RUSCELLI, Î
Ptolémée qui parut en italien en 1561, entreprit loi-même et commença r exécution d'un grand ouvrage, qui avait pour but de développer toute la théorie et la science des cartes nautiques des marins, qualifiées par quelques modernes d'hydrographiques, et dont il appréciait lui-même la haute valeur. Il reçut des notes de beaucoup de marins et de particuliers, qui par leur propre expérience, par la pratique et la théorie, étaient très-versés dans cette matière et dont il y en avait beaucoup à Venise. Il demanda des renseignements aux Génois, aux Grecs, aux Flamands, aux Espagnols et aux Portugais. 11 se procura des cartes marines de quelques particuliers qui avaient longuement navigué et les avaient successivement corrigées de leur propre main (sso). Riche de ces conseils et de ces matériaux, il se proposait, dans sa nouvelle géographie, de faire un ample traité à sa manière, dans lequel serait entrée la théorie de toutes les choses qui s'y rattachent. 11 pensait mettre quinze cartes marines, spéciales aux différentes mers, amplement détailées avec tous les endroits , avec les informations et descriptions de leur nature et de leurs qualités, des écueils, des ports et de chaque chose à ce sujet; mais surtout très-exactes et avec la mesure des degrés ( de longitude ) proportionellement selon les parallèles des lieux (ou de latitude], et avec la nouvelle boussole (c'est-à-dire, redressée de sa déclination sur les points cardinaux), dans laquelle se seraient trouvées aussi beaucoup d'opérations importantes qu'on ne trouvait pas dans ceux-ci jusqu'alors. Les cartes devaient être exécutées sur une grande échelle, car, pour qu'elles pussent être destinées à l'usage de la navigation, il fallait qu'elles fussent de la plus grande dimension possible, soit pour qu'on pût exactement y discerner la direction des vents, ou y prendre ces mesures (distances) précises avec le compas et les pointer chaque fois selon les besoins. Lorsqu'il énonçait ce grand projet, il avait déjà exécuté cinq sections de mers en cinq cartes, croyant qu'on ne trouve de pareilles, et il espérait les retoucher et améliorer avant de les livrer à la gravure (351). Ce beau projet n'a pas eu de suite, il resta interrompu et inachevé par la mort de Ruscelli, arrivée en 1566.
Ruscelii avait donc conçu le projet de décorer les cartes nautiques hydrographiques par la graduation dont elles étaient privées. Quel aurait été le fruit de cette opération? Il est difficile de le conjecturer. L'homme qui savait estimer la valeur des cartes hydrographiques, leur
(550) Nel che vengo tuttavia facendo studio con l'aiuto di molli non solamente marinari, ma ancor nobili, che per pratica et per arte et scienza ne sono intendenttssimi , de' quali in questa città aon pur molli ; oltre , cbe da Genovesi, da Greci , da Fiamingbi et da Spagnuoli et Portughesi , io vengo tuttavia proenrando d'haver' aiuti ; et già da moite carte marinaresche , havute da alcnni particolari, che banno lungamente navigato con esse et te son venute aggiustando di volta in voila di mano lor propria (Ruscelli , espositioria et introduttioni universali, cap. VUI, délia carta da navicare).
