‹ Géographie du moyen âgeChapitre 114 sur 135 · II · texte numérisé non relu

II

Examinons maintenant le reste de la carte. Les côtes perpendiculaires de la Syrie, septentrionales de l'Afrique, de toute la mer Méditerranée , extérieures de l'Europe , toutes sont conformes à la carte catalane et autres des cosmographes ; toutes, à l'exception du Danemark, qui affecte la forme ptolémeenne, étant prise avec la Skandinavie de la carte spéciale de ces régions, inventée comme complément de Ptolémée. Le cours de l'Eufrate, quoique tracé sous l'impulsion de Ptolémée, cède à la direction juste des côtes de Syrie. 11 faut admirer, je le répète, le bon sens des hydrographes portugais, de n'avoir pas renoncé à des connaissances positives pour se traîner à la remorque du décrépit Ptolémée. 11 faut absolument convenir, que la doctrine de Behaïm ne prévalut guère et n'a pas eu de retentissement parmi les Portugais. Celte carte, postérieure à la construction du globe , le dit positivement.

Le nouveau monde est dessiné en partie d'après les découvertes espagnoles, en général d'après les propres investigations des Portugais. L'Afrique entière appartient à eux seuls. L'Inde offre un mélange bizarre de leurs premières reconnaissances depuis qu'ils y ont pris le pied à Calcutta, et des narrations de Marco Polo et d'autres, appliquées aux tracés ptoléméens et complémentaires.

Le vénitien Mauro, composant sa mappemonde, il y a 40 ans, n'ayant sur la mer de l'Inde et sur l'orient entier que des données générales et tout-à-fait vagues, inventait les détours des côtes, les directions des fleuves, les contours et les situations respectives des pays et des lies nombreuses; tout, d'après les relations abondantes de Marco Polo. U inventa, il créa à cet effet un monde idéal, réprouvant les extravagances de Ptolémée qui s'accréditait. On peut dire la même chose de la carte catalane plus ancienne de cent vingt ans aux hydrographes qui nous préoccupent. Ptolémée n'était qu'un astrologue pour les Catalans. Les hydrographes portugais, enrichis par différents autres renseignements apportés de l'orient, distribuèrent les relations de Marco Polo sur des tracés de Ptolémée, suppléant, par l'adjonction de spacieux pays qui manquaient à la connaissance de Ptolémée pour entourer le coati nent oriental par les eaux de l'océan et par l'addition des îles qu'on savait être grandes, et dont on connaissait, par des relations multiples, les noms et les situations respectives. Il est probable, comme doos* l'avons observé , qu'ils étaient instruits ainsi par Toscauelli et Colomb*

Confrontant cette partie, comme elle est dressée sur la carte portugaise , avec ce qu'a dessiné Behaïm sur son globe, on voit l'identité évidente : on peut dire avec certitude, que l'ordre, l'organisation et les formes de cette partie, reproduites par les géographes postérieurs, furent enfin réglées et coordonnées en Portugal , et que Behaïm les apporta de ce dernier pays. La grandeur des îles, leur éloignement respectif et plus ou moins dispersé, étaient arbitraires, mais la suite et l'ordre convenu et déterminé jusqu'à ce que des reconnaissances et découvertes ultérieures rectifiassent l'incertitude ou l'inconnu, sont fixes et immuables sur les productions variées de Behaïm 1492, de l'hydrographie et de Ruysch 1507, de Sylvanus 1521, de Essler et Ubclin 1513, de Schoner 1520, de Bordone 1521 , de Villanovano 1535. Quant aux rivages asiatiques, qui avançaient vers l'orient en face de ce* îles, toutes les monstruosités de Ptolémée y furent bientôt rayées;!* reste vers le nord dirigea longtemps encore les géographes.

HYDROGR. PORTUGAISE, 19$. *47

195. La carte hydrographique demande encore quelques considérations sous le rapport de l'échelle. Elle est traversée par la ligne équinoxiale et les deux tropiques. Les éditeurs placèrent en outre sur son bord une échelle de latitude, mais très-négligemment et inexatement. La ligne équinoxiale et les tropiques déterminent mieux son échelle. C'est une carte plane, présumant une projection cylindrique, la rose tramontane ou septentrionale est placée au pôle arctique, ou sur la ligne du pôle, d'où jusqu'à l'équateur on obtient 00 degrés qui donnent les 23° aux tropiques. La latitude étant déterminée et fixée, nous avons cherché l'échelle ou le degré de longitude. Ptolémée, pour l'Inde au delà du Gange, étant le modèle copié, il est nécessaire d'admettre que Murfuli et Moabar, qui représentent sa Sinie, se trouvent à peu près à J80* des îles Fortunées ou Canaries, de l'île de Fer. Or, ce nombre de degrés se trouve sur l'hydrographie portugaise entre l'île de Fer et Murfuli, mais en degrés comptés sur la parallèle de Rhodes, c'est-àdire f/s moindre du degré du grand cercle : par conséquent la carte plane est déroulée sur la parallèle de Rhodes et l'extrémité du continent avance jusqu'à 220° et 250°. Le degré de la longitude, ainsi réduit, ne donne pour la longueur de la méditerranée que 4-6" tout au plus, ce qui est bien loin de la longueur-excessive de Ptolémée qui est de 62°. Encore faut-il remarquer que les 46* offrent un chiffre trop fort. La carte portugaise de l'Afrique, publiée par Ubelin 1513 (et reproduite dans l'atlas de Santarem), ne donne à la longueur de la méditerranée que 42°. Or le surplus de la carte générale de l'hydrographie vient de la grossièreté de l'ouvrage. Le couteau du graveur ou tailleur de bois dans son ouvrage grossier de moindre échelle a manqué à la dimension.

