II
82 GÉOGB. LATINE, UKM470.
peu les autres furent occupées et colonisées (ni). Le génie de l'infant Henri a bien compris, que par des colonisations il utilisait les découvertes et donnait une consistance à la navigation de son pays. En même temps, en 1428, il acquit des Français, conduits par Betnencour, en échange de certains domaines à Madère, les droits aux Canaries (i 74), auxquelles ils renonçaient, ne pouvant poursuivre leurs entreprises éloignées, à cause des malheurs de leur pays.
En attendant, le cap Bojador résistait aux caboteurs portugais. L'action était au fond peu de chose en soi; mais elle fut réputée grande, tant il fallait de hardiesse pour surmonter les frayeurs invétérées. Après douze années d'efforts inutiles, l'infant envoya en 1435 son écuyer Gil. Eannes : celui-ci n'avait pas de courage. Envoyé pour la seconde fois Tannée suivante (1434), il accomplit sa tâche, doubla le cap en tournoyant son récif. L'infant fit alors armer un second bâtiment dans lequel il envoya son échanson Alfonso Gonçalves Baldaya, conduit par Gil Eannes; tous deux dépassèrent cette fois le cap de cinquante lieues (ns).
L'infant chargea encore Baldaya d'une nouvelle expédition : et dans ce voyage on alla à 7& et jusqu'à 120 lieues du cap, où l'on trouva une embouchure comme celle d'un gr.and fleuve, s'enfonçant de 8 lieues dans la terre. Poursuivant sa route jusqu'à 50 lieues plus loin encore, Baldaya arriva à une pointe formée par un rocher qui de loin ressemblait à une galère, ce qui a fait appeler désormais ce lieu le port de la Galère, 0 porto da Gale : c'était en l'année 143G. Cette embouchure de fleuve n'est autre que le rio do Ouro (114).
161. L'infant Henri animant la navigation de son pays, comprit la nécessité de l'instruction. Aussi établit-il, en 1415, une école nautique au village maritime de Sagres (Tarcanabal; ou villa do infante) dans l'Algarve. Il fit venir à grands frais, pour enseigner aux officiers portugais l'art de la navigation, un majorquin, maître Jacq, homme trèssavant, tant dans l'art de la navigation qu'habile, dans la fabrication des cartes et des instruments (ns). La lumière de l'Italie y était appelée aussi. Bien méritée par des connaissances créées à la suite d'une longue pratique , elle allait apporter à la nouvelle école les idées anciennes exhumées par la renaissance des lettres.
(171) L'histoire de la découverte des Açores est traitée par deux indigènes jésuites : Gaspard Frnctuoso (né en 154S mort en 1591) saudades da terra, servirent de guide à l'autre Antonio Cordeyro (né 1640, ), qni a publie en 1717 son hisloria insulana , das ilhas a Portugal sugeytas no ocêano occidental. — Joseph Freire (sous le nom de Candido Lusitano), vie de l'infant dont Henri (traduits en français parCournand) en donne une notice. — Martin Behaïm eu 149¥ annota sur se* globe Tannée 1431 date de la première découverte.
(172) Barros, dec. I, liv. 1, 19; Viera, noticias de Canaria V, 16 : Zurara, ebrouica de Guiné, 66.
(173) Gomez Eannes de Zurara, chronica do descobrimento e conquista de Guiné, 8-11. Fea© Hfanto armar huum barinel, no qnal mandou Affonso Gonçalves Baldaya, que era seu copiera, e asay Gil Eannes com sua barcha , mandando que tornassem la outra vez ; como de feito fêteront ; e passarom a allem do cabo cioquoenta legoas.
(174) Zurara, chron. de Guiné, 10. — Barros, dec. I, liv. I, 8, prétend que le nom de rio do Ouro, ne fut donné qu'en 144S : se pourrait-il, que les Portugais n'apprissent le nom du fleuve des autres navigateurs, qu en l'année 144S?
