‹ Géographie du département du GersChapitre 7 sur 19 · IV. — Climat · texte numérisé non relu

IV. — Climat

Au point de vue climatologique, le département du Gers appartient à celle des sept régions françaises que l'on appelle la région girondine , parce qu'elle s'étend sur tout le bassin de la Gironde et le dépasse, au nord, pour atteindre la rive gauche de la Loire.

Séparé de la mer par le seul département des Landes et formé de plateaux que coupent des vallées peu profondes, il est exposé aux pluies, au vent d'ouest et au vent de sud-est connu sous le nom de vent d'Autan, dont l'influence est pernicieuse sur les plantes, sur les animaux et même sur l'homme. Les changements subits de température y sont fréquents, la

marche des saisons parfois très-irrégulière. Les froids les plus vifs sont ceux de la fin de novembre et du commencement de décembre; ils durent généralement de vingt jours à un mois. Les chaleurs sont précoces , mais redoutées des agriculteurs, car elles leur amènent, à chaque printemps, des grêles souvent fatales aux récoltes.

La hauteur moyenne des pluies, à Auch, est évaluée à 75 centimètres par an ; la quantité d'eau tombée du ciel est un peu moins forte dans la vallée de l'Adour.

y, — Curiosités naturelles.

Le Gers n'a point de montagnes hautes et escarpées, point de vallées profondes ; aussi n'y trouve-t-on ni grottes à stalactites, ni sites grandioses, ni cascades ; il manque également de sources remarquables et de grands lacs ; c'est un des plus pauvres départements du Midi en curiosités naturelles.

Les Ibères, premiers ancêtres connus des Espagnols, étaient répandus, avant l'arrivée des Gaulois, sur les deux versants des Pyrénées, et leurs tribus dépassaient notablement, au nord et à l'est, le cours de la Garonne. Ce furent eux qui fondèrent, sur l'emplacement actuel d'Auch, la ville d'illiberis ou Elimberris, destinée à devenir plus tard la capitale ecclésiastique de la Gascogne. Refoulés par les Gaulois, vers le sixième siècle avant Jésus-Christ, tous ne passèrent pas les montagnes pour se réfugier chez leurs frères de la péninsule: un grand nombre restèrent dans leurs foyers, et conservèrent sur la rive gauche du fleuve, en se mêlant et en partageant leurs terres avec les envahisseurs, leurs traditions et leur langue. On regarde généralement les Basques de nos jours comme représentant les caractères physiques, les aptitudes morales et l'idiome des anciens Ibères , confinés, à la suite des mouvements de peuples, dans les deux petits pays

de France et d'Espagne que sépare l'extrémité occidentale de la chaîne pyrénéenne.

La fusion des Gaulois conquérants et des Ibères conquis fut bientôt complète ; il en résulta un nouveau peuple, les Aquitains, qui se distingua longtemps soit des Gaulois du centre et du nord de la Gaule, soit des Ibères delà Péninsule. Lorsque César envahit la Gaule, les Aquitains, bien que voisins depuis soixante ans de la province romaine dont Toulouse faisait partie, se montrèrent jaloux de leur indépendance, et, fiers d'avoir déjà battu deux proconsuls, refusèrent leur soumission. En l'an 56 avant J.-C, Crassus, envoyé dans le Midi' par César, vint attaquer les Sotiates, qui occupaient le territoire de Sos, au nord-ouest du Gers actuel. Après une rude bataille et un siège héroïquement soutenu, ils furent contraints de capituler ; mais leur malheur amena contre les Romains le soulèvement de presque tous les autres peuples de l'Aquitaine. Ils choisirent pour les commander des hommes qui avaient fait les campagnes d'Espagne avec Sertorius contre Pompée, et qui connaissaient la tactique romaine. A leur tour, malgré leur bon ordre et leur nombre, ils furent complètement battus. Leur obéissance n'en fut pas moins précaire : ils s'associèrent aux mouvements insurrectionnels de l'Espagne contre le gouvernement d'Auguste et ne se soumirent qu'après avoir été de nouveau vaincus, par le consul Messala Corvinus, en Tan 29. L'année suivante Auguste vint présider à Narbonne une assemblée générale des représentants des villes gauloises ; à la suite de cette assemblée il fixa, en l'an 27, les divisions terri tcfriales de la Gaule. Les Aquitains delà rive gauche de la Garonne, qui, divisés en neuf peuples, formaient la Novempopulanie , très-mécontents de se voir réunis administrativement aux autres peuples du sud de la Loire, obtinrent d'Auguste, par l'entremise du prêtre Verus, le maintien d'une province distincte, du moins au point de vue financier. Lectoure en fut le chef-lieu.

