PIERRE 0 AILLY
cap. Si infiae). La traduction était accompagnée de 35 cartes géographiques (140). Il se mit de suite à étudier cette nouvelle découverte et en lit un abrégé à sa manière sons le titre de compendium cotmographiw , lequel fut en effet rédigé en 1412 ou 1415, comme le démontre la suite de nos considérations.
Revenant pour ainsi dire à ses travaux, d'Âilly dit en tête de son eompendinm, qu'il méditait depuis longtemps de composer un traité de imagine muudi et sept autres ou il se proposait de mettre en concordance différentes opinions sur les vérités mathématiques (t*o). En terminant en Tannée 1414 ces traités» il rend grâce à Dieu , d'avoir enfin terminé les huit articles, utilement compulsés, sur ce que les sages avaient avancé (u*). Ainsi il réunit tous ses traités en un corps composé de la série successive de ses élucubrations. Le compendium cosmographie s'y trouve , comme suppléant le premier traité de ymagine mundi, par conséquent composé plus tard, après 1410, et il forme, de même que le premier , deux traités : le compendium cosmographiœ en 22 chapitres et son résumé en 5 chapitres (us).
Dans son compendium cosmographicum, d'Ailly se propose de recueillir de la grande cosmographie de l'excellent Claude Ptolémée, en abrégé, les longitudes et les latitudes des lieux plus renommés de Thabitable : mais il ne se borne pas à la simple extraction et abréviation, il cherche à concilier ses anciennes connaissances avec celles de la cosmographie et à en opérer la fusion.
157. Il a extrait 555 positions (I, chap. 2-11], en leur donnant un ordre à la manière des arabes. Sous le rapport de l'importance géographique de ces lieux renommés, son choix ne se recommande pas beaucoup : la plupart sont des noms obscurs , des milieux de montagnes et de provinces. Trouvant 22 parallèles dans la cosmographie de Ptolémée, il les réduit à 12, dont sept correspondent aux sept climats et passent par le milieu de chacun de ces climats ; trois , à. savoir , du mont Barditi , de Raptum et Gattigara et de Besinga , se trouvent dans les anté-climats; deux traversent dans les post-climats, la Bretagne et Tiie Thyle. 11 distribue les lieux renommés entre ces 12 parallèles et c'est Tordre qu'il a donné à 555 positions choisies (us). Notons que, par cette opération, il substitua aux climats arabes les parallèles
(IW) D'après la table ofc il désigne les cartes , il paraît que lltalie et la Grèce lai manquaient^— Le traducteur est sans doute Jacq. Angelo qui acheva sa version en 1408.
(140) De ymagine mundi et ejus descrîptione tractatum unum , et de concordantia théologie ci astrologie, de concordantta etiam discordantium , varieque opinantium circa mathemalicam veritateffl, tractatus septem, ex sapientum sententiis, dudum utilitcr componere temptaui. Pro quorum tamen elucidatione atqne supplemento, et specialiter primi tractatus et octaui (scenndi?), inquibus pturade devisione partibus orbis terre scriptasunt : nunc, etiam hoc compendium superaddere decreuimus (comp. cosmograph. cap. 9.
(I4t) Huic operi fincm imponentes, dco gratias agimus, quia 8 tractatus, satis utiles, ex sapientum dictis, ipso douante, cotlegimus : 4, de image mundi, 3, de epilogo ejus; S, de correctione kalendarii, 4 de vero ciclo lunari ; 5 de legib et sectis contra superstitiosos astronomes, et très ultiroos (6, 7, 8), deconcordia vere astronomie cum theologica et historica veritate. —Compendium cosmographie, n'est que le supplemcntum du traité de imagine mundi.
(149) L'édition primitive donne par erreur pour titre a ce résumé : traetatuê vice$imtu nonw cosmographie compendii. Il faut lire probablement : vices unm nouus.
(143) Sans compter quelques erreurs d'impression, on remarque dans la suite de laliste parallèlée des erreurs palpables qui ont échappé à l'attention de d'Ailly, par exemple médium sarmatie, médium Taprobanc , etc.
grecques; qu'il soumit la description de Ptolémée à la méthode arabe et réunit les règles des deux méthodes.
