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aventurée trop au delà du Lixus et qui avait dû infailliblement périr. C'en fut assez pour qu'Eudoxe conclût que le périple de la Libye était possible. Là-dessus, il regagna sa patrie, mit tout son bien sur un navire et repartit pour un nouveau voyage. Il toucha d'abord à Dicœarchia, puis à Massalia et longea ensuite tout le littoral jusqu'à Gadira : comme il faisait, partout où il passait, annoncer à son de trompe son entreprise, il ramassa de la sorte assez d'argent pour pouvoir fréter, outre un grand navire, deux transports semblables à des brigantins ou embarcations de pirates; il y embarqua de jeunes esclaves bons musiciens*, des médecins, des artisans de toute espèce, puis il mit à la voUe pour l'Lide et cingla d'abord en haute mer, favorisé par des vents d'ouest constants. Malheureusement, la mer fatiguait ses compagnons^ et il dut se rapprocher de terre; il le fit, mais à contre-cœur, car il connaissait les dangers du flux et du reflux. Effectivement ce qu'il craignait arriva : son vaisseau toucha, assez doucement toutefois pour ne pas être mis en pièces du choc, ce qui laissa le temps de sauver les marchandises et de les transporter à terre, ainsi qu'une bonne partie de la carcasse même du bâtiment. Ce bois lui servit à faire construire im troisième transport, à peu près de la force d'un pentécontore, après quoi, reprenant la mer, il poursuivit sa navigation, jusqu'à ce qu'il eût rencontré des populations dont la langue contenait les mêmes mots qu'il avait déjà recueillis dans ses listes. Il en conclut naturellement qu'elles étaient de même race que ces premiers Éthiopiens et que leur pays devait toucher aux Etats du roi Bogus; et alors, sans plus chercher à atteindre l'Inde, il rétrograda. Dans ce voyage de retour, seulement, il remarqua une Ue déserte qui paraissait bien pourvue d'eau et de bois et il en releva exactement la position. Arrivé sain et sauf en Maurusie, il vendit ses transports, puis s'étant rendu par terre auprès du roi Bogus, il l'engagea à renouveler à ses frais la même expédition. Mais les amis du roi, contre«
i. Sur ce détail voyez la remarque de Meineke, Ftndtc. Stro&on., p. 10.
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carrant ses efforts, surent faire peur à Bogus des entreprises qui pourraient être dirigées contre ses États, une fois qu'il en aurait ainsi montré le chemin à des étrangers aventureux et entreprenants. On parut cependant vouloir tenter l'expédition et lui en offrir le commandement, mais Eudoxe sut qu'en secret on avait comploté de le déposer dans une ile déserte. Il s'enfuit alors sur le territoire romain et de là ayant passé en Ibérie, il y équipa de nouveau un slrongyle et un pentécontore, comptant avec l'un de ces bâtiments tenir la haute mer, tandis qu'il reconnaîtrait la côte avec l'autre. Il embarqua sur ces vaisseaux force instruments d'agriculture et des graines en quantité, engagea de bons constructeurs et recommença la même expédition, se proposant, en cas de retard, d'hiverner dans l'île, dont il avait relevé naguère la position, d'y semer son grain, et d'achever son voyage, une fois la moisson faite, tel qu'il l'avait conçu dans l'origine.
5. « Ici s'arrête, nous dit Posidonius, ce que j'ai pu apprendre des aventures d'Eudoxe ; de ses aventures ultérieures sans doute on saurait quelque chose à Gadira et en Ibérie, maïs ce que j'ai raconté suffît à démontrer que l'Océan décrit un cercle autour de la terre habitée ,
< L'Océan, qu^aucun lien terrestre n'enserre, et qui s'étend < à l'inûni, loin de tout mélange impur '. »
Il faut bien le dire, tout est prodigieux dans ce récit de Posidonius, à commencer par ceci, qu'après avoir refusé de croire à l'authenticité du voyage de circumnavigation de ce mage, dont parle Héraclide, et de cet autre voyage des émissaires de Darius [lis. Necos*] rapporté dans Hérodote, il ait pu nous donner à son tour comme authentique un conte à la façon du Bergéen, qu'il avait, sinon inventé lui-même, du moins recueilli avec trop de crédulité de la bouche d'insignes jmposteurs. Quelle apparence y a-t-il, en effet, qu'il soit arrivé
1. D'après une première conjecture de M. Bergk, M. Meineke a cru devoir reconnaître dans ces deux vers un fragment de^ l'/^ermé* d'Eratosthène. Voy. Vindic, Strabon» p. 10-11. — 2. Cette erreur de nom revenant ici pour la seconde fois, et dans des conditions différentes, a porté M. Millier à douter s'il convenait de rimputer h. Posidonius plutôt qu'4 Strabon lui-même.