Parmi les peuples de la Novempopulanie, les Sotiates ne comptèrent bientôt plus ; en revanche d'autres prirent rang

parmi les cités ou tribus réunies autour d'un centre administratif ; au quatrième siècle on en compta douze, dont trois, les Lactorates, les Ausci et les Elusates, avec Lectoure, Auch et Eauze pour capitales, occupaient le territoire actuel du Gers, ainsi que quelque cantons des Âturenses, dont Aire était le chef- lieu. La Novempopulanie était alors devenue une province complètement distincte. Eauze en fut la métropole, peut-être par la protection de Rufin, enfant de cette ville, et tout-puissant à la cour de Théodose. C'est à cause de ce titre de métropole que son évêché, fondé au milieu du troisième siècle par saint Paterne, fut bientôt érigé en archevêché, ayant pour suffragants les évêchés établis dans les onze autres cités.

L'Aquitaine prospéra sous la domination romaine et de riches patriciens vinrent y établir leurs demeures. Des voies y furent tracées, bordées de pierres milliaires analogues à nos bornes kilométriques, et de petites tours qu'on suppose avoir renfermé des statues de Mercure, protecteur du commerce et des voyageurs. Le Gers est le département de France où l'on trouve encore le plus grand nombre de ces tours ; le Conseil général en a racheté quelques-unes pour assurer leur conservation. On en signale près du Brouilh, de Saint-Lary, d'Ordan-Larroque (deux sur le territoire de cette commune), de Biran, de Roquebrune, de l'Isle-de-Noé (détruite récemment), deMirande et de Lamazère. Mais les villes elles-mêmes n'ont rien conservé de leur splendeur à l'époque des Césars ; elles ont même changé d'emplacement : Eauze, qui touchait la rive gauche de la Gélise, s'en est éloignée d'un kilomètre; Auch et Lectoure, qui étaient descendues sur la rive droite du Gers, remontèrent sur leurs collines vers l'époque des grandes invasions.

Les invasions du cinquième siècle furent terribles pendant vingt ans pour la Novempopulanie, car tous les peuples la trouvèrent sur leur route. Enfin les Wisigoths s'y fixèrent, en 419, et leur administration intelligente et douce continua heureusement celle des Romains. Seulement ils étaient ariens, et quelques-uns de leurs princes, particulièrement le roi Eu-

rie (466484), persécutèrent les catholiques, qui après la conversion de Clovis, regardèrent le roi des Francs comme leur futur libérateur. Plus poussé toutefois par sa cupidité que par les intérêts de sa nouvelle religion, Clovis envahit l'Aquitaine, et la victoire de Vouillé, en 507, porta ses possessions de la Loire aux Pyrénées. Après sa mort, les pays du Midi furent assez bizarrement distribués entre ses successeurs. Chilpéric Ier puis Gontran possédèrent la plus grande partie de laNovempopulanie. Ce dernier, pour la conserver, dut la disputer d'un côté à un prétendant, nommé Godowald, qui voulait reconstituer au sud de la Loire la civilisation romaine, de l'autre aux Vascons, peuple espagnol qui commençait déjà à se fixer dans l'Aquitaine. Le prétendant et ses projets furent anéantis avec la ville de Lugdunum Convenarum (Lyon de Comminges, rebâtie plus tard sous le nom de Saint-Bertrand), en 585 ; les Vascons, après deux campagnes infructueuses dirigées contre eux (581 et 587), furent enfin subjugués en 602, mais restèrent dans le pays où ils s'étaient peu à peu répandus et qui prit dès lors le nom de Vasconie ou Gascogne. Un duc leur fut donné comme gouverneur : Genialis, à qui succéda Aghinan. On ne connaît de ces deux personnages que les noms.

