JEAN RUYSCH
l'allemand Jean Ruïscii, gravée sur cuivre (voyez n° 119 de notre allas) (506).
Jean Ruysch développé, pour sa table universelle, la projection conique sur tous les 560 degrés de longitude, et jusqu'à 45° de la latitude australe :. de cette façon il déroule toutes les nouvelles découvertes graduées. Terra sancta crucis sive mundus nonus, ne diffère en rien de ce qu'on voit dans l'hydrographie portugaise. On y lit en bas : naule Lusitani partent hanc terre hujus observerunt et usque ad elevationem poli antarclici 50 graduum pervenerunt , nondum lamen ad ejus fincm austrinum. Cependant les épigraphes des côtes, n'avancent que jusqu'au 40e degré, comme dans l'hydrographie. Tabula terne novae de cette hydrographie, reproduite en 1515, 1520, 1522, 1555,. offre une singulière erreur dans l'épigraphe de abbatia omnium sanctorum, au lieu de bahia , baya , baie. Cette erreur figure dans les quatre voyages édités par Uacomil. On croirait que cette erreur est inventée par l'éditeur llacamilus, qui probablement coopéra dans la publication de la hydrographie. Mais la carie de Ruysch, attachée à l'édition romaine de 1508 de Ptolémée, à laquelle est jointe, nova orbis descriptio de Benvenuti, présente la même erreur : or, elle a sa source dans la traduction latine de Giocondo, qu'en 1501 Benvenuti expédia de Lisbone en Lorraine et que lui-même apporta en Italie.
Au nord de ce nouveau inonde Ruysch est différent de l'hydrographie portugaise. Il ignore beaucoup plus les découvertes espagnoles. De l'ouest il couvre le continent de Cuba par une bande , dont l'inscription : hue usque naves Ferdinandi régis hispanniœ pervenerunt,. annonce l'inconnu ultérieure jusqu'à la Chine et l'Inde , où l'on espérait encore arriver direclemenl. ,11 n'ose pas indiquer la place pour Sipangu (Japon), parce qu'il présume que celle île est la Spaniola; il ne connaît pas l'étendue de Cuba, qui pouvait être une portion du conlinant de Cataï, comme le prétendait Christophe Colomb (307).
(306) Elle a été quelque part reproduite, mais je ne me rappelle pas dans quel ouvrage ; elle m'est connue, quoique- je n ai jamais vu les éditions romaines de Ptolémée. — On trouve ses fragments reproduites dans plusieurs ouvrages. L'Afrique dans celui de San ta rem , de la priorité portugaise dans les découvertes; le nouveau monde, dans ceux de Ramon de la Sagra, historia de la isla de Cuba,. Paris , 1842, fol. et de Huraboldt, examen de l'histoire de la géographie du nouveau monde t. V. — Nous donnons cette (carte toute entière réduite à s/s de l'échelle. Dans l'original les inscriptions sont en majuscules ou lettres capitales.
(30?) Christophe Colombe était un homme extraordinaire : avanturenx et studieux, intrépide et très-instruit, inaltérable dans ses adversités et d'une activité extrême, il exécuta ses projets, vit un nouvel ordre de choses et n'a jamais su se délivrer des idées étroites et de la routine du siècle. Le génie de ce grand homme n'a pu sortir des ornières tracées par la pratique, imposées par ses propres
1>réveations. Sa piété monastique pouvait édifier, si elle ne lésait tort à 1 humanité, voulant accomplir a prophétie d'Isaï (inscrite dans la carte catalane) avant la fin du monde qui se rapprochait trop
par .
il s'imagina de retrouver le paradis terrestre indique parles pères de l'église au fond de l'uiient qu'il allait traverser eu partant de l'ouost. Il entreprit sa première expédition, pour découvrir le chemin qui faciliterait la pcrlustration de l'orient par l'ouest. Rencontraut les terres, il salua le vieux monde qui produit les épiceries, où règne le grand khan. Il fit jurer tout son équipage, que le rivage de Cuba est le rivage d'un continent Son pilote Jean de la Cosa , dessinait en 1500 la forme insulaire de Cuba, et Colomb s'obstinait à chercher la prolongation de son rivage continental jusqu'à Panama et Terra firma. H n'a jaimis voulu admettre l'existence d'un nouveau monde, heureux de continuer la reconnaissance du rivage des pays des épices et du grand khan. De retour de son dernier voyage il se berçait de l'espoir que bientôt une ambassade espagnole partirait pour se rendre auprès du graad khan parle chemin.de sa. découverte, et qu'un piéton , parti de Madrid, saurait à pied' sec parcourir le vieux monde jusqu'aux rivages qu'il avait si heureusement reconnus.
Cependant il réunit en un seul continent Cataï , ses parties septentrionales, Lop et Bergi , Groenland et la Terre-Neuve, visitée partes Portugais Cabot et Cortereal , ignorant les découvertes anglaises, détaillées dans la carte de de la Cosa. On voit que les nouvelles découvertes ne se communiquaient pas également aux cartographes; ce qu'avait appris l'un d'entre eux, ignorait l'autre, et d'après leurs connaissances insuffisantes ils hâtaient de former les hypothèses sur de bases peu solides.
La carte portugaise hydrographique n'invente sur ce point aucune hypothèse : elle y signale sur les vastes mers : regalis domus et terra laboratoris, appellations inconnues à Ruysch. (Celte indication solitaire sur le vaste océan, est reproduite par Sylvanus 4514, par Schoner 4520, etc.) Terra Corterealis, de Cortereal, est traduite en corte real, cour du roi , domus regalis.
En suivant les rivages du Cataï , on voit que Ruvsch donnait aux extrémités orientales de l'Asie et du Cataï la même forme et la même situation sur l'antre hémisphère, qu'ils ont sur le globe de Behaûn, dans l'hydrographie, chez Sylvanus, Bordone, Schoner; la même position des grandes lies extraites de la relation de Polo, et il réprouve par une légende le bassin de la mer indienne fermée : Indicum ftoepetoj* quod omne cum suis sinibus unde claudi a terra Ptolemeus relulit, partent oceani esse, lusitanorum navigaliones ostenderunt hoc tempore.
