‹ Geographie De StrabonChapitre 98 sur 181 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

les Colonnes d*HercuIe l'élévation et la force exceptionnelles des marées. Sans doute, cette élévation procure certains avantages à la navigation : elle est cause, par e^mple, que ces œstuaires sont ici et plus nombreux et plus étendus, ce qui permet aux bâtiments de commerce, sur certains points, de remonter par cette voie jusqu'à 8[00*] stades dans rintérieur, et le pays, rendu en quelque sorte navigable dans tous les sens, offre ainsi à l'importation comme à l'exportation des marchandises de grandes facilités. Mais il en résulte aussi des inconvénients graves : ainsi, dans les fleuves, la navigation, soit en montant soit en descendant, est rendue extrêmement dangereuse par cette force du flot et par la résistance plus grande qu'il oppose au courant; dans les œstuaires, an contraire, c'est le reflux qui est parr ticulièrement à craindre ; comme son mouvement a en effet une rapidité proportionnée à celle du flot, il n'est pas rare de voir des bâtiments, surpris par cette rapidité du reflux, demeurer k sec. Il est arrivé aussi que des bestiaux, en passant dans les îles qui bordent les rivages de ces œstuaires, aient été engloutis, ou que, se voyant cernés dans ces îles, ils aient tenté de revenir et se soient noyés dans le trajet. Les gens du pays cependant prétendent que les vaches, pour avoir souvent observé le fait, attendent maintenant que la mer se soit tout à fait retirée avant d'essayer de regagner la côte. 5. Après s'être familiarisées avec la nature des lieux et avoir reconnu que les œstuaires pouvaient servir aux mêi!nes usages que les fleuves, les populations bâtirent sur leurs bords, comme sur les rives des fleuves, des villes et des établissements de tout genre : ainsi furent fondées Asta et Nabrissa, Onoba, [Os]sonoba ^, Mœnoba et maintes autres villes encore. On a en outre sur différents points la ressource de canaux qui ont été creusés par suite des progrès de la circulation et de la multiplicité des transports à effectuer tant à l'intérieur qu'à l'extérieur. A défaut de canaux, on utilise même les confluents ou communications tempo -

1. Conjecture de Groskùrd.— 2. Restitntion de Vossias d'après Pomponius Mêla.

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rtires qui a'étaUissent entre les fleuves et les aestnaires, Ion des gnndes cnies et des débordements, quand les isthmes qui les séparent habitaellement • sont couverts par les eaux et rendus navigables^ les bâtiments passant alors directement des fleuves dans les lagunes et des lagunes dans les fleuves. Tout le commerce de cette contrée sa fait avec l'Italie et avec Rome : or, jusqu'aux Colonnes d'Hercule (si Ton excepte toutefois le passage du détroit qui offre quelque difficulté) , les conditions de la navigation sont bonnes ; celles de la traversée de notre mer Intérieure le sont également. A la hauteur, en eflet, où se tiennent les bâtiments, la mer, surtout au large, est habi*» tnellement calme, ce qui est un grand avantage pour les lourds transports du commerce, sans compter que les vents du large sont réguliers. Enfin, la paix dont on jouit aujourd'hui, grftee à la destruction des pirates, ajoute encore à la sûreté de la navigation. Il y a pourtant un inconvénient dans cette traversée d'Ibérie, et Posidonius le signale pour l'avoir éprouvé, c*est qu'en ces parages jusqu'au golfe de Sardaignè les eurusy ou vents d'est, sont des vents étésiens : ainsi s'explique qu'il ait mis trois mois pour atteindre 11talie, et encore à grand'peine, après s'être vu à plusieurs reprises jeté hors de sa route et ballotté des îles Gymnesiœ aux côtes de la Sardaignè , et de ces iles aux côtes de la Libye qui leur font face.

6. On exporte de la Turdétanie du blé, du vin en grande quantité, beaucoup d'huile aussi, et qui plus est, de Thuile excellente ; puis de la cire, du miel, de la poix, beaucoup de graine de kermès et du cinabre, qui vaut pour la quaUté la terre ' de Sinope. En outre, les Turdétans n'emploient

Kmr leurs constructions navales que des bois de leur pays. n autre avantage, c'est qu'ils ont chez eux du sel fossile et beaucoup de rivières aux eaux salées ; de là cette grande

I. Voy. M. Mttller, Index var. lect , p. «52, coL 1, 1. 49 et Meineke. Vindic, StrcUfon. liber, p. 15. Noos avons traduit ce passage, sur le texte de Mei- Y«Co;*iva«.— 3. Meineke supprime le mot 77,4 et sous-entend viAtou. cf. Vindic. Strab. lib., p. 16.

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