‹ Géographie du moyen âgeChapitre 113 sur 135 · II · texte numérisé non relu

II

begV ingegni Tudeschi, bellissimo ingenio Alemano! elle se couvrit le front et prit la livrée de Ptolémée, pour continuer avec plus de succès la culture de la géographie. La renommée de Ptolémée, répandue, grandit parmi les cosmographes; son autorité dans l'astronomie déjà solidement établie» lui gagnait une plus immense dans la géographie.

Paul Toscanelli, 1474.

184. L'Italie contribua beaucoup à consolider cette autorité fatale. Nous ne saurions dire positivement, si l'Italie, par quelque invention, avait directement coopéré à son application à la pratique, mais ce qui est certain, c'est qu'en même temps l'Italie expédiait en Portugal et en Espagne le complément à la mappemonde de Ptolémée , complément qui donnait une grande extension du vieux continent sur un autre hémisphère, rapprochait les Indes de l'Europe , laissait entrevoir la possibilité de la traverse directe du Portugal ou de l'Espagne dans l'Inde, ne donnant à l'océan atlantique que l'espace d'un tiers delà circonférence du globe sous cette parallèle.

Le florentin Paolo Toscanelli (né 1397 mort 1482) arrivé à certain âge, prit du goût aux mathématiques, et ne s'occupa pas seulement de la correction des tables solaires et lunaires , par des observations gnomoniques et d'astrolabe, comme tout ce qui pouvait faciliter l'emploi des méthodes d'astronomie nautique, longuement discutées et rarement employées jusqu'alors : mais il porta aussi ses vues sur la comparaison de la géographie ancienne avec les résultats des découvertes modernes et sur l'utilité pratique que le commerce pourrait tirer par la navigation vers l'ouest au pays des épices.

Il interrogeait tous ceux qui venaient des régions les plus éloignées, et il y en avait beaucoup en Italie (%i*). Nicoïo di Conti était alors de retour de ses courses et rendait un compte consciencieux de ce qu'il avait vu. Toscanelli médita souvent sur la route ouest et encouragea les projets de Christophe Colomb , qui avait eu recours à ses lumières.

Le roi de Portugal chargea le chanoine Martinez de questionner le vieux Toscanelli , qui expédia de Florence sa lettre datée du 25 juin 1474, à laquelle il joignit la carte de son dessin, dont il communiqua en même temps une copie à Colomb.

Sur cette carte, semblable aux cartes marines, il dessina lui-même toute l'extrémité de l'occident, depuis l'Irlande jusqu'à la fin de la Guinée vers le sud, avec toutes les îles qui se trouvent sur la route. Il plaça vis-à-vis, droit à l'ouest, le commencement des Indes avec Jes fies et les lieux où l'on pourrait aborder. On y voyait de combien de milles il serait bon de s'éloigner du pôle arctique vers l'équateur , et à quelle distance on arriverait aux régions des épices. De Lisbone à la fameuse cité de Quinsaï, en prenant le chemin tout droit vers l'ouest, la carte

(il A) Si comme moi, dit-il dans sa lettre au chanoine Martinet, tous aviez eu occasion d« fréquenter un grand nombre de personnes qui ont été dans ces pays (des épices). — Le florenti* Christoforo Landino, traducteur de Pline et commentateur de Virgile, le confirme : ego autem interfw dit -il (georgicon, édit. Landinus, Vcnet, 4830, p. 48), cum Fiorentiae illos Pau lus physicus diligeater quaeque interrogaret (Humboldt, exam. de l'hist. de la géogr. du n. m. 1. 1, p. SIS, 844).

BEHAÏM , 18». 131

donnait 26 espacios dont chacun à 150 milles, tandis que deTîle Antilla à Cipango il y a 10 espacios lesquels équivalent à 225 léguas (275).

Ces espaces sont sans doute de trois degrés chacun (27c) : le degré serait par conséquent évalué à 50 milles. Si Toscanelli comptait (comme Colomb) le degré du grand cercle à 56 */s le chemin indiqué par le degré de 50 milles serait par 28° de latitude (m). D'après cette supputation les 7 */* lieues du degré de cette latitude donneraient 8 '/* lieues au degré du grand eercle , suivant Toscanelli : ce seraient des lieues doubles, de lieues de mer dont on compte 17 */a au degré du grand cercle.

Ces espaces comptent 78 degrés entre Lisbonne et Quinsaï et supposent, d'après Toscanelli , le rapport du continent à la mer à peu près comme 4 à 1. Les autres pensaient que l'océan atlantique occupait un tiers de la circonférence (2 78 ). Christophe Colomb, ruminant son expédition , déterra les extravagances de Marin de Tyr , qui portait les dernières limites du continent connu jusqu'à 250° de longitude et ajoutant à cette étendue les 70° que les tiercistes donnaient à partir de 180° ptoléméens pour placer Quinsaï, il donnait le rapport du continent à la mer en proportion de 8 à 1, assez hardi d'accuser d'erreur Ptolémée lui-même qui s'évertuait à rectifier à l'extravagance de Marin.

De cette manière les Italiens réglaient l'autre hémisphère et propageaient leur conception en Portugal et en Espagne ; Ptolémée entrait tout entier dans la mappemonde pour donner de l'ampleur à toutes les parties connues et inconnues, et pour gonfler le continent d'un excessif embonpoint.

Martin Behaïm, 1492.

185. Dans les mêmes années en Allemagne, Jean Mûller kônisbergeoisde Frankonie, Regiomontanus, habitant quelque temps à Nuremberg (1471-1475), ne cessa de répandre l'astrolabe et le météoroscope de son invention , d'une certaine importance pour la navigation et la géographie (200). Là, à Nuremberg , se trouva aussi Martin Behaïm, ûls de Martin et d'Agnès Schopper de Schoppershof , d'une famille distinguée et patricienne, dont le nom figure dans les hautes fonctions de la ville (200). Martin Behaïm avait donc une instruction convenable et

(275) Humboldt, examen de l'bist. géogr. du nouveau monde 1. 1, p 214, 227, 2S3; t. II, p.

(276) Buache (mém. de l'instit. t. VI, p. 8 et 10), observe qu'André Bianco comptait un

un espace à 3° 38'.- Les 40 espaces entre Antilla et Cinango sont évalués "à 30 degrés sur le globe de Behaïm.

(277) Colomb plus on moins suivit ce chemin.' — Humboldt (exam. de l'hist. de la géogr. du n. m. t. I, p. 237, 252), pense que toman do el camino derecho al poniente, partant de Lisbone signifie rigoureusement le parallèle de Lisbone.

(278) Cette opinion figure sur le globe de Behaïm et elle se consolida pour un certain temps, à la «uite des découvertes du nouveau monde. Voyez Ruysch, Sylvanus, Schoner, Bordone.

(279) Le météoroscope , ou l'instrument propre à mesurer les longitudes et les latitudes par le moyen des étoiles, qu il ernt avoir invente d'après ridée d'un passage de Ptolémée géogr. 1, 3 ; ainsi qu'il le dit dans une lettre au cardinal Bessarion. Cette lettre se trouve à la suite des œuvres de Werner, imprimées in-folio à Norimb. 1544, et in-4# 1537. —En 4463, Begegiomontanus dédia

à Toscanelli son traité de quadrati "*

publia à Nuremberg ses fameuses

4475 à 4506, et qui ont servi sur ... .

grands voyages des découvertes de Bartolomé de Diaz, de Colomb, de Vespucci et de Gama.

(280) De nombreuses conjectures et fables avaient été inventées sur Martin Bebaïm. Nous n« voulons pas y toucher. Nous rapprochons les dates certaines, confrontant les cartes et nous en tirons des conséquences. — Voyez ta notice sur le chevalier Martin Behaïm par de Murr, traduit de l'aile-

plusieurs années après la mort de son père (1471-4479), il s'adonnait encore au commerce de toile en Allemagne , comme il dit lui-même dans sa lettre à son oncle Léonard, datée d'Anvers 4479, 8 juin («si). Le commerce continental de toile ne fait présumer aucune instruction nautique de la part de Martin Behaïm.