(554) Délia quai' arte (idrografia) , io spero nella mianaova geografia, for un pieno trattato à mio modo, nel quale oltre allateorico in tutte quelle cose, che le si appartengono, metterb da xv pezzi di carte da navigare particolari di diversi mari, distesecopiosamente.... ma sopra tutto fatte giustissime , con le roisnre di gradi proportionatamente , secondo i paralleli de' luogbi , et con un' nuovo bussolo nel quai' anco sieno moite operationi importanlissime, che in questi fin qui non si veggoao. ... Io con consultatione di persone intendenti , ho latte far cinque pezxi di mare in cinque carte eh' io credo che fin qui ne sien poche altre tali, oltre che avanti che si facciano intagliare, per metter net
libro, potro venirle tuttavia miglorando Percio que le carte vere d'adoperare si convengon far
grandi quanto più si possa , si per noter' iu esse discerner' ottimaniente le vie de* venti, si aucora per potersi col compasso prender giustamente le sue misure et puntarla di volta in volta secondo i bisogni (Ruscelli, ibtd.). — I marinari 1* usaao quanta più grandi lor sta poasibile et banno oltre alla générale 6 universal, più altre carte particolari (Ruscelli nota ad carta mar, 6 da navigare n" 56). •
exactitude corroborée par an long et universel usage, qui estimait l'expérience des navigateurs, aurait conservé les proportions des mers, n'évaluant pas la méditerranée à 62°, mais gardant sa dimension donnée par les cartes marines : la carte de Syrie dans son atlas vient à l'appui de ces présomptions. La nouvelle boussole, rectifiant l'orientation et fixant les latitudes, aurait déterminée la longitude sans recours à Ptoléraée. Mais Ruscelli ne désapprouve pas ceux qui puisaient les longitudes dans Ptolémée, et les caries qu'il approuve par sa publication, sont sérieusement affectées par les longitudes du géographe grec. Le contagieux mal-ptoléméen s'était déjà emparé de l'esprit humain, que rien ne pouvait sauver la géographie nautique. Partout se déclare une sujétion complète à la longitude de la méditerranée de 62* (ïsî), et presque partout aux formes ploléraéennes (353).
Triomphe de Ptolémée, 1550.
209. Pour exécuter la graduation de plusieurs caries qui devaient former un ensemble par leur cohésion , et même d'une seule isolément prise, non-seulement les directions et les inclinations vicieuses des parties offraient de nombreux obstacles à surmonter : mais aussi l'irrégularité des cartes, qui approchaient d'une véritable inexactitude, multipliaient la confusion d'une manière très-embarrassante. Cette inexactitude venait en premier lieu de l'imperfection des instruments à dessiner. Sur toutes les cartes, même sur celles qui sont dessinées et inscrites avec la plus minutieuse assiduité, les lignes, les cercles, les points, les distances vacillent, dirigées et appointées par uue main incertaine. On ne peut attribuer ces déviations qu'à l'imperfection de la règle et du compas. La règle en bois, cambrée, rejetée par l'humidité; en métal, tournant sur un plancher insuffisamment dolé, raboteux, sur le vélin ou la peau , cédant aux inégales applications et pressions, déroutaient les efforts des plus soigneux dessinateurs. Le compas, grande et grossière machine ordinairement en fer, à l'ouverture dure , raide, sautant ou pivotant sans fin, manquait à l'échelle et aux points qu'il devait marquer (354).
(359) La mappemonde de l'atlas de Ruscelli donne ce nombre & la méditerranée ; tes cartes spécial» de son recueil ne purent étendre cette mer qu'à 60".
(563) Ruscelli a donné, carta marina 6 da navigare, solamente per uno essempio, non perche in effeito cos 1 piociola ella fosse comoda 6 buona d'adoperare ; fatta solamente per una mostra et cont per un modello, che valeria pochissimo 6 nulla in adoperaria effetualmente nel navigare. Exaauairt ce modèle on voit que c'est un ouvrage postérieur au voyage de Magellan ; les régions septentrionales ont une configuration tout-à-fait différente de celle qu'on donnait avant 15*0; enfin elle est postérieure aux années 4539, 4541, dans lesquelles la Californie fut reconnue, comme péninsule. M#* d'innombrables irrégularités de cette carte négligemment exécutée , elle déroule le tableau d'une singulière projection. Sa rose, placée sur l'éqnateur, représente le cercle de l'hémisphère, dont'' rayon répond à 00 degrés. Quand ou entreprend d'appliquer les longitudes et les latitudes coasse pair Ruscelli aux lieux déterminés par la rose, les degrés, en tous sens, du poiut central de la rcae, tant en latitude, qu'en longitude se présentent décroissants. L'autre hémisphère est développe « deux côtés dans les additions de moins d'un cinquième du diamètre. Chacune présente la decro* sauces de 90 degrés de longitude de l'autre hémisphère. L'embouchure du Gange figure sur la lisière, comme s'il était à 480* de longitude.
