ANGLO-SAXONS
(Einhard, édit. Colon, 1521, p. 41) (ie). Son existence, ne durait pas longtemps. Dans la guerre que Lotbaire , le petit-fils de Charlemagne , eut à soutenir contre ses frères, en 842, la première de ces tables, qui était la plus grande, était mise en pièces et distribuée par morceaux aux soldats (annal. Bertin. ad a. 842, int. Ducbênis, script, rer gallic. t. III, p. 199). La destruction des deux autres ne pouvait pas tarder.
C'est tout ce qu'on sait de la carte de Charlemagne. Pour faire ressortir à la vue les contours et l'écriture de la gravure, certainement on savait induire le creux de noir ou de quelques couleurs. Rome et Constantinople, spécialement désignées furent certainement représentées par d'enceintes, portes, murailles, tours, ou par quelque édifice, comme on les représentaient sur la monnaie, sur les sceaux, sur les cartes antérieures et postérieures, peut-être même ces villes furent personnifiées par quelques figures. Le nombre de trois planches inégales qui composaient le tout , assure que la forme de la carte et de la terre , n'était pas ronde, mais plutôt carrée, ainsi l'on peut présumer, qu'une carte romaine, comme celle de Tbeodose, servit du modèle. Mais quelle a été la construction de la carte? était-elle routière, ou offrant de proportions plus justes, plus géographiques? nous ne le savons pas. Je pense qu'elle avait des égards pour les proportions convenables à une carte géographique, et que nous possédons sa miniature dans une carte anglo-saxonne de laquelle nous allons nous occuper. Du temps de Charlemagne , avons nous dit, la géographie était cultivée dans les lies britanniques. Il en reste un ouvrage de la géographie descriptive, qui rappelle la carte theodosienne, et porte tout égard aux dimensions des pays. Rédigée par le moine irlandais Dicuil en 825, il puise de plusieurs auteurs anciens, spécialement de Solin et de Pline; il reproduit différentes relations orales, il démontre l'intérêt qu'on avait pour la connaissance géographique (i6).
8. Du temps de Charlemagne , dans l'antique province , évacuée en premier lieu par l'empire, dans la Bretagne, l'heplarchie anglo-saxonne allait s'éteindre. Egbert, sans renier la suprématie impériale de Charlemagne, consolida l'union dans la province insulaire. Colonisée par l'affluence des Saxons, elle était molestée par de nouvelles irruptions : les Danois et d'autres Normands suivaient les traces des Saxons et des Anglais. Alfred le grand 871-901, arrêta momentanément leurs invasions, anima la navigation anglo-saxonne et voulut mieux explorer ces parages d'où venaient les pirates, où l'apostolat chrétien, dirigé par Ansgaire, fesait des progrès. Wulfslan et Olher furent envoyés à cet effet, et côtoyant les rivages, des Iles, des péninsules et de la terre ferme accomplirent leur mission. Leurs courses reconnurent la Baltique, jusqu'à la Yistule, les côtes de Norvège , et ont apportées une relation
(16) Pour la construction d'une carte môme détaillée , les couvents purent donner des matériaux riches et précieux : comme on le voit par le polyptique de l'abbé Irmtnon , ou dénombrement des mensus de l'abbaye de S. Germain des prés, publié à Paris, par Guérard, 1847, 3 vol. — Irminon était contemporain de Charlemagne.
(17) La première édition de cet opuscule parut en 1807 , publié par Walkenaer, d'après deux ma* nuscrits. Pour la seconde fois le texte corrige parut en 1814, accompagné d'un savant commentaire , sous le titre de recherches sur le livre de mensura orbis par Dicuil, suivies du texte restitué , par ks Létronne.
10 Giron, romàihb.
de ce qu'ils apprirent aar la situation des îles et des différents pays pins éloignés. Leur relation fut mise par écrit en anglo-saxon. Alfred, en même temps, fit traduire en anglo-saxon la description d» monde de Paul Oroseen y inserrant les connaissances de son temps et l'état récent des pays. Toutes ces peines géographiques d'Alfred , réunies ensemble, forment l'ouvrage anglo-saxon connu sous le titre de Hormesta (is)» La connaissance du nord était une spécialité, on peut le dire, des Anglosaxons. Elle pouvait se communiquer aux Franks, aux Allemands, et par leur entremise , surtout par ces derniers, aux autres nations : si l'homme robuste du nord, ne s'était chargélui-même de se faire connaître à tout le monde chrétien.
