CLIMAT
phénomènes du climat, comme par i*aspeot du sol et la nature de ses produits, une grande ressemblance avec les contrées qui bordent le golfe du Lion ; aussi appartient-il au climat méditerranéen. Sur les confins de la Drôme, dans la région montueuse de Test, le climat est sensiblement moins tempéré que dans les plaines. Toutefois la vallée de TAygues, la plus septentrionale du département, est une des moins froides parce que le Mistral, ce vent terrible et glacial qui désole la vallée du Rhône, n*y souffle pas avec la même violence. La vallée du Coulon, moins bien protégée contre le fléau de la Provence, quoique plus méridionale que la vallée de TAygues, est peutêtre plus froide, tandis que la belle et large vallée de la Durance, abritée par la longue et haute crête du Luberon, est la partie la plus chaude du département.
Dans les plaines, au milieu de Thiver, lorsque l'atmosphère est calme et le ciel sans nuage, et, dans les lieux abrités, même lorsque le vent souffle, on jouit d'une température exceptionnelle : les lauriers-roses, les grenadiers, l'olivier, le jujubier, le figuier et une foule d'arbustes des régions méridionales y prospèrent en pleine terre.
La température moyenne est de 5<»,8 en hiver, au printemps de 15^,9, de 23'',1 enété^et de 14^,6 en automne. La température moyenne de l'année est de 43*^,07 à Orange et de 14^,42 à Avignon, soit 3°,68 de plus que la moyenne de Paris. Pendant l*été, le thermomètre marque souvent 35 à 40 degrés à l'ombre. La température maxima peut atteindre H-40®,2 et la température minima — iS^. Si toute l'eau tombée du ciel pendant l'année n'était pas absorbée par le sol ou évaporée par le soleil, elle fournirait, dans les douze mois, une nappe d'eau de 75 centimètres dans la région montagneuse et de 57 dans les plaines, ainsi répartis: en hiver, 106 millimètres; au printemps, 178; en été, 103; en automne, 308.
11 ne tombe de la neige dans la plaine que très-rarement, Jous les cinq ou six ans seulement, et elle disparaît rapidement. Les jours de pluie sont au nombre de 59. Les orages sont i^res, mais violents; ils éclatent, en général, au printemps et en été.
2U VAUCIUSE.
Les vdiits qui régnent oràinaircinont sont : le mistral, qui souille du nord-nord-ouest pendant la pins grande partie de l'année et dont la violence est telle qu'il déracine les arbres, renverse les Toitures, et enlève les toitures des maisons sur lesquelles on a riiabitude, au moins dans les campagnes, de placer des rangées de lourdes pierres pour maintenir en place les tuil«s, qui sans cette précaution seraient fréquemment enlevées. Le vent du sud, très-fort aussi, souffle souvent en été et amène ordinairement la pluie ainsi que les vents du sud-est et du sud-sud-ouest.
Des observatoires météorologiques, où sont enregistrés avec soin tous les phénomènes atmosphériques, existent dans les 4 chefs-lieux d'arrondissement. En outre, 13 stations météorologiques secondaires sont disséminées dans le département.
Les piincipales villes du département ne sont pas à une altitude considérable : Avignon est à 20 mètres ; Âpt, à 222 ; Carpentras, à 102 ; Orange, à 46 ; Cavaillon, à 101; Vaison, à 206. La commune la plus élevée du département est celle de Lagardequi est à 1,081 mètres.
IT. — Curiosités naturelles.
Alors même que Vaucluse ne posséderait, eu fait de curiosités naturelles, que la belle source à laquelle il doit son nom, il n'aurait rien à envier aux départements voisins. Cette source, d'une abondance extraordinaire, dont nous avons patlé déjà, est sans doute alimentée, en partie, par les eaux de pluie qui s'engoutîrent dans les avens ou puits naturels ouverts sur le Vaste plateau qui domine Sault à l'est, et dont plusieurs ont une profondeur inconnue. 11 existe de ces avens à Monieux, à Villes, à Saint-Ghrislol et sur divers autres points de cette région.
