‹ Geographie De StrabonChapitre 7 sur 181 · tade, II · texte numérisé non relu

tade, II

portance. En revanche, une description si détaillée de Tlnde n'aurait plus d^ntérêt pour nous : Tutilité n'y serait point, Futilité, qui est proprement la juste et vraie mesure dans

ce genre d'études.

17. Ce que nous avons dit [de l'utilité de la géographie] se vérifie même dans les petites opérations, à la chasse par exemple, car on chassera mieux connaissant la disposition et rétendue de la forêt; et, -en général, quiconque con* naît les lieux s'entendra mieux qu'un autre à choisir un campement, à disposer une embuscade, à diriger une marche. Mais dans les grandes opérations l'évidence de notre assertion devient plus éclatante encore, d'autant qu'alors on est plus chèrement récompensé d'avoir su, plus chèrement puni d'avoir ignoré. Ainsi la flotte d'Agamemnon se trompe, ravage la Mysie pour la Troade et se voit réduite à une retraite honteuse. Ainsi les Perses et les Libyens, pour avoir cru reconnaître dans des passes libres et ouvertes des dé-» troits sans issue, s'exposent aux plus grands périls, et laissent derrière eux, comme trophées de leur ignorance, les Perses, le tombeau de Salganée près de TEuripe de Ghalcis, de cet infortuné Salganée immolé par eux comme un traître pour avoir, soi-disant, mené perdre leur flotte des rivages Maliens tout au fond de i'Ëuripe ; les Libyens le monument de Pélore, mort viôlime d'une semblable erreur. La même cause encore, lors de l'expédition de Xerxès, remplit la Grèce de débris de naufrages, et longtemps auparavant l'émigration des iEoliens et celle des Ioniens avaient offert le spectacle de maints désastres pareils , tous occasionnés par l'ignorance. D'autre part, que de victoires dans lesquelles le vainqueur doit tout son succès à la connaissance des lieux ! Au défilé des Thermopyles,par exemple, n'est-ce pas Éphialte qui, en indiquant aux Perses ce sentier dans la montagne' leur livre Léonidas et introduit en deçà des Pyles l'armée barbare ? Mais sans remonter si haut, je trouve une preuve suffisante de ce que j avance soit dans la récente campagne des Romains contre les Parthes, soit dans leurs expéditions contre les Germains et les Celles, où l'on voit ces barbares

.retranchés au fond de leurs marais, de leurs forêts de chênes et de leurs solitudes impénétrables, combattre en s'aidantde leur connaissance des lieux contre un ennemi qui les ignore, le trompant sur les distances, lui fermant les passages et interceptant ses convois de vivres et ses autres approvisionnements.

18. La géographie, avons-nous dit, a rapport surtout aux opérations et aux besoins des chefs d'État. A la vérité , la

- morale et la philosophie politique ont aussi pour principal objet de régler la conduite des chefs, et ce qui le prouve, c'est que nous distinguons les différentes sociétés ou associations politiques d'après la forme de leurs gouvernements : le gouvernement pouvant être ou monarchique (nous appelons cette même forme quelquefois royauté)^ ou aristocratique, ou en troisième lieu démocratique , nous reconnaissons aussi trois espèces d'associations politiques, auxquelles nous donnons justement les mêmes noms, par la raison qu'elles tirent de leurs gouvernements respectifs le principe même de leur existence et comme leur caractère spécifique; en effet, la loi diffère suivant quelle émane de l'autorité d'un roi ou de l'autorité d'un sénat ou de celle du peuple, et la loi « comme on sait, est le type même et le moule qui donne la forme à une société, tellement qu'on a pu définir quelquefois le droit « l'intérêt du plus fort. » La philosophie politique s'adresse donc principalement aux princes ; mais si la géographie, qui, elle aussi, s'adresse surtout aux princes , répond de plus à un de leurs besoins de chaque jour, ne pourrait-on pas dire que cette circonstance constitue en sa faveur une sorte de supériorité sur l'autre science , supériorité, nous l'avouons , purement pratique ?

