennes et Thapsaque : une ligne droite, en effet, tirée entre ces deux points serait bien loin d'atteindre à 10000 stades deloDgueur, et ce n'est donc que d'un trajet en ligne courbe que Ton peut entendre les 10000 stades qu'Ératosthène a attribués au trajet direct des Pyles Gaspiennes à Thapsaque. * A notre tour nous répondrons à Hipparque qu'Ératosthène, conformément aux habitudes géograpÛques, ne se pique point d'une rigueur, d'une exactitude parfaites dans le choix des droites, voire même des méridiens et des parallèles qu'il emploie, tandis que lui le juge avec toute la sévérité du géomètre, comme il pourrait le faire si Ëratosthène eût tracé toutes ses lignes au moyen d'instruments. Et pourtant Hipparque lui-même ne s'est pas tou-

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jours senri d'instrnments, il lui est arriTé souvent d'user de conjectures pour mener les perpendiculaires et les parallèles dont il avait besoin. Sur ce point-là donc déjà Hipparque a tort; il a tort en outre de ne pas reproduire exactement les distances, teles qu'Ératosthène les indique et de faire porter ses critiques non point sur les nombres mêmes d'Ératosthène, mais sur ceux qu'il lui a plu d'imaginer. Ainsi, premier exemple, tandis qu'Ératosthène compte depuis l'entrée du Pont-Euxin jusqu'au Phase 8000 stades, plus 600 stades du Phase à Dioscurias et de Dioscurias au col du Gaspius cinq journées de marche, c'est-à-dire 1000 stades d'après l'évaluation même d'Hipparque, en tout, au calcul d'Ératosthène, 9600 stades, Hipparque, lui, retranche une partie de cette somme et ne compte plus que 5600 stades depuis les Cyanées jusqu'au Phase, plus 1000 stades de là au Gaspiui?. Mais, alors, ce n'est plus d'après Ératosthène, c'est d'après Hipparque que le mont Gaspius et Thapsaque se trouvent situés quasi sous le même méndien. D'ailleurs, supposons qu'Ératosthène lui-même l'ait entendu ainsi, s'ensuivra-t-il pour cela que la ligne tirée par lui du mont Gaspius aux Pyles Gaspiennes doive être juste aussi longue que celle qui joint Thapsaque au même point?

40. Dans son second livre, Hipparque, après être revenu encore sur cette idée de la séparation de la terre habitée en deux parties par la chaîne du Taurus, idée sur laquelle nous nous sommes, nous, bien suffisamment étendu, Hipparque passe à la partie boréale de la terre habitée. Il expose ensuite tout ce qu'Ératosthène a dit des contrées qui font suite au Pont, notamment des trois grands promontoires de l'Europe, de celui du Péloponnèse, de celui de lltalie, et de celui de la Ligystique, lesquels s'avancent du nord au sud et interceptent entre leurs côtés les golfes Adriatique et Tyrrhéuique, puis, une fois les choses exposées ainsi dans leur généralité, il les reprend et les réfute en détail, mais, comme toujours, plutôt en géomètre qu'en géographe. Ici, du reste, les erreurs commises et par Ératos-

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