En 4484 il se rendit en Portugal. Il y trouva les esprits tout préoccupés de grandes entreprises maritimes. Alfonse Y l'africain régnait encore (mort en 4481}. Les conquêtes récentes d'Alcazar, de Tanger, d'Arzilla, plusieurs découvertes des fies de l'océan prises en possession et colonisées, illustraient alors le Portugal. L'infant Henri ne vivait plus (mort 4465), son frère Ferdinand était mort (en 4443), mais la marine prit des proportions croissantes ; l'école ou l'académie nautique qu'ils avaient fondée à Sagrès ne cessait depuis 60 ans de produire des pilotes instruits, courageux; l'instruction nautique étant en vogue , les plus puissants seigneurs affectaient à la cour d'y être initiés. L'astrolabe y était connu et on savait à quel usage il pouvait servir; on l'avait employé dans l'expédition de 4481, commandée par Jean d'Azambiqne.

On dressait les cartes géographiques nautiques, et l'instruction de l'académie de Sagrès recommandait les longitudes et les latitudes géographiques aux marins. De nombreux renseignements et de nombreuses cartes encombraient le dépôt du trésor royal , gardé soigneusement, pour que les connaissances acquises ne pussent transpirer à l'avantage des autres. Jean II, succédant à son père, méditait de nouvelles explorations , c'était toujours les côtes d'Afrique et le commerce avec l'Inde oriental qu'on avait en vue, pour que l'épicerie et les marchandises de l'Inde, passant par 12 mains et par 42 gains, pussent arriver directement en Portugal.

Depuis 40 ans résidait à Lisbone un génois, Christophe Colomb, de Terra Rosa (né vers 4436). Il épousa en 4474 Philippine Moniz Perestrella, fille d'un capitaine de vaisseau, employé dans son temps (en 4430) par l'infant Henri dans différentes expéditions, ensuite gouverneur de l'Ile Porto santo. Par cette liaison, Colomb se trouva à portée de connaître ce que le dépôt nautique contenait de précieux , au moins il eut en sa possession les cartes nautiques et les journaux de son beaapère. Par ces courses avantureuses il se familiarisa avec l'art nautique. Il visita en 4477 Thyle (Islande) et la mer au delà jusqu'à 73°; il se rendit plusieurs fois au fortin de San Gorge de la mina, construit en 4481 , sur les côtes de Guinée. Nourrissant dans sa pensée l'idée de se rendre par l'ouest jusqu'à l'Inde et regardant sa sphérille qu'il avait de maître Paul (una esferilla que embio a maestro Paulo), il conclut, qu'en se dirigeant directement à l'ouest à travers l'océan atlantique, on parviendrait à connaître les nouvelles terres , et cette Inde qu'on cherchait à atteindre en doublant l'immense Afrique. Dans sa correspondance épistolaire avec Marc Paul (Toscanelli) il exposa en 4474 ses vues et ses espérances. Marc Paul pensait que les premières terres qu'on irait découvrir, seraient le Kathaï ou la Chine, et l'empire du grand

mand par H. J. Jansen (à la fin du premier voyage autour du monde par Pigafetta , Paris Tan Dp; der Erdglobtts der Martin Behaïm nnd der des Johan Schoner, Abhandlung von F. W. Ghillaaj, Nuremb. 4842, in 4\ (284) Pour son commerce, il était en 4457 à Venise» de 1477 à 1479 à Matines, Anvers et Vienne.

BEHAÏM, 186* 133

cham (Herrera, de las Iodias occidentales decas 1, livre I, c. 2). Colomb comprenait cette possibilité , mais conformément aux idées des anciens, il admettait aussi la nécessité de l'existence d'un continent antipode sur l'autre hémisphère, comme contre poids. 11 exposa en 1482 son projet au sénat de Gènes sa patrie» qui ne l'écouta point (Herrera, ibid. cap. 7). Il s'adressa ensuite, en 1483, au roi de Portugal Jean II. Une commission examina ses raisons. Diego de Ortiz, évéque de Ceuta, et les cosmographes Rodrigues et Joseph, désapprouvèrent ces rêveries de Colomb qui n'étaient fondées à leur avis , que sur l'ignorance de terres inconnues aux Portugais dans la partie occidentale du globe , ou sur l'extravagant projet de partir à Cipangou (Herrera, ibid. decas I, livre III, cap. I, etc.; Vasconcellos, vida del re don Juan elsecondo, en Madrid 1639, lib. IV). Dans toute cette affaire, ni l'île Antilia ou Brandan , ni quelque autre conte fabuleux ou renseignement obscur, mais les idées antiques réveillées par la renaissance des lettres , et la mappemonde de Ptolémée coraplémentée par les narrations de Marco Polo, de Conti et d'autres étaient les seules qui enflammaient l'ardeur de l'intrépide génois.

Frustré dans ses calculs sur ce point, Colomb envoya son frère Barthélémy Colomb en Angleterre, qui, en 1488, le 13 février, présenta au roi Henri VII une carte du globe terrestre qu'il avait dessinée lui-même, étant devenu bon géographe et connaissant la navigation (carte citée par l'éditeur anglais des voyages de Hakluyt). En attendant Christophe Colomb, depuis 1484, passait les années d'impatience en Espagne, où ses vues furent prises en considération.

186. Le Portugal se montrait très-hospitalier pour les étrangers , recherchait même les hommes instruits de différentes nations. Italiens, Flamands, Allemands entraient dans le service et participaient honorablement aux expéditions lointaines , aux études nautiques ou géographiques (as*). Martin Behaïm arrivé à Lisbonne en 1481 , se fit bientôt distinguer par ses connaissances mathématiques et fut particulièrement connu par Rodrigues et Joseph, aussi bien que par Moïse. L'an 1484, dit Martin Behaïm lui-même (dans une épigraphe de son globe) , don Joao roi de Portugal , fit équiper deux vaisseaux qu'on appelle caravelles (commandées par Diego Cam et Juan Alfims Daveiro) , munis d'hommes avec des vivres et des armes pour trois ans (ass). Il fut ordonné à l'équipage de naviguer en passant les colonnes plantées par Hercule en Afrique, toujours vers le midi et vers le lieu où se lève le soleil, aussi loin qu'il leur serait possible. Étant ainsi équipés, continue Behaïm, nous sortîmes du port de la ville de Lisbone et fîmes voile vers l'île de

(98t) Voici quelques étrangers plus renommés au service de Portugal : le norvégien Balarte; le génois Antoine Nolle en 4450; le vénitien Aloysio de Cada Mosto en 1456 ; le flamand Jerge d'Utra (Job de Heurter); le français Jean Baptiste; les allemands nurembergeois Martin Behaïm en 4483; et Wolf Holzscbuher en 4503; le flonntin Amerigo Vtspucio; le vicenzin Marc Antonio Pigafetta en 4520.

(283) Behaîm n'a pas nommé Diego Cam dans l'épigraphe de son globe , mais Hartman Schedel, dans un liber ebronicarum, imprimé à Nuremberg, 4493, pendant que le cosmographe se trouvait encore dans la même ville, réunit les deux noms : praefecit galeis bene instructis Jobannesll, Portugaliae rex, anno 4483, patronos duos: Jacobum Canum portugalenscm,etMartinum Bobemum, bominem germanum,de bona Bohemorum familia natum, qui superato circulo equinoxiali in alterum' orbem excepta sunt.

134 g£ogr. latine, mo-uio.

Madère, et après avoir doublé les Iles Fortunées et les fies sauvages de Canaries, nous trouvâmes des rois maures. Nous arrivâmes dans le pays de Gambie. Il est éloigné de 800 milles d'allemagne du Portugal. Après quoi , nous passâmes dans le pays du roi de Fourfour qui en est à {200 milles. Plus loin encore est un pays où nous trouvâmes l'écorce de cannelle. Nous étions alors éloignés du Portugal de 2300 milles : nous revînmes chez nous, et le 19°" mois, nous nous retrouvâmes de retour chez notre roi. — De Tau Ire côté de la pointe, proche de rro Tucumero (Targonero) et de porto Bartholo Viego, il place sur son globe le pavillon portugais accompagné de l'épigraphe : jusqu'à ce lieu-ci sont venus les vaisseaux portugais qui y ont élevé leur colonne et au bout de 19 mois ils sont arrivés de retour dans le pays.