La ruine de Lyon de Comminges et la défaite des Gascons ne rendirent toutefois ni complète ni définitive la soumission de la Gaule du Midi à celle du Nord. Les rois francs eux-mêmes rétablirent dans l'Aquitaine (nom donné désormais à tous les pays s'étendant entre la Loire et les Pyrénées) un état qui, avec sa vassalité officielle, sut conserver une grande indépendance. Dagobert en fit un apanage pour son frère puîné Caribert, qui prit le titre de roi de Toulouse (630-651) et eut pour successeurs, comme simples ducs d'Aquitaine : Childéric (631-637) ; Boggis et Bertrand (637-688) ; Eudes (688-755), qui ne put empêcher les Sarrasins de piller toute la Gascogne et d'y ruiner Eauze (727), dont le siège métropolitain fut transféré à Auch ; enfin Hunald et Waïfre, vivement combattus par Pépin le Bref et par Chai lemagne, et

vaincus par ce dernier, en 768. Treize ans' après (781), Toulouse, qui avait été la capitale de ce duché, devenait celle du nouveau royaume d'Aquitaine, que gouvernèrent Louis le Débonnaire jusqu'à son élévation à la dignité impériale (814), Pépin P\ fils de Louis (815-839), Pépin II (839-855), Charles, fils de Charles le Chauve (855-865), et Louis le Bègue, qui, par son avènement au trône de France, en 877, réunit de nouveau le Midi au Nord. Mais cette réunion absolument fictive ne servit qu'à consommer l'indépendance des ducs de Gascogne, d'abord simples préfets des ducs ou des rois d'Aquitaine. Dès avant le départ de Louis le Bègue, Sanche- Mitarra Iec , élu par le peuple en 872, fondait la maison des ducs héréditaires de Gascogne. Il eut pour successeurs : Sanche- Mitarra II; Garcie- Sanche, dit le Courbé; Sanche-Garcie ; Sanche-Sanchez ; Guillaume -Sanche, le vainqueur des Normands et le fondateur de Saint-Sever en 980 ; Bernard-Guillaume (984-1010), Sanche -Guillaume II (1010-1032) et Bérenger (1032-1036), mort sans enfants. L'héritier de Bérenger, Eudes, comte de Poitiers, étant mort lui-même en 1040, Bernard II, comte d'Armagnac, s'empara du duché, mais dut le restituer en 1070 à son suzerain immédiat, le comte Guillaume IV de Poitiers, duc d'Aquitaine, dont l'arri ère-petite-fil le, Éléonore, dite de Gùienne, porta l'Aquitaine presque entière d'abord à Louis VII par un premier mariage, en 1137, puis par un second mariage, en 1152, à Henri Piantagenet comte d'Anjou. Henri, par son avènement au trône d'Angleterre, en 1155, fit de l'Aquitaine un fief anglais, et elle le demeura jusqu'à la fin de la guerre de Cent ans, sauf toutefois quelques fiefs importants de la Gascogne qui s'en détachèrent au profit des rois de France ; ces fiefs se trouvèrent presque tous situés sur le territoire actuel du Gers.

Au-dessous des ducs de Gascogne et des ducs d'Aquitaine s'étaient formées des seigneuries puissantes dont la plus ancienne, le Fezensac (pagus Fidentiacus), apparaît dès 920. Garcie-Sanche en fit alors un comté héréditaire ; mais il en

démembra bientôt, en 937, le comté d'Astarac, et un peu plus tard s'en détacha encore Y Armagnac, dont les possesseurs, honorés également du titre de comte, sont dans l'histoire les plus célèbres des souverains féodaux qui ont dominé sur la Gascogne centrale. Le premier fut Bernard le Louche, qui prit possession vers 960. L'Astarac à son tour fut démembré, vers 1020, pour former le Pardiac. Enfin de l'Armagnac lui-même se sépara de Fezensaguet, vers 1165. A ces cinq fiefs, il faut ajouter le petit comté de Ganre, au sud de Lectoure, la vicomte de Lomagne, beaucoup plus considérable, et le duché d'Albret, qui arrivait jusqu'à la mer et dont relevait le Condomois ou pays de Condom.