(354) Cette imperfection du compas était écrasante encore au xvi* siècle, comme on peut M remarquer par l'avertissement donné par Ruscelli. Et sopra tutto conviene baver con esseilcaav passo grcnde et giustissimo, che nelP aprirsi, non sia duro, onde bisogni far forza et cosi vengaa™ salto et aprirsi pin che non vogliamo, ne ail' incontro sia molto lento, cbe nell* adoptarst » veaga* restringere da se medesimo (esposit. et introd. univ. cap. 8).
L'impossibilité de soutenir les mesures d'après Texaetitude mathématique, concentra les exigences de l'exactitude dans le coup-d'œil et la main qui fesail ressortir, boursoufler et exagérer les points, les traits et les formes saillants. L'œil cl la main, conduits vers un point mal assuré, allait parfois au hasard et laissait le vague aux gradueurs.
Ces défauts affectaient plus ou moins toutes les cartes nautiques sans les déranger, sans détériorer ni atteindre cette harmonie dé l'ensemble qui les unissait dans un corps; sans introduire des discordances, des incohérences qui auraient rendu ces cartes plus nuisibles qu'utiles à l'usage des pilotes et des navigateurs.
Le dérangement n'arriva que lorsque le divin Ptolémée commença à opérer la grande métamorphose de tous les pays; et sa renaissance, décelant le mode et le modèle de la graduation , souleva ces barrières infranchissables qui s'opposaient à toute graduation possible. Les géographes ne concevaient point, qu'on eût pu découvrir une graduation dans les compositions modernes , ils se préparaient à l'appliquer par la réforme de la carte, de sa boussole, et de la configuration des pays. Les nouvelles découvertes furent gradués; Nicolas Zeno gradua le dessin de ses aïeux '.celles-là sur l'expérience des navigateurs; celui-ci hasardeusement : mais la graduation de l'ancien terrain ne pouvait plus s'exécuter sans l'intervention de Ptolémée. Je ne sais pas s'il y eut jamais à cette époque un géographe quelconque, qui pensa à découvrir les longitudes ou les latitudes des cartes de l'ancien monde de la fabrique du moyen âge, spéciales ou générales, indépendamment de la graduation de Ptolémée. Cependant l'œuvre de la graduation complète gagnait toujours du terrain et poussait des racines profondes. Chaque carte spéciale de chaque pays fut mise à la question, et ne répondant pas, subit la destruction, réformée et affaissée dans les proportions de Ptolémée. Souvent elles passaient par des épreuves de différents philologues qui ne s'entendaient entre eux que sur un seul point, celui de soumettre chaque pays dans le cadre de longitudes et latitudes chiffrées par Ptolémée ; de donner à chaque pays les contours conformes à la configuration ptoléméenne.
210. II me semble que sous ce rapport, les écoles se sont dessinées par des dissidences et que chacune allait sou train. Je ne connais pas des productions publiées des écoles de la péninsule pyrénéenne, qui avaient eu une pratique spéciale et immense que lui donnaient les découvertes et les colonies : mais leur distinction me paraît évidente dans la graduation faite par elles-mêmes de leur propre péninsule, qui ne s'accommodait point avec les graduations des autres pays effectuées par les écoles d'Italie et d'Allemagne, et cette distinction dissidente se prolongea assez longtemps (sss). Les longitudes ptoléméennes s'adap-
(355) Nous avons observé cette dissension parla carte espagnole de 4481 (n* 424 de notre atlas). Elle continue de se manifester dans les atlas de Ruscelli et Moletto 4564 , 4562, d'Ortelius 4670 : dans ce dernier c'est la carte de Cbarl Clusius. Dans les premiers , la carte d'Espagne offre pour Bayonne, lat. 44* 0', long. 43" 20'; pour Narbonne lat. 45" 0', long. 48" 30', et la carte ie France donne à Bayonne, lat. 43* 40% long. 44" 30'; à Narbonne, lat. 42* 0', long. 19*20'. Dans l'atlas d'Ortelias , Clusius (Français), place Bayonne, lat. 44* 50', long. 19* 40'; Narbonne lat. 44° 20% long. 24* 30% et Jolivet en France, Bayonne,' lat. 43* 20% long. 46" 50% Narbonne, lat. 44" 50, long. 23* 30'. L'incolié- • reace est palpable et continue.
taicnt plus facilement à l'Espagne qu'à d'autres pays , cependant ses contours et ses propositions n'appellèrent point l'intervention de torses de Ptolémée. Je présume que les écoles pyrénéennes étaient moins servîtes et avaient plus d'égard pour les compositions des précédents cosmographes et hydrographes que Tes autres écoles.