Dans la configuration de trois péninsules indiennes il diffère beaucoup de Behaîm et de l'hydrographie portugaise. Son India intra Gmgem est portugaise : mais India extra Gangem ne dépasse chez loi autant la ligne équinoxiale que chez les autres; quoique Malagaaet Soumatra descendent beaucoup plus au sud. Sinus magnus de Ptolémée , est chez lui porté au delà de la ligne et réduit à une proportion très-raccourcie. Il avait donc des motifs assez puissants pour contredire Ptolémée sur tous les rivages de l'Inde et de sa mer.
Au reste, le vieux monde est de la construction de Ptolémée. Il parait que Ruysch , dans cette construction même , admettait quelques rectifications spéciales : son Ecosse et les rivages africains de la méditerranée donnent un spécimen frappant de sa déviation du modèle grec Mais l'ensemble de l'édifice est ptoléméen. Ses longitudes donnent à la mer méditerranée une longueur de 62 degrés. Ruysch se distingue par de conceptions qui savaient apprécier les nouvelles découvertes et les connaissances des cartographes antérieurs qu'avait engendré le moyen âge : mais il est de l'école allemande, qui entreprit de soumettre à Ptolémée toutes les compositions géographiques (sos).
Ptolémée aux prises avec la méthode nautique, 1470-1550.
197. Depuis que l'invasion de Ptolémée s'était déclarée dans la géographie du moyen âge, deux modes de construction de cartes se sont trouvés face à face opposés. L'un nouveau de la renaissance des lettres,
(508) Le pôle, les quatre fies et les écueils arctiques de Ruysch sont autrement figurés par Gérari Mercator qui admet que l'oceanus 19 ostiis in ter bas (quatuor) insalas irrumpens 4 euripos fteit quibus indesinenter sub septentrionem fertur, atque ibi in viscera terra absorbetur. Râpes <jua snl> polo est ambitus circiter 35 leucarum babet. D'une de ces îles qui est vis-à-vis de Bargu , le pôle est visible d'après Marco Polo; celle qui touche au Groenland est occupée parles Pygmées qu'on appelle Screlingers; sa voisine à l'ouest optima est et saluberrima totius septentrionis/
sylvanus, m. # 151
ressuscitant la géographie décrépite greeo-romaine; l'antre ayant son existence depuis plusieurs siècles, encore jeune, plein de vigueur, enrichi d'innombrables connaissances. Le premier soutenu par la crédulité des savants théoriciens et philologues; l'autre par la plus intime conscience des hydrographes et marins expérimentés. Ces modes marchent un certain temps séparément, ensuite se heurtent et s'embrouillent réciproquement, parce que dans la lutte de préférence qui s'était engagée, on voulait tirer les avantages du parti adverse, on inventait des concessions. On comprend bien que l'ancien monde était Tunique terrain de la lutte. Les plus beaux résultats de la géographie du moyen âge y sont menacés. A la un, après la résistance prolougée il» cèdent à la prévention irréfléchie, obstinément, entêtée.
Les marins, pilotes, hydrographes, cosmographes, ne discontinuaient point de dessiner les cartes, tant spéciales que générales, suivant leur méthode (509). Les seuls éditeurs de Ptolémée, publièrent leurs cartes en taillant en bois ou gravant sur cuivre. Us copièrent d'abord celles d'Agathodaïmon ou de Ptolémée latinisées, et quelques-uns d'entre eux y enjoignaient les cartes modernes des cosmographes du moyen âge , cartes hydrographiques , portulans , chorographiques. S'il avaient de la besogne à rectifier les premières, ils n'avaient qu'à copier strictement et exactement les autres, car ils les détérioraient quand ils essayaient de les perfectionner. Ceux d'entre eux, qui connaissaient le mérite des cartes des cosmographes de leur époque, regrettaient qu'elles fussent privées de toutes les décorations théoriques, qu'elles n'étaient point graduées; ils étaient peines de reparquer leur différence constante avec les formes ptoléméennes et leur désaccord : ils méditaient d'y porter remède. Les autres condamnaient ces cartes, substituant leurs propres contrefaçons de Ptolémée. Editant les caries gravées en bois ou en cuivre , suivant leur manière de voir , ils se constituèrent juges suprêmes de la question et statuèrent de l'avenir de la géographie. De ce nombre sont les cartes de Schedel , de Munster, et des autres publiées à Venise, répandues sous différents titres, et les caries des éditions de Ptolémée de 1482, i486, 1507, 4508, 1511, 1513, 1520, 1535.
Nous avons déjà examiné les produits de Nicolas Donis 1482, 1486, et de Martin Behaïm 1492, 1605 ; nous allons suivre la marche des antres.
198. Bernard Sylvanus, d'Eboli (dans le napolitain), plus géographe que philologue, édita en 1511 la géographie de Ptolémée d'une manière toute singulière (310). Il n'a pas voulu déroger à son litre de géographie et ne Ta pas qualifié de cosmographie comme les autres : mais sous
(309) Les anconitains Benincasaet Freduce,Rosselti,Andaluse, Saackezde Huelba , Cassadilla , tes Colomb; carte messine 4 51 4, Jtjan de la Cosa, biscaïen, André de Morales trianain, Diego Ribero 1539, Jacq de Vaulx dieppois, etc., etc., sans nombre. En Espagne encore vers la tin du xvi* siècle, comme je vois par l'atlas de 4673; de même ailleurs comme on voit parles publications hollandaises à partir de Tannée 4584.
(340) Claudii Plholoroaei alexandrini liber geograpliiae, eu m tabulis et universali figura et un» additione locorum quae a recentioribus reperta sunt, diligenti euro emendatus et impressus, 1514, Vonetiis, per Jacobum Pentium de Leucho. — Ces loci quae a recentioribus reperta sunt, c'est-àdire, au sud l'Afrique; à l'est les relations de Marco Polo; à l'ouest, terra crucis, les îles- du nouveau monde et terra Laboratoris : sont figurées sur la première carte , mappemonde de Ptolémée. A cet effet U a donné un développement de 480° de la longueur de l'habitable, de 70* tant à l'est qu'à l'ouest : ainsi qu'elle l'éttnd sur 320° de. longueur. IVoyez n° 4*0 de notre atlas).
Jj>2 GÉOGR. LATINE, Î470-1550.
le titre de Ptolemée, il inventa on ouvrage remarquable, mutile et sans suites. Considérant , dit-il , les positions et les distances de la description de Ptolemée, j'étais étonné du peu d'accord des tables de cet exact géographe, avec les tables récentes des navigateurs; j'étais d'autant plus étonné parce que je savais que Ptolemée écrivit aussi basé sur les données des navigateurs. J'ai réuni de toutes parts les exemplaires grées et latins. Je trouvais dans tous la plus grande variété de chiffres qui désignent les positions des lieux. L'ayant remarqué , j'examinai avec plus d'attention les paroles, de Ptolemée, qui contrariaient plusieurs chiffres; je reconnus que presque toutes ces paroles répondaient à nos navigateurs et les chiffres nullement. Voyant tout ça je confrontai les paroles de Ptolemée avec les navigateurs, et corrigeai les chiffres (su).