Tous ces pays n'eurent point d'abord de vraies capitales : les seigneurs établissaient leur résidence habituelle sur les collines les plus escarpées, clans leurs châteaux les mieux fortifiés, et leur personnel administratif, peu nombreux du reste, les y accompagnait. C'est ainsi que les comtes de Pardiac, même après le treizième siècle, continuèrent d'habiter leur forteresse de Monlezun, près de Marciac, dont les ruines sont belles encore. Aignan paraît avoir été le château primitif des comtes d'Armagnac. Dès le quatorzième siècle, les capitales des autres pays étaient officiellement : Vic-Fezensac pour le Fezensac, Auch pour l'Armagnac, Mirande pour l'Astarac, Mauvezln pour le Fezensagùet, Fleurance pour le pays de Gaure, Lectoure pour la Lomagne, cette dernière ville après avoir eu quelque temps des comtes particuliers. Auch toutefois n'était guère qu'un chef-lieu honorifique, car elle appartenait à ses archevêques, de même que Condom à ses moines bénédictins et plus tard à ses évêques. Lombez fut toujours une possession des puissants comtes du Comminges, dont le territoire dépassait de tous côtés les limites de l'arrondissement actuel de Saint-Gaudens, dans la Haute-Garonne.

L'unité politique et administrative se réalisa en très-grande partie, pour les pays du Gers, au profit de la maison d'Armagnac. Celle-ci par ses alliances, par ses conquêtes ou par ses crimes, réunit en ses 'mains les autres fiefs, l'Astarac et le

pays de Gaure exceptés. Le Fezensac lui revint en 1140, la Lomagne en 1525, le Pardiac en 1402, le Fezensaguet en 1405. Ces deux derniers comtés furent violemment saisis par le terrible Bernard VII, dont les sanglants exploits n'eurent point la Gascogne seule pour théâtre : il devint à Paris, par suite du mariage de sa fille avec le prince Charles d'Orléans (ce prince méditait la vengeance de son père Louis, assassiné par le duc de Bourgogne, Jean Sans-Peur), le chef de la faction des Armagnacs, dont la lutte avec le parti des. Bourguignons ensanglanta, de 1416 à 1418, la capitale et tous ses environs, et contribua à amener, en 1420, le traité de Troyes, qui unissait la couronne de France et celle d'Angleterre sur la tête d'un prince anglais. Quelques services réels et de coupables intrigues valurent à Bernard VIL en 1415, l'épée de connétable.

La maison d'Armagnac finit à son tour d'une manière tragique; mais, avant de raconter sa chute, nous devons achever d'exposer la situation territoriale et politique des pays du Gers, depuis le dixième jusqu'au quatorzième siècle.

Les monastères, qui, au moyen âge, s'occupèrent avec tant de zèle et de succès du défrichement du sol, de l'adoucissement des mœurs et des progrès de l'intelligence, furent assez nombreux dans l'Armagnac et dans les contrées liées à son histoire. Ceux de Saint-Or eus d'Auch, de Pessan, de Sére, de Faget et de Saint-Mont, fondés au septième siècle, de Lombez, fondé en 795, de Simorre, de Saint- Jus tin- dé-Pardiac et de Saramon, fondés au neuvième siècle, et de Condom, dont l'origine remonte à Tan 900 environ, appartenaient à Tordre bénédictin, de même que plusieurs autres moins importants ; les villages ou les villes qui ont pris leurs noms leur doivent leur existence et leur prospérité. Un couvent fut aussi, au dixième siècle, le noyau de la ville ressuscitée d'Eauze. Les maisons de Planselve, de Boitillas, de Fiavan, de Tasque et de Berdoues suivaient l'institut essentiellement agricole de Cîteaux ; elles aussi, mais assez longtemps après leur fondation vers le milieu du douzième siècle et

avec d'autres circonstances, contribuèrent à la création de nouvelles villes.