Il est probable que Hormesta n'était accompagnée d'aucune carte géographique : mais les anglo-saxons les dessinaient et il en reste un beau et précieux monument de cette époque, attaché au manuscrit de periegèse de Priscien. Certainement personne n'exigerait de le confronter avec le poème géographique latinisé par Priscien, il n'y a rien, rien du tout , qui rapporterait la carte à ce poème. Elle accompagne ce vieux poème, mais. elle est de l'époque et pour l'époque d'Alfred (io).
L'exécution de la carte, nette, est un peu endommagée par le ravage du temps et embrouillée par quelques imperfections. L'écriture est une minute latine de l'époque, qui admit quelques majuscules, et maintes fois le p ou w anglo-saxon; d'abréviations à peine qu'on en trouve quelques exemples. La lecture des épigraphes est cependant difficile, a cause de la petitesse de l'écriture, et d'autant plus difficile que les lettres se ressemblent. On y débrouille non sans peine les ressemblances de a, ci; de 6, h; de l, s; de ci, n, «, r ; de p, r, s; de c, e, t, r, s; de t>, r. Ces peines sont montées au plus haut degré où le temps a lésé l'écriture et fit disparaître des traits entiers, des prolongations, courbures. L'orthographe est souvent capricieuse : il est évident que e remplace souvent t; et il y a des erreurs.
9. Je ne sais pas si l'on est parvenu à débrouiller toutes les inscriptions de la carte. Je ne prétends pas réussir à déchiffrer et à comprendre toutes, mais je crois bon de rendre compte à quel point je suis arrivé, en passant sous silence et ne touchant les épigraphes qui ne se sont pas pliées à ma curiosité.
(i8) Daines Barrmgton, tfie anglo-saxon version from the historian prpsius by Aelfred the great, Londoa 1773, 8. Le texte rectifié avec la version danoise, par R. Rask , se trouve dans les mémoires de la société skandinave, 4845 , t. XI. — Traduction allemande de K. F. Dahlmann , Forschungen auf d. Geb. d, Gesch. Ajtona 482%, 1. 1, p. 417-490.-— Le voyage de Wulstan, d'Otker, furent rep.ro» duils par Langebek , script, rer. danic. t. M , p. 100, en allemand parForster; en français par Jean Potocki ; en bohème par Schaffarjik , etc., etc.
(49) Santarem, recberckes sur la priorité de la découverte de l'Afrique; ParU 184,4, 8* — dit : an x* siècle les cosmographes anglo-saxons dressaient leurs mappemondes en ce qui concernait la terre habitable d'après les écrits anciens. F. Whrigtb (an essay on the state of littérature and (earming under the anglo-saxons, p. 90), pense qu'ils les dressaient d'après des modèles romains, et rapporte comme exemple la mappemonde de ce sièele , qui se trouve au musée britannique à la suite de periegesis de Priscien (m$s. cott. Tiber. V, fol. 580). — Nous donnons (ajoute Santarem) cette mappemonde dans notre atlas , d'après cello publiée par Strutt, vol. II , the chronicle of England from the accession of Egbert to the Normand conquest pi. xm. — Et nous de notre part nous la donnons dans notre atlas , sur la même échelle d'après la copie de Santarem. J'ai soigné scrupuleusement ma copie, autant que je le pus, autant que je pus réussir Je ne me suis pas borné cependant à la copie simple. Puisque la carte doit servir à mes études, j'ai ajouté quelques épigraphes explicatives qui facilitent je pense, l'intelligence de la carte , et secondent mes observations.
ANGLO-SAXONS, 10. il
En commençant par en haut de l'océan oriental , je lis :
flumen. — Gentes 44. — Taurus, montes. — hic abundant leones. — bilon 0n (Usé par le temps, il y avait : Gihon fin.)
mons aureus (ao), — l'épigraphe de l'île adjacente porte ; Tabrobanen habet X ciuitates. his in oras immensa fruges.
Indiarum habitant gentes 14. —
mons Farthau..... aracusia (Arachosia). — Siria (Assyria). — persida.
— média, -r- arabia eudemon. — Arabia déserta (si). — monssinai. Chaldea. — mesopotamia. — Babilonia.
hiberia. — Goinmagena, — moabite. — mons fasga. — Çesarea philippi. — mons galaga (Galgala). — de média Trib : manasse. — ruben.
— gad. — Philefica (Philistica).