Continuant de confronter et de comparer les données de Ptolémée et des arabes , d'Ailly trouve des conformités satisfaisantes. Il examine plus au long(l, 19-21) les opinions de Pline et ses 12 parallèles qui décèlent une haute connaissance géographique ehez les anciens grecs (144) ; il y aplanit les contradictions, s'évertue à établir les concordances, soutenant toujours que l'habitable est plus spacieuse que ne le présente le quart du globe; qu'elle s'étend vers l'orient au delà, et la cité Syenc-Arim, centre de l'hémisphère, ne divise pas notre habitable à moitié, par parties égales (i4t&).
La grandeur du globe de la cosmographie de Plolémée l'engage à reprendre cette question. En la comparant avec celle de l'auteur de la sphère et d'Alfragan (cosmogr. comp. II, 4), son esprit conciliateur ne s'inquiète point de leur différence. Dans les grandeurs de degrés de 500 stades, de 700 stades et de 56 3/3 de mille, il ne voit que la différente grandeur de stades et de milles , qui varie comme la grandeur de l'aune.
D'Ailly expose les projections de Ptolémée pour le dessin des cartes in piano (comp. cosmog. 1, 17; II, 1); fait connaître celle qui trace les parallèles* et les méridiens. courbes (H, 1) et compare l'autre conique, avec la méthode dont il s'est servi , imitant les quidam des cosmographes précédents (I, 17). Il préfère garder son ancienne méthode et recommande d'y tracer les méridiens arcuales de 15 en 15 degrés; la ligne droite du méridien central passera par Arim ; il recommande de noter le chiffre de la longitude le long de l'équinoxiale (1, 17, 18), (i4o).
(144) Ce chapitre remarquable de Pline VI (34) 39, m'a servi de base dans la reconstruction de la carte grecque au temps des césarcs (recherches géogr. III, 413-123).
(145) Unde apparct, quod maior est longitude terre -versus oriens, quam ponat Ptliolomcus. Nam meridianum latus in die descendit a tropico capricorni et secat equinoctialem apud montera Halo m et transit per Syenem qui nunc Arim dicitur. Nam duplex est Syenc, una sub solstitio, de qua supra, alia sub equinoxiali, que est Arim, et liée , secundum mathematicos est in medio terre habitabilis, sub equinoxiali distans' 90 gradibus ab occidente et secundum eos, totidem ab oriente , et a septentrione et meridie , et loquuntur de habitat ione eis nota : sed expertum est, quod Arim non distatab oriente 90 gradus tantum , sed magis elongatnr, propter hoc quod longitudo habitabilis major est quam medietas terre et hoc usque ad orientem (comp. cosmogr. 1, 19; répétition de ce qu'il dit de imag. mtindi, cap. 15, et epilog.; voyez la note précédente 136). Cette assertion avait été avancée cent cinquante ans auparavant par Roger Bacon, qui, per experientiam itineris et navigationis apud Plinium et altos naturales (opus majus , p. 19S), admettait une extention de l'habitable plus considérable à l'orient. La terra iucognita et la carte de Ptolémée vient confirmer cette assertion, et ouvre l'autre hémisphère aux voyageurs modernes dont les ilinera et les nauigations furent négligées par les cosmographes.