Le roi Jean, pour avancer les connaissances des pays éloignés,, prépara cette expédition et afin de préserver de danger la navigation dans les mers inconnues, recommanda à ses médecins cosmographes Rodrigue* et Joseph de se concerter avec Martin Behaïm et d'inventer quelque chose, qui dirigerait les navires avec plus de certitude , surtout lorsqu'ils perdaient de vue les astres connus. Ces trois hommes versés dans les mathématiques , après de laborieuses études et après une longue délibération sur l'astrolabe dont se servaient les astronomes, appliquèrent son usage à la navigation (ssj).

De retour de cette expédition, Martin Behaïm épousa en i486 Jeanne de Macedo, fille du flamand Job de Huerter de Moer Kirchen, gouverneur et possesseur des îles Fayal et Pico, colonisées (depuis 1466) par les Flamands. En même temps Barthélémy Diaz, conjointement avec son frère Pierre et l'infant don Joao, atteignit le cap le plus méridional de l'Afrique et le doubla en y plantant , le 18 janvier 1486, les colonnes du roi de Portugal et donnant à ce cap le nom de Turmentes; le roi Jean II changea cette dénomination en cap de Bonne-Espérance.

Jean II ne se bornait point aux investigations maritimes. Au mois de mai 1487, il fit partir à l'orient Pierre de Cavillam et Alfonse de Payva, qui se rendirent à Alexandrie, d'où le premier alla visiter l'Inde, par Suez et Aden, l'autre se rendit en Abyssinie où il mourut. Pour savoir diriger leur route ils prirent la copie d'une mappemonde, composée par Cassadilla. Les rapports de Cavillam n'étaient pas encore parvenus h Lisbone, lorsque des renseignements donnés par deux juifs sur Calcutta , vinrent de nouveau échauffer l'ardeur portugaise à une nouvelle expédition, afin de pénétrer dans les Indes.

Martin Behaïm, passant ses jours à Fayal ou à Lisbone, où il possédait toute la confiance de Jean II, se trouva à même de connaître tous ces renseignements, toutes les découvertes des Portugais. Il connut leurs cartes nautiques, qu'on qualifiait de hydrographie, leurs mappemondes copiées sans cesse pour l'usage des marins , de la cour, du conseil, des

(284) Ut minor cum errandi pcrieulo ignotum mare navigari posset,Roderîco et Jesepbo médias suis, nec non Marti no Bobemo, ea actate perilissimis mathematicis , iniunxit JoannesII, ut adhibito ioter se consilio, ex cogi tarent aliqùid, quo nautae cursum navium, licet in nostro uonoqn* pelago, tutius dirigèrent, ut vel abstracti a notis siderîbus, cognitisqtte littoribus , qnam ooeli *î pelagi partent tenerent , aliqtio modo cognoscerent : ii post iodefessum stndium , longamque naeditationem, astrolabium, instrumentum, quod ante astrenomtae tatum inservtebat, ntilîori inventoad navigandi artem, maximo navigantium commodo,transtu!ere : quod beneficium tota Europa Joanti debere inficiari non potest ( Emmanuel Tollezius Sylvius , naarchio algretensis , de rébus gestii Joanim II, Uagae comitis, 1712, p. 99).

BEHAlM, 187. 435

seigneurs; cartes enrichies par le progrès des découvertes; modifiées certainement sur quelques points par des investigations et les relations apportés de différents pays.

Aucune nation, à celte époque, n'était à même de composer les cartes générales et les cartes spéciales des différents pays éloignés que les Portugais. Qui eut été en état de donner quelque idée de l'Afrique si ce n'est les seuls Portugais? qui était le plus disposé à se former de nouvelles conceptions sur l'Inde et à les élargir , si ce n'est encore les Portugais? Les géographes catalans, italiens, tout riches qu'ils étaient de leurs précédentes élaborations , puisaient dans cette nouvelle source , qui jaillissait loin du cercle de la connaissance antérieure.

Les récits de Marco Polo fournissaient toujours de plus abondants matériaux pour l'orient, aux catalans, aux italiens, aux portugais, mais dans chaque siècle ils étaient autrement compris, autrement figurés. H suffît de jeter un coup d'oeil sur les cartes, catalane de 1377, sur celle de fra Mauro de 1456, enfin sur toutes celles qu'engendrèrent les efforts que l'on fit pour complémenter les connaissances de Ptolémée.

187. Martin Behaïm, riche de connaissances portugaises, se rendit en 1490 à Nuremberg, pour y revoir sa famille. On conçoit qu'il avait bien des choses à raconter aux bourgeois de sa patrie, et pouvait leur étaler des curiosités inconnues. Le magistrat , désirant conserver ses connaissances , l'engagea à construire un globe, dont l'exécution fut achevée en 1492 par Martin Behaïm et George Holtzschuer. Laissons expliquer l'ouvrage à Behaïm lui-même comme il l'inscrivit au bas du globe près du pôle antarctique.

A la demande et réquisition, dit-il* des sages et vénérables magistrats de la noble ville impériale de Nuremberg qui la gouvernent actuellement, nommés Gabriel Nutzel , P. Volkamer et Nicolas Groland , ce globe a été inventé et exécuté , d'après les découvertes et les indications du chevalier Martin Behaïm, très-versé dans l'art de la cosmographie et qui a navigué autour d'un tiers de la terre. Le tout pris avec beaucoup de soin dans les livres de Ptolémée, de Pline, de Strabon, et de Marco Polo et le tout rassemblé, tant terres que mers, suivant leur forme et leur situation, ainsi que cela a été ordonné par les susdits magistrats à George Holzsçhuer, qui a concouru à l'exécution de ce globe en 1492 ; lequel globe a été laissé par le susdit seigneur Martin Behaïm à la ville de Nuremberg , comme un souvenir et un hommage de sa part, avant qu'il ne retournât chez sa femme qui était dans une île éloignée de 700 milles , où il a établi sa demeure et où il s* propose de terminer ses jours.

Sur la partie inférieure du globe, au-dessous de la ligne équinoxiale-, il ajoute : il faut savoir que cette figure du globe représente toute la grandeur de la terre, tant en longitude qu'en latitude mesurée géométriquement d'après ce que Ptolémée dit dans son livre intitulé: eosmologia Ptolemaei , savoir : une partie, et ensuite le reste d'après le chevalier Marco Polo, qui de Venise a voyagé dans l'orient, l'an 1250, ainsi que d'après ce que le respectable docteur et chevalior Jean de Mandaville a dit, en 1322, dans un livre sur les. pays inconnus à Ptolémée dans l'orient, avec toutes les îles qui y appartiennent, d'où nous viennent

les épiceries et les pierres précieuses. Mais l'illustre don Joao,, roi de Portugal, a fait visiter en 1485, par ses vaisseaux tout le reste de la partie du globe, vers le midi, que Ptolémée n'a pas connue : découverte à laquelle moi , qui ai fait ce globe , me suis trouvé. Vers le couchant est la mer appelée océan, où 1 on a également navigué plus loin que ne l'indique Ptolémée et au delà des colonnes d'Hercule, jusqu'aux iles d'Açores , Fayal et Pico qui sont habitées par le noble et pieux chevalier Jobst de Huerter de Morkirchen, mon cher beau-père, qui y demeure avec les colons qu'il y a conduits de Flandres et qui les possède et les gouverne. Vers la région ténébreuse du nord , on trouve au delà des bornes indiquées par Ptolémée, l'Islande, la Norvège et la Russie, pays qui nous sont aujourd'hui connus, et vers lesquels on envoie tous les ans des vaisseaux : quoique le monde soit assez simple pour croire

Su'on ne puisse pas aller ou naviguer partout de la même manière ont le globe est construit.

