‹ Geographie De StrabonChapitre 6 sur 181 · Hom., Odyssée^ XI, 15 et · texte numérisé non relu

Hom., Odyssée^ XI, 15 et

d'Hécaléeun Traité de géographie, dont l'authenticité ressort, suivant lui, de l'ensemble des œuvres de cet auteur*.

12. Maiutenant, que Tétude de la g<'»ographie exige une grande variété de connaissances, beaucoup Tout dit avant nous; Hipparque notamment, dans sa Critique de la Géographie d'Ératostliène, fait remarquer très-judicieusement que la connaissance de la géographie, si utile à la fois au simple particulier et à Térudit de profession, ne saurait absolument s'acquérir sans quelques notions préliminaires d'astronomie et sans la pratique des règles du calcnl des éclipses. Gommentjnger, par exemple, si Alexandrie d'Egypte est plus septentrionale ou plus méridionale que Babyloue et de combien elle peut Têtre, sans recourir à la méthode des climats? De même, comment savoir exactement si tel pays est plus avancé vers l'orient et tel autre vers l'occident, autrement que par la comparaison des éclipses du soleil et de celles de la lune? Ainsi s'explique Hipparque à cet égard.

13. En général, quiconque se propose de décrire les caractères propres de telle ou telle contrée a essentiellement besoin de recourir à l'astronomie et à la géométrie, pour bien en déterminer la configuration, l'étendue, les distances relatives, le climat ou la situation géographique, la température, et, en un mot, toutes les conditions atmosphériques. Puisqu'il n'est pas de maçon bâtissant une maison ni d'architecte édifiant une ville, qui ne tiennent compte préalablement de toutes ces circonstances, à plus forte raison le philosophe, qui embrasse dans ses études la terre habitée tout entière, y aura-t-il égard. Et, de fait, la chose Ini importe pli;s qu'à personne. Car si, pour une étendue de pays restreinte, la situation au nord et la situation au midi n'impliquent qu'une légère différence, rapportés à la circonférence totale de la terre habitée, le nord comprendra jusqu'aux derniers confins de la Scythie et de la Celtique, et le midi jusqu'aux extrémités les plus reculées de l'Éthio-

1. 00, OQfmine M Charles Mûller propose de traduire : « de la comparaison avec l'autre ouvrage de cet auteur. » C'est à savoir ses Généalogies. Voy. Strab, Geogr. lAdex vaiise Uclionis, p. 940, au bas de la 2« colonne.

pie, ce qui implique des différeuces énormes. De même il ne saurait être indifférent d'habiter chez les Indiens ou parmi les Ibères, peuples que nous savons être, à l'extrême orient et à l'extrême occident, en quelque sorte les antipodes l'un de l'autre.

14. Comme tous ces faits maintenant tirent leur principe du mouvement du soleil et des autres astres, et aussi de la tendance centripète des corps, nous voilà forcés d'élever nos regards vers le ciel, pour observer les apparences qu'en chaque contrée il nous découvre, apparences qui varient extrêmement, reproduisant ainsi la diversité même des lieux d'observation. Gomment donc prétendre représenter avec exactitude et expliquer convenablement ces différences respectives dans la nature et l'aspect des lieux, si Ton n'a pas le moins du monde égard à cet ordre de phénomènes ? Il ne nous est pas possible, à vrai dire, vu le caractère spécial de notre ouvrage, qui doit être avant tout politique^ de les approfondir tous; au moins convient-il que nous en exposions ici ce qui peut être à la portée de l'homme mêlé à la vie politique.

15. Mais celui qui a pu déjà élever si haut sa pensée ne reculera pas devant une description complète de la terre : il serait plaisant, en effet, qu'après avoir, dans son désir de mieux décrire la partie habitée de la terre, osé toucher aux choses célestes et s'en être servi dans ses démonstrations, il dédaignât de rechercher quelles peuvent être l'étendue et la constitution de la sphère terrestre elle-même, dont la terre habitée n'est qu'une partie, quelle place elle occupe dans l'univers, si elle n'est habitée que dans une seule de ses parties, celle que nous occupons, ou si elle l'est dans d'autres encore, et, dans ce cas, combien l'on en compte, quelles peuvent être aussi l'étendue et la nature de sa portion inhabitée et finalement la raison d'un pareil abandon. Il s'ensuit donc qu'il existe une certaine corrélation entre les études astronomiques et géométriques d'une part et la géographie, telle que nous l'avons définie, de l'autre, puisque cette science relie ensemble les phénomènes terrestres et

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célestes, devenus en quelque sorte des domaines limitrophes, et qu'elle comble l'immense intervalle

c Qui de la terre s'étend jusqu'aux cieux*. »

16. Allons plus loin et à cette masse déjà si grande de connaissances indispensables ajoutons Thistoire de la terre elle-même, autrement dit la connaissance des animaux et des plantes et, engénéral, de toutes les productions, utiles ou non, de la terre et des mers, et notre thèse, croyons-nous, en deviendra plus évidente encore. Que cette connaissance de la terre, en effet, soit d'une grande utilité pour qui a su l'acquérir, la chose ressort et du témoignage de l'antiquité et du simple raisonnement : les poètes ne nous représententp-ils point toujours comme les plus sages ceux d'entre leurs héros qui ont voyagé et erré par toute la terre? A leurs yeux c'est toujours un grand titre de gloire d'avoir