Sylvanus. motivé par ces réflexions, convaincu de la bonne connais sauce des navigateurs de son temps, enthousiaste de Ptolemée, ayant toute confiance dans son grand et incontestable savoir : ne pouvait admettre qu'il serait lui-même auteur de toutes ces aberrations et difformités, qu'on voyait sur les cartes d'Agalhodaimoo , de copistes et éditeurs récents, dressées sur les tables des longitudes et latitudes. Voulant retrouver et rétablir l'idée de l'ancien géographe, dont il s'imaginait la conformité, nécessaire avec les bonnes et incontestables connaissances nautiques, il négligea les variantes nombreuses des chiffres, et sans se gêner, inventa arbitrairement et substitua les autres, autant que ces chiffres de son invention pouvaient s'adapter aux formes nautiques, sans diminuer ni déranger la longitude générale du géographe comme elle était totale de 180% et de 6:1* pour la mer méditerranée (voyez n* 120 de notre allas).
Or, ce n'est pas un Ptolemée exact et correct, mais corrigé, ingénieusement refondu et modernisé, costumé en pilote ou cosniograpfae moderne. La nomenclature reste intacte, mais toutes les positions» déplacent, cèdent à un autre ordre dans chaque pays, sans que la longueur de la longitude établie dans la géographie de Ptolemée soit diminuée. Tous les pays reçurent par cette opération, les formes, les proportions rapprochées aux connaissances supérieures de la géographie nautique : tous les pays du moins qui furent à la portée de ces connaissances. La vue et l'examen de ces cartes, leur confrontation avec les cartes agalhodaïmonicnnes ou ptoléméennes , et avec les caries nautiques, font mieux comprendre cette transformation fantastique sur tous les poinls. Voir l'Albion, la Gaule, l'Italie et la mer adriatique, la mer syrienne et la Syrie , les cotes de l'Afrique septentrionales et occidentales. La pose horizontale de Kalcdonia, se redresse en altitude d'Ecosse; la déclivité de Syrie devient perpendiculaire; Karlhage et Tunis montent vers le nord et par leur courbe font remonter Palerrae et le museau occidental de Sicile; les rivages perpendiculaires de l'atlantique,
(311). Ego cum Ptholemaeum , in ter alios geographiac scriptores diligentissimnm et sitns et distantias locorum scripsisse cooficerem , admira bar profecto, cur iHius tabulae paacis ad modnm in rébus, cum ooslri temporis navigationibiis consentirent; eoque ftngisadmirahar quod Ptbolemaei» quoque, navigatiouis cumprimis ioiùxuin, ea quae snipserit, scripsisse arbitrabar. Cumqua divers et graeca et latina exemplaria uudiqiie couquirerim , iu omuihus, maximain in numeris, quitow locorum signanlur intervalla variclalcm invcni. Quod cum an imad ver tissent, coepi diligvutuB ipa Plliolemaei verba examiuare. Cumquc, plertsqne in locis, uumeri verbis ipsis repngnarenl, eogW'» navigationibus, prope omuia respoudere, numéros dissentire. Quae cum vidissem, Plboknaei «A» cum navigationibus ipsis coulerons, numéros correxi (Bcruli. Silvunus. praefatio).
SYLVANUS, 10*. 153
s'élancent convenablement vers le nouveau monde. Partout où il possédait des données de cartes nautiques ii se conforma à ce bon modèle. Cette composition singulière, baptisée du nom de Ptolétnée, considérée sous un autre point de vue, offre une image des caries nautiques tendues en bande, couvertes de la nomenclature ancienne et mises sous le cannevas de longitudes et latitudes ptoléméennes. Le monde nouveau enfermé dans une vieille cage (s 12).
Sylvanus rend compte de certaines opérations et ses argumentations sur chacune sont les suivants. Ptolémée dit positivement qu'à partir de la base méridionale la Bretagne n'a que deux côtés occidental et oriental, ce qui est avéré par les navigations modernes; or, toute la flexion de l'Ecosse de la rivière Vedra jusqu'au promontoire Vervedron , qui tourne le rivage oriental en un rivage méridional , est contraire à son opinion et le fruit de l'erreur des chiffres qu'il faut corriger. Examinant bien la description de la situation des peuples au nord de Ligeris, il est absolument nécessaire de reconnaître, dit-il, que Ptolémée assigne à l'embouchure de Ligeris une position de trois degrés plus méridionale que ne l'indique le nombre de sa table; et la situation des peuples au sud de ce fleuve force à faire descendre les Pyrénées, par conséquent tonte l'Espagne, encore plus au midi. De sorte que toute l'Espagne et le détroit d'Hercule et la Tingitane descendent quatre degrés au sud des chiffres donnés par les tables de longitudes et de latitudes. Cela n'est pas contraire aux paroles de Ptolémée et serait sans doute son opinion, parce que les navigations récentes l'approuvent et la couleur basanée des habitants de la Belique confirme leur position pi us méridionale (3 15). Les Pyrénées reçoivent par ce changement leur direction de l'ouest à l'est, et les rivages de la Mauritanie césarienne, leur inclination qui monte vers le nord. Cette descente de Calpe de 36° 15r à 34° 45 de latitude, et de toute l'Espagne de quatre degrés, résulte de la graduation rectiligne de la carte nautique, viciée par l'orientation de la boussole.