(175) Mandou vir da ilba de Malhorca hum mestre Jacome, homem mai docto na arte denavegar, que fazia carias e instrumentes ; o quai Ihe custon muits pelo trazer a este rejno pera insinar «sia sciencia aos ofiieiaes porlugueses daquelle mester (Barros, dec. I, liv. 1, 16).
La fabrique de cartes ne manquait pas de préoccuper les Portugais. Ils pouvaient vérifier à l'aide de cartes espagnoles et italiennes jusqu'à quel point les cosmographes précédents étaient familiarisés avec les découvertes qui encourageaient leur esprit, et ils y recherchaient des indications instructives, qui fassent à même de guider leur marche successive ou de leur inspirer de nouveaux plans. À cet effet les mappemondes leur étaient plus utiles que les portulans de la méditerranée. Pour l'Orient éloigné et pour l'Inde les mappemondes espagnols donnaient de nombreuses indications, mais les mappemondes italiennes devaient offrir des renseiguements plus abondants, plus directs.
Quand, à la suite de la fondation de l'académie de Sagrès, les Portugais ramassèrent avec plus d'ardeur les cartes géographiques, la plupart de ce qu'ils avaient acquis était de date plus ancienne. Jacq, en arrivant de Majorque à Sagrès, apporta cerlainement une carte du dessin de la composition antérieure. Dans le dépôt d'Alcobaza on distinguait surtout une carte qui été exécutée vers 1400 (ne). L'infant Pedro, frère aîné de Henri, voyageant par l'Angleterre et la France à la terre sainte, et retournant par l'Italie , s'arrêta à Rome et à Venise en 1428, d'où il apporta une mappemonde. Elle était d'une grande autorité chez l'infant Henri, qui la compulsait avec intérêt (117). Le fait est que, connaissant différentes caries, il engagea les Portugais à s'adresser à la fabrique vénitienne, pour avoir une mappe plus parfaite.
Venise et Gênes pouvaient fournir plus facilement que toute autre ville de l'Italie, des cartes instructives. Leur navigation était puissante et elle abondaient en cartographie. A Gênes, en 1417, la description des cosmographes fût mise en concordance avec les marins : hacc csl vera côsmographorum cum marino accordala descriplia : quottidie frivolis narrationibus injeclis 1417. La carie est grande, elle a à peu près trois pieds de Paris; ses légendes sont latines; elle cite Ptolémée, sans suivre son opinion, sans se servir de sa nomenclature (its.). — A Gênes, Baclario ou Bedrazio, genovèse, Baplisla Bedrazius, ciuis Ianuae, composuit hoc, a. d. mille ccccxxxvi (145.6) die iulii. Sa carte a 2 pieds
(17G) Elle était remarquée par l'infant don Ferdinand, a cause de Fa configuration dte l'Afrique conforme a celle qne lui ont donnée les découverte» postérieures. En 1548 don Ferdinand (né 1507, mort 4537) montra cette carte à François de Sousa Tavares. Antoin Galvam (né 4543, mort dans un hôpital 4557) l'apprit de la bouche de ce dernier et le relata dans son traiado dos descubrimeutos , publié à Lisbonne en 1555 et 4734, traduit en anglais, corrigé par Hacluyt, inséré dans sa collection.
(477) Antoin Galvan relate cette acquisition dans son traité de découvertes. Ce qu'il ajoute du cap de bonne Espérance, du détroit de Nagelan , n'est qu'une hallucination empruntée d'une misérable conjecture. Quant aux côtes du dragon : elles figurent à leur nom sur d'antres cartes nidus abimalion (▼oyez les n*( 84, 04, de notre atlas).