188. Conformément à cette exposition, le globe représente , à quelques légères modifications près, l'habitable disproportionnée de Ptolémée , couverte de noms modernes et encadrée de quatre côtés dans des compléments de connaissances modernes ignorées par Ptolémée. Au nord les parages baltiques fréquentés chaque année par des vaisseaux; au sud l'Afrique visitée par les Portugais ; à l'ouest , les îles prises en possession par les Portugais; à l'est le Kataî, les îles indiennes et Zipangu suivant la relation de Marco Polo. Goyl , Loach , Moabar, Murfuli, connus par ce voyageur dans la péninsule indienne avec toutes les iles sont renvoyés au delà de l'échelle ptoléméenne et commencent à former un nouveau monde d'un autre hémisphère. Les compléments de l'est et de l'ouest sont séparés par un vide océanique , et avançant de deux côtés sur un autre hémisphère du globe , sont rapprochés à tel point qu'ils dévoilèrent, en 1470, à l'imagination ardente de Christephe Colomb, la traversée possible de l'océan. Dès l'année 1417 les Portugais furent appelés à retrouver les îles de l'océan occidental , dont on savait l'existence; leurs reconnaissances furent terminées vers 1450, depuis commença leur colonisation en 1466 et 1472, tant des îles Catherides ou Açores que des îles du Cap vert ou Fortunées ou Canaries. En même temps les Portugais traçaient sur leurs hydrographies et leurs mappemondes, le complément de l'est et assignaient l'emplacement de Zipangu sur le globe, et le degré de sa longitude géographieque. Ces connaissances furent divulguées en 1492, par Martin Behaïm aux allemands (ass).

Dans la même année 1492 , le 3 août , Colomb mit à la voile de Palos et découvrit l'île Lucaye appelée Guanahani, à laquelle il donna le nom de san Salvador. Le 3 mai de l'année suivante 1493, il rentra à Restelo (aujourd'hui Belem) sur le Tage ; mais il en sortit bientôt , après avoir eu l'audience chez Jean II , qui le reçut gracieusement et le laissa ensuite partir sans obstacle pour l'Espagne.

(185) Voyez dans notre atlas l'hémisphère du globe de Behaïm de 4492; le complément de Ptolémée tracé sur la carte hydrographique portugaise de 4500; ce complément publié par Silvanus en 1511; et la susdite hydrographie publiée eu 4 $15; eqita l'hémisphère de Schoener de l'ann,ée 4620.

BEHAÏM, 189. 137

Martin Bebaïm ayant mis la dernière main à son globe terrestre, retourna en Portugal et apprit la première heureuse issue de l'expédition de Colomb. Honoré de la confiance de Jean H, il fut envoyé en 1494 en Flandres auprès de son fils naturel George. Bebaïm eut le malheur d'être pris sur mer et fut conduit en Angleterre. Remis en mer il tomba de nouveau entre les mains d'un corsaire qui le mena en France. Après avoir payé sa rançon , il se hâta de retourner par Bruges et Anvers en Portugal , où le roi Jean H était mort le 25 octobre de Tannée de son départ 1494. Depuis on n'entendit plus parler de Behaïm. Certainement il s'était retiré chez son beau-père et passa le reste de ses jours dans File de Fayal, d'où il se rendit en 1506 à Lisbone, où il mourut le 29 juillet de la même année ou de Tannée suivante. Pendant les quatorze ans de sa vie qui s'écoulèrent depuis la confection de son globe, il apprit dans son âge avancé, chaque année de nouvelles découvertes, tant dans les nouvelles Indes occidentales que dans les Indes orientales, découvertes qui manquaient à son globe, et qui figuraient dans ses cartes postérieures : car dans sa retraite il les dessinait et elles furent déposées dans la trésorerie royale. Sur les cartes de son dessin on voyait les découvertes réelles et les terres, directions, détroits présumés à découvrir (286).

Sa renommée en Allemagne était grande déjà de son vivant. Elle grandit après sa mort. Bien méritée par ses connaissances, mais gagnée spécialement durant son séjour à Nuremberg en 1492, par son globe et par la mappemonde qu'il y laissa («87).

189. Le globe terrestre de Behaïm, couvert d'un vélin noirci, tient un pied et huit pouces de Paris de diamètre. Les pavillons portant les armoiries des puissances respectives, sont peintes, ainsi que les demeures et les figures des habitants de chaque pays qui sont dessinés avec beaucoup de soin. Les noms des lieux sont écrits à l'encre rouge et jaune (ou blanc jauni). Le premier méridien passe par Madère. Ni les méridiens, ni les parallèles ne sont tirés. On y voit seulement Téquateur, les deux tropiques et les deux cercles polaires arctique et antarctique (voyez n° 109 de notre atlas). Le méridien mobile de fer et

(986) Le capitaine général (Magellan) savait qu'il fallait passer par un détroit fort caché mais qu'il avait vu représenté sur une carte faite par Martin de Bohème (Behaïm), très-excellent cosmographe, que le roi de Portugal gardait dans sa trésorerie (Pigafetta, voyaçe, livre I, p. 40). Celte carte désignait un détroit au sud de l'Amérique, qui a dû être dessiné après le voyage fait en 4S04, à la suite duquel Amerigo avait eu l'idée de le rechercher. Ce détroit supposé est dessiné sur le globe de Schoener avant sa découverte réelle.

(287) Dans le dépôt des archives de la famille de Behaïm il v a un dessin assez exact et assez proprement fait de son globe sur deux feuilles de vélin (Murr,p.J299 de la trad. franc). En Portugal, nonobstant toutes les considérations qui l'entouraient, associe à une multitude d'illustrations nautiques et cosmographiques , c'est à peine s'il se trouve nommé par un seul écrivain portugais , Manuel Telles de Sylva. En Allemagne , au contraire, son nom se trouvait dans toutes les bouches , préoccupait d'innombrables plumes et l'écho de sa gloire pénétra dans l'Italie et dans l'Espagne. 11 s'était écoulé peu d'années depuis sa mort que déjà on débitait quantité de fables sur son compte et d'inventions absurdes , remplies d'anacbronismes. On lui attribua toutes les cartes qu'on ne voyait plus; Colomb, Magellan ne pouvaient rester debout sans la concurrence de Behaïm qui avait des connaissances préalables à leurs découvertes , qui les devança lui-même avec les découvertes qu'ils ont faites. On n'a pas réfléchi qu'en débitant de semblables contes, on fesait tort à sa mémoire; qu'en lui attribuantktant de connaissances on fesait de lui un imbécile qui ne savait pas les mettre à révidence et à la portée de tout le monde par son globe. Le globe donnait à chaque instant une criante' dénégation à tout ce qu'on imaginait, cependant on se déchaîna dans les inventions avec tant d'assurance, qu'il fallut enfin combattre l'erreur. Voyez Murr. — Voyez plus bas la note 337.

rhorizonde laiton ne furent allachés au globe qu'en 1510 le 5 novembre suivant, date qu'ils portent. Ce méridien mobile, et l'équateur du globe, portent les divisions eu degrés. Si Ton prend pour premier méridien celui qui touche Grancanaria et Madère, on aura, en comptant la longitude vers Test, le continent étendu à 360° de longitude, et la grande lie Zipangut avancée jusqu'à 280°. Entre Zipangut et Madère sont les eaux innaviguées et les lies Azores, Fortunées, de capo Yerde et quelques autres (sss).

Behaim , comme nous l'avons vu , dit lui-même avoir puisé dans le livre de Ptolémée ; qu'il a représenté toute la grandeur de la terre, tant en longitude qu'en latitude d'après ce qu'a dit Ptolémée dans son cosmologia. Aussi nous avons observé que Ptolémée y est encadré presque inaltéré dans les nouvelles additions latérales. L'Europe, l'Afrique et U mer méditerranée renoncent sur son globe aux formes qui leur ont été données par les cosmographes du moyen âge; elles prennent les disproportions et les difformités ptoléméennes; elles sont avec toute l'Asie ancienne affublées dans la livrée de Ptolémée, garnie de tous côtés de nouvelles bordures, de nouvelles franges. Ce travestissement s'était décelé à nos investigations, vingt ans antérieurement (1493-1470) dans la transfiguration de l'Italie par Donis. Maintenant nous voyons tous les points de la géographie du moyen âge plier sous le joug que la renaissance des lettres lui impose." 11 est bon d'observer que Behaïm, avec beaucoup de ses contemporains, ayant recours à la sagesse de Ptolémée, ne renonçait pas aux idées de l'habitable ronde, dont Jérusalem était le nombril. L'étendue excessive de la méditerranée secondait admirable-

