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RENAISSANCE DE PTOLÉMÉE , DÉCOUVERTES OCÉANIQUES

178. Les Grecs de l'empire byzantin, par leur horismos ou par leur coopération à la composition de cet ouvrage , traduit en arabe par un khovarezmien , agirent puissamment sur la création de la géographie arabe. La première lumière qui jaillit pour celle-ci vint de chez eux. Depuis cet événement , tout notre savoir sur l'état des connaissances géographiques dans l'empire s'éclipse presque totalement. Pendant plus de cinq siècles aucun événement géographique n'appelle les byzantins à une intervention quelconque dans la marche de la géographie.

Nous savons qu'ils fesaient le dénombrement de l'entourage de la personne sacrée de l'empereur; donnaient la description de palais, de cérémonies et d'étiquettes de la cour; composaient les descriptions des thèmes et climats de l'empire , des pays et peuples voisins ; touchaient à leurs relations politiques. C'était cultiver la géographie.

Mais nous ne savons absolument rien de ce qui se passait chez eux sous le rapport de la construction des cartes. Cependant ils copiaient les manuscrits ainsi que les anciennes cartes géographiques qui s'y trouvèrent mainte fois. De quelles cartes se servaient-ils à l'usage du jour? de cartes surannées de Ptolémée, ou de celles de Kosmas, de horismos, ou de quelques autres ? on l'ignore.

Si nous ignorons les connaissances de la géographie chez les byzantins, nous pourrions nous excuser par l'état stationnaire des leurs études intellectuelles , scientifiques , artistiques : mais nous aimons mieux avouer que notre ignorance vient du manque de recherches. Aussi nous passons outre sur ce vide immense pour suivre un autre événement dans la géographie, où l'intervention byzantine donna l'impulsion à toute une autre direction de l'activité géographique.

Lorsque au déclin de l'existence de leur empire , les savants allèrent séjourner ou se domicilier chez les latins, ceux-ci deviurent chaque jour plus avares de leur savoir. C'était le moment où les connaissances géographiques des byzantins devaient se dévoiler : mais alors même, elles nous échappent.. Ou les byzantins étaient à tel point ignorants qu'ils n'avaient rien à communiquer, ou les latins négligèrent de les examiner. Le fait est , qu'au sujet de la géographie, les latins se contentaient de se mettre en possesion de vieux monuments géographiques que leur apportaient les byzantins, à savoir : le géographe Ilomer, son scholiaste Eustathe, les orphiques, Dionyse, Strabon, Ptolémée, etc.

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C'est le trésor géographique que les byzantins présentèrent, à la place de leur propre connaissance, aux études des latins. C'est un grand événement dans l'histoire de la géographie, car ce trésor moisi, en opérant une corruption funeste dans la géographie nautique des cosmographes, ouvrit une mine abondante en grandes et inépuisables conséquences. •

179. La géographie de Ptolémée était assez répandue dans l'empire byzantin. Elle était connue vers 1150 par les géographes de la Sicile, qui, peuplée en partie par les Grecs, avait des relations intimes avec l'empire. On eut donc pu espérer de trouver quelque géographe ou savant latin, connaissant l'existence de cette géographie, possédant son exemplaire. Il n'y aurait rien eu d'extraordinaire si on eut remarqué dans quelque monument géographique l'influence de cet ouvrage. Mais rien de tout cela; ni possession, ni influence, ni connaissancc.de l'ouvrage positivement avérée par quelque monument géographique, ne se décèlent nulle part , durant l'espace de plusieurs siècles. Edrisi atteste que la cour du roi Roger, vers 1150, avait un exemplaire delà géographie de Ptolémée. La bibliothèque de saint Marc à Venise, avait un code du xiue siècle , comme on l'a déterminé grafiquement. Son frontispice, représentant l'astronome géographe dans sa royale couronne, est accompagné d'un épigramme tetrastiche en deux langues, grecque et latine. En examinent les constructions qui environnent la figure debout de Ptolémée, on remarque le goût gothico- mauresque (Georrii Martini Raidelii , commenta tio de P toi. géogr. 1737, Noriihb. p. 10-iity Or, il faudrait conclure que cette copie grecque du xmc siècle avait été exécutée par un latin et à l'usage des latins. Cependant plusieurs siècles se sont écoulés et la géographie de Ptolémée n'a laissée aucune trace parmi les latins.