(478) Cette carte se trouve dans la bibl. du grand duc de Toscane à Florence. Baldclli en a donné une description succincte : descrisione délia carta di grand duca di Toscana, cbe conservarsi nclla palatina, représentante un planisfero di forma ellitica, appuntata nelle due estremità longitudinale — Elle fut à Gènes la propriété d'un particulier comme l'indiquent les armoiries : nelli angoti esteriorî sonovi disegnate due armi , cbe una sembra qnella di Genova , essendovi ncllo scudo dipinta nna croce rossa in campo argento. L'altraarma,c un campo biancocon sbarra a st-achi rossi e bianolii , sulla quate posano due oggetti , che sembrano due teste rosse. — Baldclli remarque combien la carte est différente, contraire à Ptolémée et à Marin de Tyr : ]>ar conséquent, il trouve dans l'épigraphe haec est vera côsmographorum cum Marino accordata descriptio, une erreur d corregersi. 11 semble cependant que marinus de l'épigraphe, n'est pas Marin de Tyr, qui est introuvable dans la carte, laquelle n'allègue que Ptolémée : marinus y est pilote. C'est la concordance do la mappemonde (côsmographorum) avec les portulans, avec la carte hydrographique (d'un marin) : purgée de frivoles narrations, que chaque jour ajoute (voyez Zurla, disserUlioui, con appendice, p> 397).
84 GÉOGR, LATIKB, U10-UT0.
de Paris et 21/* pouces de longueur, 2 pieds de largeur («79). Ces monuments existent et attendent l'examen sérieux de leur censtruo tion.
Venise avait alors, par la composition et le dessin des cartes , ene renommée, sans aucune contestation bien méritée; d'autant plus solide que la république et les particuliers ne cessaient d'explorer le monde. Antonio Zeno, après son long séjour en Friesland, de retour en 4405 à Venise, y laissa un portulan des pays et des Iles de la mer glaciale « dressé par son frère Nicolo Zeno (180) (voyez n° 95 de notre atlas).
Jacq Gimhldo copiait les cartes à Venise : Jachobus de Ziroldis de Yenetiis me fecit, armo 1426 (isi).
Après de longues investigations des frères Zeui, Pierre Quirini, en 1451, parcourant les mers septentrionales, reconnut la Finlandie; après une tournée de 25 ans, Nicolo di Conli retournait du fond de FOrient rendre compte, 1449, au pape Eugène IV, de ce qu'il avait vu et examiné dans l'Inde; un autre voyageur apportait la narration des explorations des parages orientaux de l'Afrique et les conquêtes qu'un roi d'Abissinie avait faites en 1450.
Les matériaux pour construire les cartes s'accumulaient à Venise. Pielro Lorendano en 1444, composa un portolano et l'art de la navigation , où» après la description de la méditerranée et de l'océan il traita de la navigation, des flottes, des armées navales et de leur exercice» Alcune raxion de marineri de mi Piero di Versi, composées en même temps 1444, traitent la même matière. Après les notices astronomiques et météorologiques à l'usage des marins, on y trouve décrites les positions et les distances des ports en milles et lieues; le flux et le reflux de la mer, les ports d'Espagne, de Flandre, des iles britanniques ; la gabelle prescrite aux galères vénitiens ; à quoi est attaché le règlement de 1428, de la discipline et de l'approvisionnement de la galère du capitaine Andréa Mocenigo, et la raxion cbiamada del martologio per navegar a mente (isa).
André Biancho 1456.
162. Les autoritésde la république, les commerçants, les marins, les particuliers, se procuraient les copies des mappemondes et des portulans, ainsi que les dessinateurs avaient beaucoup d'occupation. Parmi les copistes et les bons dessinateurs de ce temps-là , on cite André
(179) Cette carte est conservée dans la bibt. de Parme; mentionnée par Paciaudi, in soa lettera inscrita anche nel giornale di Padova , febr. 1806; par Zurla, su lia antiebe mappe idro geographiebe, nota ad cap. 44 et ailleurs. — Sur cette carte de 4-436 de Bcdrazio, post insulas fortunatas, alite conspicinntur insulae, rudi tamen et indocta circnmscriptione redditae. Major, longum ternie tractum , forma pêne rectangula représentât , cui inscribitur AntiUia. Altéra, non brevi intervallo distans ejusdem pêne figurae, sic annota tu r : Saravagio. Huic proxima adiacet insula minor, falcata, en m lem mate Tanmor. Tandem, pone Antilliam , postrema est qoadratae quasi forma? , latere ono paululnm connexo, quai obscuro hoc nomine donatnr Royllo. Infra vero scriplum tagitur : insulae denouo repertae fgentlcman's magazine, 4783, febr. p. 40-4, apud Ghillany, der Erdglobus des Hart. Behaïm, note de la page 4 1).
