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Par l'étude des premiers éléments, on savait qu'on déterminait les positions du ciel et do globe par les longitudes et latitudes. On ne peut supposer que le souvenir et même l'existence des cartes graduées se serait perdue. La réminiscence et l'étude éveillant le souvenir et Tidée de tracer les longitudes et latitudes par la carte marine, devait surgir tôt au tard. Si la carte de 4410 (du musée bourbon à Naples) avait quelques traces ou apparences de la projection plane (chap. 153, vol. II, p. 69), il est certain qu'un des cosmographes dessinateurs (quidam), s'était avisé antérieurement de soumettre la carte nautique à une projection , au moins à la repasser (à l'instar des cartes arabes) par les bandes de climats. Le cardinal d*Ailty l'atteste en 1410 et reproduit son opération en image d'une spbère (cbap. 154, 157, n° 79 de l'atlas). Mais la question de (a graduation n'était sérieusement agitée que plus tard. *
Renaissance de Ptolémée, perturbation; projection et graduation.
257. A peine d'Àilly acheva son traité de l'image du monde , que la version latine de la géographie de Ptolémée arriva à sa connaissance. Il reprit sa plume et composa un résumé de cosmographie , où il traite de projection, de latitudes et de la composition des cartes, non seulement d'après les arabes et les mappemondes marines qui lui servirent pour son traité précédent, mais aussi d'après les climats et les latitudes de l'école d'Athènes1 (dans Pline) et de Ptolémée.
On connaît les folies de la renaissance : ces Àgamemnons suivis du cortège contrefaçonnant les héros de l'iliade; ces Apollons laurés montant l'Olympe; ces doctes travestis en philosophes du portique; ces interprétations qui fesaient revivre l'antique idiome grec et latin dans les familles; ces extravagances qui amusaient la société et fatiguaient les arts et les sciences : il n'y a donc rien d'extraordinaire que la géographie y trouva sa bonne part , tournant son culte vers l'infaillible Ptolémée.
Cependant la renaissance des lettres, exhumant la géographie de Ptolémée et ressuscitant ce géographe grec , alluma un brandon qui attisa des conséquences incalculables; appelant à la méthode scientifique, longtemps encore impraticable, elle jeta une perturbation extrême dans la cartographie; elle propagea les erreurs qui donnèrent une immense impulsion aux découvertes du nouveau monde et de l'intérieur
de l'Afrique.
La version latine d'Angelo fut éditée en 1475 à Rome, en même temps, 1470, Nicolas Donis en Allemagne reprit non-seulement la
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traduction mai» dressa les carte* 4e PtoJémée , et essaya de les travestir ep cartes modernes, conservant scrupuleusement toutes les latitudes, longitudes et configurations les plus aeeariàtres du grec (n° 1(15, 104 de l'atlas). Les savants italiens approuvèrent cette intention et applaudi* dirent à l'ingénieux allemand, condamnant les cartes marines comme produit de praticiens ignorants.
Par une singulière interprétation de ee qu'avait relaté Marco Pnlo, les îles et l'Inde qui touchait au Mekrau, furent renvoyées au delà du 180e degré sur l'autre hémisphère pour y former, avec la Chine et le Japon, la prolongation du continent étendu par les 180 degrés et pour complémenter la mappemonde de Btolémée. japon se trouva placé à 280* de longitude, rapproché à l'Europe (u« 109, 110, 119, 120, 1*5, 126 de l'atlas). Ainsi parut une mappemonde d'une étrange configurar tion. Désormais les mappemondes ne cessent de représenter les deu$ hémisphères à la fois, toutes les parties du monde connues ou inconnues, et les cartes tournèrent le nord en haut. Les figurines homériques et les mappemondes rondes allaient périr, et après douze siècles d'existence» elles furent frappées de mort, dès que les navigateurs franchirent les limites de l'hémisphère.
Paolo Toscanelli en 147*, expédia une semblable carte k Christophe Colomb; Martin Behaim, en 1492, l'étala en entier sur son globe à Norimherg (n° 109 de l'atlas) et Colomb se félicitait dans la même année qu'il abordait l'autre extrémité du vieux monde. Bientôt , examinant l'île de Cuba, il pensait côtoyer les rivages delà Chine, et remarquant l'élévation de la terre vers l'équateur, il croyait se rapprocher au paradis terrestre , correspondant sur l'autre hémisphère à la coupole ariné. L'extravagante apparition des mappemondes encouragea et enhardi beaucoup plus les découvertes que les tables rondes. La navigation, les découvertes portugaises et le tour du globe de Magellan , submergèrent enfin dans les abîmes de l'océan ce monde fantastique.
Longtemps encore la navigation , presque exclusivement seule, réglait les mappemondes. Elle avait sa cartographie à elle, créée par le moyen âge. Cette cartographie observait sa pratique, sa routine, sa méthode et ne voulait renoncer au produit élaboré. L'apparition de Ptolémée procréa une autre cartographie, qu'on peut appeler continentale, basée sur la méthode scientifique et théorique qui n'avait encore aucune expérience ; crédule et présomptueuse, affublée de la large casaque de Ptolémée, elle croyait savoir et connaître tout. IHffert situs nauus, du moyen âge, à situ quem posuil Ptolemaeus. La division dans la cartographie fui déclarée et les collisions ne cessaient de troubler leur activité. La cartographie continentale de savants et philologues (à partir de Tannée 1475),
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s'est emparée la première de la publication par la gravure en bois ou en métal, autant de la géographie de Ptolémée que 4e ses propres inventions, imaginées d'après le modèle.