' Les curiosités les plus dignes d'une mention spéciale sont dans les environs du Monl-Ventoux, qui se dresse brusquement à près de 1,700 mètres au-dessus de la belle plaine qu'il (iorninc. Quelques sources peu abondantes juillissciil &ur les
HISTOIRE. Si
flancs du Ventoux à des altitudes diverses : la source d*Angel est à 1 ,164 mètres ; le puits du Hont-Serein, à i ,455 mètres, et enfin la Font-Filiole, à 1,788 mètres ; cette dernière source est rcmarqusible par la fraîcheur de ses eaux dont la température ne dépasse jamais 5\
Au bas du versant nord du Ventoux jaillit la belle source du Grozeau. Nous citerons enfin les abondantes sources de Lafare, du Boulon, des Taillades, etc.
Dans une région accidentée comme celle qui s*étend de la vallée de l'Âygues à celle de la Durance, les paysages agrestes, les grottes profondes, les gorges sauvages, les riantes et fraîches vallées ne sauraient être rares. Les principales curiosités sont indiquées dans le dictionnaire des communes qui termine ce volume, ou dans les chapitres consacrés à l'orographie et à l'hydrographie. Nous ne mentionnerons, parmi les goiges les plus remarquables, que celle de Lourmarin dans le Luberon, et celles du Croc, de la Nesque, de la Conibe-Garnier dans le Ventoux ; et, parmi les vallées, l'admirable vallée de Sault, celles de rOuvèze, de TAygues et de la Durance.
¥1. — Histoire.
Avantla conquête romaine, le territoire qui forme aujourd'hui le département de Vaucluse était occupé par les Cavares^ les VoconceB^UsMeminiens. LesCavares habitaient la rive gauche du Rhône. Leurs principales villes étaient: Orange (Ar^usio)^ Avignon (Avenio) et Gavaillon, un des premiers comptoirs établis dans la contrée par les habitants de Marseille. Les Voconces possédaient le territoire de Tantique Vasio (Vaison). Les He- ^miniens, qui suivirent Annibal en Italie, étaient fixes au sud du mont Ventoux, dans les environs de Carpentras (AlpentO' racle), ville importante déjà avant l'arrivée des Romains, et qui était considérée comme une des métropoles de la religion druidique. La partie du département resserrée entre la Durance et les monts de Vaucluse était habitée par la tribu des Vulgientes; la ville d'Aptfleur capitale, détruite pendant la guerre des Gaules,
22 VÀUCLUSB,
fut relevée par Jules Cësar, qui lui donna le nom de Apta Jtdia Vulgentium.
Les Cavares, qui habitaient les belles plaines arrosées par le Rhône et la Durance, eurent de fréquentes relations commerciales avec les Phéniciens établis à Marseille. Alliés de cette ville, ils furent naturellement amenés à prendre parti pour Rome dans sa lutte contre Garthage ; aussi, tentèrent-ils, mais en vain, de s'opposer au passage du Rhône par Ânnibal. Plus tard, lorsque ces diverses tribus reconnurent que les Romains ne s'étaient introduits dans la Gaule que pour la soumettre, ils prirent les armes pour défendre leur indépendance menacée. Mais, après la défaite éprouvée par les Ârvernes au confluent de la Sorgue,oùils furent taillésjen pièces par Domitius iËnobarbus, les Gavares, les Meminiens, les Yoconces se soumirent. Leurs territoires furent d'abord englobés dans la Narbonnaise, et, quand la Gaule fut divisée en 17 provinces, ils furent compris dans la Viennoise.