En dehors des anciennes capitales des cités romaines, dont une même, Eauze, resta longtemps une ruine, le territoire du Gers actuel possédait, en effet, peu de villes au dixième siècle. A l'imitation des monastères bénédictins, les abbayes de Cîteaux, les évêques et même les seigneurs laïques s'occupèrent d'en construire. Lombez, Condom, Eauze et Simorre se formèrent peu à peu à l'ombre des tours de leurs monastères; la dernière seulement fut rebâtie d'un seul jet en 1141, après un incendie. Saint Austinde, archevêque d'Audi, fonda tout à la fois, en 1060, Nogaro et son prieuré.

Ce fut surtout au treizième siècle et dans la première moitié du siècle suivant que la construction de nouvelles villes devint dans tout le Midi de la France le but d'un mouvement activé d'un côté par les aspirations des peuples, de l'autre par l'émulation des possesseurs territoriaux. Un besoin immense de liberté s'était fait sentir dans le Nord dès le onzième siècle ; il se manifesta un peu plus tard au sud de la Loire, et y fut généralement bien accueilli par les puissants de l'époque. Les historiens ont trop peu remarqué ce mouvement communal dans les provinces méridionales de la France ; s'il produisit moins de luttes que dans les provinces septentrionales, il n'en fut pas moins universel et moins fécond.

Pour mieux associer les libertés municipales avec les facilités du commerce et de l'industrie, et un peu aussi dans un but fiscal, on traça au cordeau, sur des terrains vagues ou sur des emplacements de petits villages, des rues régulières se croisant à angles droits, laissant sur un point central un espace rectangulaire destiné à porter quatre préaux couverts et un hôtel de ville. Les nouvelles villes tracées, on appelait les populations d'alentour, leur promettant émancipation de tout servage et faculté de s'administrer elles-mêmes moyennant un impôt modéré. Ces libertés furent généralement respectées par les possesseurs territoriaux, et exercées sans trou-

blés. Ainsi naquirent : Aurimont; — Avensac ; — Barcelonne (vers 1300) ; — Bassoues, qui resta une possession des archevêques d'Auch ; — Beaucaire (?) ; — Beaumarchès (1301), fondation des moines de BouîlJas ; — Bretagne; — Cologne (1286), fondée en paréage (c'est-à-dire avec le partage des revenus) par Odon de ïerride et le roi Philippe le Bel; — Fleurance (1280); — Gimont, qui lors de sa construction par un abbé de Planselve, en 1322, prit pour

#*Ow

Abbaye de Flaran.

quelque temps le nom de Franqueville ; — Lannepax (vers 1300) ; —Marciac (1298) ; — Marguestau; — Masseube ;

— Meilhan; — Miélan; — Miradoux; — Mirande, création des abbés deBerdoues (1287) ; — Montguilhem ; — Montréal-dn-Gers (1255), bâti par Gérard V, comte d'Armagnac;

— Pavie (1281) ; — Pis; — • Plaisance (vers 1330) ; — Seissan (1340) ; — Solomiac (1332), qui doit son existence à un

abbé de Gimont ; — Tudelle; — Valence, fille de l'abbaye de Flaran ; — Villecomtal ; — Villefranche (1293).

Ces villes ou « bastides », celles du moins qui réunirent assez d'habitants, car toutes ne prospérèrent pas, jouirent réellement des privilèges municipaux et commerciaux les plus étendus; plusieurs prirent le titre de républiques. Elles étaient gouvernées par des consuls annuels au nombre d'abord de six, puis de quatre, assistés par deux conseils. Les seigneurs y entretenaient un lieutenant chargé de rendre la justice, et un collecteur chargé de recevoir les contributions ; mais ces officiers n'intervenaient jamais dans l'administration intérieure de la commune. Les villes anciennes, à l'imitation des bastides, reçurent des chartes très libérales et virent s'accroître le nombre de leurs habitants.