Ptolémée, comme astronome, était bien connu par tous ceux qui étudiaient Thebit, Alfragan,et quelques autres arabes. Cependant fl <£ plus que douteux, que l'ouvrage même de l'astronomie de Ptolémée fut à cette époque dans les mains de quelques savants latins. Mais b renommée astronomique de Ptolémée était très-solidement affermie par les arabes. Les astrologues, les marins, les cosmographes, par tradition scientifique, connaissaient son nom. Les cosmographes qui extrayaient Isidore de Séville, qui savaient que Pline était le maître dans la géographie, PUnus maestre de mappa mundi, savaient aussi que la ville persanne de Schiraz , s'appelait autrefois Gracia , que là fut premièrement inventée l'astronomie par le très -savant Ptolémée: per lo gra* savi Tolomeo ; ils connaissaient de même , comment le savant Ptolémée avait réparti les signes zodiacaux par les membres du corps humain , pour en tirer les pronostics. Ce savant Ptolémée était aussi profond astrologue; s'il égalait en géographie le maître Pline ; s'il a jamais écrit une géographie comme Isidore, c'est ce que les cosmographes de l'école la plus avancée semblent ignorer {cartes catal. de 1378) .

Cependant , à cette époque de la renaissance des lettres , il y avait chez les latins une tendance à étudier le grec dans les anciens ouvrages qui arrivaient à leur connaissance. Toutes les vieilleries grecques paraissaient merveilleusement excellentes. A mesure que l'empire byzantin déclinait et diminuait, l'étude de son idiome et de la science antique

augmentait chez les latins. L'empire sollicitait l'appui des occidentaux, sans succès, ses enfants y trouvaient un refuge et chacun d'eux était un instructeur, apportait des manuscrits recherchés dans l'empire même par des voyageurs latins. Vers la fin du xive siècle et du commencement de xve, des codes de la géographie de Ptolémée étaient assez nombreux en Italie. Chrysoloras en avait, le cardinal Bembo s'en était procuré, Gemistius Pletho en apportait en arrivant en Italie , les bibliothèques de Venise , du Vatican et d'autres s'en procurèrent (261). La péninsule pyrénéenne n'a certainement pas négligé d'en acquérir.

Mais la connaissance du grec formait les belletristes, les philologues, les érudits; elle était ordinairement étrangère aux hommes de science , aux mathématiciens , aux astronomes, aux géographes. Les philologues regardant les magnifiques peintures de 27 cartes d'Agathodaïmon , émerveillés de l'exubérance dès longitudes et latitudes qui fixaient aussi admirablement toutes les localités, déploraient l'ignorance des géographes qui méconnaissaient le précieux monument de l'antiquité ; et quand ils se donnèrent la peine de comparer les mappemondes avec les cartes du géographe grec , vivement affligés, ils gémirent de ce que les cosmographes ignoraient la haute perfection du divin Ptolémée. Pour éclairer les ignorants il fallait tout d'abord livrer l'ouvrage grec à la langue latine.

180. A l'invitation du cardinal Bembo, le savant grec Mauouel Chrysoloras (mort 1115), commença une traductien latine, dont il se désista lorsqu'il vit que le même travail était entrepris par un homme plus capable que lui de le conduire à bonne fin. Jacq Angelo le florin tin , du vivant encore de Chrysoloras, exécuta la version vers 1105, en donnant à son volume le titre plus attrayant de cosmographie, observant que le titre grec de géographie ne répondait pas suffisamment à la valeur et au contenu de l'ouvrage. Il dédia sa version au pape Alexandre V (pape depuis le 26 juin 1109 jusqu'au 5 mai 1110, jour de sa mort) (262). Les copies

(264) Aujourd'hui la biblioth. du Vatican possède 10 codes grecs (parmi lesquels y en a 2 de Ja bibliothèque de Heidelberg , pillés pendant les guerres de trente ans] ; à Florence plusieurs, duat e»se illorum familiat; dans l'abbaye florintin un, et dans la bibl. laurentienne quatre; dans la bibliothèque de Paris il y en a au moins cinq, dont deux remontent au xiv* siècle; et ailleurs (les notices de C. F. A. Nobbe, en donnent une ample énuméiration).