Pendant les siècles qui suivirent, jusqu'à l'arrivée des Rarbares, ce beau pays, oii l'influence civilisatrice de Rome devait particulièrement se faire sentir, devint riche et florissant. La plupart de ses villes n'eurent bientôt rien à envier aux puissantes et luxueuses cités de la Province Romaine. De beaux monuments : théâtres, arcs de triomphe, hippodromes, bains, etc., furent élevés à Orange, Avignon, Yaison, Garpentras, Gavaillon. Les ruines imposantes du théâtre d'Orange et les élégantes sculptUi. .£. de l'arc triomphal de cette ville nous montrent ce que devait être cette civilisation disparue.
Le Ghristianisme fut prêché dès les premiers siècles de l'ère nouvelle dans la plupart des vilks de cette région. Si nous en croyons la tradition, ce fut un disciple direct du Christ, saint Eutrope, qui évangélisa Orange et qui en fut le premier évêque. A Vaison, habité par les plus illustres familles de Rome, saint Ruf, sous l'empereur Gallien, vint prêcher TËvangile. Dans cette ville fut tenu le premier des conciles (537) qui se réunirent dans la Gaule. Un siècle (dus tard environ, un nouveau concile se réunit à Vaison (442), et un troisième en 550.
Garpentras a eu aussi Bon concile en 527, et Orange, plus favorisé que ces deux villes, a vu quatre conciles s'assembler dans ses murs :1e premier en 441 et lesaulreseii 501, 529 et 1239. Les premièies hordes Germaines qui envahirtinteette contrés } pénélrëreiit sons la conduite de Climcus, qui saccagea Orange, mutila ses monumenls, et, après s'être emparé de Gariientrus et de Vaison, massacra les évêques de ces deux lilles. saiut Valentin et siiint Albia.
FoDt JuUm, i Api.
Dans les siècles suivants, les envahisseurs se succèdent : les uns ne font que passer, laissant après eui des monceaux de ruines. les autres s'arrêtent et tentent de s'établir. Les Alalns descendent la vallëedu Rhône, les Vandales les suivent et bientôt les Bourguignons, auxquels Aétius a cédé le territoire d'Avignoii, incoiporeut ces territoires dans le royaume qu'ils viennent de fouder.
Clovis, poursuiviuit Gondîcaire réfugié à Avignon, qui était
Si VAUCLUSE.
alors une place très-forte , vint mettre le siège devant cette ville, mais il ne parvint pas à s*en emparer. Elle resta ensuite au pouvoir de Théodoric, roi des Ostrogoths, allié de Glovis, lorsque ces deux princes partagèrent entre eux les provinces pour la conquête desquelles ils s'étaient un instant alliés. En 583, le patrice Hummol, qui venait de refouler une invasion des Lombards, fut assiégé dans Avignon, où il défendait les intérêts du roi d*Âustrjsie, par Contran, roi de Bourgogne, auquel il résista victorieusement.
L'invasion arabe vint ajouter de nouvelles ruines à celles que les invasions précédentes avaient accumulées dans ces malheureuses provinces.
Charles Martel emporta d*assaut Avignon, tombé au pouvoir de TArabe Joussouf (737), et chassa les Sarrasins de Carpentras et des autres villes où ils s'étaient établis.
Quelques années plus tard, le célèbre GuiUaume'au-Comet enlevait Orange aux Sarrasins, et Gharlemagne, en récompense de ses exploits, lui laissait le gouvernement de cette ville.
Après le démembrement de l'empire carlovingien, l'Avignonnais et le Gomtat Venaissin firent partie du royaume d'Arles fondé par Bozon, puis du comté de Provence, et passèrent enfin aux mains des comtes de Toulouse.
A cette époque, la première maison d'Orange, dont le comte Rambaud s'était croisé en 1096, s'éteignit avec la princesse Tiburge, qui avait apporté en dot la principauté à Bertrand des Baux. Ce prince devint la souche de la deuxième maison d'Orange, et l'empereur Frédéric Barberousse, en 1178, lui accorda des droits régaliens.