Sylvanus remarque le désaccord des chiffres de plusieurs positions de la Corse avec la description de Ptolémée de leur situation (3 14). Il s'efforce de retrouver dans la description ptoléméenue de la Sicile, sa
(312) Raidel trouve les légendes des cartes de Sylvanus illisibles. Locorum nomiua, minntiori charactere indicantnr, maie interrium divisa, adeo ut vix legi possint (comment. VU, 5, p. 55). Je ne sais pas pourquoi ? — Les cartes de l'édition de Donis 4482 , i486, sont coupées et taillées en bois, avec grand soin et très-claires; les cartes de l'édition d'Ubelin 4512, 4520, sont aussi coupées et taillées en bois , mais grossièrement , et les lettres y sont embrouillées, difficiles à distinguer, souvent endommagées par le tranchant ou inachevées. — Les cartes de l'édition de Sylvauus 4544, sont exécutées de toute autre façon. Elles sont taillées eteoupées en bois, bien mieux que celles d'Ubelin , mais leur bois est privé de toute inscription. Les inscriptions sont imprimées avec des lettres typographiques à double coup, rouges et noires, par conséquent claires et lisibles. — La carte de Lorraine de 4543, est coloriée par l'impression à plusieurs coups : les contours des montagnes et la f>lupart des inscriptions sont noires; les signes dos villes et quelques épigraphes rouges; les arbres, es montagnes et les rivières, vert jaunâtre. De même les armoiries qui encadrent cette carte de la chorographie plus spéciale sont coloriées.
(34 3) Hoc licet alioruin numeris contranum sit, nulla tamen exparte Ptholcmaei verbis adversatur : iromo vero liane ipsius sententiam esse facile credimus : quia ex nauigationibus ita se sehabere, compertum liabcnus.
(344) Gorsicam insulam describentes alii Fesiram cinitajem , Pitaui fluuii hortia et Narianum promontorinm, in meridionali latere locauere, cum tamen a Ptholemaeo in occidental i esse dicantnr. — Svracusanum etiam portnm, Rubram ciuitatem , Alistam ciuitatera, Granianuro promontorium, ac philonii port u m ad orientale latus transtulere : cum tamen in meridionali iux ta Ptholcmaei verborum sententiam esse debeant.
154 GÉOGlt. LATINE, 1470-1550.
position, déterminée par les navigations des marins (sis). Il s'étonne comment on a pu défigurer l'Italie et tourner vers Test ses rivages entre le mont Gargan et Hydrunt, lorsque Plolémée dit positivement que l'Italie , au septentrion , à partir du fleuve Tilavempt jusqu'à Gargan et Hydrunt est baignée par l'Adriatique (sis). II justifie encore les muta* tions des chiffres dans les positions de l'Afrique par l'observation que la terre inconnue , d'après l'expression de Ptolémée, n'est pas au delà da golfe éthiopique, mais l'entoure (sn); que la position d'Alexandrie par 51* 50' de latitude est fausse et contraire à l'opinion de Ptolémée, parce qu'Alexandrie avec les rivages de la Libye, doit garder son climat, et la parallèle de celui-ci se trouve par conséquent par 50° 40* de latitude, ce qui répond justement à l'expérience des navigateurs (31 s).
Motivé par tant de raisons, il se voit autorisé à opérer le déplacement de tous les rivages et des positions de l'intérieur des cartes de Ptolémée dans les îles britanniques, dans la Corse, dans la Sicile, et dans les autres, l'Espagne y comprise; et en commençant du fleuve Rhin, dans toute la partie septentrionale jusqu'à l'embouchure du Danube; ensuite à partir de l'embouchure de Fasis , dans toutes les côtes orientales, méridionales et océaniques jusqu'à l'hippodrome éthiopien. L'intérieure de la Libye , le cours du Danube et tout le nord restent intacts.
Le produit de celte opération fournit pour toute la partie réformée de l'Europe et de la mer méditerranée une bigarrure de vice au trait de belles apparences de la cartographie nautique. La composition de Ptolémée avait quelque mérite par rapport aux latitudes : elles furent viciées par l'orientation de la boussole marine. Les compositions des marins excellaient dans l'ensemble par les proportions de l'étendue entière, par la largeur et la longueur convenables : elles furent viciées et ruinées de fond en comble par l'exorbitante longitude.
Afin de mettre en évidence cette opération géographique et le produit qu'elle engendra , nous extrayons une quarantaine de positions de Ptolémée et nous les collationnons avec les changements inventés et substitués par Sylvanus :
Ptolémée. Sylvanus.
longit. latit. iongit. lattl.
pr. Tarued. Orcas. 31»20# 60*15' 15°20' 61°55'
p. Vervedrum. 51 20 59 40 16 30 61 45
Rheniost. 280540 25 0530
Parissii. 23 30 48 30 20 15 48 20
Olisippo. 5 10 40 15 4 0 35 10
(315) Per omnialatinaexemplariaseptentrionalislateris.... legitur occidentalis... quae lectio facile falsa esse deprehenditur.... neque occidentale latus appelkwdum est... cum nieridionali recle apponatur.
(346] Quod magis admiror, est, quod littas omne quod a Gargano monte Hydramtem usa* extenditur, oriental i exposuerunt, cum tamen ad septentrionem vergat, quod ex nauigationibus habetur, ac ectiam ex Ptholemaei vérins comprebatur, dicentis I ltaliam a septentrione praeteralMt littore adrialici sinus a Tilavempti fluuio ad Gargan um moutem et Hydruntem terminait.
{317) Dicitenim Ptholemaeus, terram incognitam cingere , id est complecti et coninere sioum aethiopicum, non ultra ipsum produci.
(318) Alexandriam etiam, qui ante nos tabulas descripserc, gradibus uno ac serais supra trigiata ab acquinoctiali circulo distantem locauere : parallelum vero per Alexandriam gradibus triginta can tercia tamen... signaverunt... In omuibus eniiri id observari débet, ut ea loca a qnibus paraueli denominationem sument ab eisdem intersecentur... Nos itaque ad ipsum eius parallelum Alexaodrum omnemque maris aegyptiaci littus contraximus, quod, non modo Ptholemaei sententia codsobqb esse, sed nostri etiam temporis nauigationibus , omni ex parte respondere compertum hafeeaus.
SYLVANUS,
PTOLÉMiE.
Sylvanus.
longit.
latit.
longit.
latit.
Toletum.
Corduba.
Ispalis.
Gadira.
m. Calpe.
Veneris templum.
Massilia.
Genua.
Pisa.
Roma,
Begium.
Hydra.
m. Garganus.
Ancona.
Tilavempti ost.
Mediolanura.
pr. Pelori Siciliae.
Paoormus.
pr. Lilybeum.
Messana.
Lissus.
pr. Tenaria.
Thessalonica.
Byzanlion.
Sacrum Danubii ost.
Rhodus.
Phasis ost.
Trapezus.
Smyrna.
Alexandria Syriae.
Beritus.
Ptolemais.
Ascalon.
Alexandria JSgypti.
Bérénice.
Tripolis.
Meninx lotophagorum.
Carthago.