Les écoles italiennes, quoique intimement liées avec les écoles allemandes, acceptaient et recherchaient les inventions allemandes, cependant elles progressaient sur leurs propres sentiers diffus et croisés, engagés dans un dédale de confiance et de leurs propres investigations. Le vénitien Livio Sanuto (né 1534, mort 4590); le pié montais JacqCasdaldo (mort 1557); le viterbien Jérôme Ruscelli (mort 1566); lenapoli- Pirro Ligorio (mort 1585); le milanais Jean George Septala ; Jérôme Beilarmatus, Antoine Campa, et quantité d'autres savants s'occupaient de la graduation , s'efforçant de donner la plus grande exactitude au dessin de leurs cartes (sse) : t dotli de lor paesi, ritrovar le graduaimx, chacun ouvrageait son pays et différents autres. Ils consultaient les personnes, che esseruino regolatamenle et tutti in vrC hora et vn puntostm la diuersità del leuar dcl sole, à del colcarsi per hauer le larghezze; eigli eclissi, secondo Tolomeo et gli altri antichi, per hauer le lunghezze delk graduationi ne i siti di ciatcun luogo ; et il arrivait dans leurs opérations, comme nella lunghezza uariar alquanto da qualle gradualione che ne fa Tolomeo.
Je ne sais quel a été le résultat de la graduation opérée par Castaldo, qui était le plus productif des contemporains de son pays. Il a publié les cartes générales : il a dû par conséquent raccommoder les brèches et les inconhérences qui variaient les cartes spéciales (357).
Les cartes spéciales graduées, que Ruscelli a réuni dans son petit atlas, offrent une inconstance et une indétermination pénible; tantes longitude qu'en latitude, pour une quantité très-nombreuse de différentes villes qui reparaissent sur plusieurs caries. On peut dire que daus celte inconstante confusion, Venise seule garde assez immuablement sa position : car même en Italie une mobilité fâcheuse se déclare dans l'emplacement de beaucoup de villes.
Voici quelques exemples de l'instabilité de positions dans l'atlas de Ruscelli :
Dans la longitude.
Bayonne. 43 30 — 14 40
Narbonen. 10 30 — 19 30
Anvers. 42 0 — 25 40 — 26 0
Nizza. 27 30 — 28 0
(556) Liyio Sanuto avait invente des instruments qui donnaient à ses cartes une perfection ïbm*nue jusqu'à lui. — Africain aliquot tabulis descripsil, Venetiis apud Daraian. Zenarum 4588.
(557) Jacobus Castaldus pedemoutanus orbis universalis typnra magnae formae, eandem minon forma ; item Asiae, Afrieae, Hispaniae, Italiae, Siciliae, Greciae, Uungariac et Pedemontans tairai», Venetiis, omnia per Mattxum Paganum (Ortelius). — Vien poscia il cosi detto Ptolemeoeditota Vcnezia, nel 1543 colle tavole di Jot-opo Gastaldo, in fine al quale si ravvisano eziandio 4 carte dello stesso intitolate : India tercera, Nuevia Hispania , Universale novo, e carta marina — la maniera dj
.„<»», .uvivuiattc . niuia »cti.i;ia, nuevia mspauia , uuivursuie uuvu, e caria marina — bimu»"",rappresentare il nostro globo in due emisferi , corne pur oggidi si costuma tuttavia se od* M esempio aoteriore nel Guaslaldo (Zurla, salle antiche mappe idro geografiebe cap. 54 ). — Le laboriea» et productif Gastaldo, pour sa propre Italie, n'avait rien de mieux que de refaire l'Italie donisieane, en donnant un développement plus couvcnable au Piémont et à la Calabre. A cet effet sa longue* offrit assez d'espace. — L'Italie de Castaldo est reproduite par Ortel, Mercator; plus 4'*** ** ensuite par les autres comme on le voit par la fabrique de Jean Le Clerc, Paris 1610.
