LIVRE II. loi
tagnes sons Téquâteur, une contradiction nonvelle semble snrgir aussitôt. Puisque l'Océan , en efiet, au dire des mêmes auteurs, forme un seul courant continu , comment font-ils pour y placer des montagnes au beau milieu ? A moins pourtant que, sous le nom de montagnes, ils n'aient entendu désigner un certain nombre d'îles. Mais cette question sort du domaine de la géographie proprement dite, et peut-être ferons-nous bien d'en laisser l'examen à qui se sera proposé d'écrire un nouveau Traité de VOcéan,
4. Au sujet maintenant des prétendus voyages exécutés naguère autour de la Libye, voici ce qu'on peut reprocher à Posidonius : après avoir rappelé qu'Hérodote croyait à une circumnavigation de ce genre accomplie par certains émissaires de Darius {lis. Necos], et qu'Héraclide de Pont, dans un de ses dialogues y introdaisait à la cour de Gélon un mage qui prétendait avoir fait le même voyage, il a soin d'ajouter que ces traditions ne lui paraissent pas suffisamment avérées; et plus loin pourtant lui-même nous raconte comment, sous le règne d'Évergète II, on vit arriver en Egypte un certain Eudoxe de Gyzique, député en qualité de tkéore et de spondophore aux jeux coréens, et comment cet Eudoxe, admis à l'honneur de conférer avec le roi et ses ministres, s'enquit tout d'abord des moyens de remonter le Nil» en homme avide de connaître les curiosités du pays, mais qui étaitdéjà remarquablement instruit à cet égard. Or, il se trouva que, dans le même temps, les gardes-côtes du golfe Arabique amenèrent au roi un Indien, qu'ils disaient avoir recueilli seul et à demi mort sur un navire échoué, sans pouvoir expliquer d'ailleurs qui il était ni d'où il venait, faute d'entendre un mot de sa langue. L'Indien fut alors remis aux mains de maîtres, qui durent lui apprendre le grec. Aussitôt qu'il le sut, il raconta qu'il était parti de l'Inde, qu'il avait fait fausse route, et qu'il venait de voir ses compagnons jusqu'au dernier mourir de faim quand il avait été recueilli sur la côte d'Egypte. Puis, voulant reconnaître les bons soins dont il avait été l'objet, il s'offrit, au cas oii le roi se proposerait d'envoyer une expédition dans l'Inde, à lui servir de guide.
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Eudoze fat de cette expédition. Parti avec force présents, il rapporta en échange un plein chargement de parfums et de pierres dn pins grand prix, soit de ces pierres que les fleuves charrient mêlées à de simples cailloux, soit de celles qu'on extrait du sein de la terre, sortes de concrétions aqueuses analogues à nos cristaux; mais il se vit déçu dans ses espérances, car Evergète retint pour lui le chargement tout entier. À la mort de ce prince, Gléopatre, sa veuve, qui l'avait remplacé sur le trône, fit repartir Eudoxe pour l'Inde avec de plus grands moyens d'action. Gomme il revenait de ce second voyage, les vents le portèrent vers la côte qui s'étend au-dessus de l'Ethiopie ; il y aborda successivement en différents points et sut se concilier l'esprit des indigènes en partageant avec eux son blé, son vin, ses figues, toutes denrées quïls n'avaient point, moyennant quoi il se fit indiquer des aiguades, fournir des pilotes, et même dicter un certain nombre de mots de la langue du pays à l'effet d'en dresser des listes. Il put aussi se procurer un éperon de navire en bois, portant une figure de cheval sculptée, qu'on lui donna pour un débris échappé au naufrage d'un vaisseau venu de l'Occident, et qu'il emporta avec lui quand il reprit la mer pour effectuer son retour. Il arriva sain et sauf en Egypte , mais Gléopatre n'y régnait plus. C'était son fils, par qui Eudoxe se vit dépouUlé une fois encore de tous ses trésors : à vrai dire, il avait été convaincu luimême de détournements considérables. Cependant il porta son précieux éperon sur le quai ou marché du port, et là, l'ayant fait voir à tous les patrons de navire qu'il rencontrait, il apprit que c'était un débris de bâtiment gadirite, que chez les Gadirites, indépendamment des grands navires, que frèt sut les riches n^ociants de la viUe, il y a des embarcations plus petites, que les pauvres gens seuls équipent, qu'on jiomme hippes ou ch&oaux à cause de l'effigie qui orne leurs proues, et qui vont faire la pêche sur les côtes de Maurusie jusqu'au Lixus; quelques patrons de navire reconnurent même cet éperon pour celui d'une embarcation semblable qui avait fait partie d'une petite escadre, qu'on savait s'être