Tandis qu'une principauté se fondait à Orange, les Avi* gnonnais, ayant obtenu du comte de Forcalquier la cession de tous les droits qu'il avait sur eux, parvenaient à fonder dans leur ville un gouvernement démocratique, sous la suzeraineté des comtes de Toulouse. Quatre -consuls, dont deux nobles et deux bourgeois, élus chaque année, exerçaient la première magistrature; ces consuls étaient assistés de juges et d'un consei do prud'hommes.
mSTOIRB. 15
Quelques orageB troublëreDt les premières années de l'ezistence de la commune Avignonnaise ; mais, grâce à l'intervention de l'évique Godefroj qui obtint de l'empereur Frédéric Bari>erouBse la contîrmalion des franchises de cette ville, ces premiers troubles furent apaisés. A cette époque (1177), selon la tradition, fut élevé le pont Saint-Bénezet.
Les comtes de Toulouse disputaient aui étèques de Carpentras et de Vaison la posgession de ces deux villes. Raymond VI,
Aie d« trioinplie d'OransSi
après avoir chassé l'évêque de Carpeniras, parvînt i se rendre maître de Bérnnger de Reilhane, ëvéque de Vaison, et fit construire le château fort dont les ruines imposantes dominent en»re la partie île la ville bâtie en amphithéâtre sur la rive gauche de l'Ouvèze.
Cette victoire coûta cher à Raymond VI : le pape et l'empereur ayant pris la dûfense de Réranger, le comte de Toulouse, vaincu, dut fuiro lunende bonoiable dans l'église de Saint-
SO YAUGLUSB.
Gilles (Gard), où Je légat du pape le frappa avec un faisceau de verges avant de lui donner Tabsolution.
La république Avignoanaise, pour mettre fin à des agitations sans cesse renaissantes, occasionnées parles rivalités des nobles et des bourgeois, imita les républiques italiennes, et se donna un podestat. Le comte de Toulouse, pour s'attacher cette cité puissante, lui céda ses droits sur Sorgues, Caumont, le Thor, Jonquières , etc. Aussi Avignon n*hésita-t-il pas à prendre sa défense lorsque les croisés de Simon de Montfort envahirent le Languedoc pour noyer dans le sang la secte des Albigeois. Guillaume des Baux, prince d*Orange, ayant tenté de s'opposer au mouvement qui entraînait les villes du midi, fut massacré par les Avignonnais. Louis YIU, à la tête de 50,000 hommes, vint aussitôt faire le siège d'Avignon. Pendant trois mois cette ville se défendit avec héroïsme ; la majeure partie de Tarmée assiégeante fut massacrée ou noyée ; néanmoins les Avignonnais, à bout de vivres, durent se rendre (1226). Le légat du pape les contraignit à raser leurs murailles et 300 maisons ; à livrer 300 otages et à payer une somme de 6,000 marcs. A partir de cette époque, la république ne fit plus que languir, et son podestat devint le subordonné de Tévêque. Diverses tentatives d'insurrection aggravèrent sa situation au lieu de Taméliorer. Quelques années plus tard, la capitale du Comtat Venaissin, Carpentras, passait sous la domination des papes; Philippe le Bel cédait la moitié d'Avignon à Charles II, roi de Naples, qui possédait déjà l'autre moitié. Les comtes de Provence restèrent ainsi les seuls souverains de cette ville jusqti'au jour oii Jeanne de Naples la vendit au pape Clément Yl (1348).
Clément V (1309) fut le premier des papes qui ont habité Avignon. N'ayant pu s'établir dans la ville de Rome, constamment en proie à la guerre civile, et subissant l'influence de Philippe le Bel, qui obtenait de sa faiblesse la condamnation de l'ordre des Templiers^ ce pape fixa sa résidence à Avignon, d'où il dut fuir en 1314 pour échapper aux obsessions du roi. Mais, arrivé à Roquemaure, il mourut subitement. Le conclave s'assembla à Carpentras pour désigner son successeur.