PTOLÉMÉE, fil.
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Suez.
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Faramida.
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Celte inconstance ne peut être rejetée sur la seule négligence du dessin ou de la gravure : elle vient de l'indécision des savants ptolémaïsans, qui différaient dans les moyens de faire coucher horizontalement Fltalie, de lui donner la longueur de 15 degrés et à la méditerranée celle de 62 degrés; de tordre et rapprocher les cartes modernes à la
Graduation de Ptolémée. Cette opération favorisait l'orientation vicieuse es cartes, dont le canevas de la projection cylindrique éloignait Rome à un degré et plus vers Test du méridien de Venise, et ainsi de suite les longitudes relatives des autres positions. Les degrés de Ptolémée entre Venise et Rome furent acceptés et introduits, de même autres guingeois grecs.
Je suppose que dans leur laboratoire les Italiens compulsaient les relations arabes (s«s); peut-être les traditions de la mappemonde de Roger se conservaient encore, où les écrivains moslemines d'Andalous furent consulté, où Ton trouvait tant de notices sur le premier méridien, sur le véritable occident et sur la graduation de la médilcrrauée. Le fait est que le laboratoire italien, admirant la ^agesse de Ptolémée et des Allemands, ne tenait pas trop fermement aux 62 degrés : avec la longueur de la méditerranée il se rapprochait plus aux infidèles mahominédans. L'Afrique sur le plan équatorial de la mappemonde ne demandait que 56 degrés; la projection cylindrique n'avait besoin qu'un quart de plus pour la longitude croissante, qui montait à 52 degrés. Ruscelli comptait en effet 59 degrés; Livio Sanuto Castaldo L'école italienne , malgré la revirade de la renaissauce , élaborait les matériaux pour la réforme et l'histoire de la géographie, et nous appelle à l'examen sérieux de son produit.
211. L'esprit des Allemands, bellissimoingenio, plus s vstématique, agit, sous le rapport de la graduation, avec plus de conséquence et de
(388) Voyet dam le III"» volume , cartes de l'Inde et de la Cuine , note 13, du chap. <8 ; chap. 34.
décision. L'ajustement précoce des latitudes à quelques cartes des cosmographes, prouva les dispositions de la régularité et de l'ensemble. Mais ces cartes furent bientôt sacrifiées et toute idée des géographes allemands s'enferma dans Ptolémée et procéda à toutes les opérations avec assurance, méthode et servilité édifiante. Behaïra, Schedel, Ruysch, Scbôner, Munster, Apian, Gemma, se succédaient, agissaient dans le même sens avec une assiduité infatigable, et réussirent à consolider la domination de Ptolémée par leurs publications populaires.
Jean Schônp.r, né 1 477 à Karlsladt en Frankonie, vir rerum mathemalicarum excellent (Apiani, cosmogr. II, p. 33), cultivant la science à Bamberg, commença à fabriquer les globes. A cet effet, en 1515, il publia un ouvrage (359). Il y confectionna en 1520, aux dépends de Jean Seyler, un globe du diamètre de 2,8 pieds de Paris. Appelé en 1526 à Nuremberg, comme professeur, il y transporta son globe, qui y est encore. En 1532 , fabriquant un globe pour le duc de Saxe, il publia deux nouveaux renseignements sur l'utilité des globes. II mourut en 1547, et pendant sa vie ses globes répandaient l'image modernisée de l'habitable de Ptolémée, nova et quam anle fuit, verior Europae formatio (300).
Sebastien Munster, né en 1489 à Ingelheim mort en 1552, à Bâle, par sa cosmographie universelle, publiée d'abord en 1544, souvent réimprimée en allemand et en latin, traduite en français 1555, en italien 1558, mit en cours la même image (voyez n° 129 de notre allas). Son édition de Ptolémée, cinq fois imprimée, 1540, 1541, 1541, 4545, 1552, servit de modèle à la nouvelle formation, pour les autres géographes à l'étranger.
