‹ Géographie du moyen âgeChapitre 51 sur 135 · PASSE AUX BARBARES · texte numérisé non relu

PASSE AUX BARBARES

II avait copié ses prédécesseurs et il était copié à son tour', imité, et reproduit sur le lieu même par d'autres ravennates.

3. De ces produits géographiques, il reste une riche compilation d'un ravennate, genitus Ravennœ, licet idiota, réellement ignorant érudit, qui mit à contribution la bibliothèque de Ravenne, pour forger une cosmographie. Les extraits de sa compilation, tirés des auteurs anonymes ou nommés, cousus dans certain ordre, sont pleins d'erreurs et ne sont pas libre de bévues d'ignorant.

Pour la partie scientifique on n'y voit rien de précis, de clair, de distinct. Sur la latitude géographique ne perce aucune notion ; sur les longitudes on remarque de belles apparences dans les XII heures de la journée, hora diei, chacune de 15 degrés en longitude; mais l'illusion se dissipe par la réflexion que ces heures sont évidemment les sections d'une table routière, moins harmonieuses dans leur série doublée que les sections de la table peulingérienne. Dans cette double série, méridionale de droite à gauche, septentrionale de gauche à droite, sont énumérées les provinces et les pays environnants l'Italie et la Grèce qui sont passés sous silence. Toute l'immensité de l'orient conjointement avec le paradis est compris dans trois heures ou sections; l'empire romain avec ses itinéraires s'étend par toutes les autres. (Voyez la table des heures ravenn. dans mes Badania, recherches, Yilna, 4818.) Ainsi la prétendue cosmographie ravennale, n'est rien qu'une abondante nomenclature , tirée des itinéraires annotés.

L'ignorant érudit cite la bible, scripturam, spécialement, le prophète, les paraboles, l'évangile, les actes des apôtres; il tire du passage de questiones de pseudp Âthanase (I, 6, p. 9); de liber Alexandri (I, 8, p. 12) ou de l'histoire des guerres d'Alexandre le macédonien; il connaît l'existence du poète manlouan, de Virgile (V, 35, p. III). Du nombre des pères de l'église, on rencontre chez lui des passages de Grégoire, d'Epiphane. On peut considérer ses citations de Paul Orose, d'Eutrope, de Jordan, de Ptolcmée justes et vérificables. Jusqu'à ce point son érudition allait bon train, ne se compromettant guère. Mais il mit au jour les noms d'une quantité de cosmographes qu'il qualifie de philosophes de différentes nations, inconnus par qui que ce soit, et l'opinion des savants se divise, admettant leur existence réelle, ou accusant l'ignorant ravennate, l'idiote» d'ingénieuse invention*

4. Voici la liste de ces auteurs, philosophes, cosmographes , historiographes , au nombre de 26 plus au moins (4).

6 romains : Castorius (s), Lollianus, Marcel lus, Maximus ou Maximinus (6), Liginius, Rigilinus.

8 ou 9 grecs : Porphyrius, Jamblicus, Libanius ou Livanius, Hylan

compilations ravennates. Nous attendons avec impatience la publication promise par ce savant, du précieux manuscrit qui porte la date de l'année 4449.

(4) Le manuscrit de Bruxelles, de l'année 1449, a donné à la page 64 verso cette liste des philosophes incomplète, mais intéressante pour les variantes et les incertitudes.

(5) Castorins, partout qualifie de romain , romanus cosmographus (II, 46, p. 58, etc.) est à la fin appelé gothorum philosophus (IV , 42 , p. 83) évidemment par méprise.

(6) Marcellus et Maximinus dans la liste du manuscrit de 4449 sont appelés grecs.

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ou Hylas, Sardonius on Sardatius, Aristarchus (A Pyrithon (H, 16, p. 35) , probablement le même que Provinus ou Probus , Meitstanus ou Melitianus ou Menelachus, ce deux derniers, sont génère Afri (s).

5 macedons : Fentesileus, Marpesius, Ptolomeas rex egyptiorum.

2 égyptiens : Blantasius et Giacorus ou Cynchrin (9).

2 persans : Àphrodision et Arsacius qui écrivirent en grec (iO)»

5 golhs .-Jordan, Edelvald ou Hoidevald, Aithanarid ou Athenaride, Marcomir ou Marcus mirus (u), Storicus, ajoute la liste du manuscrit bruxellois 1119.

