‹ Géographie du moyen âgeChapitre 116 sur 135 · II · texte numérisé non relu

II

162 GÉOGR. LÀTIflE, 1470-I5S0.

théorie parmi les pilotes et les géographes cosmographes do moyen âge. Tel qui possédait quelques notions de l'astronomie, sans être savant de premier ordre , comprenait les exigences des longitudes et des latitudes géographiques : le fond de la question n'était pas un mystère pour lui. On écrivit tant sur l'usage de l'astrolabe, on observait le soleil et la lune, les tables de la lune furent dressées, appréciées, révisées; on levait les latitudes; les différents modes de lever les longitudes furent connus, à la fin recommandés (Pigafetta, de la navigat. p. 277-279) (ssi) : mais les navigateurs , les pilotes se contentaient de connaître la latitude (de leurs nouvelles découvertes), et d'ailleurs, ils étaient si orgueilleux qu'ils ne voulaient pas entendre de longitudes (Pigafetta, de la navigation , p. 274, 275).

Or, les dessinateurs de cartes n'avaient pas de longitudes géographiques. Les érudits, pour l'ancien monde, les trouvèrent en masse dans l'ouvrage de Ptolémée, et au lieu de les découvrir dans la construction des cartes nautiques, par l'induction des latitudes et des distances, ils épuisèrent toutes les billevesées de Ptolémée dans toutes les parties du monde et tranchaient les difficultés pour la mer méditerranée en substituant la longueur de 62° de leur maître à la place de celle des hydrographes (sss). L'hémisphère de 480° était parfaitement rempli par le sage de l'ancienne Grèce : restait à placer les nouveautés sur on autre hémisphère entre 480° et 360°. Behaîm, 1492, indiqua leurs longitudes; Ruysch 1508, Svlvanus (4544), Schoner (4520), et les autres les déterminaient approximativement, chacun suivant son goût ou d'après le modèle qu'il avait rencontré!

Cependant, sur ce nouvel hémisphère , des contestations très-vives se sont élevées entre les Portugais et les Espagnols. La ligne de démarcation, désignée par le premier méridien des lies Fortunées devait calmer les parties. Le pape Alexandre VI (4493) fit cadeau de tout le globe des deux hémisphères infidèles , payennes , partie égale : à l'est aux Portugais, à l'ouest aux Espagnols. Mais lorsque les Portugais découvrirent la terre de Sainte-Croix ou le Brésil, et en prirent possession, de nouvelles réclamations s'élevèrent. Le même pape (4502), intervint de rechef et recula le premier méridien à 30° vers l'ouest, qui fut appelé ligne de démarcation ou de répartition.

Cette partition et répartition rencontrèrent de grandes difficultés géographiques. L'omnipotence papale indiquait à cet effet le méridien des îles Fortunées, connu par la géographie de Ptolémée, où il était représenté par une enfilade d'un groupe d'Iles au nombre de six. Les érudits comprirent qu'il s'agissait des Canaries, et ils acceptèrent tout

(ISt) Charl Amorettl, éditeur de la description du premier voyage autour du monde, par figtfetta, présume que , parce que celui-ci ne parle pas du moyen de se servir ponr les longitude»* l'éclipsé solaire , il est bien claire qu'il ne le connaissait pas. Pourquoi l'aurait-il ignoré? Qoaat il dit, Pigafetta lui-même l'avoue , qn'il a examiné plusieurs méthodes dont on se sert pour coasaltre la longitude et qn'il en a trouvé trois qu'il a cru plus propres à cet objet. Or, il a connu les astre*, qui lui semblaient moins propres et celui de l'éclipsé solaire, qui n'était point un mystère poarlef connaissances de son époque, mais à cause des difficultés qui l'obstruaient dans la pratique, il n'a pas cru propre de le recommander.

(SSS) La perturbation d'idées géographiques de cette époque se décelé d'une manière singulière dans l'isolario de Benoit Bordone 1521, 1534. On y voit une mappemonde, calquée sur la carte port!* gaise, que nous avons analysée. Seulement Bordone ou son modèle y introduisit la longueur ptoléméenne de la méditerranée. Malgré cet emprunt de Ptolémée on y voit l'inclination vicieuse to^ méditerranée scrupuleusement conservée.

LATITUDES, LONGITUDES, ÎO*. 463 w lî"^

d'abord le milieu des îles. Les Portugais le fesaieot passer par Madère, / vtOfc ^

comme on voit par le globe de Behaïm 1492, par l'hydrographie 1504,

par la carte de Ruysch 1507, par le globe de Schoner 1521. Passant

par Madère, le méridien passait Teneriffe. Mais les Espagnols choisirent

pour lui la gran-Canaria. C'est le méridien des îles Fortunées, le même

qui fut ensuite qualifié d'île de Fer.