(146) His ita premissis, nostre habitabilis situm ac generalcm descriptionem quam brevius in piano fieri potest, etiam cum annotatione septem climatum, designare proposuimus : non tamen omnino, modura, quam PtholomcusjJocuit insequentes. Nam ad banc figurant describendam et ad figuraadam ciuitalcs famosas in suis locisper distanliam earum ab equinoxiali, que vocatur latitudo civitatis vel regionis ; et per distantiara cius ab occidcnle in orientem , que longitudo regionis dicitur : quidam cosmographi, utunttirartificio, quo, locus ciuilatis habetur perdistantiam a meridie in septentrionem et ab oriente in occidentem, et hoc arlificium consistit in concursu linee recte equidistantis equinoxiali , signale in piano secundum formam linee recte a numéro graduum latiludinis regionum signato in quarto coluri, ducta ab equinoxiali usque ad polum round i : in concursu inquam cum arcu circuli magui, qui transit per polos mundi et per numerum longitudinis ciuitatum, signatum ia equinoxiali circule Hic autem modus melior est et facilior, et sufficit considération! locorum mundi in hujusmodi significationc scusibili. Differt autem hic modus describendi habitabilem, a modo quo
• Ptholomcus in sua cosmographia utitur : quia iste modus , désignât parallelos per rectas lineas et
meridiaoos per lineas arcuales, utpatet in figura subscripta : ille vero e contra Considerandum
quoque est quod secuudum banc liguram , duscribendo latitndioem secundum gradus coluii circulais, fiunt spacia climatum latiora, quam ad describendum lalitudinem secundum gradus meridiani recti linci. Ideo, bec figura congruit meebanice ralioni. Omnis tàmen diflicultas que couliogtt describendo habitabilem in piano, excluderctur describendo eam in sperico (comp. cosmog. 1, 17).
PIERRE D'AtLLY, 158. 77
Dans son traité de imagine mtindi il négligea de s'occuper lant de méridiens que d'échelle.
D'Ailly nous avertit qu'il a dessiné une figure donnant fignram orbis, munie de l'échelle équinoxiale, de méridiens placés à chaque 15"* degré, de parallèles tracées par le milieu des climats, par Tyle, par Barditi (compendii cosmogr. 1, 18) (m). Or, la figure que nous avons devant nous, n'est pas celle-ci. Elle ne répond pas à la description, aux exigences de compendium cosmographie. Les Ipcrborei, Arimphi, Rutheni , Fransia, Cu mania , Georgia , Esperides et différentes expressions de notre image, ne se trouvent nulle part dans le compendium cosmographie ; elle est privée de Tyle, de Barditi, privée de méridiens arcuales, de 4 heures, de l'échelle de 15 degrés, et des douze parallèles. Nous n'avons pas de figure de la mappemonde, dessinée en 1413, conformément aux renseignements et positions puisés de la récente connaissance de la géographie de Ptolémée. 11 serait curieux pour nous de savoir l'opinion du cardinal sur la difformité ptoléméenne de la configuration des pays et comment il la conciliait, dans son imagination, avec les mappemondes des cosmographes. Il ne s'explique pas a cet égard et garde un silence profond.
158. Après avoir achevé ses compendia cosmographie, d'Ailly s'adonne entièrement à l'astrologie historique , dont les trois traités forment un ensemble. Le premier, vigintiloquium de concordie astronomie veritatis cum thcologia, divisé en viginli verba (chapitres) fut achevé à Cologne dans l'année 1414; le second, de concordia aetronomice veritatis et narrationis historiée, fut terminé à Bâles, le 10 mai de la même année 1414 ; le troisième, elucidarius astronomice concordie, cum theologia et historica veritate, suivit de près comme huitième traité utilement composé sur ce que dirent les sages, exécutés suivant le plan conçu d'avance par l'auteur (us). Au nombre de ces huit traités les compendia cosmographie ne se comptent pas : ils avaient été conçus et exécutés après coup comme supplément au traité de imagine mundi et achevés en 1415, avant que les trois derniers, astrologiques fussent élaborés.
La même année encore, 1414, d'Ailly prépara, le 26 septembre et le 5 octobre deux apologelice defensiones astronomice veritatis. Il écrivit encore : de concordia discordantium astronomorum. C'est tout ce qu'on
(147) D'Ailly (comp. cosmogr. I. 48), donne la description de sa figure. Equinoxialis eius diuisiones, sont gradus longitudinis région uni. Duo arcus diuidunt equinoxialcm in très partes, quorum qualibet faciti horas cquinoctiales , et sic per si mi les arcus posset subdiuidi equinoxialis ita, ut quilibet 15 gradibus correspondent una hora equinoctialis... Parallèles autem consignabinius in figura... et nota, quod sicut parallelus transiens pér Tvlcra insulam, versus septentrionem et parallelus transiens per montent Barditi versus austrum , terminant latitudinem nostre habitabilis : ita, medietas col u ri versus oriens per metropolim Sinarum... etc. Quia vero loca premissa, a quibus denominantur sep te m climata, famosa aliqua, quae principaliler notauerunt Alfraganus et ejtis sequaces, non tenent précise médium dictorum climatum, ideo, pro maiori certitudine in bac figura, signabimus parai lelos dictorum elimatum sub gradibus latitudinis, qui fere tenent, dictorum climatum média (compend. cosmogr. I, 48).
