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RÉFORME DE LA GÉOGRAPHIE

212. Le triomphe de Plolémée apporta à l'esprit crédule et paralysé une sécurité peu durable. Un malaise ne tarda pas à semer l'inquiétude, préparant une lente réaction. Le bon sens reprochait souvent à la conscience fascinée et séduite, l'aveugle confiance; l'incriminait d'une crédulité puérile. Maintes fois éclairé par des vues lucides, ébahi à l'aspect de l'absurdité patente, dans sa méfiance, il se révoltait contre l'autorité tyrannique, aimant mieux marcher indépendamment, renonçant à toutes les formes acceptées, ne suivant que les règles de la théorie.

La déûguration et la réforme fatale des cartes géographiques occasionna un grand changement dans les opérations géographiques. Les cartes hydrographiques décréditées, ne trouvèrent, pendant un certain temps, que peu d'amateurs dans les hautes études (ses), toute l'attention se tourna vers le continent. La géographie, de nautique qu'elle était, devint une géographie continentale. Au xvic siècle, chaque état, chaque pays, province, canton , sur tous les points de l'Europe, avaient leurs topographes, chorographes, géomètres, géographes qui ramassaient avec la plus grande diligence les nombreuses distances, les combinaient minutieusement, composant les cartes spéciales. Ces chorographes et topographes spéciaux ne se souciaient aucunement de longitudes géographiques, ils redressaient les cartes de leurs pays,. basées sur la complication des dislances plus scrupuleusement déterminées. Leurs cartes étaient pour la plupart sans aucune graduation. Restait aux cosmographes à rafiner sur cet objet et à appliquer la décoration de degrés; à rapprocher, ajuster et réunir ces spécialités dans un ensemble, a les enclaver dans le cadre ptoléméen. Ces cartes spéciales, nouvellement élaborées, gagnèrent toute confiance et leur crédit mina sur d'innombrables points les formes ptoléméennes. C'était une œuvre préparatoire pour ébranler et renverser l'édifice de l'aveugle prévention. Il fallait à cet effet nombre d'années et plusieurs générations pour déblayer les décombres de la dépravation.

(362) Abraham Ortel n'a pas vu les cartes marines de Waldseemiiller, ni de Laurent Frisius ; cette dernière est pour sûr reproduite en 4539, par Villanovanus, ad calcem Ptolemaei tabu. totius orbis r orbis typus uni versai is juxta hydrographorum traditiouera exactissime depicta 4522. L. F. carte misérable. L'autre de Waldseemiiller est très-probablement cette hydrographie portugaise que nous avons élaboré par les cartes spéciales (n* 118 de notre atlas) et analyse. — Ortel a peut-être vu la carte marine deNicolaï; quant à celle de Mercator elle se distinguait de toutes les autres parla urojeclion nouvellement inventée, mais elle n'était pas moins continentale, comme nous allons le voir.

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Déjà les cosmographes du moyen Âge et les marins, perfectionnant leurs cartes , avaient besoin de comparer les mesures variées de différents pays : milles, lieues, stades, pas, pieds, aunes, et toute sorte de mesure de longueur. Les latitudes géographiques venant isolément à Faille de leur construction : la connaissance de la grandeur du globe et de son degré devenait nécessaire. Les traditions, les opinions arabes, enfin les données fouillées dans les auteurs anciens, dirigeaient l'esprit des cosmographes, et malgré le désaccord confus de leurs différentes présomptions hypothétiques, n'affectaient point les cartes qui se passaient de degrés. Depuis que Ptolémée avait prescrit ses lois, toutes ces précédentes supputations avaient été reléguées de côté, ou confrontées et adaptées au chiffre de Ptolémée de l'origine obscure. Surgirent de nouvelles divergences dans les résultats de cette opération : mais elles n'eurent aucun effet sur le dessin des cartes, car en même temps leur confection subit une métamorphose, une dé figura lion , sans être redressée sur quelque base solide. Les essais multipliés de nouvelles caries continentales, encombrant de jour en jour le cabinet des cosmographes, fcsaienl cependant sentir la nécessité de la connaissance certaine de la grandeur du degré : la confrontation des mesures ne rassurant pas suffisamment et l'opinion de Ptolémée devenant suspecte. On s'attaquait déjà à ses opinions astronomiques , à l'exactitude de ses calculs, à l'authenticité de ses observations. Le toruinen Nicolas Kopernik de Pologne (né 1473, mort 1515) (503), sapa dans leurs bases son système du monde, indiquant aux astronomes un pqint d'appui certain, immuable. L'astre de Ptolémée pâlit, sa renommée commençait à chancheller et on se demandait si le globe terrestre avait réellement la dimension qu'il lui assignait. Mais aucun des cosmographes ou géomètres n'était assez hardi pour sortir de son cabinet et entreprendre la vérification. Un médecin français prit le devant et jeta le brandon à la curiosité future.

