‹ Geographie De StrabonChapitre 88 sur 181 · LIVRE · texte numérisé non relu

LIVRE

enfin les Byzaciens, qui vont jusqu'à la Carchédonie ou province Carthaginoise. Au delà de ce pays, qui a une étendue considérable, commence le territoire des Nomades [ou Nunudes], nation dont les tribus les plus connues portent les noms de Masyliéens et de Masaesyliens. Puis viennent les Maurusiens, les plus reculés de tous ces peuples. De Carthage aux Colonnes d'Hercule , le pays est généralement riche et fertile , mais déjà infesté de bêtes féroces , comme tout l'intérieur de la Libye. On peut même croire que le nom de NomadeSy que porte une partie de ces peuples, leur est venu de ce que anciennement la multitude des bêtes féroces les avait mis' dans l'impossibilité absolue de cultiver leurs terres. Aujourd'hui, sans cesser d'être d'excellents chasseurs (d'autant que les Romains contribuent singulièrement à entretenir leur adresse par cette fureur de thériomachies), ces peuples ont acquis en agriculture la même supériorité qu'ils avaient déjà dans l'art de la chasse. — Nous n'en dirons pas davantage au sujet des continents.

34. Il nous reste à parler des climats; mais, comme pour ce qui précède, nous ne ferons ici que tracer une esquisse générale, en partant des deux lignes que nous avons appelées lignes premières ou élémentaires j c'est-à-dire de la ligne qui représente la plus grande longueur de la terre habitée et de celle qui en figure la plus grande largeur, et plutôt encore de celle-ci que de l'autre. L'astronome, lui, est tenu d'entrer à ce sujet dans de plus longs développements, et de procéder comme a fait Hipparque, qui nous dit avoir dressé par écrit des tables donnant pour tous les les lieux de la terre situés dans le quart de sphère dont nous occupons Une partie et compris par conséquent dans l'intervalle de Téquateur au pôle boréal, les différents changements que présente l'aspect du ciel. Mais le géographe n'a pas à s'inquiéter de ce qui se trouve en dehors de notre terre habitée; même dans les limites de celle-ci, il n'a pas à faire le relevé complet de toutes les différences que peut offrir l'aspect ou l'apparence du del, car cette muîti-

plicité de détails, et surtout de détails de ce genre, ne pourrait qu'embarrasser rhommQ du monde, l'homme pratique, pour qui il écrit. Il nous suffira donc d'exposer les plus marquantes à la fois et les plus simples des difiérences qu'Hipparque a indiquées, en admettant, comme lui, pour retendue totale de la terre, la mesure de 252 000 stades, proposée par Ératosthène. Car, avec cette mesure, le désaccord qu pourra exister entre les apparences célestes et Pétendu: réelle des intervalles terrestres correspondants ne sera ja mais bien considérable. Qu'on suppose le plus grand cercle de la terre partagé en 360 sections, chacune de ces sections sera, on le voit, de 700 stades. Eh bien ! C'est cette mesure de 700 stades dont s'est servi Hipparque pour prendre les distances ou intervalles sur le [premier] méridien, que nous avons dit être celui de Méroé. Lui part de i'équateur même et note au fur et à mesure toutes les positions qui se succèdent de 700 stades en 700 stades sur le méridien en question, essayant pour chacune de déterminer l'état correspondant du ciel. Mais nous, nous n'avons pas à partir d'aussi loin, car s'il est vrai, comme quelques auteurs le pensent, que la région de Téquateur soit elle-même habitable, il faut y voir en quelque sorte une seconde terre habi' tèe, s'étendant comme une bande étroite dans la partie de la terre que l'excès de la chaleur rend inhabitable et la coupant juste par le milieu, sans dépendre de notre terre habitée; or, on sait que le géographe n'envisage rien en dehors de la terre que nous habitons et qui se trouve avoir pour limites, au midi, le parallèle de la Cinnamômophore, et, au nord celui d'Ierné. Il y a plus, entre ces limites mêmes, si nous ne perdons pas de vue ce que doit être une description proprement géographique, nous n'avons pas à énumérer toutes-les positions qui se succèlent aux intervalles marqués ci-dessus , non plus qu'à noter toutes les apparences célestes correspondantes. Seulement, à l'imitation d'Hipparque, c'est par le midi que nous commencerons l'exposé qui va suivre.

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