CURIOSITES NATURELLES
moyenne la plus élevée. Cette température est à Toulon de 14° 4/10, soit près de 4 degrés de plus qu'à Paris; à Hyères, ellcestde 15°; elle se rapproche de 16° dans les vallons méridionaux les mieux abrités des Maures et de l'Esterel, vallons où les Romains et les Napolitains peuvent venir et viennent en effet chercher des hivers plus doux que ceux de Rome et de Naples. Ce beau climat, du 45e au 44e degré de latitude, est dû à l'heureuse exposition des cotes, faisant face au midi et protégées par de hautes montagnes contre les intempéries du nord et les bourrasques du mistral. Aussi, dans certaines vallées moins bien abritées, perd-il de sa douceur et de son égalité. L'altitude modifie aussi beaucoup, qu'on ne l'oublie pas, les températures des lieux dans un pays dont les hauteurs audessus du niveau de la mer sont comprises entre 0 et 1715 mètres. Le climat du Var, dit climat méditerranéen, est le plus gai, qu'on nous permette cette expression, le plus brillant, le plus doux des quatre climats maritimes de la France. Si toute la pluie tombée dans l'année restait sur le sol sans pénétrer dans la terre ou sans s'évaporer dans l'air, on aurait, au bout de douze mois, une hauteur d'eau moyenne de 500 millimètres à Toulon et à Hyères, de 600 le long de l'Argens et delà Siagne, la moyenne de la France étant de 770 millimètres.
\. — Curiosités naturelles.
Le Var possède un grand nombre de curiosités naturelles. Un volume serait nécessaire pour les décrire. C'est le pays des faux, des dus et des grottes. Les cascades y sont charmantes, les cascatelles innombrables ; enfin les rivages de la mer offrent des paysages enchanteurs. Selon l'expression d'un poète, le Var est une « terre de beauté. »
Les principales de ces curiosités, clus, foux, cascades, sont décrites dans le chapitre consacré aux cours d'eau du département, et dans le Dictionnaire des communes qui termine ce volume.
Les premières peuplades qui se fixèrent sur le lit forai de la Méditerranée et sur les pentes des contre- forts les plus méridionaux des Alpes, appartenaient à la confédération des Ligures. Mais il est difficile de déterminer remplacement des diverses tribus de cette confédération, les Oxybiens, les Suelteri. Certains érudits placent les Oxybiens clans les Alpes-Maritimes, sur le territoire de Cannes, d'autres dans le bassin de l'Argens, de ce fleuve aux eaux blanches qui a donné son nom au département du Var, bien que, depuis l'annexion de 1860, il ne l'arrose plus. Suivant les derniers travaux des archéologues1, Agai ou Agay (anciennement Agathon) serait probablement le port des Oxybiens.
Les Grecs de Marseille apportèrent les premiers sur la côte ligurienne les sciences et les arts ; mais, bien avant eux les Phéniciens avaient des ports et des comptoirs sur la côte. Les Phocéens de Marseille s'emparèrent de ces établissements, en créèrent de nouveaux, et imposèrent à tous des noms grecs. Il reste peu de traces de ces colonisations, traces qui furent plus durables sur la côte des Alpes-Maritimes. A Anlibes et à Nice, les noms romains sont plus fréquents. Quoiqu'il soit aujourd'hui éloigné de la mer par les alluvions séculaires de l'ancien Argenteus (l'Argens), le port de Fréjus^ (Forum Juin) rappelle César : ce fut une colonie de soldats de la huitième légion, et le surnom de Classica (maritime) que portait cette colonie témoigne du rôle important qu'elle devait jouer pour l'équipement des flottes romaines. Quant à la ville grecque d' Athenopolis , ou l'identifie , à lort ou à raison, avec la ville de Saint-Tropez. Après avoir contourné la presqu'île montagneuse de Saint-Tropez, on devait, en se dirigeant vers l'ouest, trouver, selon les mesurés de l'iti-