(Î88) Doppelmayr, historische Nachricbt von den Nurnberg. Mathematicis und Kûostler, Nurnb. 4730, a fait représenter ce globe entier, fort en petit, quoique en général d'une ornière assez fidèle , dit Murr. Ce dernier eu a donné l'hémisphère occidental au méridien de H&den, retranchant la partie orientale de l'Inde en y faisant disparaître par une sécante , 50 degrés de h ligne équinoxiale. Ghillany a donné aussi un hémisphère dessiné par Heideloff, qui contient h partie donnée par Murr et l'Afrique jusqu'au cap de Bonaspei. Nous avons donc devant noas trois copies de l'hémisphère océanique, toutes les trois discordantes : chacune a ses torts manifestes. — Dans la publication de Ghillany, Wolf , dessinant l'hémisphère de Schoner a mieux réussi que Heideloff, parce qu'il était dirigé par le canevas des méridiens et des parallèles , tracés sur le globe. Le 5 lobe de Behaïm étant privé du canevas de ces lignes, Heideloff n'a pas su se l'imaginer sons 1» irection des échelles équatoriales et du méridien mobile. Les tropiques au moins, demandaient soi attention , cependant le tropique passe au nord de Sicile par l'Italie , la Grèce etc. Je pense ans», la graduation de l'équinoxiale est viciée par Heideloff parce qu'elle ne répond pas à la gradnitioi

^y\ Cachette. Il a placé Madère et les Canaries au sud du tropique. Une erreur semblable ne confiât

^*V pas au constructeur du globe; les deux autres copies donnent un démenti à l'incurie de Mnrr:

Heideloff place les Canaries sous le tropique , Madère au nord ; Doppelmayr les place toute au nord comme il convient. Mais ce dernier a eu tort d'étendre l'emplacement des Azores, et de les rapprocher trop aux Iles septentrionales de Zipangri. L'exécution de Doppelmayr, assez fidèle, est malheureusement affectée de négligence qui n'a pu disparaître par la diminution de l'échelle. Nous rarons réduit dans notre copie en proportion de 900 à 427. — Le fait est que jusqu'aujourd'hui il n'en existe ni figure ni description propre à faire connaître le globe behalmien comme le demande l'histoire de la géographie. Les descriptions publiées ne rapportent que des notices fractionnées s'occupent spécialement, quoique d'une manière toujours incomplète , de l'Afrique et de l'océan de l'autre aérn* phère. Cependant il serait très-utile de bien connaître et analyser l'intérieur de l'Asie, et très important d'avoir une bonne et complète copie de la mer méditerranée, de la Germanie, etc." Annotons pour la copie de notre atlas que, au lieu de burburum Ghillany lit : burburtm roi de genea : ensuite se trouve roi organ, jusqu'où vont chaque année les caravanes des maures désunis; au lieu de burbaru , Ghillauy lit : barbarin roi gambla galof ; suit le roi monnellt ches leqael niA l'or que le roi de portugal fait venir ; et le pays du roi furfur", produit le poivre qui fat troevé en 4488 par le roi de portugal, Va-t-il caput bone Spei? Ghillany ne le dit pas ; il termine la nomes* clature africaine ' par l'observation, que, an dem von Johan U sogenannten Vorgebirge der gvtefl Hoffming steht : hie wurden die Saulen des konigs von Portugal a. doraini, 4458, den 48 Jaunir.

HYDROGR. PORTUGAISE, 190. 439

ment cette idée. Les connaissances nouvelles de parages atlantiques éloignaient Gibraltar du premier méridien à plus de 20 degrés, auxquels l'étendue de la méditerranée, ou 62 degrés ajoutés, plaçaient Jérusalem à 90 degrés de longitude, moitié de l'hémisphère (289). Ptolémée confirma le nombril et finalement il s'est installé dans tout le domaine de la mappemonde.

La carte d'Allemagne et de ses alentours, qu'en 1495 l'imprimeur de Nuremberg, Antoin Koburger fit élaborer, adhibitis viris mathematicis , pingendique carte peritissimis , Michaele Wolgemut et Wilhelmo Pleydenwurff, et qu'il fit graver sur bois pour la chronique de Hartman Schedel (fol. 299, 500), est une carte de Ptolémée couverte de noms modernes peu nombreux. Wolgemut et Pleydenwurf sont peintres, graveurs , dessinateurs : les mathématiciens auteurs ne sont pas nommés. Dans l'intérieur de la composition ils ont modifié les cours de plusieurs tleuves, en y introduisant les données des cartes continentales des cosmographes antérieurs. Il semble que la carte est développée sur la projection conique (voyez n° 110 de notre atlas) (290).

Hydrographie portugaise, 1500-1504.

190. La confrontation du globe et de la mappemonde de Behaïm avec les cartes contemporaines et antérieures, pourrait nous dévoiler tout ce qu'il apporta de Portugal et nous faire connaître jusqu'à quel point et dans quelles années Ptolémée s'empara des consciences géographiques des Portugais. Malheureusement rien n'est plus obscur que la cartographie portugaise, qui ne nous est connue que par des copies ou imitations postérieures répandues en Italie et en Allemagne. Les cartes de cette reproduction qui nous sont connues, ont été dressées huit à dix ans après la confection du globe. Ptolémée y règne. Cependant nous ne pouvons accuser Behaïm de l'avoir installé dans l'école portugaise. Ptolémée y exerça son autorité sans doute vers 1470, lorsque Colomb et Toscanelli exposaient leurs projets. En attendant, n'ayant pas des cartes portugaises plus anciennes, nous allons examiner celles qui sont quelque peu postérieures à la fabrication du globe.

Dans le courant de ces années, de nouvelles découvertes se succédant rapidement depuis le premier voyage de Colomb, ouvrirent de grandes mers et terres aux courses des navigateurs. En 1497, Vasco de Gama,

(289) D'Ailly en 1410, divisant la carte nautique en climats , eut soin de placer Jérusalem dans le centre *iu vieux monde. Hauro en 1489 explique les conditions de ce centre. Le globe de Behaïm l'observe en 1492. Abraham Perittol en 452S discute cette question d'après Ptolémée. Pour prouver

que la Palestine est le nombril de la terre V")Xn "TQ£ '* a recours aax latitudes et longitudes.

11 compte les degrés 34 ou 33 de latitude de 1'babitable donnée par Ptolémée; et 45 parties (90*) de la longitude, qui font moitié de 90 parties (180°) données par le même à la longitude de l'habitable (Peritsol, itinerarium mundi, edit. Thom. Hyde, Oxonii, 1691; caput 4). — Colombe nourrissait aussi dans son esprit l'idée d'un centre ; c'était la coupole des arabes , et lorsqu'il remarqua dans sa navigation sur l'autre hémisphère, l'éjévation de la terre vers l'équateur, il a présumé se rapprocher au paradis placé à l'autre hémisphère en guise de contre coupole.

(290) La carte de la chronique de Schedel , qui a l'honneur de porter le nom de Koburger, ne fait pas grand honneur à ses auteurs et à ses exécuteurs. Grossière au dernier point , désagréable à la vuey elle n'offre que des épigraphes peu nombreuses. Notre toute petite diminution, réduite en proportion de «00 a 37 de l'échelle porte toutes ces épigraphes : on peut les compter.— Wohlgemuth, célèbre en ce qu'il fit avancer la gravure en bois, fut instructeur de Dùrrer (Doppelmayr, p. 181).

140 GEOGH. LATINE, 4470-1550.

passant le cap de Bonne Espérance, toucha Mozambique, Mombua, Melinde sur les côtes orientales de l'Afrique et parvint, le 48 mai U98, à Calicut. L'expédition de Pedro Alvarez Cabrai (9 mars 1500— -juillet 1501) suivit bientôt ses traces (toi). Les flottes portugaises allaient chaque année avancer les connaissances de la péninsule et se proposaient d'avancer un jour dans l'immense archipel qui n'était tracé encore que d'après les ouï-dire. Par la reconnaissance de Quiloa sur les cotes de Zanguebar, en 1500, on apprit l'existence de l'île Madagaskar, où le roi puissant de Quiloa possédait plusieurs ports de l'Ile dont le nom était vaguement connu. Visitée bientôt par Lorenzo Almeida, elle reçut le nom de S. Laurent pour un certain temps : ce n'est qu'en 1506 que Tristan d'Acunha examina ses caps, ses ports et tout son rivage.