Docusa ciuitas (Vogesia? — Vok>gesia?).-Antîochia. — Bethinia. — mons taurus. — Gappadocia. — Asia miner. — ephesus. — troia. — mons olimpus. — Tharso Gilicia. — Issauria.
Trib. Zabulon,. — manasa. — nepialim. — Trib. dan. — Tribus Zabulon. — cffraim. — galilea. — luericho (Ierioho). — asser, — ehroo. — pentapoles. — cerlic (cellic, Bethléem?) — ainesea. — H Jérusalem, — nepialim. — alexandria.
Côté de l'océan méridonal.
hic dicitur esse emons seraper ardens.— flum nilu. — egiptus superior. ethiopica déserta. — Ubia ethiopia, — hic barbari getule. — mons derai. — hio eduosos. -— anticlea, — Ubia çirnaica. — l^c caliarsum.
— pentapoles. -*• lac saliciarius.
Sures (Sirtis). — Bixacena (Byzacena). — Gartago magna. — cartago magna, iruges regio ipsa sicut aifrica, omni fovens; leonihus, lopar dibus, elcfontihus, penteribus...M (leçon douteuse). — maurUania. — fluvius mulvst.— -vu montes. — hesperidum aulouium promontoriuiu (ss).
— mons atlantes.
Ubia Ethiopia. — hic arenis immergitur. «t- gentes incolum per ingénia usque ad occanum. *— cinoncephales. tt- dara, — mons espus. En remontant l'Europe :
Ispania eilerior. — Barchinici ciuus (civitas). — Brigantia. — Uyseri.
— Hibernia. — urbam... — mardi pergus (marchia wergus). — Brittania. — lundona. ~ Pintoqa (Winlona, Winchester), — fM. sterii (Exestera, Excesler). — Sur le continent : Sud' bpyrias, légende anglor saxone.
luna. — taca. — Roma. — Salerna... — Paqia. — ravana (Ravenna).
— athenas. — macedonia. — attica. — danubius fluvius (épigraphe mal placée). — Gonstanlinopolum. — mesina(Mesia). — Tracia. — hunnorum gens. — Pannonia. — Dalmatia.-^rantania (carantapia pu caranr taria). — Histria.
Island. — Tera (terra) de...
(20) Chryso , de Ûionrse et de Priscien, — Extra oslia Indi , Crise et Argire fertiles métallis ut credo: nam , qnod allqui tradidere aureom argentumque Us solum esse, haud fecile cftediderim (Dicuil de mens, orbis , cap. 7 , p. 53).
(SI) Séparée par le golfe persiqne , l'épigraphe d'eudemon , est évidemment mal placée comme tant d'antres. — Arabia eudemon inter duos sinus (Dicuil , cap. t , p. 8) ; patria Omoritta , qaae et eudâemon Arabia dipitur (anon. ravennates , H » 6).
(tf ) Sub africo , hesperum montem , a meridie gentes. Aulonum vel Gaulonum , quos onne Câlinée» tocant (Pataus. de Attiaoo , ywago mundS , cap , 36).
12 GÉOOR. ROMAINE.
hetonos scori (lecture difficile, incertaine : dans hormesta : Haethum, Haedum, Hedeby; Sciringes heal).
Slesne. — Sclaui. — Docea (Dacia) ubi et Golhia. — Balgari (Bulgari). — Napericha (Dniepr). — fin. ypanis. — montes ripon (bcorgas Kiffin). — Tanai fluu. — meotides paludes. — griphorum gens.
turchorum prouincia. — Turcbi. — Albanorum regio. — Armenia. — Arca noe. — montes armenie. — mare caspium. — gog et magog.
Autant il y a d'épigraphes. L'insertion déplacée, embrouille plusieurs points de la carte et engendre une confusion pour l'Asie. Je laisse à chacun de le remarquer et je vais réfléchir sur la construction de la carte et la configuration de la terre.
40. La carte est un carré oblong en proportion de 5 à k de la longueur à la largeur. La longueur constitue sa hauteur : l'orient étant à son sommet. La carte est divisée en 20 sections carrées égales, rangées en quatre rangs par cinq de haut en bas. Ces sections sont tracées certainement dans le but d'indiquer les coupures régulières d'une grande carte à plier.