1. Géographie de la Gaule Romaine^ par Ernest Dos jardins ; librairie llnchette.
néraire maritime, au fond de la baie de Cavalaire, l'ancien port d'Heraclea Caccabaria, primitivement consacré à Melkarth , l'Hercule phénicien. Venaient ensuite les îles Stœchades (îlesd'Hyères), sur les côtes desquelles se faisait la pêche du corail, même dès le temps des Gaulois, car ces peuples aimaient à orner de corail leurs épées et leurs boucliers. Les érudits disputent encore sur l'emplacement de l'ancienne Pornjwniana, qu'on doit, paraît-il, placer dans la presqu'île de Giens, et de la ville d'Olbia, colonie de Marseille, qu'il faudrait chercher près d'un point nommé Almanarre. Puis la mer creuse, à l'ouest du golfe de Giens, la grande rade de Toulon, et la nature semble avoir offert de tout temps un refuge aux navires dans le havre de cette ville, aujourd'hui si considérable, mais alors très-modeste sous le nom de Telo Martius, Enfin, à quelque distance de Toulon, dans la baie de la Ciotat, se trouvait la ville de Tauroeis ou Tauroentum, dont les ruines ont été naguère retrouvées.
Au temps des Romains, Telo Martius n'est signalé que pour sa teinturerie ; on y teignait en pourpre. Mais, parmi les établissements que les Romains formèrent dans le pays à partirdel'anlâSavantJ.-G., lorsque d'alliés de Marseille ils furent devenus conquérants, nul n'égala la grandeur de Forum Julii, qui offre encore une mine inépuisable aux recherches des antiquaires.
Des traditions longtemps accréditées dans le pays font remonter au premier siècle de l'ère chrétienne la prédication de l'Évangile sur la côte de la Méditerranée. Selon ces traditions, dès l'an 62 après J.-C, les Juifs persécuteurs des fidèles jetèrent dans une nacelle sans gouvernail Marie Jacobé, Marie Salomé et Sara, leur servante, Marie-Madeleine et Marthe, Marcelle et Lazare le ressuscité, Sidoine, Maximin, Ruf, Cléone et Joseph d'Arimathie. Ces premiers disciples de Jésus-Christ auraient abordé aux embouchures du Rhône, et, tandis que saint Lazare allait prêcher à Marseille, saint Maximin et saint Sidoine, à Aix, sainte Cléone venait à Toulon et sainte Madeleine se retirait à la Sainte-Raunie. C'est la légende fa-
meuse, dans les discussions religieuses, sous le nom de légende des Trois Maries, et que nous rappelons parce qu'elle explique un grand nombre de noms d'églises dans la basse Provence. Mais c'est seulement an quatrième siècle que nous voyons définitivement constituées les Églises de la première province romaine devenue la seconde Narbonnaise. En 574, Acceptus, élu par le peuple et le clergé, puis saint Quillinus se montrent à Fréjus, qui avait Àix pour métropole.
L'évèque d'Antibes, saint Armentaire, un des apôtres les plus zélés de cette époque, vint, dit-on, au cinquième siècle, délivrer de l'hérésie les habitants d'un lieu appelé Griminum. Ce fait donna lieu à une légende qui représentait ce saint personnage vainqueur d'un dragon. Pour perpétuer le souvenir de cet événement, la ville aurait alors échangé son ancien nom de Griminum contre celui de Dragonia, d'où serait venu Draguignan. Il est certain du moins que les habitants de cette ville ont eu de tout temps la plus grande vénération pour saint Armentaire, leur patron, et que l'image du dragon a toujours figuré dans les armes de la ville, qui sont : de gueules à un dragon d argent.
La domination romaine, qui avait commencé sur le littoral delà Méditerranée, un siècle avant l'ère chrétienne, finit au quatrième siècle après J.-C, bien avant la chute de l'empire d'Occident. Les Wisigoths, dès les premières années du cinquième siècle, puis les Ostrogoths, au sixième, occupèrent la Provence. Les Francs, maîtres, après Clovis, de presque toute la Gaule, parurent ensuite et disputèrent le littoral de la Méditerranée aux Goths, qui furent refcfulés en Italie, aux Lombards qui essayèrent en vain, à plusieurs reprises, de s'établir en deçà des Alpes, enfin aux Sarrasins venus d'Espagne. Les Arabes franchirent le Rhône, dévastèrent tout le pays compris entre les Alpes et la mer, et y dominèrent jusqu'à ce que le fameux duc des Francs, Charles Martel, l'eût délivré. Pépin le Bref, Charlemagne, affermirent la puissance des Francs dans le midi de la Gaule, mais, après leurs règnes glorieux, les malheurs et les désordres recommencèrent.
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Lors du démembrement de l'empire de Ciiarlemagne, toute la région provençale fut distraite de la Gaule et se constitua en royaume séparé sous l'administration de Boson, couronné roi à Arles (879). Ce fut le point de départ des changements successifs qui isolèrent de la France , durant la plus grande partie du moyeu âge, la région méditerranéenne.