(S62) Ptolomeus quam multa diuinitus edidit, interque et orbis situm diligentissime ut cetera a roathematicis non discedens exhibuit. Hic enim alio quodammodo quam nostri latini , inter quos Plinius Secundus cosmographorum palraam ferre videtur, rem hanc.tractauif. Mi enim, licet habitabilem universi orbis situm descripserint, non tamcn ex eorum praeceptis plane captaripotest, qua arte totius orbis pictura formari valeat ut proportio cuiusque partis ad totum universale servatur ; preterea nemo ab illis doceri potest , nisi crassiori quodammodo, que seu quante inclinationes sunt ad quatuor celi plagas, eorum situai quos in pictura fingere decreveris. Nedum quippe longitudinem locorum a fixo quodam totius nostre habitat is termino ductum : que tamen rara inventio est ; sêd nec latitudinem ponunt. Nostrorum etiam nullus precepta tradidit habitabilem ipsum orbem îb plures picture tabulas posse dividi, mensura cum toto eque servata. Eorundem etiam nemo prodit qua ratione orbis ipse noster, qui spericus est, in superficiel» planam deducatur. Non quod nostros qui prestantissimi in ea traditione extiterunt virî, arguendos tantisper cènseam> sed quod suis contenu luminibus, bistoricorum more, rem suam , summa industria et complexi et prosequuti, qui et alia quedam babent, que ab auctore hoc Ptolemeo videntur pretermissa. Ut autem que ab illo absoluta, dhrino quodam ingenio sunt, cum nostris etiam'habeantur, in latinam ipsa curavi tranferre «ermouem... Cetêrum geographiam, hoc est terre descriptionem , auctor hic noster, hoc omne opn's, grece nuncupat,quam appellationem,vir seeuli -nostri eruditissimus, Manuel constantinopolitanus... dum in latinum eloqnium id transfère ad verbum licet pariter inciptt, non mulauit; sed nos in «osmographiam id verttmtis. Quod vocabulum , licet grecum etiam slt tamen apud latinos ita usitatum, ut jam pro nostro babeatur. Crcdamus que virum eum, si id quod transtulit, emendasset, omnio illud in cosmographiam mutaturum finisse (Jacobi Angclî cpist. dedicatoria).

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de la traduction d' Angelo se multiplièrent et se répandirent dans tous les états de l'Europe. Pendant plus de deux générations on n'avait d'autre géographie de Ptolémée en latin que la version d'Àngelus (263).

Cette première version n'était ni suffisante , ni satisfaisante. En confrontant les codes grecs et les copies latines, on remarquait tant de fautes, tant de variantes, qu'il fallait continuellement reprendre la version d'Angelo. Or , en Allemagne Nicolas Doms , bénédictin de Reichenbach, courut à la charge avec de nouvelles forces et fit une nouvelle traduction de la géographie de Ptolémée. Il dessina les cartes conformément à sa traduction, et en 1474 dédia son ouvrage au pape Paul II (mort le 28 juillet 1471). Les copies de sa traduction et de ses cartes se multipliaient et se répandaient, paraissant être préférables à la traduction de l'italien Angelo.

En attendant, la première édition de la version de Jacq Angelo parut par les soins de Benoît trevisan , et Angelo Michaele , imprimée à Vicenze en 1475 dans la typographie de Herman Levilapis, le colonien.

Dès cette année, les éditions imprimées de la géographie ou cosmographie de Ptolémée se succédaient sans relâche. Dans le courant d'un siècle il en parut 25, élaborées de différentes manières par les italiens et les allemands. Sur 40 autres qui se suivirent assez rapidement , deux seulement parurent tardivement en grec, toutes les autres étaieat latines ou italiennes à l'usage du vulgaire («64). Certes, c'est l'Allemagne et l'Italie qui absorbaient pour la plus grande partie les exemplaires de ces nombreuses éditions : mais sans contredit , les autres pays , comme la France, le Portugal, l'Espague, y avaient leur part. Les philologues, les bibliothèques, les écoles géographiques, les particuliers, cosmographes, gens de lettres, dilettanti, possédaient facilement ce trésor inépuisable, admirant l'effervescence de la renaissance des lettres.