215. Jean Fernel, qualifié d'Amienois, né à Monldidier en 14-85 (364), mort 1558, plus médecin et astrologue qu'astronome, aimait les occupations astronomiques. Connaissant quelques discordances des astronomes et des géographes au sujet de la grandeur de la terre, et en les examinant, il remarqua que le seul moyen d'en sortir, était de se convaincre par sa propre expérience. Suivant l'opinion de quelques-uns le degré de 700 stades d'Eratosthènes était 87*/2 milles italiques. Regiomontamus réduisait les 700 à 640, c'est-à-dire à 80 milles. Ptolémée ne donnait au degré que 500 stades ou G22/* milles. D'autres ne comptaient que 60 milles. Campanus, The bit, Alméon, Alfragan 56*/s milles. Dans une pareille incertitude, Fernel crut devoir répéter loimême la mesure. Dans ce but il se rendit à Paris et parcourut la route vers Chantilly, suffisamment déterminée par sa direction et sa longueur. Il leva presque sous le même méridien vers le nord de la capitale, à

(363) Ses ouvrages publiés : de revolutionibus orbium coelestium, Norimbergae 1543, BasilcaelWJ» Am«tf-forîami 4617, 4640 ; de lateribus et angulis triangulorum, Wittebcrgae 1644.

(364) Suivant les autres à Clermont en Beauvoisis en 1497. Il publia, de proportionnas , moittl* spWrium, sive aslrolabîi genus ; generalis borarii structura et nsus, Parisiis 15SG fol.; cosmotheoria, Paris 1528, fol.

MERCATOH, ORTBL, «14. d8i

différentes distances, plusieurs latitudes et il retrouva par ce moyen, qu'un degré du grand cercle était de 68 milles 95 pas et un quart, qui font 514 stades romains et 45 */* de pas. Il détermina en conséquence la circonférence entière de fa terre : 24514 milles et 205 5/7 pas (365).

Cette vérification n'a pas tranché la question, ne dispersa point les incertitudes, ni assoupit la divergence d'opinion. Gérard Mercator, le coryphée des géographes de cette époque, donnait à la circonférence de la terre 5400 milles germaniques ou 21600 italiques, ainsi qu'il évaluait le degré à là1/» milles d'allemagne ou 60 d'Italie. Il pensait que cette opinion moderne était d'accord avec l'ancienne de Ptoléméc (ses)..

Les Italieus et les Allemands ne se départirent point de leurs travaux géographiques, ils continuèrent sur leur propre terrain et relatèrent les produits des découvertes d'Espagne et de Portugal. Venise , Rome et Norimberg ne cessaient point de posséder de laborieux publicateartf. Chaque pays de l'Europe, chaque province, comme nous l'avons dit, comptait de compositeurs de cartes. Ferdinand Alvar Secco, Diego Homen en Poriugal, Cari Clusius pour l'Espagne, Jolivet en France, Humfred L'huyd en Angleterre, Sébastien Munster en Allemagne, Jacq Caslaldo en Italie, Vincent Grodechi en Pologne, Sigismond Herbe rs te in pour Moskou, Jean Sambouk et AVolfgang Lazius pour la Hongrie et les pays adjacents, Nicolas Geno pour la Skandinavie, et multitude d'autres illustraient l'Europe et alimentaient partout les éludes géographiques. Mais nulle part ces études ne firent plus de bruit et plus de progrès à cette époque que dans les Pays-Bas. L'activité fervente , prospère et fructueuse s'y centralisa et anima celle des autres pays.

Les caries topographiques des petites mais florissantes et populeuses provinces des Pays-Bas, se multipliaient; le dessin, la gravure, l'exactitude assidue s'y développaient; les matériaux de toutes les nations y avaient des reproducteurs; toutes les méthodes y trouvaient des spéculateurs versés; Anvers, par ses publications géographiques, se mit en concurrence avec toutes les fabriques de cartes.

Mercator et Ortel, 1537-1508.

214. Souvent la Palestine était l'un des premiers objets d'exercice des géographes. Gérard Mercator , né en 1512 à llupelmondc, s' étant établi à Louvain comme support (étudiant) de l'université , devint par

(565) Delambre, hist. de l'astr. p. S83. — Fernel, comme grand nombre de géographes et astronomes de cette époque, comptait sur le mille italique. Il détermina et compara les mesures de {>lusieurs autres nations. Le grain d'orge, suivant Fernel, est la petite mesure ; le doigt vaut 4 grains; a palme 4 doigts, le pied 4 palmes, la condée 6 palmes; le pas simple 40 palmes; le pas géométrique 5 pieds; la perche est de 40 pieds; le stade italique de 25 pas (40 feraient un mille, mille jrassus); le mille (italique) est de 8 stades; le mille germanique de 4000 pas; le mille de Suède de 5000. Par conséquent le mille germanique était composé de 4 milles italiques. Cette proportion n'était pas acceptée par les autres. Quant à la lieue de France, Feinel avance qu'elle est plus grande que deux milles italiques. —L'astronome François Fernel, dit Huot, dans sou édit. de la géogr. de Malte- Brun , xxvi, p. 46) eut l'idée singulière de partir de Paris pour Amiens en voiture, et de compter exactement le nombre de tours de roue faits pendant la route, jusqu'à ce que la liauteur du soleil fût diminuée d'an degré , et il trouva par ce moyen que la longueur du degré qu'il avait parcouru était de 57070 toises.- Lacail le obtint par des moyeus trigonométriques la mesure de 57074 toises. Ces deux résultats sont remarquables

(366) Huncorbem contincre in circ-uitu quo maxime patet, millia germanica 5400; sive italica 11 600 antiquitus docuit, idem recentior asserit aetas(Abrah. Ortelii,ad orbem terr.). Par conséquent, suivant Mercator, le mille d'Allemagne avait 4 sc/at milles italiques.

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