En effet, la fixation du méridien des îles Fortunées sur une des Canaries, éprouvait de contestations. Sylvanus plaçait Canaria l°3(y du premier méridien. Trouvant dans le texte de la géographie ptolémécnne Paris à 23° 50' du premier méridien , il opina que c'est une erreur de copiste , qu'on ne peut l'attribuer à Ptolémée, qui plaçait Paris à 20° 15' du premier méridien des îles Fortunées. En Espagne , Jean de la Cosa traçait le premier méridien entre san Miguel et Tercera des Azores , enclavant dans le vieux monde, les Canaries et les îles du cap Vert (334). Mais l'Espagne prit son nombril Tolède pour le premier méridien, du quel le méridien des Canaries se trouvait 17° 30* ou 17° ou 16°40f. Ce n'est pas Tolède qui gigoltait ainsi : c'est la trépidation du méridien des îles Fortunées.

Or, le premier méridien des îles Fortunées, duquel on comptait toutes les longitudes, était indéterminé. Comment pouvait on fixer les 30 degrés ouest de la ligne de démarcation? On ne songeait point aux observations astronomiques, on comptait les distances de la navigation à partir de Madère, de Gomera, de Teneriffe , de gran Canaria ou du cap Vert. L'espagnol Diego Ribero 1529, tira celte ligne à l'ouest de l'embouchure de Maragnon. Plus tard (voyez les caries de Mercator) elle était tracéee à l'est de cet immense embouchure : différence de 5 degrés.

La ligne de réparlilion agitait encore les esprits et les longitudes géographiques, quand une autre question, infiniment plus difficile, se présenta aux géographes et à leurs longitudes.

Le portugais Ferdinand Magellan, dans son voyage dans l'Inde visitant Calcutta et Soumalra, apprit que son pays réalisait d'immenses bénéfices dans le commerce des épiceries des îles Molucques, où les Portugais commençaient à s'établir. De retour à Lisbone, il continua à étudier la géographie et la marine, et sous ce titre on lui permit d'examiner tout ce qui avait été recueilli et gardé dans la trésorerie. Cet examen lui suggéra l'idée de la possession illégale des Molucques par les Portugais, remarquant que leur position devait se trouver dans l'hémisphère espagnol. Cette idée n'était pas à lui seul, le défaut des mappemondes dessinées sur des globes l'assurait assez positivement, le gouvernement portugais gardait en effet le plus profond silence sur la découverte de ces îles (Pigaf. p. 176). Magellan, mécontent de la cour, passa en Espagne et offrit à Charles V de lui livrer, par le chemin de l'ouest, ces fies qui appartenaient de droit à l'Espagne.

Sans avoir égard à des signaux de vents, des courants de mers, la possibilité de traverser quelque part au delà du nouveau monde se présen-

degrésde de Madère,

, w uo „ r v ,r , i les îles de

Sal, Buenavista, Mayo, San jacomo; et de celui-ci on comptait Paris «3° 30* de longitude, bien qu'il n'était plus un méridien des Canaries olim Fortunatae. Voyez les cartes d'Ortel et de Mercator.

tait tout naturellement à chacun et était généralement admise comme îufailiible. On conjecturait et traçait des hypothèses sur trois points du nouveau monde. Avant 150G Martin Behaîm dessinait à Lisbone ces passages et le détroit du sud (Magell. apud Pigaf. p. 40). Le globe de Jean Scbôner, fabriqué en Allemagne en 1520, dans Tannée du départ de Magellan (n° 125 de notre atlas), exibe les trois hypothèses. Le nouveau monde y offre deux détroit* et sa cime pointe au nord dans un océan ouvert (sss). Le détroit du midi était celui qui offrait le plus de chances pour les recherches. Les côtes de Floride avançaient vers l'Europe, et celles de Brasil ou de la terre de la croix, s'inclinaient rapidement vers les Indes. Amerigo Vespucci en 1501, se proposait déjà d'aller doubler la pointe du sud (sse). La croyance de la nécessité du contre poids continental pour le globe inondait dans l'imagination de l'époque l'hémisphère arctique de l'océan (comme on le voit par le globe de Scbôner), et surchargeait l'hémisphère antarctique de terres imaginaires : mais elle n empêchait guère de dessiner préalablement la pointe méridionale du nouveau inonde correspondant au cap de Bonne- Espérauce, et le détroit qui séparait les terres antarctiques.