Les théoriciens criaient à l'ignorance des marins et de leur pratique. Les cartes marines n'avaient ni climats, ni parallèles, ni méridiens; leur orientation établie sur la boussole était vicieuse, ne répondait point à l'orientation réelle. La construction et les proportions de la méditerranée et des rivages extérieurs de l'Europe et de l'Afrique , réprouvaient celles de Ptolémée. Placée régulièrement sur le globe terrestre, la composition de la marine aurait déterminé les latitudes de Gonstantinople à» 41°, de Tunis à 37° et la longueur de la méditerranée monterait à 41 degrés seulement. Les théoriciens ne savaient se prendre avec cette composition des ignorants; ils la condamnaient, préférant celle de Ptolémée qui rangea Gonstantinople par 43° et Tunis par 52e de latitude et assigna à la longueur de la méditerranée pas moins que 62 degrés (n° 108, 109 de l'atlas). Chaque position y avait sa latitude et longitude déterminées. On ne s'empressait guère de les vérifier, le maître Ta dit, il fallait croire ; on ne savait point comment entreprendre leur vérification, il ne restait que de l'accepter avec confiance. L'acceptation sans réserve de tout ce qu'annota l'astronome géographe, recommandait avec entêtement la nouvelle école allemande par l'organe de Behaïm 1492, Ruysch 1507, Schoner 1521, Munster 1552, Apian 1551, Gemma 1555. L'école italienne, n'osant blâmer cet élan de la croyance des néophytes fraîchement recrutés et initiés , accablée de ses connaissances précédentes, se troubla dans le vertige ptoléméen, ne sachant plus revenir à son expérience marine. La navigation et les découvertes arrêtaient continuellement les compositeurs de mappemondes dans les dernières extrémités du continent : mais le vieux monde, victime de la crédulité, restait déformée pour longtemps.
258. En attendant , les audacieux marins suivaient leur ancienne routine. La navigation hauturière les conduisit tout le long de la ligne équinoxiale, et ils avaient leurs mappemondes. Les Portugais et les Espagnols préparaient les cartes marines, hydrographiques du monde. Ils comprirent le développement cylindrique de leurs cartes, les défauts de la composition antérieure du moyen âge , l'incohérence des parties , l'imperfection de l'ensemble et de la méthode , lorsqu'au delà des tropiques leurs découvertes se disloquaient par la projection cylindrique, exigeant l'emploi de l'échelle croissante : mais ils ne se hâtaient point de détruire l'ouvrage de la bonne expérience , ils nourrirent une juste et salutaire répugnance de contrefaire un Ptolémée. La navigation
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hauturière n'était pas inaccessible à la théorie et à la science, elle comprit la nécessité de se servir des instruments et des observations astronomiques; elle les adaptait autant que leur usage ne contrariait son expérience bien éprouvée. Elle savait qu'il était plus facile de trouver un nouveau monde que de déterminer le premier méridien ou une longitude géographique. Le tour du monde, accompli en 1522, par Magellan , souleva la question de la possession des Moluques et les experts du compromis de Saragosse en 1529 se virent incapables de la résoudre. On avait assez de règles et de théories pour lever les longitudes astronomiquement, mais on ne connaissait encore que les longitudes distanciales de la navigation; elles dirigeaient Magellan , elles déterminaient le méridien de ma r cation et de démarcation , ou de partition. Cette longitude était trouvable par la méditerranée sur les cartes du moyen âge, si les théoriciens s'étaient donné la peine de ta chercher sans se référer aux 62 degrés de la longueur ptoléméenne.
Les nouvelles découvertes, malgré leur extension, ne formaient qu'un complément du vieux monde et se déroulaient sous la plume et le compas des cosmographes et hydrographes sur la même carte à la suite des rivages du vieux monde ; elles devaient donc suivre et se coordonner à la boussole acceptée dans la composition des cartes marines. Mais les navigateurs remarquèrent bientôt que l'aiguille variait , que son orientation était inconstante; or, pour avoir une orientation fixe et certaine, ils réglaient leurs courses et dressaient leurs découvertes uniquement sur la direction de l'étoile polaire , et la rose des vents se trouvait régulièrement orientée; ils observaient la hauteur du pôle et levaient les latitudes. Cette composition prit place déterminée sur le globe, elle avait seslatiludes et ses parallèles, elle pouvait, par induction, inventer les longitudes; attachée au vieux monde , elle devait rectifier et fixer sa position : mais cette rectification n'arriva pas de suite et ne s'était généralement établie que bien plus tard.
Je ne connais pas des latitudes que Gralioso Benincasa 1416-1472 ou quelque autre des cosmographes échelonnaient sur la lisière de la carte. D'Ail ly et quelqu'un des cosmograpes antérieurs, repassant la composition nautique du moyen âge par les bandes de climats, sans toucher à l'orientation de l'aiguille, disposèrent la composition entière par la latitude de Rome : il s'ensuivit que Gibraltar et Alexandrie à la fois se trouvèrent par 35° de latitude (n° 69 de l'atlas). Les premiers éditeurs de cartes gravées faisaient parade de l'échelle latitudinale (n° 101, 102, 103, 104 de l'atlas). Examinant l'extrême perturbation dans leur opération , où l'on ne remarque ni les latitudes ptoléméennes, ni quelques autres ailleurs connues ou conformes à quelconque qui