PIERRE DAILLY
phe l'a dit. Jérusalem est au centre, l'orient au sommet, l'Asie comprend la moitié du cercle , les deux quarts de l'autre moitié sont pour l'Europe et l'Afrique. Malgré ces antériorités, la figure offre les beaux traits du xive siècle, ainsi que ses défauts. Gela se décèle, non par l'insertion de Calhay et de Anglia parmi les dénominations antiques, ou par la multiplication de India (cinq fois répétée) : mais par la configuration de l'habitable et par l'inclination de la mer méditerrance de ENE à OSO à la ligne de E à 0 de la parallèle.
La figure ronde divisant l'habitable par un diamètre et un rayon perpendiculaire est reproduite plus d'une fois encore, comme réminiscence dans quelques ouvrages des typographies italiennes et allemandes, au xive siècle. On la voit encore , vers la fin de ce siècle dans les publications d'Apien et de Gemma Frisius.
Pierre d'Ailly, 1410.
154. La figure ou la sphère de d'Ailly est très-intéressante pour l'époque dans laquelle nous entrons. Pierre d'Ailly , né près d'Abbéville à Gompiègne en 1350, d'une famille obscure, s'éleva par son mérite aux premières dignités de l'église. Reçu grand-maître du collège de Navarre en 1384, il fut ensuite chancelier de l'université, confesseur de Gharles VI, évéque de Cambrai ; il se distingua en 1409, au concile de Pise, deux ans après 1411 , il fut nommé cardinal et légat du saint-siége en Allemagne; au concile de Constance (1414) il démontra la nécessité d'une reforme dans l'église; il s'était démis de son évêché lorsque Martin Y le fil légat d'Avignon où il mourut en 1420. Il a écrit différents traités d'astrologie, de chronologie, d'astronomie et de géographie ou cosmographie qui sont accompagnés d'une figure ou planisphère (ts*).
Ge planisphère offre les cercles ordinaires de la sphère. Sa partie septentrionale est divisée en sept climats tous pleins de noms de pays, de monts , de villes, de fleuves , inscrits respectivement aux climats où ils se trouvent, ou au delà des climats. II n'y a aucune trace de contours de pays, seulement la nomenclature géographique est ainsi distribuée. Or, c'est l'ombre d'une carte, simulacre d'une mappemonde soumise à des latitudes géographiques, à la méthode étrangère aux cosmographes latins, pratiquée par les arabes, comme dans la géographie de Plolémée que d'Ailly a pu facilement connaître , parce qu'il allait souvent en Italie où cette géographie fesait beaucoup de bruit et où en se préoccupait de la faire traduire en latin (voyez n° 19 de notre atlas).
Je touche d'abord quelques épigraphes un peu obscures de ce planisphère. Au-dessus des climats on peut lire : hic : climat a usque polum, multas habitalioncs, insulas continent, qui non poterunt hic conuenienter designari. Dans le sixième climat, Lumania, lisez Gumania ; dans le cinquième, Silicia, lisez Gilicia; don y est un fragment de Macedonia ; dans le deuxième climat, Cir. mg. Syrlismagna ; Cir. mi. Syrtis minor.
(43î) L'ouvrage a été imprimé en 4480, suivant les apparences à Lonvain chez de Westfalie. Quantité d'autres ouvrages sont en manuscrits. — Le planisphère de Pierre d'Ailly dans notre atlas est copié d'après la publication de Santarem , diminuée en proportion de 300 à 95 de l'échelle. — Cette image se trouve tout de même, bien exécutée dans l'édition sus- mentionnée. — La notice historique et littéraire sur le cardinal P. d'Ailly, par A. Dinaux, Cambray, 4824,in-8, m'est inconnue.
Au-dessous des climats : India fere terciam partent terre habitalUU continet, usque ad meridiem se entendit. Au delà de la ligne équinoxiale: anticlimala usque equinoctialem, qui ultra multas habitaliones continent, ut ex hisloriis autenlicis compertum est. — mare rubrum , euius longitudo vix. vi. millies passum vient d'une variante 1600 de Pline Vf, 53. — Arim est la coupole Arine, hindou -arabe, connue par l'étude de la science arabe (voyez chap. 22 et les prolégom.). — Le reste est clair.
Quand j'examine la dispartition de la nomenclature entre les climats sur son planisphère, je vois qu'à l'exception des climats il n'y a rien d'arabe, et je pense qu'on remarquera facilement que plusieurs situations ne s'accordent point avec la disposition ptoléméenne. Cette discordance se rencontre sur tous les points. Yrcania , inscrite excessivement au nord, Bactria redescendante au sud, la Mauritania placée sous le tropique, Gades touchant le second climat, sont des anomalies criantes et contraires à l'ordre de Ptolémée. La division en climats est donc opérée sur une autre construction de l'habitable : elle est tracée sur une mappemonde des cosmographes.
La nomenclature est ancienne, c'est-à-dire latine romaine, mais au nombre des appellations anciennes, se mêlent plusieurs modernes: Rutenia, Cumania, Francia. Dans sa longueur l'habitable est divisée en deux moitiés égales. Le méridien de division traverse évidemment et incontestablement par Palestine et Jérusalem , conformément à l'usage convenu. Habilatio elephantum , est une note des mappemondes. L'emplacement de Yrcania à côté de Cumania, est aussi leur mode. Enfin l'autre moitié décèle l'inclination de la méditerranée de ENE à OSO, vice caractéristique des caries nautiques du moyen âge, qui refoulait Gades et la Mauritanie vers le tropique (iss). Or, ce planisphère de d'Ail ly offre une carte nautique, une mappemonde soumise à la division en climats, manifeste : qu'on s'essayait de tracer sur les mappemondes les latitudes au hasard.
155. Ces observations se présentent par l'examen direct de l'image dessinée par d'Ailly. Nous devons encore chercher des renseignements dans les ouvrages de ce prélat et nous allons rendre compte de ce que nous y avons remarqué.
Pierre d'Ailly avait écrit en premier lieu un traité de Ymaginc mundi qui fut terminé le 12 août 1410. Il y parle du système du monde, des cercles célestes, du soleil et de son année, des quatre éléments, de la mesure du globe terrestre; il discute jusqu'à quel point la terre est habitable, indique la situation respective des sept climats, des anteclimats et des post-climats, signalant que les habitations s'étendent an delà des climats et se prolongent à l'orient au delà de l'hémisphère (cap. I — 13). Ensuite il donne une description étendue des trois parties de l'habitable, dans laquelle il fait un dénombrement des régions de l'Asie (cap. 15-32-37); des montagnes (c. 38), des promontoires (p. 59), des îles (cap. 40-48), des mers et lacs (cap. 49-54), des fleuves (c. 55-59), et distingue les vents (cap. 60). Le fond de cette description
(435) Vérifie* ce que nous observons, en confrontant là sphère de d'Ailly, avec la carte hydrographique portugaise de 4500, qui est dans notre atlas.