(480) Nous reviendrons sur la carte de Zeno au chap. 207; voyez aussi Tavoladi navic. dans le 3"v.
(181) Cette carte se trouve en la possession dall' ab. Morelli (Carli, lettera sulla scoperu dell* America; Zurla, sulle antiebe mappe, idro-geographiche, cap. 42).
(482) Zurla, snlla antiebe mappe idro-geographiebe , nota ad cap. 48 ; comparez la note ad cap. 25-. — Les règles des marins de Pierre di Versi , sont en possession dcll ab. Morelli.
A» BIANCHO, 169.
Buncho* dont on connaît un atlas: Andréas Bianchode Vcneciis me feeii (45$, composé de dix cartons : le premier représente la rose des vents accompagnée de marteloïo ou instruction de son usage (voyez n° 86 de notre atlas), et voici ce qu'il en dit :
Quesio fixe lo amaistramenlo de
nauegar per la raxon de marleloio,
como apar per questo londo e qua-
dro e per la tôle ta, per laquai po-
demo sauer chose chomoze la tôle-
ta a mente e sauer andar per ogna
parle de mondo senca mexura e sen-
ca sesto, choncosia che alguna per-
sona che uora far questa raxon e
lia luogo a sauer ben moltiplicar e
ben partir, amaislramente del mar
si e per sauer ben nauegar e lise
uuol sauer la suma de marleloio
per quesio muodo quanto se auan-
ca per una quarta de uenlo, e
quanto, se alargo chosi per una
quarta, e per do, e per tre , e per
quarte, e se algun te domandase
per queste sume, se pol far tute
raxon de nauegar, concossa chenni
non podema sauer la raxon chosi
a ponto ma nui soachaslcrcmo ben
al a ueritade.
Anchora tenoso mostrar per total muodo foxe una naue che uol andar per ponente e nonde puol andar. esi ua quarla una de soto inuer e! garbin mia cenlo e alarga se mia uinti dal ponento, e auanca nonanto oto ; e per do quarte se alarga niia trenla oto, e nuança mia nonanla do; per tre quarle se alarga mia cinquanta cinque e auanca mia otanle tre; per quarlo quarte se alarga mia selanla un , e auanca mia selanla un; per cinque quarte alargo mia otanla tre, e auanco mia cinquanta cinque; per sie quarte e alargo mia nonanla do, e auanco mia trenla otlo; per sete quarte alargo mia nonanto do, e auanca mia uinti; per oto quarte e
Ceci fixe l'instruction de la navigation par le problème de marteloïo, comme il apparaît par ce cercle et carré, et par latoleta, par laquelle nous pouvons savoir aussi connaître la toleta par-cœur, et savoir aller par toutes les parties du monde, sans échelle et sans compas: attendu que quelconque personne qui voudrait faire ce problème dans tel lieu, sache bien multiplier et bien diviser. L'instruction delà mer ci est par savoir bien naviguer et si on voulait savoir la somme de marteloïo par ce moyen, combien on avance par un quart de vent, et combien on alargue; aussi par un quart, et par deux, et par trois, et par quatre. Et si quelqu'un te demandait: par ces sommes peuvent-ils se faire tous les problèmes de la navigation ?
attendu que nous ne pouvons savoir le problème exactement, mais nous nous approchons bien de la vérité.