Bagradae ost
loi eaesarea.
Malvae ost.
Tingis.
L'Asie en général, jusqu'à 180° de longitude, reste intacte faute de renseignements nautiques. Sylvanus savait cependant avec tout le monde que les Portugais s'étaient rendus à Calicuth et avaient fait des reconnaissances dans l'Inde. Les distances de la première navigation portaient la position de Calicuth sur le littoral de Garmania , à 1 ouest de l'Indus. L'espagnol Jean de la Cosa en 1500, lui donnait cette position sans toucher au littoral de Garmania. Les Portugais, mieux avisés, appliquaient dans la composition de Ptolémée toute la péninsule de l'Inde, avec Calicuth, aux rivages de l'Inde, étendus à Test de l'Indus,
156 GéOGR. LATINS, 1470-1530.
comme on le voit par les caries portugaises de 1501, 1507, 1508 (1515), d'Ubelin et de Ruysch. Sylva nus ne I ignorait point, parce qu'il appréciait le savoir de son ami Jean Cotta et blâmait l'ignorance du moine Marc Beneveutns, éditeurs en 1507, de Ptolémée et de h carte de Ruysch (319). Sylvanus préféra de se conformer à une conjecture conçue au hasard, et a eu l'audace (comme il le dit lui-même), d'inventer pour remplacement de Calicuth, contrairement aux chiffres et la descriptioa de Plolémée, une péninsule carmanique. Mais Strabon, dit-il, et Arrien parlent d'une extension de la Carmanie vers le sud ; les Portugais, excellents navigateurs, sont tout récemment parvenus jusqu'à Caroiaoie et y ont fait la découverte du fameux Calicuth; et Ptolémée, dans son premier livre, recommande de suivre plutôt les plus récents : or, Sylvanus en est sûr, que, si Ptolémée avait pu connaître l'invention, il lui eût donné indubitablement son assentiment (320) (n°12l de notre atlas.)
Singulière destinée de la Carmanie, un continent presque désert, situé presque dans l'intérieur de l'Asie , métamorphosé en Inde, en une péninsule fertile et peuplée» se rapprochant à l'équaicur. Cette bizarre conception eut ses conséquences. Sylvanus, s'il n'était lui seul auteur de celte création, il était suivi par quelques autres géographes (Benedetto Bordone en 1521, 1531), et cette opinion ou confusion de l'Inde avec la Carmania consolida les suppositions de l'identité de l'antique Tabrobana avec Sonmatra ; contribua à l'incertitude et à la confusion d'idées relativement à l'emplacement de l'Indus et du Gange; incertitude qui fatiguait longtemps la cartographie.
Toute la composition de Bernard Sylvanus pourrait être considérée comme un jeu d'esprit qui n'aboutit à rien. Cependant dans ces évolutions de la géographie, que nous examinons, nous y voyons cette agitation de l'esprit qui cherchait à amalgamer les éléments hétérogènes et discordants; nous voyons dans l'idée de Sylvanus le précurseur de ce qui va arriver et s'accomplir dans une centaine d'années, lorsque le monde encagé dans de faux méridiens, commencera à recouvrer ses formes. Substituez sur les cartes de Sylvanus, à la nomenclature ancienne, celle de son époque et vous aurez les cartes qui circulaient à foison un siècle plus tard. Cependant les cartes composées par Sylvanus sous le nom de Ptolémée, sont souvent, au premier coup d'œil, supérieures ù ces autres. Elles sont admirables, d'une forme séduisante et plus proportionnée, plus harmonieuse que les constructions de ce genre de géographes postérieures. Car Sylvanus était plus hardi, il puisait à la source encore limpide des caries nautiques et îl prétendit faire de Ptolémée un géographe parfait (324).
(310) Sed primas et septimus liber, sont Ioannis CotUe, nortui Viterbae.
(520) Hanc (tabulant Carmaniae), temerario quodam ausu nostro, licet numeris aduersetur, nequfi Ptholemaei etiam verbis respondeat , quam tamen veritati consonarc certo scimas ita describendam, satius fore duximus.... li (Strabo, Arrianus Nearcbi nauigationem narrans et La si Uni) referont illam Carmaniae partent quae ad austrum tendit , sic productam esse,... quod etsi Ptholemaei commentariis adversari crediderim, eum libro primo, ipse etiam dicat, recentioribns semper magi'credendum fore, ld ergo temerario quodam ausu nostro egimus, eut Pthofcomaeus etiam, si nosaudiret, assensurum finisse non dubitamtts.
Dans sa construction de la péninsule carmanique (de l'Inde) il entremêla à l'antique nomenclature certain nombre de positions nouvellement visitées par les navigateurs portugais. Nous la donnons dans notre allas n* 4SI, il suffit de la confronter avec la Carmanie de Ptolémée pour comprendre son déplacement et la mixture des positions.
(321) Voyez Zurla, sulle antiebe mappe idro geographiebe, cliap. 28.
UBELIN, ESSLER 199. 457
199. Jacq Essler et George Ubelin, éditant, eh 1315, la géographie des anciennes traditions de Ptolémée, y joignirent comme supplément, vingt cartes nouvelles, dont il y à 10 spéciales, parliculares , de l'Europe (y inclus celle de l'océan occidental ou de la terre neuve) : deux de l'Afrique; trois de l'Asie; quatre de la chorographie plus spéciale, quatuor denique chorographicœ particulariores ; et une carte générale suivant les traditions des hydrographes : hydrographia Hue eharta marina, conlinens lypum orbis universalem,iuxlahydrographorum traditionemfaz). C'est une des plus intéressantes éditions, parce qu'elle nous a conservé quantité de cartes du moyen âge, de temps précédents, tant nautiques que continentales de différents pays (325).
Les vingt cartes nouvelles, moderniorum , se classent en différentes catégories; 1° Les quatre de la chorographie plus spéciale, savoir : la Lorraine, la province du Rhin, provincia Rheni, ou les environs de Strasbourg, la Suisse et la Crète , sont sans aucun doute d'une composition très-récente. — 2° Les cartes portugaises ou de la péninsule pyrénéenne, au nombre de sept, savoir : hydrographie générale, océan occidental ou terre nouvelle, deux portions de l'Afrique, les Indes orientales, l'Espagne et les îles britanniques. Leur composition n'est pas trop ancienne , parce que les cinq premières représentent les nouvelles découvertes (324); sur la carte d'Espagne, sont nommément dessinés : les Azores, Pico Fayal , îles colonisées en 44-66 et reconnues depuis peu ; or, cette carte est retouchée : mais elle existe telle qu'elle était en 1481, car elle se trouve dans le code de Ptolémée de cette année, conservé dans la bibliothèque de Bourgogne à Bruxelles (voyez n° 125 de notre atlas); quant à la carte des îles britanniques (n° 125 de l'atlas) elle est conforme avec la figure de ces îles de la carte catalane de 1577 (325).