181. Si jamais de petites circonstances produisirent de grands événements , il serait difficile d'indiquer quelque autre aussi fertile en résultats inattendus, en conséquences aussi surprenantes, prodigieuses et prolongées. Des conséquences incalculables s'en suivirent. L'étude de la géographie est détournée, et lorsque sa marche rétrograde commence à 1 accabler, elle prend des dimensions gigantesque et les connaissances se dilatent dans toutes les directions: le monde, le globe, l'esprit humain, l'état social, les souches de la race humaine ébranlés dans leurs

(163) La bibliothèque de Bourgogne à Bruxelles possède un magnifique code de ces copies, finitus 1481, décima quarta die mensis februarii. Hais il n'était tout-à-fait achevé,, que anao dui 4485, oc ta va die decembris, comme l'atteste l'annotation du copiste. Nous nous somme» servi plus d'une fois de ce code , à cause de quatre cartes modernes , dont on voit quelques-copies dans notre atlas. — Ce manuscrit avait été sans doute copié en Italie en 4483, d'un antérieur de 14M , pour la bibliothèque de Bourgogne. La preuve de cette présomption se fait voir no» sevlemeat dans la double date de la copte et de sa conservation dans la dite bibliothèque : mais dans la caite de la France de ce magnifique code. Cette carte bien élaborée et finie sur tous les poiata oèV*w»« singulière lacune pour la Belgique : d'où l'on peut conclure qu'un copiste italien laissa cette portira vide, afin qu'elle rat plus exactement remplie et achevée wr Je Ueu

__ par un homme dit pays — E»

Allemagne on a fait grand éloge de la beauté d'un code de la biblmthèque impériale de Vienne, copié en 1454 à Florence , par Jean Tbessalo Santariote; de celui delaN^bliothèque de S. Marc à Venise et de celui qui, qualifié de code ebnerien , appartient au comte ApïNP" : tous accompagnes de cartes (Ueeren, commentatio de fontibus geographicorum Ptolemsei , Golîi11?*0 1897). Il paraît

3 ne le code bruxellois ne cède en rien à ces codes, s'il n'est plus beau, plus spleotftàe, paftce qu-'il «si écoré de peintures, lorsque les autres sont , sine ferarum et hominum fleuris \» (Î64) Voyez à la fin de ce vol. l'appendice »• 4 , les éditions de Ptotomee. ' >,

bases changèrent de face : et partout intervint la géographie de Ptolémée ressuscitée.

L'idée d'une extension plus considérable de l'habitable vers l'Orient, germait parmi les savants depuis longtemps. Elle avait été suggérée par Pline et quelques autres naturalistes. Il n'y avait donc rien de surprenant quand un compositeur de la mappemonde se montrait disposé à l'étendre. Nous avons observé comment les découvertes continentales, nommément celles de Marco Polo, décidèrent les cosmographes de donner à l'Orient asiatique de plus grandes proportions et à élargir le cercle océanique qui entourait l'habitable. Les mappemondes du camaldule Mauro , d'André Bianco , nous en fournissent un exemple sous la forme ronde ; la carte catalane et plusieurs autres sous la forme oblongue. L'Orient prenait plus de place, et ce développement des mappemondes s'exécutait sans aucun alliage de l'élément étranger. On ne pensait pas qu'on y eût fait un pas plus loin , ou quelque opération réformatrice : on s'imaginait seulement qu'on commençait à mieux explorer ce que contenaient les mappemondes précédentes, serrées par l'ignorance. Aucune distance déterminée n'a pu diviser ce nouveau développement; aucune idée de longitude géographique n'a germé dans cette extension. L'idée de 180* de la longueur de l'habitable établie du temps de Roger, se perpétua peut-être par tradition ; la vue des cartes arabes la rappelait à Cecco, à Bacon , à tous ceux qui aimaient à la nourrir, mais les dessinateurs de mappemondes ne se souciaient guère s'ils débordaient cette longueur ou non. Persoune ne s'imaginait que les investigations de Marco Polo pouvaient s'étendre au delà sur un autre hémisphère. Il fallait qu'on eût tiré auparavant du néant le fameux astrologue Ptolémée, pour rendre ce service au pèlerinage de Marco Polo.

A la vue de Ptolémée, les autorités d'Orose, d'Isidore, de Solin, de Strabon , de Pline, des itinéraires , déclinèrent infiniment. L'autorité nautique des pilotes, et les mappemondes des cosmographes parurent insuiïissantes , suspectes. Ptolémée réunissait le langage descriptif aux données positives , résultat évident des opérations mathématiques et des observations astronomiques. Les projections et les positions géographiques lui donnaient une supériorité et une apparence de perfection, à laquelle ne sont arrivés aucun des anciens connus, aucun des cosmographes parmi les latins. Or , il ne restait qu'à reprendre cette vieille perfection, sans condition; à renoncer à ses propres moyens, à ses propres productions , à retrouver les perlustrations modernes sur les vieilles caries ptoléméennes, ces perlustrations modernes n'étant que la reconnaissance de l'antique connaissance du divin géographe , étendue le long de 180° (ses).