Le dessin quelquefois n'est pas suffisamment explicite. Les fleuves d'Afrique et deux golfes sont ponctués , mais on y remarque aussi deux lacs et une montagne ponctuée. Au reste : mers, montagnes, lacs sont également rayés. Quelques montagnes restent en blanc. Il y a de la peine à distinguer les montagnes des lacs. Une portion de l'Espagne par l'incurie et la négligeance des traits, s'est séparée en forme d'une Ile. Il est bon de considérer les cinq îles plus considérables entre Sicile et Jérusalem , pour un vide des compartiments ou places d'étiquettes : ces prétendues Iles s'étant formées, par l'ignorance ou la méprise du dessinateur, qui, copiant et diminuant la grande carte n'a pas distingué les étiquettes et inventa ces cinq îles parasites.
Après avoir écarté, ces inconvéniens de la carte, ces méprises, nous ne voyons dans la configuration de la terre, qu'une difformité désagréable, qui offense en même temps, et les climats, et les points cardinaux. Cependant sa construction se conforme aux quatre océans d'Ethicus,dé Honorius et d'autres cosmographes. Elle se présente aussi sous une triple condition. La Palestine, l'Europe et l'Afrique avec l'Asie forment ces trois conditions et pour ainsi dire triple gradation de l'échelle de la carte.
La Palestine, située au milieu, occupe un cinquième de la carte. Sa grandeur est démesurée. Le premier but de la carte est biblique, de mettre en évidence les tributs d'Israël , Jordan avec ses lacs et Jérusalem. Il n'y a pas d'idée de placer cette dernière dans le centre. Le chrétien tout bonnement développe à sa manière la terre sainte sur une carte romaine, reléguant tout ce qui empêchait à ses proportions exorbitantes.
Le défaut d'une carte routière ou de la table itinéraire est palpable dans la configuration de l'Afrique, étendue tout le long de la partie latérale représentant le sud. Le Nil coule de l'orient. L'Asie, refoulée par la Palestine et l'Afrique, en qualité de la partie orientale, tourne tous ses côtes méridionales vers l'orient, débouche ses golfes rouge et persique, engendre ses lions, étend sa grande Taprobane sur le bord latéral
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représentant l'orient. Le compositeur de la mappe aux quatre océans, regardant la configuration de l'Afrique et de l'Asie, tracée sur différentes cartes régulières, joue arbitrairement, avec tous leurs détours, pourvu qu'il ne s'écarte des appellations du midi et de l'orient, que les descriptions d'Orose et des cosmographes donnaient à l'Afrique et à l'Asie.
11. La condition de l'Europe est toute différente. Sous le rapport de la dimension elle tient le milieu entre l'agrandissement de la terre sainte et la diminution de l'Asie et de l'Afrique, Elle a une conûgu ration plus distincte et plus régulière, elle est visiblement de la connaissance directe des enfants du nord qui composaient leur mappe sur le tracé de la carte romaine. Malgré l'insuffisance dans la formation, malgré le manque de dimensions, on ne se méprend guère dans les positions relatives des pays, des îles et péninsules, des montagnes et fleuves nombreusement tracés et fixés.
On touche avec certitude, les embouchures de toute une suite de rivières. Garonne, Loire, Meuse, Rhin, Yèser, Elbe, se succèdent et au delà de la péninsule de Hethon, Yisla, dont les embouchures plus forts, attirèrent l'attention de Wulfstan, plus que les embouchures faibles et molles de l'Oder.
Dans l'intérieur de la terre on distingue le Danube recevant les eaux de la Taisseet du Prout; ensuite coule le Dniepr ou Boh; enfin Don, Tanaïs se jette dans le lac méolide du Pont.
Ta nais descend des monts Riféens. La nation des Griphons et l'embouchure de la mer Caspienne sont une reproduction des idées romaines; mais Gog et Magog, Turcbi, les rivages maritimes, les îles, l'intérieur de l'Europe, tout y est de l'époque* de la conception avancée des septentrionaux, tracée avec certaine d'extérité.
C'est le dernier monument connu de l'école géographique romaine, laquelle, dans sa décadence, continuait à animer les connaissances géographiques, à instruire et diriger la conscience géographique. Cette école, renonçant aux bases mathématiques, s'attacha nt aux itinéraires annotés ou peints, flottant dans le vague de l'imagination, périt, écrasée par l'arbitraire grossier des barbares, des abréviateurs et des fidèles, qui s'efforçaient à faire ressortir leur terre sainte, leur sainte Jérusalem et le paradis terrestre.
Nous passons maintenant en Asie.