Encore je liens de montrer par quel moyen sillonne un navire qui veut aller par ponente, et ne peut aller; et ci va un quart dessous vcrsgarbino 100 milles et s'alargue 20 milles de ponente, et avance 98; et par deuxième quart s'alargue 3& milles etavance 92 milles; par troisième quart s'alargue 55 milles et avance 85 milles ; par quatrième quart s'alargue 71 milles et avance 71 milles; par cinquième quart alargue 85 milles, et avance 55 milles; par sixième quart est alargo 92 milles et avance 38 milles;* par septième quart alargue 92 milles et avance 20; par huitième quart est alargo 100 milles et avance mille nul, et finalement ci est : il
alargo mia ceDto, e auanco mia ne retourne. Ce qui est tracé en la tosuri , e pero xeloretorno. lo quai lela de marteloïo, comme i! parait reschristo in latoleta de marteloio, par ses caselies et ses raies, chomo apar pcr lo suo chaxelle al essno righc.
Biancho donne ces chiffres en tableaux de la manière suivante : I. Suma de marteloio per interder :
pcr una qta do uento a largo
mia 20, e auanco
per 2 58,
per 5 55,
per 4 71,
pcr 5 85,
per 6 92,
per 7 98,
per 8 100,
auanco 9 */s
7</to
per questeraxoussepuolimauemare moltiplichar tanloquanto pui uolle.
II. Àuancar de relorno de mar- III. prima quarta de uento. teloio.
per 1 quarta, sie 51 auanco 50 me alargo mia 2
per 2 26 24 per 2 quarte sic 3*/s
per 5 18 15 per 3 5 '/i*
per 4 14 10 per 4 7</io
per 5 12 6 </» per 5 8 '/to
per 6 11 4 per 6 9*/s
per 7 10*/» 2V*o per 7 9*/5
per 8 8 000 per 8 10
per dexena de marteloio.
Nous avons répété ce que le carton de Biancho dit au sujet de marteloio, pour montrer que les rumbs des vents et leur loxodromie étaient connus par la pratique des marins, et entraient dans la complication de la composition laborieuse des cartes (183).
Les septs cartons suivants de l'ouvrage de Biancho, sont les caries spéciales qui représentent toute la partie occidentale du monde, savoir l'Europe et l'Afrique ; un carton, le neuvième dans Tordre, offre une mappemonde générale ; enfin le dixième, supplémentaire, offre la mappemonde graduée de Ptolémée , à projection conique et méridiens rectilignes.
La mappemonde ou l'image de l'habitable, qui forme la neuvième carte de l'atlas d'André Biancho, est dressée sur la rose de huit vents, et offre le défaut d'orientation boussolique commun à toutes les caries
(183) C'est le quartier de réduction pour la résolution des problèmes de la navigation, <lonl range avec le progrès des connaissances mathématiques et astronomiques est devenu plus varie. Yovez traité de navigation de Bezout 90-96, p. 65-09, de l'édition de de Rosse! , Paris 1814, et les autres ouvrages de navigation. — Marteloio, tnartelogio, mar- teloio, toile, tissu , canevaTTcrlÂftpncat «le mer; toile, tablette marine. Tcla, toile, canevas ; telaïo, métier de tisserand , tisseric ; de momeH»* trait, dard, toile. Cette origine de mar-teloïo désigne et explique Biancho, quand il aMc; "%. 1 quartier, le carré de la toteta. ^ «cssioe^ ^
A. BIANCHO, IC3. 87
de répoqoe (484). Son diamètre est de 9 pouces et deux lignes. L'orient, levanto, avec le paradis sont en haut. Le centre se trouve au nord de Syrie, non loin d'Antiochie, comme s'il était à Samosate. La moitié méridionale est occupée par l'Afrique, l'autre moitié se divise entre l'Asie et l'Europe : celle-là forme un quart de l'habitable, cette autre, avec le vaste océan (atlantique) compose l'autre quart. Toute l'habitable est pleine de peintures et de petites figures (voyez n° 84 de notre atlas).