Aux guerres des seigneurs féodaux se disputant les lambeaux du pays se joignirent, au neuvième siècle, de nouveaux ravages des Sarrasins qui, cette fois, vinrent par mer. Ayant débarqué au golfe de Grimaud et s'étant fortement établis à la Garde- Freinet , ils faisaient de continuelles excursions sur tout le littoral. Les montagnes du département du Var leur fournirent un point d'appui : ils y demeurèrent si longtemps cantonnés que le nom de montagnes des Maures leur est resté.
Un comte de Provence, Guillaume /, fils de Boson II, s'illustra par ses guerres heureuses contre les bandes de pillards qui rendaient inhabitables de si belles contrées et s'empara du repaire des Sarrasins, la Garde-Freinet , en 972. Parmi les seigneurs qui se distinguèrent dans cette campagne, on remarqua Grimaldi et ses deux fils, Guido et Gibelin. Gibelin de Grimaldi gravit hardiment le Mont-Maure et y planta son étendard victorieux. Le butin, très-considérable, fut partagé entre les combattants, et le pays théâtre de ces sanglants combats devint la récompense du brave Gibelin de Grimaldi, qui donna son nom à l'ancien golfe de Sambracie, appelé dès lors golfe de Grimaud ; son frère Guido fut confirmé dans la possession de Monaco.
Au douzième siècle , la Provence passa à Raymond-Bérenger, comte de Barcelone (1112). Le dernier comte de la maison de Barcelone, Raymond-Bérenger V, maria une de ses filles, Marguerite, au roi de France, Louis IX; une autre, Béatrix, au frère de Louis IX, Charles d'Anjou. Malgré ces alliances, Louis IX considérait encore la Provence comme tellement étrangère à son royaume qu'il hésita à y descendre lorsqu'il revint de sa croisade d'Egypte en 1254; cependant il aborda à lïyères.
La Provence aurait dû au moins devenir française lorsqu'elle passa, par le mariage de son héritière Béatrix, au frère de saint Louis, Charles d'Anjou. Mais Charles d'Anjou conquit le royaume de Naples et ne s'occupa que de l'Italie. Sous son règne et sous celui de ses successeurs, les villes de Provence se trouvèrent impliquées dans toutes les guerres du royaume de Naples : elles paraissaient plutôt des villes italiennes. La reine Jeanne de Naples (1335-1582) eut à défendre sa couronne contre des princes de sa famille, notamment Charles de Durazzo (ou de Duras). Jeanne se réfugia en Provence, mais, après sa mort, la lutte continua entre les Duras et les princes français delà seconde maison d'Anjou, appelés par Jeanne à hériter de ses domaines. Les villes de la Provence se divisèrent, prenant les unes parti pour les Duras, les autres pour la maison d'Anjou; l'anarchie fut au comble, et, à la faveur de cette anarchie, le comté de Nice se détacha de la Provence, pour se placer sous la suzeraineté de la Savoie. Le bassin du Var se trouva divisé : Grasse, Antibes, demeurèrent à la Provence, ce qui explique comment elles firent partie de la France bien avant Nice. La Provence haute et basse devint française dès Tannée 1482, après la mort de Charles du Maine, héritier du bon roi René ; mais, privée du comté de Nice, elle était ouverte sans cesse aux invasions qui se succédèrent rapidement au XVIe siècle.
Sous le règne de François Ier , pendant les guerres d'Italie, la Provence fut envahie par les troupes de Charles-Quint, commandées par le connétable de Bourbon, qui avait fait défection. Maître du comté de Nice , Bourbon s'avança sur Toulon, dont l'importance était encore médiocre, et s'en empara. Il marcha de là sur Marseille (1524), mais il échoua au siège de cette ville et fut obligé de battre en retraite, non sans avoir exercé de grands ravages dans le pays. En 1556 eut lieu une nouvelle invasion de la Provence par Charles-Quint. Encore plein du souvenir de Pavie , François Ier se garda bien de risquer en une bataille le sort de son royaume. Il laissa son adversaire s'user contre les obstacles naturels dont la route était semée et qu'il aggrava par une dévastation méthodique de
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la Provence. Les Français eux-mêmes, sous les ordres du connétable de Montmorency, ruinèrent complètement le pays, plus que ne l'auraient fait les ennemis mêmes. Charles-Quint ne put arriver que jusqu'à Aix, et, voyant son armée manquer de tout, il se retira.