(148) L'édition primitive place à la suite du compendium, huit tableaux cosmographiques, au nombre desquels se trouve aussi la mappmonde. Tous ces tableaux y compris la mappemonde, furent préparés à l'usage du traité de imagine mundi. Comme les compendia sont des suppléments de ce traité , tous les tableaux cosraograpbiques se trouvent bien à leur suite : à l'exception de la mappemonde. Celle qui a été faite expressément pour les compendia n'y étant pas ; celle qui s'y trouve doit être renvoyée exclusivement au traité de imagine mundi.
connaîl de cet homme savant qui nous fournit une immense lumière sur l'état des connaissances géographiques à son époque- Ce qu'il révèle, présage pour la géographie une nouvelle marche, une nouvelle direction. Il y avait des quidam, qui rêvaient les longitudes et latitudes, le mode de projection sur le plan. Les descriptions des arabes et leurs climats inspirent leurs pensées, couvrent certaines cartes nautiques des cosmographes de l'élément mal assis et peu coûté. En attendant, de plus graves irruptions dans le domaine de la géographie commencent à clore une direction transformatrice. Elle germe dans la renaissance des lettres; elle introduit dans la composition des cartes des éléments hétérogènes, substitue d'autres bases dans leur construction, propose d'autres formes, provoque à prendre de nouvelles précautions dans l'appréciation des monuments géographiques suivants. Des monuments d'une autre nature éclosent et forment une autre suite. Désormais il faut classer les monuments en deux suites : ceux dus aux études des cosmographes et ceux qui revêtent des formes ptoléméennes, et sans l'avoir vue, on ne saurait dire à quelle suite appartient la carte.
La nouvelle création et façon, dénoncée en 4413, par l'essai de d'Ailly trouve de nombreux prosélytes et se répand bientôt par la gravure en bois ou en métal ; l'ancienne reste ensevelie dans le dessin. La pratique du dessin et de la composition, dirigée par la rose des vents, ne discontinua guère de dresser les cartes nautiques. Ce furent les péninsules qui continuèrent cette composition ; la péninsule pyrénéenne plus longtemps que l'Italie.
Portugais, suite des cartes 1410-4460.
159. Une nouvelle école , une nouvelle fabrique de cartes devait à son tour acquérir une réputation spéciale. La poursuite jusqu'en Afrique des infidèles, vaincus et expulsés , entraîna les Portugais dans les eaux plus éloignées de l'océan. Le goût des découvertes s'empara de leur esprit. Longtemps, une prise de possession , des colonnes plantées au nom du roi du Portugal , la colonisation quelquefois immédiate , furent, pour les navigateurs portugais, des découvertes importantes qui étaient connues antérieurement par d'autres navigateurs. Plus tard, les navigateurs coururent plus loin et firent des découvertes réelles et immenses qui leur acquirent une gloire impérissable.
Une prise de possession , l'érection d'un castcl ou d'un magasin de commerce, n'avaient encore aucune consistance, aucune stabilité dans les parties océaniques. La navigation se bornait plutôt à des excursions commerciales, à la piraterie, en annotant les accidents de tempête de ceux qui s'aventuraient dans les hautes mers.
A Lisbone , vers 1150, une rue portait le nom des Magrouriu , qui s'embarquèrent jadis pour explorer l'océan occidental. Tout ce qu'ils y virent n'était ni merveilleux ni incroyable. Ils n'abordaient qu'à des fies; d'abord ils virent les moutons, ensuite les insulaires, parmi lesquels se trouvait un interprète arabe. Arrêté par les insulaires, il furent, les yeux bandés, couduit et jeté sur les rivages de l'Afrique près d'Asfi. (Edrisi, IV, I, p. 27). Les arabes et les maures visitaient probablement