Un neveu de Clément Y, Bertrand de Gotli, sous le prétexte de soutenir dans le sein du conclave le parti français contre le parti italien, entra dans Garpentras après avoir pillé le trésor du pape à Monteux. Â la tête des mercenaires qu'il commandait, il se rua sur les étrangers qui remplissaient la ville. Presque tous furent massacrés. De nombreux incendies éclatèrent sur divers points ; le palais épiscopal prit feu, et les membres du conclave s'enfuirent par une brèche ouverte dans le mur du palais. Le conclave se réunit alors à Lyon , où Jean XXII fut élu (1316). Ce pape acquit du Dauphin de Vienne la ville de Yalréas, qui devint la capitale du Haut-Comtat. U arrêta les Pastoureaux, qui s*étaient approchés d'Avignon, et, en 1325, il réunit un concile dans cette ville, qui, depuis près de trois siècles, en avait vu six s'assembler dans ses murs. Huit autres devaient s'y tenir de 1327 à 1725. Jean XXII étant mort en 1354, le conclave put se réunir à Avignon. Benoît XII fut élu.
Le nouveau pape jeta les fondements du palais grandiose que les siècles ont respecté. U fut remplacé à sa mort, en 1342, par Clément VI, qui se montra aussi magnifique que sou prédécesseur s'était montré simple et austère. Rienzi et l'il* lustre poète Pétrarque, à la tête d'une députation romaine, vinrent le supplier de retourner à Rome. U ne voulut pas y consentir. Le poêle resta à] Avignon, le tribun retourna à Rome ; mais, après s'y être élevé au faîte du pouvoir, il fut renversé et envoyé à Avignon, où il mourut dans les fers.
Clément VI ayant acheté Avignon à Jeanne de Naples, cette ville reprit sa suprématie sans cependant enlever à Garpentras son titre et sa prérogative de capitale ; car c'est dans cette ville, administrée par un recteur, que continuèrent à se réunir les Etats de la province.
A la mort de Clément VI (1352), Innocent VI fut élu. Sous son règne, le Comtat fut ravagé par Arnaud de Servole et ses Compagnies blanches. Le pape parvint à l'éloigner à prix d'argent. Sous son règne, en 1361, une peste terrible désola la conti*ée : 17,000 peisounes périrent dans Avignon, parmi le»-
50 YAUGLUSE.
quelles 100 évèques et 9 cardinaux. Ce pape fit élever les fortifications qui entourent encore Avignon et qui arrêtèient les Grandes Compagnies, à la tête desquelles était Du Guesclin, quand, sous son successeur Urbain V, ces baiides vinrent demander au pape sa bénédiction et 200,000 livres. Urbain V alla à Rome en 1367, et, trois ans plus tard, vint mourir à Avignon.
Grégoire XI lui succéda. Ce pape fut le dernier pontife français ; il quitta Avignon en 1376 et mourut à Rome deux ans après. A sa mort, deux papes furent élus : Clément VII à Avignon et Urbain VI à Rome. Le premier fut reconnu par la France, l'Espagne, TÉcosse, la Sicile et Chypre ; le second le fut par ritalie, TAutriche, l'Angleterre, etc. Par suite de ce schisme, des discordes et des guerres désolèrent la contrée, que la peste vint dépeupler plusieurs fois encore.
Benoît XIII (Pierre de Luna) fut élu à la mort de Clément VU ; mais ce pontife, que le roi de France lui-même ne reconnut pas, s'acharna à garder la tiare. Il résista au maréchal Boudcaut, que Charles V envoya contre lui. Rodrigue de Luna, son frère, auquel il avait confié la défense de la forteresse des Doms, tint longtemps en échec les troupes du maréchal et les Avignonnais qui s'étaient déclarés contre l'anti-pape. A bout de ressources, il eût été bientôt forcé de se rendre s'il n'était pas parvenu à s'échapper.