Les guerres civiles de religion succédèrent presque sans intervalle aux guerres d'Italie. Elles commencèrent, dans cette partie de la Provence, dès Tannée 1559. Antoine et Paul de Richieu, seigneurs de Mauvans, anciens capitaines des vieilles troupes de François 1er, s'étaient prononcés énergiquement pour la Réforme. Antoine se rendit un jour à Draguignan, dans le but d'avoir une conférence avec les catholiques. Le peuple le reconnut, se jeta sur lui et le mit en pièces ; son cadavre fut mutilé et traîné dans les rues. La ville de Draguignan, comme la plupart des cités de la Provence, tomba tour à tour au pouvoir des divers partis.
Sous le règne d'Henri III, les protestants, irrités contre le gouverneur de la Provence, Carcès, s'insurgèrent. Catherine de Médicis crut apaiser les esprits en nommant à la place de Carcès le maréchal de Retz ; de là les factions des Carcistes et des Razats. Le parti carciste représenta les catholiques; le par%ti razat, les protestants et les politiques mécontents/ La Ligue, dont le duc de Guise était l'âme, s'étendit jusqu'à la Provence, où elle eut pour chef le baron de Vins, mais les ligueurs ne tardèrent pas à appeler l'étranger. Le duc de Savoie envahit la Provence à plusieurs reprises. Après la mort d'Henri III, en 1589, la confusion devint extrême, et les lieutenants d'Henri IV durent reconquérir pied à pied les rives du Var et de l'Argcns. Ce fut l'époque la plus malheureuse pour toutes les villes de la Provence, et ce pays fut un des derniers pacifiés. Le ducd'Epernon, même après avoir reconquis la Provence pour Henri IV, en i 595, méconnut bientôt l'autorité royale, et Henri le remplaça par le duc de Guise (le fils du Balafré), qui, comme gage de la sincérité de sa soumission, apaisa complètement les esprits.
Richelieu, à qui n'échappait rien de ce qui intéressait la
grandeur de la France, comprit l'importance de la situation de Toulon : il en améliora le port comme celui de Brest. Aussi, durant la guerre de Trente Ans, Toulon put servir de point de réunion aux flottes que commandèrent le comte d'Harcourt et l'archevêque de Bordeaux, Escoubleau de Sourdis. Ces flottes tinrent tête à la marine espagnole et concoururent à la reprise des îles de Lérins, dont les Espagnols s'étaient emparés.
Toutefois, la fortune de Toulon date réellement du règne de Louis XIV. De ce port sortirent les flottes de Vivonne et de Duquesne, qui, durant la guerre de 1672 (guerre de Hollande), parcoururent victorieuses la Méditerranée et dispersèrent les flottes espagnoles et hollandaises. Vauban fut envoyé à Toulon pour activer les travaux d'agrandissement et de fortification. Le marquis de Seignelay, ministre de la marine, y vint à son tour (1684), et c'est de là que partirent les navires qui allaient, sous les ordres de Duquesne, bombarder Alger et Gênes.
La guerre de la Ligue d'Augsbourg obligea Louis XIV à déployer toutes les ressources de sa marine. Malgré les victoires retentissantes remportées par les armées de terre à Fleurus, à Steinkerque, à Nerwinden, aux Pays-Bas, à Staffarde et à la Marsaille, la guerre étaitsurtout maritime. Tourville, en 1695, prit sa revanche de la Hougue sur la flotte anglo-hollandaise, dans la baie de Lagos sur les côtes du Portugal, et ramena en triomphe à Toulon ses nombreuses et riches captures. Dans la guerre de la Succession d'Espagne, une flotte puissante sortit deToulon, en 1704, et livra une bataille indécise, mais des plus honorables pour lesFrançais, aux flottes ennemies près de Valez- Malaga. Aussi Toulon devint-il, quelques années après, l'objectif principal des armées impériale et hollandaise, lorsque, après leur victoire de Turin (1706), elles envahirent la Provence sous les ordres du duc de Savoie, Victor-Amédée, et du prince Eugène. Toulon, assiégé par terre et par mer (1707), résista, grâce au patriotisme de ses habitants et à la vigueur du comte de Grignan, gouverneur de Provence, gendre de madame de Sévigné. Les abords de la place avaient été occupés et si bien mis à l'abri des attaques de l'ennemi, que le