A l'appui de l'assertion de Magellan, que les Molucques sont sur l'hémisphère espagnole, Magellan appela Chistopbe Hara, qui, ayant aux Indes des maisons de commerce, disait être assuré par les instruc-

(336) Quelque» années plus tard, à la suite du voyage de Magellan, Schoner changea d'opinion: il crut que le nouveau monde jusqu'au détroit n'était que le continent continu de l'Asie. Modo vers per novissimas navigatioues, factas auno 1519, per Hagellanum, versus Moluccas insulas, in suprême oriente positas, eam terram (Américain), invenerunt continentem superioris Indiae quae pars est Arias. Sunt autern huius portionis, regiones Bâchai uos dictae, Florida, desertum Lop, Tangut, Catbay, Mexico regio, in qua orbs per maxima in magno lacu si ta Temistitan , sed apud vetusliores Quinay erat vocata, Parias, Uraba vt Cauaibalium regiones; Brasilia: regio se se exteudit ad usqne Melacham et quid ullra. Incolse authropophagi liberis eorum Thomae nom en imponunt. Adjacet huic regioai insula permaxima Zanzibar (Johan. Schoneri cariostadii , opusculum geograpbicum , Norimb. 15SS, li, 4 et 30). Voyez n* 127 de notre allas.

(336) Schoner indiquant sur un globe de 15*0, la possibilité de trois passages suivit une hypothèse asses répandue. Elle forinait.de nouveaux continents, deux grandes lies. — Benoit Bordone , qui, en tSll, ignorait encore les résultais de ta découverte do Magellan , dessina ces deux îles dans son isolario (n* 196 de notre aalas), de façon qu'il réunit terrain laboratoris aux Florides et au Temistetaa ou Mexique ; et, conformément à la supposition de Vespuce , il enferma la terre de sancta cruce par nn littoral tout le long du tropique fo y enclavant le Pérou. Uu slretto séparait le Mexique du Pérou ou les deux iles: chacune respectivement déployant ses spacieux rivages aux eanxderimmeose océan (isolaris universale, et les îles p. vi verso, xi verso). {Voyex ci-dessus la note 251).— Cbaque voyage, et celui de Magellan, sont des enclumes sur lesquels l'imagination se plaisait à forger force d'inventions. Par d'innombrables conjectures, hypothèses, on embrouilla les plus simples quittons. Les fantastiques mappemondes, muettes et même invisibles, introuvables, parlaient à l'oreille de l'imagination. Il devenait clair comme le jour, que le cap de Bonne Espérance, le détroit magetlanique, avaient été counus avant leur découverte. Regardez cette jonque indienne de la carte de fra Hauro et vous voyez comme eue double le cap de Bonne Espérance. Sans doute les Kafres elles Holtentots doublaiout ce cap et les Patagons nageaient dans le détroit, plusieurs siècles avant que l'ignorance européenne se fut décidée à les explorer. — Un Portugais , en 1528, s'imagine de trouver sur une carte ancienne le contours de ce qu'on vient de découvrir : à l'instant sur ses traces, le* érudits s'évertuent à démontrer que c'était la mappemonde de fra Mauro; les Portugais n'en avaient

Itas d'autre en 1 838. — Que n'a-t-on pas attribué à Bianco et à ce Mauro ! Ordinairement, les légendes, es explications de fra Mauro disaient le contraire : mais la conjecture, l'hypothèse élevait hardiment son édifice. — La cartographie , et les découvertes portugaises surtout, sont accablées de véritable fantasmagories. On peut dire que les Portugais eux-mêmes eu sont la cause. Ils ensevelirent leur ancienne cartographie et débitèrent de bonne heure de véritables cauchemars. Habitués du commencement, de faire, comme nous l'avons observé, les découvertes de ce qui était connu parles autres, et s'appropriant d'abord ce qui était de la connaissance des autres : leur conscience ensuite troublée, doutait des plus beaux succès , scrutait les plus frivoles apparences pour ombrager les plut positives découvertes. Les Allemands s'empressèrent de suite à pousser en avant un champion et rival de leur gtaire dans Behaîm. Les Italiens à leur tour, non contents de partager la gloire portugaise, dégradèrent son œuvre au profit des images de leur cartographie. (Voyez la note 287). U* Portugais, réveillés aujourd'hui par tant de tiraillements, réclament de nombreuses priorités sans «avoir où s'arrêter.

lions de ses facteurs de la véritable position géographique de ces iles. Le savant astrologue Roderie Faleiro, confirma et corrobora ces assurances le compas à la main, sur une carie nautique, hydrographique. Charles Y était enfin convaincu que ces îles sont placées au deçà de 180° des îles Canaries, d'autant plus que la ligne de démarcation avança sa répartition jusqu'à 150° est des îles Canaries.

