‹ Geographie De StrabonChapitre 76 sur 181 · LIVRE n · texte numérisé non relu

LIVRE n

surface plane et figuré par des lignes droites des circonférences de cercles convergents, Tesprit ne se représente pas la convergence aussi nettement qu'il fait la périphérie ou courbure circulaire»

11. Gela étant, nous supposerons, dans toute la description qui va suivre, la carte de la terre tracée sur une surface plane. Quant à la description elle-même, nous remprunterons en partie au souvenir de nos propres voyages sur terre et sur mer, en partie aux informations orales et aux relations écrites qui nous ont paru mériter créance. Or, nos voyages se sont étendus, du côté du couchant, de l'Arménie aux rivages de la Tyrrhénie qui font face à la Sardaigne, et, du côté du midi, des Lords de TEuxin aux frontières de l'Ethiopie. Et, certes, parmi les différents auteurs qui ont traité de la géographie on n'en trouverait pas un seul qui eût parcouru beaucoup plus de pays que nous dans nos voyages entre les limites marquées ci- dessus. Ceux-là, en effet, qui ont poussé plus loin que nous dans la direction de l'occident, n'ont pas exploré une aussi grande étendue des contrées de l'orient ; d'autres, au contraire, ont pénétré moins avant du côté de l'occident : nous en pourrions dire autant pour le midi et pour le nord. Toutefois, à le bien prendre, nous n'avons fait le plus souvent, nos prédécesseurs et nous-même, que combiner les différentes notions que nous recueillions de la bouche des indigènes sur la figure, l'étendue, et en général sur tout ce qui constitue la nature et le caractère d'un pays, conmie l'intelligence combine les différentes idées d'après le témoignage des sens. C'est en combinant, on le sait, ce que nos sens nous révèlent de la forme, de la couleur et du volume de la pomme, de son odeur, de sa douceur au toucher et de sa saveur au goût, que notre pensée se forme l'idée d'une pomme, et, s'agit-il de figures de grande dimen. sion, ce sont nos sens qui en perçoivent d'abord les parties, puis, d'après leur témoignage, notre pensée en recompose l'ensemble. Eh bien! De même, dans notre ardeur djjj^ vestigation, nous consultons, comme nous ferions nos sSÊf, ceux qui ont vu tels ou tels lieux^ parcouru telles ou telles

parties de la terre, et en combinant leurs témoignages, nous parvenons à reproduire dans un seul et même tableau l'aspect générai de la terre habitée. N'est-ce pas ainsi que les généraux arrivent aussi à tout faire eux-mêmes, sans pouvoir être pourtant prései^ts partout, et même en agissant le plus souvent par les autres, n'est-ce pas en ajoutant foi aux paroles de leurs émissaires, et en conformant les ordres qu'ik expédient aux rapports que ceux-ci leur ont faits? Prétendre en effet qu'on ne peut savoir les choses qu'en les voyant de ses yeux, ce serait vouloir priver le jugement du secours de l'ouïe. Or l'ouïe est un sens bien supérieur à la vue comme moyen d'information.

12. Notre principal avantage aujourd'hui, c'est de pouvoir parler plus pertinemment de la Bretagne, de la Germanie, des pays en deçà et au delà de l'Ister, des Gètes, des Tyrigètes, des Bastames, comme aussi des peuples du Caucase, des Albaniens et des Ibères par exemple. Nous devons en outre à ApoUodore d'Artémite, l'historien de la guerre Parthique, des informations beaucoup plus précises que tout ce qui avait été publié auparavant sur THyrcanie qtla Bactriane. Puis l'expédition toute récente de l'armée romaine dans l'Arabie Heureuse, sous les ordres d'^lius Gallus, notre camarade et ami, et les voyages des marchands d'Alexandrie, qui commencent à expédier vers l'Inde par la voie du Nil et du golfe Arabique de véritables flottes, nous ont fait connaître ici ces deux contrées infiniment mieux qu'on ne les connaissait naguère : du temps que Gallus était préfet d'Egypte, je vins le rejoindre, et, ayant remonté le fleuve avec lui jusqu'à Syène et aux frontières de l'Ethiopie, je recueillis ce renseignement positif qu'il partait actuellement 120 vaisseaux de Myoshormos pour l'Inde, quand autrefois, sous les Plolémées, on ne comptait qu'un très-petit nombre de marchands qui osassent entreprendre une pareille traversée et faire le commerce avec cette contrée. ^■É. Ce que nous avons donc à faire en premier, et ce qui ^IBuissi le plus essentiel au point de vue pratique comme au point de vue théorique, c'est d'essayer de déterminer le plus

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