A partir de cette époque,Avignon fut gouverné par des légats qui l'administrèrent au nom des papes.
La principauté d'Orange, pendant que le Comtat Venaissin était le théâtre de désordres et de luttes constantes, n'eut pas une existence moins troublée. Le dernier prince de la maison des Baux fut Raymond V, dont le frère Robert fut élu pape sous le nom de Clément VIL Ce prince ne laissa qu'une fille, Marie des Baux, qui épousa Jean de Châlons, devenu la souche de la troisième maison d*Orange. Louis P', fils du précédent, fut nommé gouverneur du Languedoc par Isabeau de Bavière, à la fortune de laquelle il s'était attaché (1418). Il défendit Orange contre le dauphin Charles, et envahit le Dauphiné en
HISTOIRE. St
i450; mais le gouverneur de cette province, Concourt, le battit et s'empara d'Orange, dont il fut bientôt chassé par les hiibitants. Le successeur de Louis 1*', Guillaume VIII, fonda le parlement d'Orange, vil le qui possédait déjà une univer8ité,créée par Raymond IV en 1365. D'abord allié de Charles le Téméraire et de Louis XI, il fut bientôt en lutte avec eux. Fait prisonnier eu 1475, il dut rendre hommage au roi de France.
Jean II, son fils, fut mêlé aux intrigues qui troublèrent la minorité de Charles VU! et fait prisonnier à Saint-Aubin. Philibert, fils du précédent, passe pour un des hommes les plus remarquables de son siècle. Il s'allia à Charles-Quint contre François I*', qfui ordonna la confiscation de ses domaines. Fait prisonnier et enfermé à Bourges, le traité de Madrid lui rendit la liberté. Il fut tué au siège de Florence en 1550. Il eut pour héritier le fils de sa sœur Claude de Châlons, René de Nassau, qui devint la tige de la quatrième et de la plus illustre maison d'Orange.
Parmi les derniers princes d'Orange, nous ne citerons que Guillaume IX, le fondateur des Provinces-Unies, et Guillaume- Henri, gendre du roi d'Angleterre, Jacques 1*', qu'il remplaça sur le trône en 1688. Ce prince étant mort sans en&nts, Louis XIV s'empara de la principauté, dont la réunion à la France fut confirmée par le traité d'Utrecht en 1715. Arnaud de Bourbon-Conti reçut de Louis XiV la principauté d'Orange et la garda jusqu'à sa mort; mais, en 1751, elle fut englobée dans la province du Dauphiné et, par suite, définitivement réunie à la France.
Lorsque les papes eurent quitté Avignon, au moment oiiles rivalités qui existaient entre les pouvoirs ecclésiastiques ou civils qui se partageaient la contrée paraissaient s'apaiser, les guerres religieuses y provoquèrent de nouveaux massacres et y multiplièient les ruines.
Le moine Luther, en se rendant à Rome en 1510, traversa le Comtat, et s'arrêta au couvent des Augustins de Pernes. Il ne s'était pas encore séparé de l'Eglise, mais il avait eu des précurseurs dans lesVaudois qui peuplaient les villages dis-
8S YAUGinSB.