203. Magellan , instruit par son ami l'astronome Ruy Faleiro du lever des longitudes par la déclinaison de la lune et les occultations d'étoiles, la différence de hauteur de la lune et de Jupiter et les oppositions de la lune et de Vénus (337), partit le 10 août 1519, entra le 21 octobre 1520 dans le détroit par 52° de la latitude méridionale; le traversa et en sortit le 28 novembre. Magellan périt le 27 avril 1521 avant d'arriver aux Molucques.

Il était de la plus haute importance dans cette question, de déterminer la situation des Molucques par la longitude, et aucun des voyageurs précédents n'a donné plus de soins aux positions géographiques que Magellan et son équipage. Mais examinant la relation d'Antonio Pigafetta, ou voit que la longitude géographique, moins fréquemment annotée , n'était pas aussi souvent recherchée que la latitude. Son récit ne détermine point de longitude même du détroit. 11 compte la longitude de l'ouest du méridien de la répartition 30° à l'ouest de cap Vert (33s). Il dit qu'on a passé la ligne équinoxiale par 122» ouest de ce méridien (288° est du méridien de Fer) et les îles Moluques sont à 161° ouest du même (191° ouest et 269° est du méridien de Fer) : or, elles sont sur l'hémisphère espagnole. Les Portugais soutenaient et prouvaient le contraire,, allant toujours par le chemin de l'est. Ils accusaient les Espagnols d'erreur ou de mauvaise foi. Pour vider les incertitudes , on choisit (dit plaisamment le milanais Pierre Martyr d'Ânghera, historiographe.de la cour d'Espagne), vingt-quatre astronomes et pilotes tant portugais qu'espagnols, lesquels, après avoir sillogismé, conclurent qu'on ne pourrait décider la question qu'à coups de canon (épistol. 797).

Les débats des astronomes et pilotes, auxquels fait allusion d'Anghera, ont eu lieu à Saragosse (339). Peu concluants qu'ils étaient, ils prouvent que l'esprit vivement préoccupé de la théorie, succombait sous l'impuissance de l'application. En effet, on levait alors la longitude géographique au moyen de tel ou tel instrument , de tel ou tel astre , avec autant d'incertitude, qu'on la trouvait le compas à la main sur les cartes nautiques. Parce que les observations se lésaient avec des instruments, très- imparfaits et particulièrement avec l'astrolabe, le météoroscope, le torquetum, la baguette et l'anneau universel, instruments qui n'étaient pas sûrs dans les résultats, ni d'un usage facile ou commode.

(357.) Pigafetta transunto de) trattato di navigazione, pi î Ifrj Herrera,dec. H, lib. IV, c. 10; Barros, dec. III, lib. V, c. 40. — Roy Faleiro composa un traité de longitudes, pour l'usage particulier de Magellan. (Voyez Humboldt, exam. de l'hist. de la géogr. du n. m. t. I, p» 301, 309).

(338) La linea de la reparti tione e trenta gradi longi dal méridionale : cl méridionale e tre gradi al levante longi decapo verde. (Pigaf. p. 36; préface d'Amoretti, p. 31).

(339) Voyez Herrera , historià gênerai de los hechos do los Castellanos en las islas y lierra firma, del mar oceano* t. II , decas 3, p. 178. — On y remarque de la part de l'Espagne : Sébastian Cabot , Estevan Gomez, Diego Ribero, Jean Vespucci, — Ce compromis fut signé le M avril 1529, et désigna les îles Marianes (Latrones) et l'Ile I. Juan de las Vélos, pour les termes de séparation , ce qui n'a tranché aucunement la qqestion.

Pour la longitude, on ne pouvait alors savoir l'heure précise qu'an moyen de sables dans la construction et l'usage desquels l'exactitude est impossible (540). On savait que le sable est inexact (Pigafetta, de la navigat. p. 280) et le résultat douteux des longitudes obtenues, augmentait la méfiance dans les préventions des pilotes, aiu*i qu'ils ne voulaient pas entendre de longitudes, et les cartes à leur usage continuaient à rester libres de toute la gène de longitude graduée (34 1).

204. Le cosmograpbe Diego Ribero prit part aux débats de Saragosse, où Ton discutait la longitude géographique (34s). Sa carte de 1529 et la carte sévillane de 1527, antérieure de deux années, sont les premières cartes espagnoles qu'on connaisse qui soient traversées et croisées par les échelles, tant latitudinale que longitudinale. Ces cartes, pour la partie du nouveau monde, diffèrent suivant qu'elles étaient instruites de nouvelles découvertes : quant à ce fragment de l'ancien monde, que nous avons devant nous (n° 117 de notre atlas), elles sont identiques, également viciées par un singulier manque de discernement (543).

