LIVRE n
l'antre Austral, puisqne les parties voisines de Tëquateur et comprises dans la zone torride sont rendues inhabitables par Tezcès de la chaleur, que les régions polaires le sont par l'excès du froid et que les parties intermédiaires sont seules tempérées et seules habitables. Qaand Posidonius, mainteaant, distingue en plus deux zones tropicales^ ce n'est pas à proprement parler une addition qu'il fait aux cinq autres^ car ces zones tropicales ne répondent pas comme celles-ci à des différences physiques; il semblerait plutôt qu'elles correspondaient, dans sa pensée, à des différences de races et que Posidonius avait voulu, entre la zone éthiopique d'une part, et la zone scythique et celtique d'autre part, distinguer une troisième zone intermédiaire.
2. Pour en revenir à Polybe, son premier tort a été de déterminer une partie de ses zones au moyen des cercles arctiques, d'en placer deux sous ces cercles mêmes et deux autres entre ces cercles et les tropiques, car, ainsi que nous l'avons dit plus haut, on ne saurait limiter à l'aide de signes sujets k se déplacer des zones fixes et immuables. Il n'aurait pas dû non plus faire des tropiques les limites de la zone torride : nous en avons dit plus haut la raison. En revanche, quand il a partagé en deux la zone torride, il a obéi, croyonsnous, à une idée fort juste en soi, la même qui nous a fait adopter à nous aussi pour la terre entière la division commode en deux hémisphères, l'un boréal, et l'autre austral par rapport à l'équateur. Car il est évident que la zone torride se trouve ainsi du même coup partagée en deux, ce qui produit alors une sorte de symétrie tout à fait séduisante pour l'esprit, puisque chacun de ces deux hémisphères comprend de la sorte trois zones complètes et que celles de l'un sont semblables àcelles de l'autre chacune à chacune. Mais, si la division de la terre en ce sens admet aisément les six zoneS| la division en sens contraire ne l'admet plus : du moment, en effet, que c'est à l'aide d'un cercle passant par les pôles qu'on partage endeux la terre, il n'y a plus de raison plausible pour diviser en six zones l'hémisphère oriental et l'hémisphère occidental ainsi obtenus, et, dans ce cas-là encore, la
division en cinq zones suffit, l'analogie parfaite des deux sections de la zone torride, que sépare Pëquateur, et leur contiguïté rendant absolument inutile et superflu le dédoublement de ladite zone. Sans doute les zones tempérées et froides sont de leur natureraussi respectivement identiques,maisaùmoins ne sont-elles pascontiguês chacuue à chacune. On voit donc que de toute manière, pour qui conçoit la terre partagée en hémisphères dans un sens ou dans Tautre, la division en cinq zones suffit parfaitement. Que si maintenant, comme le prétendait Ératosthène et comme Polybe l'admet, il existe sous • réquateur même une région tempérée (région, qui plus est, fort élevée, au dire de Polybe, et sujette par conséquent aux pluies, les nuages quiviennent du nord poussés par les vents étésiens s'y amoncelant autour des principaux sommets), il eût beaucoup mieux valu faire de cette ré^rion, si étroite qu'elle fût, une troisième zone tempérée, que d'introduire ces zones tropicales, d'autant que l'assertion d'Ératosthèneet de Polybe semble confirmée par cette autre observation de Posidonius qu'en cette région la marche du soleil s'accélère, tant sa marche oblique [suivant le plan de l'écliptique] que sa révolution diurne du levant au couchant , le mouvement de rotation le plus rapide étant, à durée égale, celui du cerclç le plus grand. 3. En revanche, Posidonius attaque Polybe sur l'extrême élévation qu'il prête à la région équaloriale. « II ne saurait y avoir, dit-il, d'élévation sensible sur une surface sphérique, toute sphère étant plane de sa nature. D'ailleurs la région équatoriale n'est nullement montagneuse; on se la représenterait plutôt comme une plaine de niveau, ou peu s'en faut, avec la surface de la mer; et pour ce qui est des pluies qui grossissent le Nil, elles proviennent uniquement de l'existence des montagnes d'Ethiopie. » Mais si Posidonius s'exprime ici de la sorte, dans d'autres passages il admet l'opinion contraire, et soupçonne qu'il pourrait bien y avoir sous l'équateur même des montagnes qui, en attirant les nuages des deux côtés opposés, autrement dit des deux zones tempérées, provoqueraient les pluies, contradiction manifeste comme on voit, sans compter que, du moment qu'il admet l'existence de mon-