sëmioës sur les yersants nord el sud du Lubcron, et dans là belle vallée de Ja Durance. François I*' ayant ordonné au parlement d'Aix de faire le procès des habitants de Gabrièresd*Âigues et de Hérindol, les populations de ces villages furent condamnées. C'est en vain que le pieux cardinal Sadolet tenta de les sauver ; Tarrêt fut exécuté avec la dernière rigueur : Cabrières, Mérindol et 23 autres villages furent pillés et livrés aux flammes ; à Cabrières seulement, trois mille protestants furent massacrés par ordre du vice-légat du pape d*Âvignon. Ces sanglantes exécutions furent le prélude de la guerre civile. En 1560, d'après M. Courtet, le savant auteur du Dictionnaire des communes de Vaucluse^ les soixante églises réformées de Provence se réunirent à Mérindol pour voter leur contingent, et nommèrent Paul de Hou vans chef de l'union protestante. Les protestants étaient commandés par le baron des Adrets, le redoutable Montbrun, Heynard, Pape et d'autres hardis capitaines ; les catholiques avaient à leur tête Serbelloni, le comte de Suze, etc. Après le massacre de la Saint-Barthélémy, auquel Guillaume de Simiane, à Gorde, fut le seul à refuser de prendre part, la guerre prit un caractère atroce : on vit Montbrun massacrer tous les habitants de Sault ; le baron des Adrets à Mornas faire sauter ses prisonniers du haut du rocher sur les piques de ses soldats, et les chefs des troupes catholiques rivaliser de cruauté avec leurs adversaires. La plupart des villages ou châteaux forts furent pris et repris par les partis opposés. Orange, que Maurice de Nassau devait fortifier plus tard (1621) d'une manière formidable, fut saccagée par Serbclloni ; le baron des Adrets ravagea le Comtat et mit en vain le siège devant Avigqon et Carpcntras. La guerre civile se prolongea avec des alternatives de succès et de revers pour chacun des belligérants, jusqu'à l'avènement d'Henri IV. Lors de la Révocation de i'édil de Nantes, les protestants, pourchassés dans les Ce venues, cherchèrent un refuge dans la principauté d'Orange, où ils se croyaient à l'abri des dragons du grand roi ; mais, à la mort de Guillaume de Nassau, roi d'Angleterre,
Louis XIV s'ëtaiit emparé d'Orange, dont il rasa les fortifications, les habitants de cette ville subirent le même sort que leurs coreligionnaires des Cévennes et du Dauphinë.
A peu près à la même époque, Louis XIV faisait à plusieurs reprises occuper Avignon et le Comtat, tantôt pour venger les insultes faites par la garde corse du pape à la suite du duc de Créqiii son ambassadeur, tantôt à propos de la régale et des droits de franchise.
En 1768, le pape ayant excommunié le duc de Parme, allié de la France par le Pacte de Famille, Louis XV saisit Avignon et le Comtat ; mais ces territoires ne furent définiti- Yement réunis à la France qu'après la Révolution.
Lorsque les États généraux se réunirent en France, en i789, les populations de ces contrées, bien qu'elles ne fussent pas encore françaises pour la plupart, partagèrent l'enthousiasme général. Le Comtat demanda des réformes ; le pape résista d'abord, puis, par bref du 24 février 1790, consentit enGn à l'élection des États généraux de la proTince. Cette assemblée représentative adopta tous les décrets de l'Assemblée nationale de la France : égalité d'impôts, abolitions d'immunités ecclésiastiques, des titres nobiliaires, etc. Tandis que le Comtat faisait ainsi acte d'indépendance, et que son assemblée partageait le territoire en quatre départements : de TAygues, de l'Auzon, de l'Ouvèze et de Vaucluse, Avignon TOtait sa réunion à la France et chassait le vice-légat du pape , que l'assemblée du Comtat accueillait à bras ouverts. Le conflit entre le parti français et le parti italien aboutit bientôt à une lutte ouverte. Le meurtre de Lavilassé, maire de Vaisou, donne le signal de la lutte. Avignon arme 12,000 hommes, qui campent à la Tour de Sabran. Jourdan les commande. Valréas, Sainte-Cécile, envoient une petite armée au secours de Carpeniras ; elle est battue à Sarrians par le génér|l avignonnais. Cependant les Comtadins remportent un avantage signalé sur leurs adversaires, qui se vengent en assiégeant Cavaillou qu'ils prennent d'assaut. Ce succès décide toutes les villes du Comtat ï arborer le drapeau français. Carpentrasseul résistait encore.