Certainement la construction de la méditerranée des marins du moyen âge n'y est pas défigurée: elle reste entière (voyez n° 117 de notre atlas), mais sa boussole est rectifiée. Les rivages septentrionaux de l'Afrique l'attestent. Àlexandrette lient à peu près 56* de latitude, (56°,15); Alexandrie 28*20' (Ribero 27*0; 31° 11'); Tunis 55° U (Rib. 34° 50'; 56° 40'); Ceuta monte jusqu'à 37° C (Rib. 36° 10; 35° 36); le rivage opposé de l'Europe est sans doute porté trop au nord. La mer méditerranée des marins, placée dans une fausse graduation, que nous allons examiner, devait, par sa largeur, déborder les latitudes.

L'échelle de la graduation des deux cartes est de la projection plane équatoriale, projection cylindrique, les degrés de latitude et de longitude sur tous les parallèles et méridiens sont égaux du grand cercle. On conçoit qu'une carte espagnole de l'Afrique n'est qu'une copie d'une carte portugaise. Or, confrontant les deux cartes espagnoles avec l'hydrographie portugaise (avec l'Afrique éditée en 1515 par Ubelin) (n° 118 de notre atlas) nous trouvons : la méditerranée longue (46°) 42° de la parallèle deRhode portée daus les cartes espagnoles à 42° du grand cercle (par conséquent par sa largeur elle déborde les latitudes). Les 85° de l'étendue de l'Afrique depuis le cap Vert jusqu'à Gardafni, donnés par l'hydrographie portugaise (comme 63°, 30' d'équatoriaux) sur l'échelle de la parallèle de Rhode, sont comptés par les deux cartes espagnoles 85° du grand cercle. Moyen excellent de faire partir par le chemin de l'est les Moluks à l'autre hémisphère. N'accusant pas de ce subterfuge les cosmographes espagnols, nous voyons dans leur compo-

(340) AmoretU, p....

(344) In {la caria da nauigare) necessaria cosa è ch* egli sopra tutto habbia tre principal} cotsiderationi : atteso che prima avertira al luogo doue si troua et aquel doue badestinato andare, et qnanlo î'uno sia dall' altro lontano. Di poi in quanta altezza di gradi si troui e in quanta debba andare : ein nltimo di qnal uento s* habbia a seiuire inquesta sua nauigationc... in mado cbe ciascum luogem figurato nef suo proprio, uero, et certo sito, cosi per rispetto de uonti, corne dell* altezza. Dit d'après le parole del dottor Pietro di Médina géographe espagnole, Thomaso Porcacchi da Castiglione en 4572, dans sou l'isole pin famose del mondo, p. 414. — De la longitude géographique on n'y soigeait pas à s'enquérir.

(34*) Sprengel, Gesch. der Entdek. c. 8, p. 29.

(343) Voyez ce que nous avons dit de l'indentité de ces cartes chap. 172.

sition un nouvel exemple jusqu'à quel point on était dans l'incertitude de graduer en longitude même les nouvelles découvertes positives. On ne savait déterminer si Cuba s'élançait au delà des Canaries jusqu'à 70 degrés ou jusqu'à 90 degrés ouest; fallait-il à l'étendue de l'Afrique assigner 65° 50' ou 85° Of Par cette dernière extension les cartes de la projection cylindrique donnaient aux vents d'est et d'ouest un appointement plus aigu, l'échelle longitudinale de l'est à l'ouest croissante vers les tropiques et les pôles, arrivait à une extension démesurée. Les pilotes qui observaient les latitudes géographiques étaient certainement en mesure de le comprendre et ils acceptaient cette dissolution «des distances longitudinales.