De l'autre côté, Colomb, reprenant son chemin, reconnaissait mieux les lies de sa découverte, et s'avançant vers le sud atteignit, le 1" août 1498, le continent du nouveau monde à l'embouchure d'Orioooo delà Terre firme. En même temps (1497) les Vénitiens Jean et Sébaslm (père et fils) Cabol (en 1498 Sébastien seul), visitaient sur une flotte anglaise les côtes septentrionales de ce monde.

Colomb n'était pas encore retourné de son troisième voyage quand Alonso de Hoyeda fut expédié et partit le 20 mai 1499 vers la Terre firme; après une course de trois mois, il rentra le 5 septembre 1499 an port Jaquimo à Haïti et ne retourna en Espagne que mi-juin 1506, lorsque Vincenle Yanez Pinzon, parti en décembre de l'année 1499, examinait les côtes de la Terre firme au delà de l'équateur et retourna à la fin du mois de septembre de 1500. Le florentin Amerigo (Almerik)

(Ml) Le sou renir d'un individu dn Hasard se rattache aux expéditions de Gama et de Cabra" d'un juif polonais, associé à plusieurs explorateurs des plus renommés. Lorsque VascodeGanM son retour en Europe, s'arrêta en décembre 1498 , à là petite ile Aujediva (Ankediva), le sabajoei raja , usurpateur mauresque de Goa , traita avec Gama , par l'entremise d'un juif qui savait an pet l'italien et qu'on prit pour un espion. Le juif fut mis à la question. Vasquo de Gama suspeitaudoq* era espiu , o mandou prender e métier a tonnento : o tormento Ihe fez confessar que era judeafc regno de Polonia da cidade de Posna (GoesT 1, 44). Le tourment lui fit dire qu'il était de Poses* Pologne', d'où sa famille s'était rétirée en 1456, à cause de la persécution , d'aboi d en Palettise, ensuite à Alexandrie en Egypte. Du Caire il partit par la mer rouge, faire ses tours datis lesustw Indes. Cette persécution, si rare en Pologne , avait eu lieu à la suite de la visite et de. l'apostolat d« Jean Capistran. Par son intervention en 1454, on abrogea quelques privilèges dont jouirent les js* et on prescrivit que, pour les distinguer de la noblesse , ils porteraient de birets jaunes. Ces dispositions, avant d'être méprisées et oubliées, mécontentèrent les juifs et suscitèrent momentané»»' les populations contre eux. La supposition qu'il était né à Alexandrie d'Egypte (Barros.dec. I,l& 41, 1. 1, p. 366-868), semblerait avoir quelque force spécieuse : mais s'il avait atteint 60 ans, an je* de la torture , il est évident qu'il a dû voir ses jours a Posen , d'où en 1456 avec sa famille, il P*** dans la plus tendre jeunesse. La question lui donna soudainement envie de se ranger da parti des Portugais et d'embrasser le christianisme. Baptisé, il reçut le nom de Gaspar da Gama, en réminiscence de celui qui l'avait fait appliquer à la torture. En qualité d'interprète il est aussi appelé* Gaspard da lndia (Goes, I, 58, p. 76; comp. Barros, dec. I, lib. V, 4, 1. 1, p. 410). Gaina sesenil

et plus tard Cabrai s'introduisit chez le roi de Cocbim , duce judaeo qui fidem Christi iadwent

iLorenso Cretico, ap. Grynaeum, p. 434). Cabrai retournant de son expédition rencontra au cap Vert, es navires envoyés pour découvrir la nouvelle terre (Brasil) qu'il avait trouvée au commence»»1

plus intelligent donna des rens

explorer à l'aide du S. Esprit. Sur le champ il écrivit, le 4 juin 'l 504, delà station du cap Verti lettre à Médicis , dans laquelle il résume et commente les relations du touriste Guasparre (Mi* publiée en 4827, par Baldelli Boni , il milione di Marco Polo). Le roi Emmanuel faisait beaucoup* cas de Gaspar et aimait à se servir de lui, le nommant cavaleiro de sua casa (Damtan de Goes, p. £)- — Notice extraite de l'examen de l'hist. de la géogr. du nouveau monde , d'Alexandre Humboldt» t. V, p. 40-44; 82-87. (Voyez notre portulan général).

HYDROGR. PORTUGAISE, 191. 141

Vespucci, attaché depuis plusieurs années à une maison de commerce en Espagne, accompagna ces deux navigateurs et dans un court espace de temps accomplit ainsi ses deux premiers voyages.

Rodrigo de Bastidas avec le pilote Juan de la Gosa (1500-1502) poussa la reconnaissance du nouveau continent dans le golfe d'Uraba jusqu'au puerto del relrete ou delos escribanos dans l'isthme de Panama , où se porta Christophe Colomb dans fon quatrième et dernier voyage (11 mai 1502-7 nov. 1504). Voyage plus long que les autres, dans lequel il découvrit la côte depuis Hondouras jusqu'au puerto de Mosquilos, voyage des plus remarquables et presque inapperçu par ses contemporains. Le grand homme, après tant de vicissitudes, mourut le 20 mai 1506, honoré mais presque oublié.

Du Portugal Gaspar Cortereal suivit (avril 1500-8 octobre 1501) les traces de Cabot, dans l'espoir de trouver un passage aux Indes par le nord. Il reconnut les bords qui portaient le nom de terra Laboratoris, le golfe Quadrado et terra verde; avançant plus au nord il y périt. Michel (1502) partit à la recherche de son frère dans la baie de Hudson, et périt aussi. Les Portugais renoncèrent alors à tenter la fortune dans ces parages.

191. Pedro Alvarez Cabrai , allant dans l'Inde , donna la nouvelle que la tempête l'avait jeté, le 24 août 1500, sur les côtes de terra crucis, non loin du porto Seguro qu'il n'a pu examiner qu'à la pointe Brazil. Une expédition fut préparée de suite vers cette partie du monde. Amerigo Vespucci , séduit par le roi de Portugal , quitta brusquement l'Espagne et accompagna l'expédition dont le commandant n'est point connu : mais à cause de son ignorance, l'équipage avait recours au savoir de Vespucci. Par l'astrolabe et le quart du cercle, Vespucci acquit une autorité bien méritée (quadrante astrolagico.... mi aquistai non piceiala gloria) (292). Celait son troisième voyage (10 mai 1501-7 sept. 1502), dans lequel on avança sur les côtes de la terre sanctae crucis ou du Brésil jusqu'à 52° austral. Il en exécuta encore un quatrième, dont le commandant était certainement Gonzalo Coelho (10 mai 1503-28 juin 1504). Une tempête arrêta le succès qu'il pouvait avoir. Vespucci rêvait de trouver par l'extrémité méridionale du nouveau continent , un chemin vers l'Asie. Mais cette entreprise était destinée à un autre. Amerigo Vespucci mourut en 1512 (293).

L'empressement extraordinaire de plusieurs états et l'envie de faire des découvertes, dégénéraient en une concurrence ombrageuse. Manuel,

(199) Quant à la longitude (écrit-il le 4 juin 1S01 de la station du cap Vert, où Ton rencontra Cabrai retournant de son expédition à l'Inde), c'est une chose bien autrement ardue et qu'entendent peu de personnes excepté celles qui savent s'abstenir du sommeil et observer la conjonction de la lune et des planètes. C est pour ces déterminations de loogitude que j'ai sacrifié souvent le sommeil et raccourci ma vie de dix ans, sacrifice que je ne regrette pas dans l'espoir d'obtenir un renom pour des siècles, si je reviens sain et sauf de ce voyage.

(193) Ce n'est que depuis peu , que l'historiographe don Juan baptista lfunoz fouilla les archivés qui pouvaient fournir les documents et les matériaux à l'histoire de grandes découvertes et ce n'est

3ue depuis 18SB que l'ouvrage de don Martin Fernan >z de Navarrete , colleccion de los viages y escubrimientos, les fit connaître. Sur ces matériaux Alexandre de Humboldt élabora l'ouvrage inachevé : examen critique de l'histoire de la géograhie du nouveau monde, dont cinq volumes sont

Îubliés a Paris 1836-1839. Nous avons puisé évidemment dans ses lumières pour ce que nous avons dire, à mentionner sur Colomb et Vespucci. De même nous devons aux investigations profondes de cet ouvrage ce que nous allons dire d'Ilacomil.

