II. — Physionomie générale
Vu du sommet de Rochecourbe, le point le plus élevé du centre du département (1592 mètres) , le département de la Drôme offre un véritable chaos de montagnes qui s'abaissent rapidement vers l'ouest, dans la direction du Rhône, et du nord au sud en suivant la pente du fleuve. L'inclinaison générale du sol est de l'est au sud-ouest, le point le plus élevé (2405 mètres) étant à l'ouest de Lus, sur la limite du département (les monts Aiguilles), et le point le plus bas (50 mètres) à l'endroit où le Rhône quitte le département. Ces montagnes ne contiennent qu'exceptionnellement des roches primitives et des schistes ; elles appartiennent au calcaire jurassique.
En général, le sol des plaines est un terrain tertiaire composé de diverses espèces d'argiles ; cependant dans les plaines qui bordent le Rhône on trouve des terrains diluviens ou postdiluviens qui sont, pour la plupart, d'une grande fertilité.
L'aspect et la nature du territoire offrent une grande variété.
Le département présente trois régions très-distinctes : la première, au nord, comprise entre le Rhône et l'Isère, est formée de plaines et de collines dont les plus élevées ne dépassent pas 550 mètres. Sa partie septentrionale est occupée par la Valloire, vallis aurea (Vallée dorée), terre dont le nom indidique la fertilité, ou les ruisseaux s'engouffrent, puis ressortenten rivières par des sources considérables, telles que celles de la Veuze, à Mantols, et celles des Claires, près de Saint-Rambert-d'Albon : ces dernières sont celles qui ramènent déiinitivement à la surface du sol pour les conduire au Rhône toutes les eaux visibles et souterraines de la Valloire.
La deuxième région naturelle, qui s'étend de l'Isère, au nord, jusqu'à la rivière de l'Aygues, au sud, est bornée à l'ouest par le cours du Rhône et, à l'est du confluent de la Rourne, dans l'Isère, au mont Devèze prèsdeNyons, par une ligne sinueuse de
montagnes peu élevées qui suit les contours des premiers contre-forts des Alpes : cette ligne, formée par une série de hauteurs distantes du Rhône de 15 à 20 kilomètres, est brisée par des défilés, où les affluents du fleuve quittent les gorges et les vallons étroits pour s'étendre dans les plaines ou dans de larges vallées dominées par des montagnes peu élevées.
La troisième région, qui comprend le bassin supérieur des cours d'eau à l'est, est tout à fait' montagneuse, elle embrasse les deux tiers du département.
Dans la région qui avoisine le Rhône, de légères mais nombreuses ondulations de terrain, surtout aux environs de Valence, réduisent les véritables plaines à une superficie d'une médiocre étendue. A Montélimar cependant, les hauteurs s'é* Joignent, et le sol de la plaine est presque uni du Rhône à Puy-Saint-Martin (24 kilomètres) et de Marsanne à Châteauneuf-de-Mazenc (11 kilomètres). Au-dessous de Montélimar, les montagnes se rapprochent brusquement du fleuve qui, au passage du Robinet, au-dessus deDonzère, est resserré entre les rochers abrupts et arides deChâteauneuf-du-Rhôneet les montagnes de l'Ardèche qui dominent la ville de Viviers. Plus bas encore, à Donzère, la plaine se développe entre le Rhône, Pierrelatte et Saint-Paul-Trois-Châteaux, s'étendant bien au delà des limites du département jusqu'aux rochers de Mornas et aux collines qui s'élèvent au-dessus du Pont-St-Esprit (Gard).
La région montagneuse de la Drôme présente un amoncellement confus de chaînons, tantôt parallèles, tantôt perpendiculaires au cours du Rhône, qui s'élèvent de plus en plus à mesure qu'ils se rapprochent des hautes crêtes du Vercors, du Dévoluy et de cimes presque aussi élevées qui limitent le département vers le sud dans les cantons de la Motte-Chalancon, Remuzat et Séderon.
Ces chaînes de montagnes, généralement composées de terrains ou de rochers d'une nature calcaire ou crayeuse, se rattachent, au nord, aux monts de la Grande-Chartreuse (qui sont eux-mêmes, en réalité, un prolongement du Jura) ; au sud, elles se relient aux chaînes arides de Vaucluse et des Rasses-Alpes.