Ce défaut de la projection cylindrique se fit sentir en premier Heu par la configuration et la position de l'Afrique , qui agit aussi fâcheusement sur la pose et l'extension de la mer rouge , comme nous l'avons observé. Mais bientôt les navigateurs éprouvèrent d'autres inconvénients aux environs et au delà des tropiques. L'étendue des rivages visités entre la Terre neuve et les Florides, n'était pas assez forte pour remplir l'espace vide de la carte. Leur perlustralion , avançant de la Terre neuve, ne pouvait pas atteindre les Florides, dont ils formaient une continuité, quand on les visitait à partir des Florides. La carte de Ribero offre cette continuité des rivages visités de ces dernières. L'atlas espagnol de 1575 les laisse détachés et flottants dans les espaces de l'océan, quand on les examinait du côté de Terre neuve. Les perlustrations des rivages de l'Amérique , avancées à partir de Panama vers le midi, ne se rencontraient point avec les rivages qu'on reconnut au delà du détroit de Magellan. Une grande brèche de presque 10 degrés s'était déclarée entre cette double direction , qu'on raccommoda pour un certain temps par une énorme bosse formé des rivages de Chili (voyez Munster, n° 139 de notre atlas, et Mercator). L'expérience éprouvait que pour coordonner le monde sur la projection cylindrique, il fallait absolument régler l'échelle croissante pour les longitudes.

Aussi , afin de donner l'assiette à la mer mediierranée de la composition des marins du moyen âge dans une mappemonde de la projection cylindrique , il était nécessaire de rectifier son orientation , ou de lui donner une nouvelle boussole, et de dissoudre ses distances par l'accroissement de la longitude. Cette seconde condition était très-grave, elle aurait rendu la carte si non impossible à l'usage des marins, au moins fatigante. On ne trouve aucune carte qui l'aurait essayée. Les deux cartes espagnoles , redressant la boussole, ne se sont point avisées de toucher aux distances; elles laissent sans scrupule l'espace de 18 degrés du grand cercle au détroit de Suez : les navires n'y passaient pas, la gorge étroite des piétons était indifférente pour les navigateurs* La mer méditerranée , pour qu'elle fût utile à leur usage , restait dans les mappemondes de projection plane , comme un compartiment d'une autre nature, accroche par le détroit de Gibraltar à la grande construction de nouvelles découvertes (su).

(344) Amerigo Vespucci, dans sa lettre du 4 juin 4501 (publiée en 1827 par Baldelli Boni), dit que le eap de Bonne Espérance, qui figure sur la côte d'Ethiopie, est situé 40° au sud du tropique du capricorne, donc par 83" de latitude australe (erreur de plus d'un degré). Les compagnons de Cabrai, trouvèrent que ce cap est éloigné de 62* en longitude de l'occident habité (sans doute du méridien

168 GÉOGR. LATIKB, 1470-1830.

Î05. Résumant ce que nous avons examiné, nous voyons que les cartes nautiques étaient dessinées partout où la marine était animée : à Venise, à Gènes, à Majorque et en Catalogne; a Sagrès et Lisbone, en Caslille, chez les Grecs et les Flamands, partout, et j'ignore sous quel point de vue se laisseraient distinguer les écoles de Venise , de Gênes, Catalane et Majorque, de Sagrès et de Lisbone, si ce n'est par l'idiome des inscriptions, par l'auteur qui les composait, ou par quelques spécialités dans les positions, dans la configuration des régions trop éloignées ou dans les indications des découvertes : car ces écoles formaient une même famille, Tune engendrait l'autre, la fille suivait la méthode de sa mère-école ; elles se communiquaient mutuellement et chacune tirait des avantages du progrès de l'autre ; toutes les caries sont dressées sur les mêmes bases pendant les xiv* xv* et xvie siècles; plus on moins exactement dessinées et exécutées, elles offrent simultanément les mêmes formes , le même ordre. Et lorsque le mal plpléméeu commença à ravager la géographie, la contagion pénétrait partout et atteignit toutes les écoles : c'est alors que les écoles se dessinaient peut-être plus distinctement par les symptômes de leur commune maladie. Mais alors elles prirent terre et renièrent la mer. Dans chacune, ceux qui sillonnaient l'océan et les mors , restaient conformes entre eux.

Les cartes de ces écoles, considérées comme intermédiaires entre les simples portulans et les mappemondes systématiques, représentant la totalité ou une partie seulement du monde, puisqu'elles réunissaient dans un ensemble quantité de portulans, offraient toutes les qualités des portulans. Pour qu'elles puissent être utiles, elles devaient être confectionnées sur une assez grande échelle. Basées sur l'échelle des distances, elles offraient un développement assez indéterminé et souvant modifié. La méthode de la rose des vents, assujétie à la boussole et à son "aiguille, leur frayait le chemin au développement cylindrique: mais elles n'étaient soumises à aucune projection : par conséquent la graduation , et encore moins le développement cylindrique ne pouvaient saisir, ni ses membres souvent disloqués , ni son ensemble.