142 GÉOGB. LATINS, U7ô-f*tt0.

roi de Portugal, par sa lettre do 29 juillet 1501, fit part à Ferdinand d'Espagne de la découverte du Brésil par Cabrai , mais il mit au secret toutes les cartes nautiques : déposées dans la marine, elles ne pouvaient sortir de ses états. Toute la publicité vulgaire était cependant réservée pour la gloriole de l'état et des navigateurs. Les relations des voyages se répandaient à foison dans de brochures et feuilles volantes. On y trouvait les aventures des voyageurs et tout ce qui pouvait émerveiller, mais on n'y voyait presque rien de précis pour fixer les positions. Les cartes furent dressées pour donner l'image des découvertes mais déblayées de tout ce qui pouvait instruire les marins sur les dangers et les directions des routes.

Vespucci usait largement de la liberté restreinte. Il rédigeait des rapports étendus pour les archives du roi Ferdinand et du roi Manuel et en extrayait de courtes relations pour les communiquer à ses amis ou aux curieux. La relation de son troisième voyage fut traduite en latin à Lisbone par Guiliano Bartolomeo del Giocondo et imprimée déjà en 1504 (à Augsbourg, chez Jean Otmar) (s9*). Vespucci dit qu'il a fait ces extraits et relations de ses quatre voyages à l'instigation de Marc Benvenuli florentin , pendant le séiour que celui-ci fit à Lisbone en se chargeant de le faire passer à Rénee, duc de Lorraine : ce qui en effet eut lieu en 1504. Vespucci rapiéça tout ce qu'il avait écrit pour le roi de castille Ferdinand, prépara en 4500 pour Lorenzo de Pietrofrancesco de Medici et le 4 septembre 1504 pour le gonfalonier Soderini et l'adressa au roi duc Renée. Martin Ilacomilus fit imprimer cette composition en 1507 en Lorraine à S. Die de Vosges dans sa cosmographie, où, épris des grands exploits des quatre voyages, il propose d'appeler le nouveau monde Amérique. Son petit ouvrage se répandait avec succès; réimprimé plusieurs fois dans différents pays, traduit en français et en allemand, il n'a trouvé aucune contradiction. Ainsi la fortune d'Amerigo, à l'insu de Vespucci , a été faite (295).

192 Martin Waltzemûller ou Waldseemiiller , fribourgeois , étudia vers 1450 à l'université de sa ville natale. Ensuite professeur au gymnase de Saint-Die dans les Vosges il y fonda une bibliothèque avant 1507. Grécisant son nom en Hylacomycus, il publiait ses petits ouvrages et dressait les cartes géographiques qu'il décorait d'écussons. OrbU terrarum rcgioncs prœcipuas dominorum insigniis notare studuimus ; in quartam terrai partent per inctylos castiliœ et lusilanie reges reperlam, eorundem ipsorum insignia posuimus (cosmogr. 1507, p. 15). Dans un ouvrage qu'il publia conjointement avec Philesius, en 1511, sont énumérées les cartes des différents pays d'Europe, dessinées par Hyiaco-

{294) Publiée chez Otmar en 4504, elle fut réimprimée sans indication de l'année à Paris, chez €illes deGourmont, ou chez Jean Lambert ; parce que l'édition allemande de 4505, chez Kathias Hiïpfuff à Strasburg, se dit troisième ; ensuite reproduite à Leipzig 4506, chez Martin Landesbergk; en italien en 4507.

(285) L'ouvrage de Ilacomilus parutjd'abord anonyme sons le titre de : cosmographiae introductto c«ûi quibusdam geometriae et astronomiae principes ad eam rem necessariis ; insaper qaataor Amenci Vespucii navigationes. Au dernier feuillet on voit dans un encadrement les lettres G.L., NX., M.I. (Hartinus Ilacomilus) et tout autour : finitum vn kal. maij, an no supra sessiquimillesimnn vu (4507), urbsDeodate, tuo elarescens nomine, praesul, qua Vogesi montis sunt juga presat ©pus,., etc., in-4\ — Edité ensuite sous le nom de l'auteur 1509, 4555, 4554, et & Venise; traduit...

HYDROG. PORTUGAISE, 193. 143

mylus (*96). Avant de mourir il réduisit à une moindre échelle ces cartes modernes qui se trouvent attachées à l'édition de Plolémée de 1515. Laurent Phrisius fit publier ces cartes réduites à la suite de sa publication de Plolémée chez Puninger à Strasbourg 1522, comme il le dit lui-même (VIII. 2) : et ne nobis décor alterius elatictoem inferre videatur, has tabulas e novo à Martino Ilacomylo pie deinncto contractas et in niinorem quam prius un quam fuere formam redactas esse notificamus. Huic igitur et non nobis, si bonae sunt , pacem exopta.

Uacomilus était intime avec Mathieu Ringman ou Philesius, natif des Vosges. Il coopéra avec lui à la traduction de la géographie de Ptolémée qui devait paraître en 1507, aux frais du duc de Lorraine Renée II et ne fut publiée qu'en 1513, par Uebelin et Ëssler. Uacomilus n'y est pas nommé (297). S'il contribua par son travail au recueil des cartes modernes c'est comme simple dessinateur. Aucune invention ne perce dans la copie de la carte de Donis ou des cartes continentales ou de celle de la Palestine. Plus tard toutes ces cartes furent par lui de novo construise et in minorem formam redactœ pour une publication posthume de 1522. Peut-être était il compositeur des cartes topographiques de la Suisse et de la Lorraine. Uacomilus jouissait de la faveur du duc qui regardait ses ouvrages avec satisfaction (*9s).

193. Renée II , duc de Lorraine , roi titulaire de Sicile et de Jérusalem (1473-1508), encourageant les études et l'étude de la géographie, faisant graver à ses frais les cartes modernes qui devaient accompagner Ptolémée, désirait avoir une mappemonde et s'en était procuré une portugaise qui pouvait contenir les connaissances les plus récentes. Le roi de Portugal Emmanuel (1495-1521) en avait une qui était toujours déployée sur la muraille de sa chambre : mais celle qu'avait acquise Renée était une autre, procurée probablement en 1504 par Benvenuti conjointement avec les quatre voyages de Vespucci. Le duc fit graver ces cartes portugaises et la carte intitulée hydrographie. Au dire des éditeurs de l'hydrographie, Jean Ëssler et George Uebelin, elle avait d'abord été dressée par un amiral du roi Ferdinand (299). Si leur dicton

(296) Cet ouvrage porte le titre : instructio manuductionem prestans in cartam itinerariam Martini Hilacomili cum Inattention ipsius Europae enarratione a Ringmanno Philesio vosigena conscripta, Argentorati ex offic. Johannis Gruningeri 4611. (Mylii , memorab. bibl. acad. jenensis, p. 239; Freitag analecta literaria p. 449). — Ortel mentionne vaguement deux de ses cartes seulement : universalem navigatoriam quam marinam vulgo appellant et Europam , in Germania alicubi impressas.

(297) Il se plaint en 1507 que sa cosmographie éditée anonyme plerique falso sibi passîm ascribant. Cette plainte ne peut pas se rapporter à l'édition de Ptolémée.

(398) RenatU6lI Siciliae rex, dit la dédicace d'Hylacomylus , opusculis geograpbicis mirumin ■nodum delectatus fuit: neqne obliti sumus quo hïlari vultu , generalem orbis descriptionem , et alia laboris nostri monumenta, sibi oblata, a nobis snscepit.