L'Europe n'offre rien de trop extraordinaire ; tout y est à sa place et à l'exception de l'Italie, les épigraphes des états se suivent assez régulièrement: Manda, Engelterra, rex Ispaneo e Caslilie, Paris, rex Francoron, inperion Romania (Grec); inperiu Romanoro (d'Allemagne); Dacia, Norvegia, Sueda, Rosit, Rosie imperio, Rosie magno , Casterina (Koslroma), inperion Tartaroron; Tanaï (Don), de tous les fleuves qui sont tracés à travers les trois parties de l'habitable, lui le seul est nommé. Sous le rapport des fleuves, une chose étrange se présente dans la configuration de l'Europe : c'est la sortie d'un même lac des fleuves: le Danube, le Rhin, l'Elbe et la Dvina, qui sont innommés comme tous les autres.
Au nord une bande portant une sorte de deux signes du zodiaque, des jumeaux et de la vierge, sépare une portion du continent, inscrit ; in ac parte est masimu frigus, quia est sub tramontana et nasilur omines situes très,
165. L'Asie et l'Afrique renferment plus de curiosités et de bizarreries. L'Asie septentrionale avance par une péninsule jusqu'aux dernières extrémités de l'orient. Dans cette péninsule est Gog Magog ckest Alexander gie ne roccon ecarleire, qu'Alexandre jadis dans des rochers encarcera, de tribus iudeoron; des tribus de juifs, et ces tribus juives sont tantôt confondues avec Gog et Magog, tantôt deviennent l'objet d'autres contes érudits (iss).
Commence la partie visitée par les Vénitiens, où l'on voit trois empires, tous les trois représentés de la même façon : chaque empereur est assisté à droite par une garde composée de trois figures, sorties des tentes, à gauche d'un ministre debout près de la capitale. Le premier,
(184) L'atlas de Biancho est conservé dans la bibliothèque de S. Marc à Venise. Sa description, accompagnée de trois cartes de l'atlas, a été donnée par Formaleoni : saggio sulla nantie* de Veneziani, con una illustràzione d'alcune carte idro-grsrfiche antkiie délia biblioteca . di S. Marco, Venez. 1783. —Plus tard, Placido Zurla, sulla antiche nappe idro-geografiche, 1818, cap. 13-18, s'occupa de la description ; Sprengel, geogr. Entdekungen, p. 994, et Malte-Brun , geogr. cap. 9ft édit. Huot, x», p. 538, en ont donné une courte notice, et Santarem reproduisit dans son atlas deux fragments des côtes atlantiques de l'Afrique et des îles. — Je ue puis me procurer l'ouvrage de Formaleoni pour mes études, mais j'ai réussi à me procurer les calques des cartes publiées. Mon ami Aloyse Niewiarowicz, dessinateur habile, les a exécutés au crayon, la bibliothèque de Parts ne hii ayant pas permis de se servir de l'encre. Je serais heureux si mavue réussirait à distinguer tons les traits délicats et l'exactitude incontestable de son crayon. Je ue sais pas quelles explications a pu donner Formaleoni aux épigraphes de la carte : je les essayerais moi-même, autant que je puis déchiffrer l'écriture : sauf encore l'inhabile déchiffrement de Formaleoni , dont la légèreté transformait burlesquement maintes fois les épigraphes (D'Avezac, notice des découvertes dans l'océan atlantique, p. 34, 35). Voyez les notes précédentes , 94, 95, 1S1, 199.