Cependant, depuis que la projection cylindrique se déroula sous la ligne équinoxiale, les anciens portulans et toute la médilerranée devaient se raccommoder à celte projection, et, pour figurer dans les mappemondes des deux hémisphères , subir le changement de boussole et de dimension; le changement de la première lui donnait une direction et position juste , qui s'accordait avec la ligne équinoxiale; mais le changement de l'autre jetterait une perturbation dans ses bases, c'està-dire dans les dislances, et défigurerait tous les contours, si l'on eût sérieusement raccommodé la méditerranée dans une mappemonde déroulée sur la projection cylindrique. La mer méditerranée ne pondes Iles Fortunées), de sorte que l'on peut dire que le cap est à-peu-près dans le méridien d'Alex**drie. — L'hydrographie portugaise, à laquelle probablement Americus manu m imposait, se conforme à cette indication du méridien, lui donnant 55* de longitude; de même le sévillien et Ribero variant

?>ar le méridien de la démarcation 72" 30' ou 73" pour le cap; 74" 30' pour Alexandrie. — Hunboldt examen de l'hist. de la géogr. dn n. tn. t. V, p. 38), y -voit deux erreurs et se préoccupe de les déterminer, le cap de Bonne Espérance étant 14" i4' a l'ouest du méridien d'Alexandrie. Suffit d'observer que la graduation cylindrique, sans la croissance de latitude , n'a pu an delà du tropiqve déterminer les longitudes et que l'accouplement de la mer méditerranée, dressée sur d'autres rases, avec le reste du monde récemment découvert, rangea Alexandrie et le cap sous le même méridien.

vait figurer dans une mappemonde de la projection plane, avant que celle-ci n'eût engendrée les cartes réduites des longitudes et latitudes croissantes. Mais pour y arriver, la théorie devait d'abord examiner et comprendre les rumbs, préalablement prendre en considération les latitudes connues, reconnaître et admettre la croissance de l'échelle pour les dislances.

206. Incertitude, indécision, désordre, accablaient les mappemondes de toutes les écoles. Ordinairement on rapiéçait les parties hétérogènes; on les laissait au contact qu'avait créé par hasard la pratique. Les éditeurs de Ptolémée expliquaient les projections, discutaient sur leur valeur et importance, s'excusaient quand ils traçaient les degrés en lignes droites. Les dessinateurs cosmographes, peut-être moins versés pour satisfaire les exigences des savants et le besoin croissant dans les nouvelles découvertes, tiraient à travers leurs mappemondes la ligne équinoxiale et les tropiques; marquaient les climats et les degrés de latitude sur les marges des cartes de leur composition. C'était faux, cela blessait plutôt la vue et la construction des cartes , décelait le double emploi de la boussole, sans opérer le redressement nécessaire.

Les géographes publicateurs, empruntant de Ptolémée la graduation de la latitude pour la médilerranée , rectifièrent sa boussole par des lignes droites , envisageant toutes les compositions antérieures de marins et de cosmographes comme basées sur la projection plane, et ne respectèrent pas longtemps les proportions de la construction nautique.

L'école de la péninsule pyrénéenne , qui aimait mieux étendre les connaissances humaines que d'étudier un géographe hors de saison , qui ne s'empressait guère d'éditer un Ptolémée; l'école de cette péninsule gravait peu, dessinait beaucoup (34s), et rectifiant l'assiette du bassin de la médilerranée, observait ses proportions nautiques, conservait le précieux fruit de labeur précédent, presque abandonné par la marche générale des opérations géographiques de la renaissance.

L'école allemande, à peine ouverte, adhéra avec une ardeur laborieuse et bruyante à Ptolémée, elle prôna sa méthode, son autorité inattaquable et accepta sans réserve ses proportions de la méditerranée, méconnaissant ainsi le mérite de travaux antérieurs, elle s'empressa de résumer et de populariser les connaissances nouvelles.

L'activité de l'école italienne, embrouillée dans sa marche par la renaissance des lettres, donnant la prépondérance à Ptolémée, à sa méthode, à sa connaissance géographique, s'engagea dans un dédale d'incertitude, d'instabilité. Par des moyens variés elle retravailla tous les produits géographiques. C'est un laboratoire qui élabore d'avance de nombreux matériaux pour la réforme de la géographie.

Nicolas Zeno, 1555.

207. Parmi les essais de la graduation en latitude et longitude, qu'on retrouverait dans l'école italienne, celui de la graduation de la carte de

(34C) Le cosm'ographe du roi d'Espagne, Ortel, depuis 4570 jusqu'à sa mort 1898, ne sait indiquer d'autres cartes publiées en Espagne que celle provenant de la mauvaise gravure de Pierre de Medine, connn par un ouvrage médiocre sur la navigation, ou il décèle assez d'ignorance. — En Portugal, Ortel ne connaît que Alvarez Secco, et Homen : ce dernier a publié un atlas.