Mais si l'on voulait appliquer ce degré de la parallèle de Rhodes, ou du 36nM degré de la latitude, à l'ouest du méridien de Fer, on n'obtiendrait pas des résultats qui pourraient être facilement confirmés par d'autres caries. On trouverait de l'île de Fer, qui paraît être île du méridien jusqu'au delà de Cuba , 90°, tandis que la carte de de la Cosa de 1500, ne donne qu'une distance de 75 degrés du grand cercle, et les cartes qui parurent bientôt graduées, ne comptent ordinairement <jue 70\ Or, il doit y en avoir autant sur la carte hydrographique, et quand on compte sur cette carte à l'ouest du méridien de Fer les degrés du grand cercle, on y retrouve juste ces 70° indiqués par les cartes graduées (302).

Cette différence de l'échelle de la longitude est et ouest, résulte de la différence de bases sur lesquelles les parties étaient développées. La portion de l'ancien monde, assise sur la parallèle de la mer méditerranée, 55* et 56°, dérive de la combinaison de petites distances, par laquelle toute cette portion se forme en projection accidentelle, affectant le moins possible l'égalité et la proportion des dislances. Le reste du vieux monde emprunté de Ptolémée remplit les 180 degrés dans le même sens. C'est la composition antérieure aux grandes découvertes de nouvelles terres. — La seconde portion, celle de nouvelles découvertes, se trouve assise sur la ligue équinoxiale; ses grandes distances, produit

de

(302) Cependant Jean Ruyscli (dans l'édition romaine de Ptolémée en 1507, graduant cette partie i la carte, n'a pas hésité de placer le milieu de Cuba à 90° ouest du méridien de Fer.

448 GÉOGB. LATINE, 1470-1550.

de la navigation hautnrièrc, sont développées sur la projection plane du grand cercle. Ce n'est pas la latitude connue qui les fil grandir, mais la longitude inconnue et les espaces du développement. — À la suite de cette double projection réunie, toute l'Afrique méridionale, développée sur la projection plane du grand cercle, ne s'accorde pas avec le vieux monde. Celte projection fit dépasser les rivages de l'Afrique 10 degrés vers Test les proportions ptoléméennes ; défigurant l'Arabie et la mer rouge, où les navigateurs ne pénétraient pas encore, elle donnait à la mer rouge une longueur excessive et une inclination trop horizontalement couchée (305). Lorsque les navigateurs portugais, pénétraotdans la mer rouge, comprirent la pose de son bassin, alors pour éviter cette fausse déclivité, il devenait indispensable de laisser une exteusion monstrueuse à l'isthme de Suez (304).

La composition de la portion du vieux monde, laquelle, avant qu'on eût fait de grandes découvertes, avait réunie la mer méditerranée des cosmographes avec le quart de l'habitable de Ptolémée, décèle une trèsimportante et intéressante circonstance : c'est que les compositeurs de la réunion comprirent très-bien la longitude que la longueur de la méditerranée avait relativement à l'échelle des rivages de la carte entière et qu'elle devait conserver ses proportions : chose méconnue par les savants adeptes de Ptolémée.

Par la seconde portion , contenant les terres nouvelles, on voit que, sur de vastes mers, on a compris que la boussole et les rumbs développaient une projection plane. Les hydrographes portugais, avec tous les navigateurs qui avaient parcouru de vastes mers, portaient leur attention a la latitude géographique des lieux pour déterminer leur position relative à la ligne équinoxiaie. Cependant dans l'ensemble de la mappemonde, dans la réunion de deux portions hétérogènes par hasard mal coordonnées, les latitudes du vieux monde sont méconnues.

On ne pensait pas sérieusement à graduer la carte. La ligne équinoxiaie avec les tropiques sont tracées pour le nouveau monde sans égard au vieux. Le 50e degré d'Alexandrie y est plus au nord que le 56e de Gibraltar. L'obliquité de la méditerranée des cosmographes y est compromise (305). La carte du vieux monde, avant d'être graduée, demandait de grandes rectifications, une réforme, car la construction de de l'ancien monde n'était pas applicable à la projection plane, qui se déroulait sur de grands espaces, orientés par le pôle et déterminés par son élévation.

Jean Ruyshi, 1507.

196. Dans la même année que la carte strasbourgeoise fut taillée en bois, parût à Rome 1507, 1508 (chez le vénitien Bernardin de Yitalibus), une édition de Ptolémée accompagnée d'une mappemonde de

(503) lia même déclivité horizontale de la mer rouge , conserve l'atlas espagnol de 1375. Ses carte* spéciales lui donnent une longueur presque égale à celle de la méditerranée.

(304) Voyez la carte de l'Afrique de 4527, et de 433» de Ribero, n* 147 de notre atlas.

(505) L'application de climats à une carte nautique par d'Ailly, décelait en 4410 cette obliqniU. La graduation de la mer méditerranée de l'atlas de Sanuto 4324, de la carte catalane 4578, decetfe de Mauro 4459, constatait cette inclination. Nous le voyons en 4504, fichée dans les vastes découverte* du nouveau monde. Nous la verrons rectifiée daus les cartes de 4527, 1529.

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