(199) Hydrographia sive cbarta marina, continens typum orbis universalem, juxta hydrographorum traditîonem. — Charta marina, quam bydrograpbiam vocant , per admiralem quondam Portugaliae régis Ferdinadi, caeteros denique lustratores verissimos peragrationibus lustrata, ministerio Renati, dum vixit, nunc mortui, ducis Lotbaringiae praelographationi tradita est (Essleri et Ubelini praefat.). Dans notre atlas, n4 118, nous donnons la copie de celte carte hydrographe, réduite en proportion de 60 à 24 de l'échelle. — Les mêmes éditeurs qui l'ont publiée en 4815, ont fait paraître a la fois quatre autres cartes portugaises spéciales. Deux de l'Afrique comme ils l'ont dît eux-mêmes : chartis portugaleusium suroptae ; une du nouveau monde et une des Indes orientales. Us n'ont pas qualifié eux-mêmes de portugaises ces deux dernières , mais en les confrontant avec la carte hydrographique générale , leur origine est indubitable. — Nous avons profité de cette réunion de cartes de même origine et nous avons élaboré la carte générale hydrographique, extrayant des quatre cartes spéciales tout ce qui a pu se placer sur notre échelle à savoir : celles du nouveau monde, de l'Afrique et

144 GfoGR. LATINE, M70-l$50.

était vrai, l'origine de la carte remonterait au xrv* siècle, car Ferdinand régnait depuis 4567 jusqu'à 1585. Il est évident que c'est leur méprise qu'il faut tout d'abord rectifier par quelques explications.

Le frère d'Alfonse V, Ferdinand de Viseo (mort 1470), avait des possessions qui demandaient d'avoir une marine. Le roi son frère, en 1457, lui conféra toutes les lies qu'on avait découvertes jusqu'alors, avec leur" haute et basse justice, sauf quelques restrictions. En 4460, l'infant Henri, céda au même Ferdinand qui était son neveu, en l'adoptant pour son fils, les lies de Jésus et la Graciosa. Le roi ratifia cette cession (Barros, decas I, lib. II, cap. I). Possesseur de tant d'îles, Ferdinand ne pouvait se passer d'une carte nautique ou hydrographique : son amiral la lui prépara et après la mort de Ferdinand, arrivée en 1470, d'antres géographes s'occupèrent de la corriger ou plutôt à l'enrichir par de nouvelles découvertes. Ce Ferdinand est l'avant dernier de ce nom dans la famille royale de Portugal. II paraît plus naturel d'attribuer l'origine de la carte à ce prince royal qu'à l'ancien roi. Mais cette explication, toute plausible qu'elle paraîtrait, cède devant une autre considération. Le nom de Ferdinand n'est qu'une méprise des éditeurs de 1515. Le nom du roi de castille figure chez eux par méprise à la place do roi Emmanuel , et son quondam amiral est Vespucci (mort 1512), qii retoucha la carte de sa main, peut-être la dessina lui-même et l'envoya de Lisbone au duc (mort 1508) avec ses quatre voyages, quatuor navigationes, dans lesquelles il relate ad Ferdinandum regem (castille) scripta (300).

La carte de l'hydrographie portugaise fut gravée sur bois du vivant du duc de Lorraine Louis Renée qui mourut en 1508, et elle se trome en premier lieu dans l'atlas de Ptolémée publié à Strasbourg en 1513, ensuite dans ses éditions de 1520 et de 1522. Nous allons examiner de combien d'années elle peut être antérieure. (V. n° 118 de notre atlas.)

Une note inscrite sur la mer près de Calcutta avertit que la province de Calicut est lustra ta per regem portugalie. Or, cet événement de 1498 et 1500 est de fraîche date pour l'hydrographie portugaise. Elle ne nomme point Goa qui fut reconnue plus tard; elle ne sait pas comment ranger les côtes de l'embouchure de l'Inde, de la péninsule Guzarat, où Daba (Diu) ne fut occupé qu'en 1509; elle ignore les positions au delà du Gange, de Malaka, des îles, etc.

Les côtes orientales de l'Afrique reçurent leurs formes, à la suite des premières courses. Quiloa y est visitée en 1500, et la position de Madagascar est tracée, privée de ces détails qui ne furent perlustrées qu'en 1506, dès quelle fut baptisée du nom de S. Laurent. En un mot, tout ce qui est tracé et inscrit dans le vieux monde ne dépasse pas les connaissances de l'année 1501.

des Indes. On peut encore compter au nombre de cartes portugaises de celte époque , qui pearert remplir le vide de l'hydrographie , celle de India orientalis et celle de magni chan vel Tartaria, q» se trouvent dans Ptolémée édité chez Trechsel à Lyon 4533. — Voyez la note 324.

(500) Vespucci, très-instruit dans l'art de la navigation, savait dessiner les cartes comme ta* d'autres navigateurs. Burgensem antistitem (Fonsecam) h unis (indicae) naiiigationis confugium, adin (dit Anghiera). Inclusi uno cubteulo multos indices habuimus ad manus.... quas nautae ebartos vocant navigalorias : quarnm una a portugallensibus depicta erat, in qua, manum dicttur imposais* Americus Vesputius florentinus, vir in hac arte peritus. Anghera. dec. II, lib. X, p. 499.

HYDROGB. PORTUGAISE , 194. 445

Lorsque nous collation nons l'hydrographie pour le nouveau monde avec la carte de 1500 de Jean de la Cosa, nous remarquons la même situation des îles, la même forme de l'île Cuba ; les mêmes rivages de la terra noua ou terre firme ; la même absence des découvertes postérieures de Bastidas et de Colomb, faites au fond du golfe jusqu'à Panama. Mais l'amiral portugais, rapiéçant ces découvertes espagnoles, ne savait pas donner ce rapprochement des îles à la terre ferme, qui est exactement indiqua par de la Cosa. Au nord, l'hydrographie ignore les découvertes anglaises tracées par de la Cosa : mais il connaît la perlustration de Gaspar Cortereal, qui retourna de sa course le 8 octobre 1501. 11 connaît de plus l'île Riqua (Taraariqua) et la première reconnaissance de la Floride. Enfin il connaît la terre de Sainte Croix et toute la côte jusqu'à 40° austral parcourue par l'expédition portugaise de 1501, 1502, qui est le sujet du troisième voyage d'Amerigo Vcspucci. L'hydrographie a donc pu arriver en Lorraine avec la relation du troisième voyage et avec les quatre voyages expédiés de Lisbone par Benvenuti au duc Réuée en 1504. Livrée de suite à la gravure, elle fut coupée sur bois avant la mort du prince, laquelle eut lieu le 10 décembre 1508 (301).

194. En examinant cette carte (voyez n° H8 de notre atlas), nous la voyons dessinée suivant l'ancienne méthode nautique, sans longitudes et sans latitudes : mais elle est passée par la ligne équinoxiale et les deux tropiques, qui sont jetés tout au long à travers les roses des vents et indiquent que l'attention du dessinateur se portait plus ou moins sur la graduation possible, sur la projection cylindrique. Aussi, il est bon de remarquer que, conformément à l'habitude de Ptoléméc, la carte offre le sud en bas et le nord en haut.

Quant aux formes ptoléméennes, elles dominent dans l'intérieur de l'Asie, surtout au delà de l'Eufratc. La mer Caspienne et celle de Perse, la Scythie, le golfe de Gange et le Grand golfe, sont calqués sur les proportions graduées de Ptolémée. Dans l'intérieur de l'Afrique, toutes les montagnes, char des dieux, Bardite, Aranga, etc.; les fleuves Garama, Niger, Nil avec les sources sorties des monts de la lune, sont copiées de ptolémée. On voit que l'hydrographe portugais, dans l'ignorance de l'intérieur, préférait l'ancien grec au lieu de suivre les traces du caraaldolèse Mauro. Partout où la connaissance des pays ou des mers manquait à l'hydrographe, il adaptait les données de Ptolémée. Mais il avait le bon sens de ne pas admettre ces bévues surannées partout où il possédait des connaissances positives des marins exercés, ou récentes rapportées par des voyageurs modernes, et quand ils avaient les cartes suffisantes dressées par des cosmographes antérieurs.

(504) Il est pins que probable qne gravée en 1507, elle à été de suite mise en vente. Le savant bénédictin Tritteoheim (fils de Jean de lleidenbcrg), né 1462, mort le 16 décembre 1318, dit dans sa lettre du 42 août 1507, qu'il est trop pauvre comme abbé du couvent de S. Jacq de Wurtzhnrg, pour

qoantitate parva nuper Àrgcntiuae impressum , simnl et in mqgna dispositione globum terrae in piano expansum cum insulis et regionibus noviter ab Americo Vespuno hispano inventis in mari occidental*! , ac versos méridien , ad parailelum ferme dociraum (quadiagcshnum) (Joli. Tritbcwii saecnndre partis ebrooica insignia duo, Francof. 1601, p. 553).

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