170 GÉOGH. LATUfE, 1470-1550.

Zeno mérite d'être distingué. Nicolas Zbno, descendant des frères navigateurs, retrouva dans les archives de sa famille la carie de soa bisaïeul (34e). Pour qu'elle put entrer dans la composition d'une mappemonde, il entreprit, vers 4555, sa graduation. 11 s'imagina que cette carte, bien qu'elle offrit une espèce de portulan, et qu'ordinairement on graduait les portulans par la projection plane, il s'imagina, diVje, qu'elle offrait une composition susceptible d'accepter la graduation de la plus parfaite projection de Ptolémée , aux parallèles et méridien courbes.

Celte opération parut au géographe témoin (Rusoelli), d'une difficulté extrême, demandant un homme profondément versé dans la science. 11 fallait posséder à cet effet un savoir, connaître les mathématiques, être initié dans le mystère de Ptolémée et avoir une application assidue pour exécuter une semblable graduation. Nicolas Zeno, doué de toutes ces qualités, tirant le premier méridien par le milieu , qui divisait h carte en deux moitiés, discerna avec la plus grande attention la parallèle du milieu qu'il détermina parle 68e de latitude, dont le degré de longitude est en proportion de 3 à 8 an degré du grand cercle. Ayant établi les parallèles, il croisa ces parallèles par les méridiens inclinés proportionnellement à la diminution de degrés (947). Enfin il fit graver sur bois et publier cette carte par Marcolini en 1558. Depuis cette première publication, elle a été reproduite plus d'une fois à Venise et ailleurs (548). À la suite de cette opération heureusement achevée, Groenland avança à l'ouest jusqu'à 290° de longitude , se rapprochant de Zipangri ou Japon placé à 280* de longitude. Après cette expérience de la théorie de Ptolémée, Nicolas Zeno élabora un traité de géographie qui donnait les solutions de tous les problèmes pour créer une nouvelle géographie ou réformer celle qui existait (349).

GlROLAMO RUSCELLI, 1561.

208. Le vi ter bien Girolamo Ruscelli , qui nous a donné une ample relation de la méthode et de l'opération de Nicolo Zeno , philologue instruit, fondateur de l'académie dello sdegno à Rome, correcteur dans la typographie de Valgrisi à Venise , préparant et soignant l'édition de

(346) Voyez la généalogie de Zeni à la fin do volume.

{347) Questo disegno ri forma to, comme si vede, s'è hanuto de Nicolo Zeno Ion descendent per dntta lînea. Et egli questo gentilhuomo.... ha adorno questo disegno de paratleli et mendiant,»» tutti le.misure clie gii si convtgono.... Questa tavoki dunque ba il soo parallelo di mezo lonUnodtf equinottiali 68 gradi, corne il Zeno diligentissimamente ha osservato. Onde ha queHa proportiooeal meridiano, che hanno qnasi 3 ad 8 (Girolamo Ruscelli, espositioni et intrudnttioni universali, nw*> tavola xxxv). Nous devons faire remarquer, que la graduation de la carte que nous avons copiée a**5 de notre atlas, est loin d'observer ces proportions qu'à voulu établir Zeno d'après les règles prescrite* par Ptolémée.

(348) Touchant la première publication de la carte des frères Zeni , voyez catalogue anglais des livres de Pinelli n" 4392. Ses reproductions se suivirent à Venise, dans les éditions de Ptolémée 15#i par Ruscelli 4369, par lfoletto 4674, 4699, de Ruscelli renouvellées; dansviaggio in Pénis 4? Catherino Zeno i délia scoprimento de lo isola Frislauda, Estlanda, etc., 4S88; dans les dissertation de Zurla 4808. — La carte reproduite ou commentée : Ramusio, navigation!, 4683, t. H, fol M* ; Hackluvt, navigat. t. H, part. II, 494. Hieronym. Mcgiser, septentr. novo antiq.; Abraham Ortefi»*; Lucas Fox north wcst Fox, on Fox from north west passage , London 4636; Eggers, sur bw* situation de l'ancienne Groenland orientale, dans les mémoires de la société économique de CoR0)' bagne , IV, p. 239-390 ; Boaobe , dans les annales des voyages , t. X ; Malte Brun , géographie , éau# par Huot , livre XVIII, p. 489 et suiv.

(349) Omnia docentur in historia universali Nicolai Zeni, in qua etiara estai tota geogr*P"a fidelissima. Joseph Moletius, commentarioF* ad geogr. Ptol. 1, 24, p. 44*, edit. 1662.

Page 1