Le ravennate dit, qu'il a lu , et qu'il connait tous les ouvrages de ces auteurs, mais il désigne et nomme les villes, seulement suivant quelquesuns d'entre eux. En effet il n'allègue tout au plus que les paroles de dix de ces philosophes. Pour la description de F Asie entière il ne repète que la relation de Gastorius ; la description de l'Afrique est extraite de ce même Castor i us et de Loi lien; le même Castorius est misa contribution, exclusivement lui seul pour la description de l'Italie, de la Bourgogne, de la Septimanie et de l'Espagne. Quant au reste de l'Europe, le ravennate cherche de nomenclatures de différentes patries ou provinces dans différents auteurs. Le grec Libanius lui fournit pour la méotide , le rivage pontique, la Mysie et la Tbrace ; le grec Aristarche pour la Macedoin, l'Epire et la Grèce; le romain Maximus pour l'Hlyrie; le grec Sardonius pour les rivages de l'océan septentrionales ; le golh Marcomir pour la Pannonie, Carniole, et Libournie, de même pour la Frisie et la Gascogne; le golh Aithanaride pour la France rhénane, la Thuringie et la Suevie ; le goth Eldevald pour la Bretagne et la Gascogne espagnole. Enfin pour le nord, par-ci par-là le ravennate s'en rapporte aux subtils récits , de plus savants de Jordanes et de Ptolémée. Quant aux autres cosmographes, ce sont pour la plupart des écrivains spéciaux, qui ne lui offraient que la nomenclature de certaines patries, de conformités, de répétitions identiques, ou de passages détachés (12).

La probabilité de l'existence de ces auteurs est admissible, avouent les savants investigateurs. En effet, les itiuéraria a 11 no ta ta et picta , les nomenclatures sèches, avaient de nombreux copistes, qui corrigeaient, complétaient sans lin et n'étaient point des êtres innommés. Ethicus était du nombre. On ne connait pas aujourd'hui les noms perdus d'autres qui étaient nombreux et très-nombreux dans l'empire à toute e* poque. Un ravennate ne dut-il connaître les noms de quelques-uns de ceux dont les copies reposaient^ Ravenne ou qui travaillaient dans cette capitale. Ce ne sont que des itinéraires et de nomenclatures dont l'existence est certaine et les noms de leurs auteurs seraient probablement inattaquables si l'on n'avait rencontré des bévues grossières, du ravennate.

f7) Le manuscrit de 1419 , Ta nommé Alhauarich par erreur.

(8) Porphyrius, Jamblicus et Pyrithon , sont orientia descriptores , mais ils reparaissent en Afrique et en Europe.

(9) Tous deux , meridianac parti* descriptores.

!40] Tous deux , orientent descripserunt. ni Qui saxoniam descripsit.

(12) Le manuscrit bruxellois de 1119, p. 51 verso, donnant nno liste de cosnograpket, intitulée : haec sunt nomina pkilosophorum qui ùniversum orbem descripserunt , sépare et Dasae sous silence les spéciaux Persans et Égyptiens. Ce manuscrit dut aussi passer outre sur l'étolienne Marpesia et l'amatoue Penthesile% qui fournirent au ravennate de notices tontes spéciales sur les Amazones.

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$. Le géographe Ptolémée, pa* une simple confusion de nom du roi d'Egypte, jette tout d'abord de l'ombrage sur difléreuts noms. Le biographe Porhyrius, le poète erotique oi| le mythographe Jamblich , le sophiste Libanius, le médecin greo llarcellus, te platonitiengrec ou celui de Tyr Maximus, ne seraicnhila honorés de cosmographes par une semblable méprise de l'ignorant érudit, qui, rencontrant quelques passages quj lui convenaient dans leurs écrits, s'imagina qu'ils étaient cosmographes.

Des méprises de cette espace n'affecteraient pas toute la série des cosmographes de la non-existence, déplaceraient seulement la qualité de plusieurs sur d'autres assiettes. Mais quand les noms de deux philosophes cosmographes se mirent de dessous l'habit féminin, l'incertitude monte à sou comble. Marpesia étolienne, fille d'Evènus, et l'amazone Penthesilea conjointement avec le roi Ptolémée narraient au ravennate des affaires des Amazones (IV, 4, p. 55) (45), Une bévue aussi hurlesque, toute probable, si elle est réelle, trouble, et couvre de suspicion les noms des cosmographes Lollien, Regilien, Probus, Maxim, qui se retrouvent à la fois sur la liste militaire des empereurs. Un semblable concours de noms ferait au moins supposer qu'entre ces nombreux cosmographes on a non-seulement des auteurs, des copistes, peintres, redresseurs des itinéraires, mais même leurs possesseurs dont les noms furent notés sur des exemplaires déposés à Ravenne.

De graves méprises chargent le ravennate , mais à mon avis on lui ferait trop d'honneur si on l'accusait (('invention préméditée. Je pense qu'on ne perd rien en acceptant l'existence des écrivains obscurs qu'il a pu voir quand il assure de les avoir connus ego kgi, que l'ignorance et les erreurs méritent un examen sérieux et approfondi; qu'Userait utile d'opérer une ségrégation des auteurs exploités et d'analyser séparément leurs descriptions respectives, réelles ou prétendues. Par cette analyse, on parviendrait, je n'en doute pas, à disperser bien d'obscurités, à déterminer l'état des connaissances géographiques de l'école de rlavenne et on pourrait suivre avec plus de certitude la marche ultérieure des connaissances géographiques en Italie. Ce qui est en attendant clair, c'est que l'école ravennate négligeait les cartes mieux construites, préférant les cartes routières , dont on a l'image dans la table peutingérienne (44); qu'elle ne se souciait guère des règles scientifiques, contente des itinéraires annotées, dont on a plusieurs exemples (15). Elle ;réduisit tout à une sèche nomenclature et ouvrit le champ aux peintures géographiques qui caractérisent l'obscurité du moyen âge.