Mais en confrontant les relations de Marco Polo , il devenait évident que ces perlustrations étaient allées plus loin. Kataï, Mangou, répondant à Serika et Sinia , se révélèrent au perlustrateur comme régions d'immense étendue. Serika était trop étroite pour Kataï, Sinia, allongée sur la lisière de l'habitable, le long d'un seul méridien du 180e degré,

. (265) Dans l'année 4440 le cardinal d'AUly ne s'inquiétait guère de l'extension de l'habitable audelà de quart du globe. Ce n'est qu'après avoir fait connaissance avec Ptolémée qu'il pensa à la nécessite d'en étendre la longueur au-delà de 480 degrés. Voyez ci dessus chap. 188,159.

n'offraient sur l'hémisphère de l'habitable aucune place pour Mangea et Kalaï. Or , ces régions heureusement perlu6trées furent inconnues aux anciens , parce qu'elles n'ont plus de place sur la carte de Ptolétnée : il ne restait qu'à les ajouter en continuation à l'habitable et de se porter au delà du 180* degré sur un antre hémisphère. Les cartes du géographe astronome n'empêchaient point ce procédé ; Ptolémée n'at ait pas emprisonné son habitable dans un océan environnant, son continent était disposé à s'étendre par des terres inconnues au delà de 180 degrés et laissait un champ ouvert et un immense espace i un vide pour étendre les perlust rations de Marco Polo sur l'hémisphère des antipodes : c'est là que la Chine, Mangon , Kalaï, Soumatra, Zeiton, Zipangou, prirent à leur aise les assiettes inoccupées jusqu'à 250° de la longitude de l'île de Fer. Pour compléter l'atlas ptoléméen il ne restait qu'à attacher les cartes des pays inconnus aux anciens. La Skandinavie eut en effet la première cet honneur ; l'Orient reculé de Marco Polo s'y attendait à juste titre ; la carte des frères Zeni n'obtint cet honneur insigne que très-tard.

182. À cette époque de ferveur pour les découvertes de nouvelles terres , les moindres pulsations dans la géographie sont souvent de la plus haute importance. Aussi comprendrait-on mieux les grandes conséquences si l'on réussissait à déterminer avec certitude , où , quand et par qui avait été connue cette idée sur Ptolémée; qui en a donné l'impulsion , et de quelle façon on se prit pour complémenter Ptolémée, pour se servir de ses cartes à l'usage du siècle/Cette marche de choses n'a pas anticipé la version latine de sa géographie et je pense qu'elle ne s'est décélée que vers la fin du xve siècle.

Pour cette opération et la transfiguration des conceptions géographiques, il ne fallait ui génie, ni talent, ni coopération de quelque célébrité extraordinaire dans la géographie. L'ignorance et l'ineptie des savants philologues y travaillait, illustrait, interprétait admirablement le monde connu par le monde ancien , et petit à petit elle remplaça, sur les cartes ploléméennes, les épigraphes anciennes par des modernes. La nomenclature de Ptolémée devenant la base v le guide des nouveaux géographes, n'était cependant pas dans leurs études suffisamment comprise sans la confrontation avec Strabon, Pline, Mêla et autres anciens, sans l'érudition comparative de la nomenclature moderne, et la géographie moderne, rédigée par ces savants, ordinairement dans la langue latine, n'était pas suffisamment polie, illustrée, achevée , quand elle était privée des dénominations anciennes dont le plus riche magasin et le mieux coordonné se trouvait dans la géographie de Ptolémée. Cette invasion de Ptolémée dans les régions géographiques du moyen âge n'a pu se déclarer qu'à la suite de la traduction latine. Nous allons suivre le progrès de cette invasion et indiquer, au moyen des cartes qui nous sont connues, les dates du développement de sa domination.

Nicolas Donis, 1470.

Jaeq Angelo mit sa traduction en cours en 1409. Elle existait depuis longtemps en manuscrit et il s'est écoulé un laps de temps assez coust-

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