5° Les cartes des cosmographes antérieurs sont d'une composition plus ou moins ancienne. Elles sont au nombre de sept. De ce nombre la carte de la Palestine s'isole , sa composition remonte au xive et au
(322) Claudii Ptoleroei viri alexandrin), mathematicae disciplinae philosophi doctissimi, geogra-
rihiae opns nonissima traductione e graecorum archetypis, castigatissime pressum; caeteris ante ttcnbratorum multo prestantius : pro prima parte continens : 4, Cl. Ptolemaei geographiam per octo libros partitam; 2, una cum collatione dictionum graerarum c regione ad latinas certissiraa graduum calculatioue : 3, registrationem item nouam regiouum, prael'ecturarum. citiitatum, fluminum, marium, lacuum, portuum, silvorura, oppidorum, \illarum ac gentium ad ordiuem chartarum et columnarum singula certissimo monstrans indice ; 4 quam brevis et doctissima Gregorii Lilij subsequiturinstructio, de graecorum numerali supputatione, in traductione graeca, res scitu aurea; 5, tabularum deinde auctoris viginti septem, ordo hic est : générale orbis iuxta descriptionem Ptbolemaei , una ; Europae tabulae , decem ; Aphricae tabnlae , quatuor ; Asiae tabulae , duodecim ; est et una corporis spherici in piano iuxta huera 7 li. — pars secunda moderniorum luslrationum viginti tabulis, veluli supplementum quoddam antiquitatis obsoletae, suo loco , quae vel abstrusa, vel erronea videbantur resolutissime pandit : adnexoad flnem tracta tu, sicuti lectu incundissimo ita et utilissimo, de variis moribus et ritibus gentium ; eoruodemque ac localium nominum originibus ; — anno Christi opt. max. 1513, martii 12 pressus hic Ptolemaeus, Argentinac, vigilantissima castigatione, induslriaque Joannis Schotti , urbis in ligenae, in-folio.
(323) Les mêmes cartes se trouvent reproduites dans l'édition de 1820.
(324) L'essence de ces cinq cartes se trouve dans la copie de l'hydrographie générale ou carte marine, réduite de 30 à 21 de l'échelle (n° 118 de notre atlas). Pour l'enrichir, nous avons mis à contribution les quatre autres comme nous l'avons dit ci-dessus, dans la note 299. — De deux cartes portugaises de l'Afrique, Santarem, pour ses priorités des découvertes, n'a copié qu'une seule, cependant c était le seul monument portugais dans sa publication, et il méritait d'être reproduit en entier.
(325) Dans notre copte la réduction de l'Espagne est en proportion de 200 (du code bruxellois) à 33, et la réduction des îles britanniques (de la publication d'Ubelin), comme 50 à 11. — La diminution de l'Espagne est trop forte pour avoir toutes les inscriptions de l'original. Nous n'avons pas négligé de confronter les dénominations de nos deux modèles.
xnie siècle, parce qu'elle est conforme avec la Palestine de Marino Sanuto. Les six autres, savoir : F Asie mineure, la Grèce, l'Italie, ta France, l'Allemagne et la carte de Sarmatie, c'est-à-dire de Pologne, de Hongrie et de Russie, sont élaborées sur les mêmes bases, se rattachent réciproquement, s'enchaînent et forment un ensemble (voyez n° 101, 102 de notre atlas), auquel ne s'adaptent ni les fies britanniques, ni l'Espagne de la catégorie précédente, ni la Skandinavie de la catégorie suivante f 5*6).
4° La carte de la Skandinavie ou des régions septentrionales, plos d'une fois rappelée par nos observations, ne se rattache qu'à celle de la Germanie et de Sarmatie de Ptolémée, ayant été inventée comme complément à la géographie de l'auteur ressuscité (327).
5° La carte de l'Italie, dont Nicolas Donis s'était dit auteur et inventeur (n* 104 de l'atlas), forme une catégorie pour elle seule, parce qu'elle est d'une création de toute autre espèce, genre nouveau de cartes modernes sous l'empire de Ptolémée (32s).
200. Reproduisant cette dernière, les éditeurs Essler et Ubelin livrèrent au public dans leur collection de 20 cartes modernes, deux de l'Italie : une des cosmographes du moyen âge, l'autre de la composition récente de Donis (superposées n* 104 dans notre atlas), sans dire directement à laquelle ils donnaient la préférence, laquelle ils étaient disposés d'approuver. Je pense qu'ils préféraient celle de Donis, sans oser l'approuver. Voici mes motifs et mes argumentations pour juger ainsi.
Ils disent que la seconde partie de leur édition , en son lieu, étale résolument vingt tables de lustrations modernes, espèce de supplément
(fttt) Nom avons aussi copié l'ensemble de ces cartes continentales des cosmographes et bous es avons déjà examiné et analysé , rendant compte de notre opération, dans l'article précédent, Chap. 174-177.
(517) Ce complément septentrional de 27 cartes de la géographie de Ptolémée, se trouve reproduit dans les éditions de 1482, 1486, 1513, 1335, etc. Il y est dessine en projection coniqne. Sa copie dans le code bruxellois de l'année 1481, est développée en plane cylindrique. C'est de ce code que nous avons pris notre reproduction réduite de 60 à 1S de l'échelle (voyez n" 96 de notre atlas). Nous l'avons confronté avec les caries publiées qui offrent plus d'épigraphes. — Ce complément septentrional qui décore tant d'éditions de Ptolémée figure en 1491 sur le globe de Behaïra (voyez n* 109 de
vol. suivant de notre ouvrage.