Lombez et Condom virent, au commencement du quatorzième siècle, leurs monastères érigés en évechés (1517); Mirande (ut appelée au même honneur : mais les oppositions de l'archevêque d'Auch parurent si justes que le pape retira sa bulle. Eauze ne recouvra pas son antique siège métropolitain. Lectoure demeura évêché. Il y eut donc quatre diocèses, avant la Révolution, sur le territoire du département du Gers. Chaque évêque possédait la souveraineté temporelle de sa capitale, à l'exception des évêques de Lectoure, qui la partagèrent avec les comtes d'Armagnac lorsque ceux-ci héritèrent de la Lomagne.

Les derniers comtes d'Armagnac, épris de la magnifique position de Lectoure sur un promontoire facile à fortifier, en firent dès 1525 leur principale résidence, leur capitale et leur grande place de guerre. Louis XI devait en faire le tombeau de leur puissance trop souvent malfaisante. Leur chute fut présagée par plusieurs désastres. Jean Ier porta ses visées ambitieuses sur le comté de Béarn, qu'il voulut disputer à Gaston Phœbus, comte de Foix, légitime héritier de ce vaste domaine. Vaincu par son rival à la bataille de Launac (Haute-Garonne), en 1562, il fut fait prisonnier et contraint de signer une paix humiliante. Son petit-fils, le fameux Ber-

Mirande.

nard Vit, devenu connétable de France et le chef de la faction des Armagnacs, fut massacré à Paris chez un maçon qui, lui ayant offert un refuge, le trahit ensuite (1418). Jean IV, félon envers Charles VII, osa lui disputer le Comminges, légué (1445) au roi de France. Le dauphin Louis vint l'assiéger dans l'Isle- Jourdain, le prit et le tint deux ans en captivité. Son fils, Jean V, fut un monstre d'iniquité. Voulant épouser sa sœur Isabelle, il poignarda son aumônier qui refusait de bénir le mariage et obtint par corruption une bulle falsifiée qui l'autorisait. Il fut accusé de trahir au profit de l'Angleterre les intérêts de la France et s'allia aux grands barons révoltés contre Louis XI. Le roi envoya sur Lectoure une première armée qui prit la ville par famine, après huit mois de siège. Le comte s'échappa, et une trahison lui rendit même sa capitale. Aussitôt s'avança une seconde armée, que commandait le cardinal Jouiïroy, évêque d'Albi. Après trois mois de siège, une nouvelle trahison ouvrit aux troupes royales les portes de la ville, qui fut saccagée. Le comte fut massacré aux côtés de safemme légitime, Jeanne de Foix (1475). Le comté, réuni à la couronne en 1481, fut rendu par Charles VIII au frère puîné de Jean V, Charles Ier, qui mourut sans enfants en 1497. Il n'eut point toutefois le roi pour héritier : le duc d'Alençon et sa femme Marguerite de Valois portèrent ce fief dans la maison de Péarn. L'annexion officielle et définitive n'eut lieu qu'à l'avènement d'Henri IV.

L'Astarac conserva, jusqu'à la Révolution, ses maîtres particuliers ; mais il fut, lui aussi, dès le quinzième siècle, administrativement réuni aux autres provinces françaises.

Les guerres de religion furent désastreuses pour le Gers comme pour tout le Midi. Le pays fut tour à tour parcouru par Montgommery, chef des calvinistes, qui pillait les villes et détruisait les églises, et par le royaliste Montluc, enfant de l'Armagnac, qui vengeait par le meurtre les ravages qu'avaient commis les protestants. Le supplice de Montgommery à Paris, le 26 juin 1574, la mort de Montluc à son château d'Estillac, en Agenais, en 1577, et surtout l'avènement d'Henri IV en

Page 1