19. Ce qui n'empêche pas que la géographie n'ait aussi son côté spéculatif ou théorique qu'on aurait tort de dédaigner, en ce qu'il touche à la fois à la technique, à la mathématique, à la physique, à l'histoire, voire même à la mythologie. Or la mythologie n'a assurément rien de pratique. Un récit tel que celui des erreurs d'Ulysse, de Ménéias ou de Jason n'est pas de nature à développer beaucoup ctUo

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prudence éclairée que recherche avant tout l'homme pratique, à moins qu*on n'y ait mêlé çà et là telle moralité utile inspirée par les aventures inséparables de semblables voyages, mais il ménagera tout au moins une jouissance dé&* cate à ceux que le hasard conduit dans les lieux ainsi illustrés par la Fable, et Tesprit le plus pratique ne laisse pas que d'être sensible à 1 éclat et à l'agrément de pareils souvenirs : seulement, il ne s'y arrête pas longtemps, car il est naturel qu'il accorde plus d'attention aux choses utiles. Naturellement aussi le géographe s'occupera plus de celles-ci que des autres et, procédant pour l'histoire et les mathématiques, comme il a fait pour la mythologie, ce sera toujours la partie la plus utile et la mieux avérée qu'il en extraira de préférence.

20. Mais c'est surtout, on Ta vu, de la géométrie et de l'astronomie que le géographe paraît avoir besbin pour Tobjet qu'il se propose. Et de fait, comment en serait-il autrement? Comment le géographe pourrait-il bien comprendre, sans recourir aux méthodes que fournissent ces deux sciences, toutes les questions de configuration, de climat y d'étendue et autres semblables? Toutefois, comme les géomètres et les astronomes exposent ailleurs tout au long les moyens de mesurer la terre entière, nous devrons, nous, dans le présent ouvrage, supposer et admettre comme vrai ce qu'ils ont démontré dans les leurs; supposer, par exemple, la sphéricité du monde, celle aussi de la surface terrestre et avant tout la tendance centripète des corps. Et, comme ces faits sont à la portée de nos seus ou rentrent dans la catégorie des notions communes, il nous suffira, si même la chose en vaut la peine, d'en donner l'explication la plus brève et la plus sommaire. Ainsi, en ce qui concerne la sphéricité de la terre, nous rappellerons simplement ou la preuve indirecte qui se tire de l'impulsion centripète en général et de la tendance de chaque corps en particulier vers son centre de gravité, ou la preuve directe et immédiate résultant des phénomènes qu'on observe sur la mer et dans le ciel, et dont le témoignage de nos sens et les simples no-

tibns vulgaires snffîseDt à constater la réalité. Il est évident, par exemple, que la courbure de la mer empêche seule le navigateur d'apercevoir au loin les lumières placées à la hauteur ordinaire de Toeil, et qui n*ont besoin que d'être un peu haussées pour devenir visibles, même à une distance plus grande, de même que Toeil n'a besoin que de regarder de plus haut pour découvrir ce qui auparavant lui demeurait caché. Homère déjà en avait fait la remarque, car tel est le sens de ce vers :

c Une fois soulevé par la vague immense, il put porter trèsc lom sa vue perçante '. %

On sait aussi que, plus un vaisseau approche de la terre, plus chacune des parties de la côte se dessine nettement aux yeux des passagers, et que ce qui leur paraissait bas en commençant va s'élevant sans cesse devant eux. La révolution ou marche circulaire des corps célestes est de même rendue manifeste par diverses expériences, notamment au moyen du gnomon, qu'il suffit d'observer une fois pour concevoir aussitôt que, si les racines de la terre se prolongeaient à l'infini, la susdite révolution ne saurait avoir lieu. Quant à la théorie, des climats, elle est exposée en détail dans des traités spéciaux sur les oeJcèses ou positions géographiques.

21. Mais encore une fois, pour le moment, nous n'avons besoin d'emprunter à ces différentes sciences qu'mi petit nombre de notions, et de notions élémentaires, à l'usage surtout du politique et du capitaine. Car s'il importe, d'une part, qu'ils ne demeurent ni l'un ni l'autre tellement étrangers à l'astronomie et à la géographie, que, se trouvant transportés dans des lieux où les phénomènes célestes les plus familiers au vulgaire viendraient à se produire avec quelques légères anomalies, ils perdent tout à coup la tête et s'écrient dans leur trouble :

« Allons, amis, puisque nous ignorons et le côté du couchant c et le côté de l'aurore, et le point oi!i le soleil, ce flambeau

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