(828) Les éditeurs de 151 S, reproduisant l'Italie de Donis , n'ont pas reproduit la France qu'on voit dans les éditions douisiennes de 1482, 1486. Ces deux cartes se trouvent dans le code bruxellois delà bibliothèque de Bourgogne de l'année 1481. Ayant plus à notre disposition le code que les éditions donisiennes, nous avons copié ces cartes d'après le code; il nous semblait même préférable de se conformer au dessin du siècle qu'à la gravure en bois et de donner quelques variantes cachées dans un manuscrit, que de reproduire ce qui est publié. Le dessin du code bruxellois est d'une grande échelle. Notre copie est réduite de 5 à t/so de l'échelle, par conséquent elle n'a pu rendre toutes les inscriptions, qui au reste sont indifférentes à notre but, et contiennent beaucoup de fautes dans le dessin bruxellois. — En donnant la copie de ces deux cartes, nous nous sommes proposé d'étaler l'étrange configuration que la renaissance a donnée à ces deux pavs (n* 103, 104 de notre atlas). Sar cette copie, nous avons tracé les contours des cosmographes précédents, afin d'exhiber la différence de leurs cartes , pour comparer à vue les proportions , les dimensions et les configurations des cartes du moyen âge avec celle de la nouvelle invention. Dans cette confrontation, l'Italie des cosmographes prise de Tatlas d' Ubelin, est je pense, réduite justement à l'échelle de celle de Donis, et justement superposée par le méridien de Venise donnée aux deux toutes différentes compositions (a* 104de l'atlas). Quant à la Gaule (ni 103), j'ai superposé les deux compositions , au moyen delapositk» unique de Lyon, pour laquelle les compositions varient entre elles d'un degré : à la suite dequoi,les superposées en ont toutes les latitudes discordantes d'un degré. Il serait peut-être mieux de se conformer dans la superposition aux mêmes latitudes, ne tenant que le méridien de Lyon et fidre ainsi ressortir ses discordantes proportions.
UBELIN, ESSLER, 200. 459
à Tantiquilé surannée , ce qui paraîtra ou confus ou erroné : quœ vel abslrusa, vel erranea videbantur. Or, si je comprends leur phrase, ils prévoient la réprobation des lustrations modernes, dans lesquelles il faut débrouiller Terreur et la confusion; ils ne les désapprouvent pas, mais ils livrent les cartes des lustrations modernes pour faire jour à Terreur et à la confusion. Ailleurs, dans le titre de la seconde partie, ils recommandent les cartes des lustrations modernes, lesquelles relatent plus régulièrement les spécialités des terres et des mers par des positions certaines, suivant les pérégrinations de notre temps; moderniorum lustralio terrm marisque HngtUa, positionibus certissimis , regulalius tradens, ad sœculi noslri peregrinaliones. Qu'on ne s'y méprenne pas. Cette recommandation ne se rapporte pas à toutes les vingt cartes de moderniorum; elle s'adresse exclusivement à des cartes portugaises , contenant les découvertes de nouvelles terres et mers , par conséquent elle rejette tout le blâme de confusion et d'erreurs sur les cartes des cosmographes. Or, comme il y a dans leur volume deux Italie , et que celle des cosmographes est du nombre des accusées et réprouvées, la carte de Nicolas Donis, conforme à Tantiquilé surannée, gagne évidemment toute préférence dans l'opinion d'Essler et d'Ubelin (329).
C'est en se relatant à des cartes portugaises ou à de nouvelles découvertes que les éditeurs disent de positions nouvelles étrangères à Ptolénrée; neolericœ positiones, Ptolemaei aliénât. Le lecteur, en les voyant, ne sera pas étonné quand il apprendra qu'on a observé de ces lieux la latitude véritable du ciel. Scruter les longitudes des régions est trop laborieux. En ce cas, la dimension variée cause les situations variées. L'indulgence serait donc obligeamment agréée sous le rapport de l'ajustement de carrés du long : que le censeur ingrat ne suppose ni Tantiquilé, ni notre travail (330).
En effet, toutes les nouvelles cartes portugaises, de la chorographie spéciale, descosmographeset de l'Italie donisienne, ne sont pas graduées
(329) Editant leur volume à Strasbourg, ils n'ont pas reproduit la France donisienne : parce qu'il était impossible de la faire valoir à Strasbourg sur le Rbin. On y savait que les cosinograpbes traçaient mieux le cours de ce fleuve sur leurs caries coufuseset erronées, mieux que Ptolemeeou Donis. — La même incertitude, qui tourmente ces éditeurs, domine, en 4524, Benedetto Bordone, dans son isolario. A voir là : 4, Iugbilterra figurée, secondo moderni et secondo Tolomeo : differenza fra Tolomeo et moderni , per cbe Tolomeo del reame délia Scotia la longbezza pono verso il leuar del sole , et moderni tutta questa isola uerso tramontana slendoso : ici il accorde évidemment la, préférence à Ptolémée, parce qu'il doune sa figure tout entière, et dans celle des modernes il retranche l'Ecosse (fol. 44). — 2, figure des Fbrtunées suivant Ptolémée et ensuite celle des Canaries. Si tempi nostri molto da gl'antichi scrittori si discordando si nel numéro, corne anchora nel por quelle perlo vento : percio die gli aoticbi per ostro le pougono et di numéro esser sei ; conciosia essa che i marinari per nostri tempi dicono, cbe sono dieci et délia Libia inferiore alla quale dirincontro stanno per ponente (fol. xv, xvi). — 3, Sicîlia, secondo Tolomeo et secondo modérai, figures mises en regard sur la même ligne. Verso leuante dell isola posli uell' ostro Pachino et nel settentriune Peloro. Di questa parte Tolomeo et moderni sono di una medesima opiuione : ma perebe, questa isola ha forma di triaogola , nell* augolo sono discordi, il quale angolo e da- volgari posto, nella parte dell isola pin longa verso ponente , et da Tolomeo verso garbino in un luoco Eugiaro promontorio nominato (fol. xxii- xxv). — Le géographe italien à Venise, ne risque pas de dire a qui revient l'erreur. — Voyez su r notre planche, pour l'inclination de la Sicile, le juste-milieu entre les deux opinons inventé par Iacobo Castaldo qui mourut en 4537. Gastaldo restitua les formes aux Calabres et à la Pouille : mais le napolitain Pyrrhus Lygorio, mort 4585, aima mieux appliquer son pays à la torture ptoléméenne.