(185) Il est probable que la prononciation arabe de Jadjoudj, suggéra l'idée d'y voir les juifs et leurs dix tribus exilées. Provincia Gog in qua fuerunt Judaéi inclusi, dit en 1489 la carte émaillée de Borgia-Velletri ; Judaei clausi figurent dans l'hydrographie portugaise de 1304; ils sont à côté de Cog dans la carte de Ruysch 1307; ils se trouvent sur le globe de Schoner 1591, où Gog sont les Tatars ; l'histoire de ces juifs, de cesDanites de dix tribus, est inscrite dans la carte de la Tartarie publiée en 1570, par Or tel, et de laquelle nous donnons un pety échantillon dans notre atlas n* 137. Voyez la- note précédente H 6 du chap. 147.
inperion Cotai, et son tenplon chalai (sépulcre situé sur le mont Allai dans la carte de Mauro); sa capitale e&lCkataio (Gambalech). — L'autre, ineprion de lerniax et sa capitale Samarcante (Samarkand) : or, c'est Zagalaï. 11 se distingue des autres par les tentes qui ne sont pas ouvertes et par le ministre qui paraît être un moine capuchon né, indiquant peut-être ta qualité de chrétien de l'empereur, et nous sommes autorisé à accuser Formaleoni de la mauvaise leçon : lerniax, étant inventé de Tarssis, Terssiaz.— Enfin, inperion demedio id (idem?) eliscoc o baleeh, où certainement se cache aussi une méprise dans la leçon. C'est l'empire de Medeia, du roi Balec ou Eliscoc (lli gouldji sur Ili, Almaiig). Sa capitale est Curani (Kour, Khara-oussou , en chinois Soui tsching fou, sur la rivière Kour ou Kouroungle sur la rivière Kaïdou gol NO. de Lop). — Ensuite vient tenplon inperatoris Sirie (tombeau), hic fuit inperiu Sirie (Saraï), qui existait encore, mais sapé par l'invasion récente de Ta merlan.
L'Asie méridionale avance aussi par une péninsule vers les extrémités orientales. Au bout de cette péninsule est situé paradiœo lerestro, d'où sortent les quatre fleuves bibliques; dans leur cours parallèle eutre ospilium macorii (Macarii? heati, f>a**pis, hospice de bienheureux); et les hommes, omines que s (sine) capiteux? qui sont sans têtes, le visage sur leur poitrine; omines parc (nt) alboro se (ri) co? les hommes préparant des arbres la soie? — Ces fleuves entrent dans l'Inde, où le premier se détache par le nord et se décharge (Oxus, Djihoun) dans la mer Caspienne. Les trois autres après avoir traversé les trois Indes, se séparent; l'un se dirige vers le nord et va se perdre aussi dans la mer Caspienne (Arax); l'autre (Eufrate), prolongeant son cours vers l'occident, tourne autour du centre de l'habitable ci se jette (près d'Antiochie) dans la mer méditerranée ; le troisième (Tigris, Dekel, Didjlal) débouche dans le golfe persique. Outre ces quatre fleuves, l'Asie est encore arrosée par le Volga.
Les trois Indes se suivent : Indla superior continelur I1111 (54?) regione et xxi m populi; India média contenilur xim et xu populi; Indiaminor; et les villes Udera (.Uderex', Aoude?) cnucio osigelus? Lagade.
Entre Djihoun et Arax, sont nommés : Omedan (Mullan? Mimand?}, Segena (Saganian), Norgan (Orgenz), Agrica (Djordjan), Adolr (Astrabad), Toris (Tauris), Zilan (Ghilan). — Entre Arax et Eufrate : Salonia (Soltania), Straua Samacki (Samakha du Schirvan); porto de fero
(Dèrbenl); arca Noe (du mont Ararat); Arzero (sur F Eufrate, Àrzan, Erzerum); enfin dans l'Asie mineure Trabexenda (Trebironde) ; inperio Morati (empire Turk sous Amurat, Mourad II, 1422-1451).
Baldaco (Bagdad), l'un sur l' Eufrate, l'autre Baldaco un peu éloigné. Près de ce second est une étoile. Une autre étoile se trouve dessinée sur les rivages de l'Afrique orientale. Ces étoiles figurent peut-être rétoile des trois rois-mages, qui vinrent de l'orient (de l'Afrique) et traversèrent Bagdad. Aussi sous l'étoile (de Baldaco) se trouve batismo Ihu Xpi; et les trois mages, dont un agenouillé , se trouvent vis-à-vis de la Sainte Vierge assise sous la porte de Jérusalem; au sud, déjà en Afrique, l'église de beata Calarina de monte Sinai,AUeh (Ailathou Elim), Sarsia (Larsia? Larisse?), une montagne (SinaïJ el ciclo elala montagna, enfin Arabia, tous inscrits en Afrique. En Arabie la Mecha (ètecca).