Pierre Api en ou Bienevitz, né 1459, à Leisnik en Misnïe, mort en 1551, professeur de mathématiques et d'astronomie à Ingolsiadl en Bavière, popularisant l'astronomie et sa pratique, par ficelle et papier mouvant, familiarisa le monde ptoléméen par sa cosmographie. Régner Geuma, le frison, né 1508, mort 1555, s'empara de ce petit ouvrage, y introduisit les notions géographiques et une table abondante de longitudes et latitudes géographiques de Ptolémée, pour servir à dresser les cartes, dont il fit en 1510 lui-même l'expérience à Louvain. Il multiplia sans fin les éditions commentées de celte cosmographie d'Apieo, dans toutes les langues, latine, flamande, allemande, française 1544, italienne 1575, espagnole 1575; et il fabriqua les globes (sei).
(359) Luralentissima quiedam terme totins descriptio, cunt multis utilissimis cosmograpki*' initiis, novaque et quam antefuit, verior Europae nostrae formatio, praeterea , fluviorum , montiusi» provinciarum, urbium et gentium quam plurimorum, vetustissima nomioa recentioribus admiitt vocabulis, multa etiam, quae diligent lector nova usuique futura inveniet, cum globis cosmographcis, Norimbergae 1515, in-4".
(360) Vovez Doppelmayr, von den niirnbergischen Mathemalicis , p. 45-50; ErdgiobusBehaimi und der des Johan Schoncr, Abbandlung von F. PI. Ghillany, Nurmb. 4842. Ce dernier a doaa« l'autre hémisphère du globe de 4530, que nous reproduisons u° 195 de notre atlas. Il assure qt« l'exécution du globe est faite avec grand soin. Le temps fit disparaître maintes épigraphes, nv» d'après la description de l'hémisphère , le globe en proportion de sa grandeur, n'est pas abondant, ni dans la nomenclature, ni dans les légendes, dont certaines offrent un intérêt.
(361) Je ne connais pas de cartes élaborées par Apian et Gemma : je ne connais que leurs peujf* productions. Le premier présenta une mappemonde à Chartes V, mais ceux qui pensent que cette mappemonde est attachée à sa petite cosmographie sont dans l'erreur : la figure impériale tête* tète avec Jupin ne pronve rien. Elle peut-être une figurine mal exécutée de la mappe pré*****: Charles V. Voyez n" 428 de notre atlas. Pour redresser les grossières erreurs du graveur, GesuM donne un indicateur dans la série des longitudes et latitudes des lieux. Aidé par cet indicateur ■©■» donnons l'idée quelque peu avancée de la mappemonde accompagnant sa cosmographie. AP!**^ Gemma copiaient d'abord le monde juste tel que Schoner l'a dessiné sur son çiobe;en>Biteu> suivirent d'autres modèles. -
A force de tant de publications, la renaissance de Ptolémée arriva à son âge de puberté et à son âge viril. Aucun géographe ne doutait plus qu'il n'y avait qu'un seul moyen d'avancer et de perfectionner la science et les caries, c'était de rebâtir l'ancien édifice géographique en le plâtrant et badigeonnant en moderne. Dans ce but, ils commençaient par la géographie comparative, par laquelle les connaissances se trouvaient basées sur Ptolémée, la mer méditerrauée placée et étendue le long de 62°. De cette façon se révélait nova et quam ante fuit vcriôr Europae formatio, où les longitudes et latitudes empruntées de l'ancien monde n'avaient aucun autre fondement que la crédulité des savants, leur prévention et leur ignorance, qui s'efforçait d'éblouir leur vue par une futile décoration, infiniment nuisible et destructive.
Qu'on veuille réfléchir quel coup désastrueux reçut la marche de la cartographie, combien elle fut lésée sur tous les points, dégradée, ensevelie dans une foule d'innombrables bévues. La hideuse monstruosité de Ptolémée écrasa et détruisit de fond en comble l'œuvre précédente du moyen âge, offusqua la vue des savants, tyrannisa les labeurs des géographes pendant plusieurs siècles.
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