(48) Marpesia est aussi comptée au nombre des reines amazones. Voici la liste de ces reines qu'on trouve facilement dans les chroniques des *v* et xvi* siècles : Lampedo et Marthesia altérais regnura vicinîbus gnbernabant , altéra dosni , fori altéra gerebat. Marthesiae filia successit Oritkya, qna» Tons gerebat; Jntiope, soror ejus domui. Post hanc Pentesika troianum ope» non timuit, fkaiettrU, temporibus Alexandri.

(U) Il y a quantité d'éditions de cette table ; Marc Velserus d'Augsburg , fit imprimer à Venise , chez AUle fil* de Paul llanuce, en 1591, quelques fragments de la carte de Peutinger; qu'on retrouve reproduits à Nuremberg, 1684. — Velserus ayant ensuite trouvé la carte entière chargea Ortelius de sa publication, qui, terminée par Jean Moretus, parut à Anvers, 1598, avec un commentaire anonyme de velserus. Elle reparut, en 4624, à Anvers, ad calcem Ortelii theatri muudi parergon. — Bertius l'inséra depuis dans son édition de Ptolémée, 1618 ; George Uornius la donna dans son aeçuratissima orbis delineatio sive geogr. vêtus, Amst. 1684; elle parut aussi dans la seconde édition de grands chemins de l'empire, par Bergier , Bruxelles, 17*8-1736. — La plus belle, et la plus exacte de tQutcs les éditions , est celje de F. C. de Scueyb , Vindobon , 1753.

(itf) Surtout l'itinéraire d'Antonio.

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6. Les études géographiques plus animées à Ravenne qu'ailleurs, offrent un aspect bien triste et dégoûtant. Leur état, à tel point détérioré à Ravenne, parut ailleurs plus affligeant ou moribond. Partout la misère s'empara de l'homme dégradé, les dernières étincelles de la lumière allaient s'éteindre sur tous les points. Les débris des connaissances, enfermés dans l'enceinte des cloîtres se couvrirent du capuchon. L'esprit monacal dans d'étroites cellules, allait rétrécir leur proportion, et longtemps délaissait à la déperdition ces restes inappréciables, avant de les élargir de nouveau. Cependant , après tant de calamités et de décadences , c'est-là , dans ces cellules qu'on cultivait encore les connaissances profanes et la géographie. On y rédigeait les descriptions de pays, les pèlerinages; on écrivait, dessinait et préparait les peintures; on avait les cartes géographiques, comme on le voit par celle que possédait au vu* siècle le fondateur de l'abbaie Saint Gall, carte d'un dessin élégant, mappa subtili opère (Radbert, de casib. monast. scti Galli cap. 40); on possédait les ouvrages qui allaient servir de base aux études géographiques. Clément d'Alexandrie, Jérôme, Salluste, Solinus, Martianus Capella, Orosius, Isidor de Seville, Jordan, Honorius et les notes ravennates, car on voit dans des productions postérieures ces ouvrages toujours connus exerçant leur influence sur les conceptions des siècles.

Nous ferons une revue des monuments connus qu'elles ont laissés et nous analyserons comment elles se sont successivement manifestées; commençant notre labeur ardu par les productions des plages septentrionales où les insulaires et les Franks austrasiens faisaient des efforts momentanées mais très remarquables.

En Irlande et chez les Anglo-saxons, au vm* siècle, on connaissait l'existence des cartes , on les possédait. Les moines Fidelis , Suibneus (Dicuil, cap. 6, p. 17), clerici (Dicuil, cap. 7, p. 29), presbyteri (Dicuil, cap. 7, p. 50), se racontaient mutuellement les aventures de leurs pèlerinages, apportaient de nouvelles des pays éloignés; une bibliothèque y existait assez riche en ouvrages de géographie; on y avait Pline , Priscien, Solinus, Isidor, Etbicus, un cosmographe; on savait que Tbeodose fit dresser une carte générale du monde, peut-être une de ses copies y existait encore; on connaissait au moins sa description, ses mesures (Dicuil de mensura orbis).

7. En attendant, un extraordinaire mouvement géographique se déclara sur tous les points du monde. Les Chinois, les Arabes en Asie, et les Franks en Europe , simultanément tournèrent avec ardeur leur soin vers la géographie et la construction de caries. Nous nous réservons les soins asiatiques pour un examen plus approfondi et nous allons d'abord toucher ceux de l'Europe.

Charlemagne appella plusieurs savants moines d'Irland et de Bretagne à sa cour, afin de ranimer par leur intermédiaire les lumières chez les Franks, et organisant ses états et ses provinces, il conçut l'idée de construire une carte générale du monde. Les ravennates et les insulaires lui offrirent, je n'en doute pas, leur concours commun.

La carte était gravée sur trois tables d'argent, sur lesquelles étaient représentées la terre entière , les villes de Rome et de Constantinople

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