(330) Tabularum harum neotericae positiones, sicuti a Ptolemaei traditionibus aliéna? videbantur, non miraberis cumque didiceris inhis veram coeli latitudinero observafum. Regionum quippe longitudinem scrutari , laboriosum est valde. Hinc variam causât situationem, dimensio quoque varia. Tamen sit pro grata pietati, quadrata longis aplare; ne vel illius antiquitatis , vel laboris nostri jndiceris censor ingratus (Essl. et Ubel. prsefat.).
dans la publication d'Essler et Ubelin. Toutes ont une échelle, aucune trace de longitude, la seule latitude y est marquée sur des lignes latérales, assez irrégulièrement et n'ayant point de fixité. Les climats accompagnent ces indices de latitude. L'incertitude qui se manifesta dans les indications de la latitude, Tenait de l'insuffisante exactitude du dessin (330), mais souvent de différente opinion d'école ou de géographe, suivant qu'on se guidait par des observations modernes on par des données de Ptolémce; et suivant la préférence qu'on donnait à certains lieux par lesquels on réglait le degré et la division de la ligne latiludinale. C'est à cause de cette différence d'opinion et de mode, que le détroit de Sicile dans le 58e degré de latitude de la carte des cosmographes, est dans le 59* suivant la carte dressée par Nicolas Donis; que Baîonne et Narbonne sur la carte d'Espagne de l'école espagnole se trouvent placées sous le 46e, presque touchant le 47*, et que sur les caries d'autres cosmographes elles restent sous le 45e, se rapprochantau 44* degré. Mais que dire, et comment expliquer, lorsqu'on voit le 47e de latitude de Baîonne, et sur la carte de la configuration espagnole des îles britanniques, les fies Sorlingues et le bout de la Cornouaille sous le 49% ainsi que Brest se trouve sous 47°? Certes c'est une erreur de la numération de degrés : toujours est-il évident qu'on n'avait rien de positif pour les latitudes qui se présentaient confuses. La graduation des cartes spéciales des cosmographes se laissait faire en apparence, mais isolément pour chacune à part. Et quand ou voulait rapprocher ces caries, les ajuster, enchaîner l'une à l'autre, leur graduation ne correspondait pas suffisamment et ne répondait en aucune manière à la longitude de Ptolémée. Pendatit de longues années encore on n'eut pas grande confiance dans la graduation, on n'en eut aucune pour la longitude, et une trop faible pour la latitude. Elle était essayée pour une vaine parade.
Graduation, latitudes, longitudes.
201. Cependant aucune école, en connaissance de cause, n'a pu contester la convenance de longitudes et latitudes dans la construction de caries. Des essaies furent faits à cet effet. Examinant les climats tracés dans un cercle par Pierre d'Ail ly, on peut avancer que déjà, vers 1410, on essaya de jeter au hasard les parallèles de la latitude sur la carte générale. L'anconitain Gratioso Ben incasa 4466-4471, ajustait l'échelle fatiludinale à ses copies. Les régions skandinaves, comme complément du géographe grec, ont une graduation complète; les cartes spéciales éditées en 4482, i486, 1515, 1555, sont garnies d'échelles latitudinales. L'orbis universalis en 4492 du globe de Behaïm se relatait aux divisions de l'équateur et du méridien mobile; les cartes générales édilées en 1508, 4511 etc., parurent complètement graduées; le globe de Schoener 4521, est croisé par les lignes longitudinales et lalitodinales. Chaque jour, parmi les savants de la théorie , augmentait le nombre de ceux qui s'efforçaient de mettre en pratique la graduation.
Le canevas des lignes croisées offrait à la construction des cartes une méthode infiniment plus simple et plus facile, que la multitude des lignes de la rose qui se sectionnaient en tous sens, s'appointaient sans fin, demandaient de comptes et réductionsdes nombres, pouvant déjouer, tous les efforts de l'exactitude. La méthode de Plolémée était recommandée sans cesse; ses chiffres, ses cartes indiquées comme Tunique modèle à imiter, à suivre. Les nouveaux géographes-dessinateurs s'enhardirent : ils graduaient les cartes résolument et s'avisèrent de changer les compositions des cartes, donnante tous les pays les formes ptolémécunes, c'est-à-dire en adaptant la graduation de Plolémée, ils défiguraient les cartes des cosmographes du moyen âge. Dans la première moitié du xvie siècle celte opération s'est accomplie.
Pour arriver à la graduation des mappemondes de la composition du moyen âge , les géographes de la renaissance rencontraient les plus nombreuses difficultés; là, s'accumulaient tous les obstacles. La tâche en effet devenait impossible sans toucher à la composition, à différentes directions. Les marins, premiers auteurs de ces mappemondes, avaient de trop grandes interruptions continentales entre les rivages de leurs connaissances. Les directions déterminées par une longue expérience de l'aiguille ne se trouvaient pas en harmonie avec les directions de trop grandes distances océaniques contrairement inclinées. Yoir l'hydrographie portugaise, où les tropiques et la ligne équinoxiale sont jetés à travers la carte. Ces lignes ne peuvent, par aucune manière, passer tous les pays qu'elles encerclent, et traversent quelques autres du sud ou du nord, qu'elles ne devaient pas toucher. Or, la mappemonde des hydrographes n'est pas susceptible d'accepter sans réserve la graduation de la latitude, pour laquelle on avait des observations déterminées. Il suffit d'observer l'inclination de la mer médilerranée, qui, elle seule prise isolément, se laisse admirablement graduer.
L'application de l'échelle latitudinale aux cartes spéciales (de la publication d'Ubelin 1508, 1513), prouve qu'on a compris la nécessité elle moyen de rectifier l'orientaliou ou la boussole des marins, de redresser le vice de l'inclination. L'inlerventiou des latitudes pioléméennes indiquait le moyen de la rectification , mais insinuait les erreurs qui auraient détruit les compositions nautiques si on les eût acceptées. Les marins et les hydrographes par eux-mêmes connaissaient suffisamment les latitudes géographiques de la médilerranée, par conséquent ils comprenaient le vice de l'orientation , mais ils étaient trèsindiflëreuts pour cet écart, pourvu que leur dessin fût exact à l'usage et utile aux navigateurs; ils ne se souciaient pas trop de discordances qui entachaient leurs mappemondes. D'ailleurs, ils rencontraient un autre obstacle, plus grave (comme nous l'observerons chap. 201, 205) , pour l'emplacement convenable de la médilerranée dans les mappemondes. Or, tout en connaissant l'irrégularité, ils continuaient à dessiner les cartes hydrographiques commodes à la navigation (531).
202. Je le répète, on ne peut pas admettre l'ignorance absolue de la
(334) La carte marine, qu'en 1560 Ruscelli appliqua à son édition de Ptolcmée : earta da navicare, fat'a golamente per una mostra et comme per un modelU, offre le même vice.