MAURO, 46*. 89
Enlrc F Asie et l'Afrique on voit une mnltiludc d'îles dont deux sont nommées ixola di colmbiel ixola périma (Taprobana).
La péninsule orientale de l'Afrique (Vakvak des arabes) est occupée par inperio Basera. Ensuite vient inperiu prête Joanis, où prend ses premières sources le fleuve (Nil), et traverse Yinperiu Emibar (186); puis mouille les états de rex elhiop et prés de Babelonia {Foslat) tourne brusquement vers le nord : sManus Babelenic, pour traverser Chairo et se jeter dans la mer raéditerranée. Mais de son flanc occidental se forme un embranchement qui continue sa direction vers l'occident jusqu'à un lac (Cilarlis), duquel un bras tourne vers le sud, l'autre vers le nord (Bagrada? ou Mouloirïa?) pour se perdre dans la mer méditerranée;le troisième (Cilarlis), se jette dans l'atlantique. A droite de cette continuation du fleuve on lit : rex de Termiœen (Tremecen de Nubie), Tunes (Tunis), rex Belmarin (boni Marini ou Mournca, dont la dynastie s'éteignit en 1585). A gauche du même fleuve on voit rex Maroco et une épigraphe qui semble dire : hac parle sunl omîmes abenl uullus en los eanis.
Les îles de l'océan atlantique sont sans dénomination; leurs noms se Irouvent dans les cartes spéciales; et les noms d'Anlillia de la man êatanaxio (S. Atanasio?) et de Scorafixa ou Slokafixa? pèche du stokfisch ou de la merluche dans les mers septentrionales (i87).
Du vaste océan atlantique le veut pousse vers le sud de l'Afrique un navire qui risque de toucher le bas-fond qui forme au sud de l'Afrique un golfe dans lequel sont peints deux dragons avec l'épigraphe : nidus abimalvon ; évidemment conte arabe: et le nom du nid doit avoir sa valeur. J'espérais y retrouver quelque chose directement relatif aux
,v*a.^U navigateurs. Mais l'orientaliste versé s'y oppose, et glisse à
leur place le mot de la malédiction %yJU^>l père maudit. Il est
cependant bien de remarquer qu'Abimalion pourrait avoir son origine dans abismo profundidat stn termina, el inlierno ; abismal , lo que pertenece al abismo (voyez diccionario délia lengua caslellana por la academia espahola).
L'image de l'habitable d'André Biancho appartient à ce système des images et mappemondes qu'on voit reproduites dans les cartes d'Istakhri etd*Ibn Haoukal, des anglo-saxons, du manuscrit de 1119, d*Edrisi 1154, de Sanuto 1531, de Ranulf 1360, du manuscrit de Ste-Geneviève 1364, d'Ibn al Ouardi 1349.
André Biancho vécut encore assez longtemps, puisque vingt-deux ans plus tard, il était employé comme dessinateur par le camaldolèse Mauro.
Mauro, 1459.
164. Parmi les compositeurs de cartes, le frère Macro , camaldule du couvent de saint Michel de Murano, avait acquis une haute réputation. C'était un cosmographe instruit dans les sciences. La république l'appela en 1444, à la députation des experts pour régulariser le cours de la Brenta. On a, des années 1443 et 1449, deux cartes chorographi-
(48G) Serait il Moabar de Marco Polo, transporté de l'Inde en Afrique? — Do même qne Basera et isoladi di Colombi, les états indiens Bassia et Colombo nommés dans 1 Iude par la carte catalane. (487) Voyez la note ilt et notre portulan général 14.