< visité beaucoup de cités et observé les mœurs de beaucoup d'hommes '. > Ainsi Nestor se vante d'avoir vécu parmi les Lapithes et d'être venu, pour répondre à leur appel,

< Du fond de sa lointaine patrie : ces peuples l'avaient dece mandé et désigné par son nom* ; s

Ménélas, pareillement:

f Après avoir erré, dit-il, dans Cypre, en Pbénicie, et chez « les Egyptiens, je visitai tour à tour les Éthiopiens, les Si- « doniens et les Ërembes, puis la Libye, où je vis le front des c agneaux armé de cornes'*.

Puis il ajoute conmie un trait caractéristique de ce dernier pays :

« Car trois fois, dans le cours d'une année , les brebis y

< mettent bas. i

A propos de Thèbes, maintenant, de la Thèbes d'Egypte, il dira :

1. Hom., lliadej VIII, 16. —2. Id., Odyssée, i, 3. —3. Id., Iliade. I, 270.— 4. Id., Odijssée, IV, «3.

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c C'est le lieu où la terre, au sein fertile, donne les plus « riches moissons * ; »

ou bien encore :

« Thèbes, la ville aux cent portes, dont chacune peut livrer c passage à deux cents guerriers avec leurs chevaux et leurs c chars *. d

Or, tous ces détails descriptifs sont autant de préparations excellentes à la sagesse, en ce qu'ils nous font bien connaître la nature d'un pays et les différents caractères des animaux et des plantes qu'il renferme, voire la nature de la mer et de ses productions, à nous qui sommes en queflque sorte amphibies et pour le moins autant habitants de la mer que de la terre ferme. Et c'est par allusion, sans doute, à tout ce qu'Hercule dans ses voyages avait vu et appris qu'Homère rappelle

c Connaisseur et expert en belles œuvres *. »

Ainsi le témoignage de l'antiquité et le raisonnement s'accordent pour confirmer ce que nous disions en commençant. Mais il est une autre considération qui nous parait plus encore que le reste militer en faveur de notre thèse présente, c'est que la g»^ographie répond surtout aux besoins de la vie politique. Où s'exerce, en effet, Tactiviié humaine, si ce n'est sur cette terre, sur cette mer, que nous habitons et qui offrent à b fuis de petits théâtres aux petites actions, de grands théâtres aux grandes, le théâtre des plus grandes se confondant ainsi avec les limites mêmes de la terre entière ou de que ce nous appelons proprement la terre habitée , et les plus grands capitaines étant ceux qui parviennent à dominer sur la plus grande étendue de terre et de mer, et à réunir cités et nations en un seul et même empire, en im seul et même corps politique ? Il est donc

1. cf. nom., Odiiftée, IV,"329. M. Cramer voit dans cette citation nne glose mar<ûtiale insérée indûment dans le texte et M. Meméke l'a r^etée en note. — •> nom., Iliadej I. 3B3. — 3. Id., Ody.-s.j XXI, U6,

évident que la géographie, considérée dans son ensemble, exerce une influence directe sur la conduite des chefs d'État par la distribution qu'elle fait des continents et des merjs, tant au dedans qu'en dehors des limites de la terre habitée , cette distribution étant faite naturellement en vue de ceux qui ont le plus d'intérêt h savoir si les choses sont de telle façon ou de telle autre et si telle contrée est déjà connue ou encore inexplorée. On conçoit, en effet, que ces dxefs s'acquitteront mieux du détail de leur admioislration, connaissant l'étendue et la situation exacte du pays et toutes les variétés de climat et de sol qu'il peut présenter. Mais, maintenant, comme ces princes ont leurs Etals situés en diverses parties de la terre, et que leurs premières entreprises, leurs premières conquêtes partent de divers foyers et de centres différents, il ne leur est pas possible, non plus qu'aux géographes, de connaître également bien tous les pays de la terre ; et leurs connaissances aux uns et aux autres seront nécessairement susceptibles de plus et de moins. La terre habitée tout entière fût-elle rangée sous la même domination, sous le même gouveruement, il serait difficile encore que toutes les parties en fassent connues au même degré : dans ce cas-là même, on connaîtrait mieux que le reste les parties les plus proches de soi, d'autant que ce sont celles-là sur lesquelles il importe de répandre le plus de lumière, afin de les faire bien connaître, puisque, par leur position, elles sont plus à portée d'être utiles. Dès là riea d'étonnant que telle chorographie convînt mieux aux Indiens, telle autre aux Éthiopiens, telle autre encore aux Grecs et aux Romains. Quel intérêt, en effet, pourrait avoir le géographe indien à décrire la Béotie comme le fait Homère, qui nomme

« Et les peuples d'Hyria et ceux de la pierreuse Aulis , ceux « de Schœne et de Scôle *. »

Pour nous autres, à la bonne heure, la chose a de l'im-

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