III. LATINS
LA GÉOGRAPHIE LATINE , RÉDUITE AUX IMAGES FICTIVES , REÇOIT L'IMPULSION PLUS ÉLEVÉE EN SICILE.
47. Avec la fonte de la table géographique de Charlemagne , les manifestations géographiques plus remarquables, disparurent pour longtemps à la vue des investigateurs érudits.
Les sciences et les hautes connaissances des siècles antérieurs, endommagées par tant de vicissitudes, ensevelies dans d'étroites cellules de cloîtres, semblaient être condamnées au néant. A peine quelque esprit contemplatif, dans son taciturne délassement, secouait la poussière de ces débris et rappelait silencieusement à la mémoire humaine l'ancien génie. L'âme glacée de l'homme regardait avec indifférence les ruines des édifices et les décombres des cités qui, amoncelées en montagne, décoraient le sol comme monuments érigés à la chute des générations. Le sentiment épuisé , les forces éteintes , l'indolence sans courage, s'agenouillaient devant quelques moines phis hardis. Plus d'une fois les Franks et les autres barbares portaient leur vitalité aux provinciaux : chaque fois le souffle de la torpeur romaine les privait de l'énergie. La mort planait sur les latins. On attendait la fin du monde.
Ce tableau se déroula peu d'années après Charlemagne, d'une manière affreuse, et le comble de ses sombres couleurs obscurcit l'époque de l'apparition d'une nouvelle affluence de barbares, dont la vigueur, l'esprit remuant et entreprenant, devait ranimer le corps engourdi.
Des glaçons du nord sortirent ces hommes barbares et robustes, à l'imagination échauffée, à l'âme ardente. De la Skandinavie se répandirent les pirates, les brigands, connus sous les noms de Varègues et de Normands, inondèrent l'univers chrétien et les pays où le christianisme établit son apostolat. Toutes les mers et l'intime du continent furent ébranlés par leurs incursions. On les voyait à la fois, sous les murs de Rome et de Constantinople , sur les bords de la Caspienne et de la manche. Les îles et le continent, peuplés de leur souche, virent se former de nouveaux états, des puissances, meuaçant les plus formidables empires.
Installés en maîtres parmi les populations énervées, dont la conscience effrayée commençait à s'agiter : les turbulents et entreprenants
Si GÉOGB. LATIKB, 844-115*.
Normands donnaient réveil et l'impulsion à la régénération. Commerce et communications, luxe, fabriques et manufactures, soif de la domination et amour de la liberté, navigation, études, sciences, tout s'accrochait et se traînait à la suite de leurs entreprises. Une vie nouvelle animant les latins, l'élan des croisades, appela les Normands à prendre les postes les plus avancés. Ils circulaient par mer et par terre , de l'Islande la savante, jusqu'à la sainte Jérusalem. Les relations étendues des Va règu es-russes, ne s'étaient pas encore effacées; les Skandinaves de Suède, du Danemark, de Norvège; les Normands d'Angleterre, de Neustrie, de Pouille, de Sicile, s'agitaient sur tous les points, lorsqu'arriva pour la géographie un événement de la pi us haute importance. Il germa dans le génie normand.
Mais avant qu arriva cet événement, trois siècles se sont écoulés depuis la fonte de la table géographique de Charlemagne : et on ne peut pas dire que les connaissances géographiques soient tout-à-fait ignorées. On ne peut pas reprocher l'ignorance aux écrivains des croniques de celte époque. Tous en général ont de conceptions parfaites des pays dont ils annotent les fastes : il est difficile, presque impossible de les surprendre sur quelque méprise. Les apôtres, les voyageurs sont capables de rapporter de renseignements sur les contrées éloignées. L'apôtre Ansgaire (vers 850) et ses compagnons, traçaient les chemins dans les frimas du nord ; Adam de Brème (1076) savait donner une ample description des environs de la mer Baltique. Eleasar bar Nathan de Mayence (eu 1096) réunissait dans son ouvrage en hébreu de nombreux renseignements sur les positions de toute l'Europe. Le géographe de Bavière (vers 950), et Nestor de Kiiov (1116), qui a compulsé et compris les narrations des byzantins , donnaient la description de la spacieuse Slavonie. Sacwi+lf racontait son pèlerinage à la terre sainte pendant les années 1102 et 1103 (les voyages de Saewulf, publiés par d'Avezac, 1839). Ce sont des monuments de la géographie descriptive. Ne perdant pas de vue sa marche, nous devons nous tourner vers les monuments cartographiques de ces trois siècles d'obscurité.
Images du monde, 842-1154.
48. On connaît une dizaine de monuments géographiques latins, antérieurs au XIIIe siècle , dont plusieurs remontent au ixe. À l'exception de la carte anglo-saxonne, dont nous avons donné l'analyse , tous les autres sont de la même structure. Qualifiées de mappemonde, de cartes géographiques, elle ne sont que d'images dessinées ou peintes, de la terre qu'une imagination pieuse s'était créée sur les traditions grecques et bibliques. Tracées sans détails, décorées de bâtiments, d'édifices ou de ûgures, elles offrent des contours plus ou moins distincts des mers, des fleuves, des montagnes, des îles, des provinces, des pays. Toutes sont le produit de la même conception; toutes dérivent du même modèle, adopté à une certaine localité pour laquelle elles furent préparées ou à l'ouvrage des auteurs qu'elles devaient accompagner. Quoiqoe on connaît l'année du dessin de plusieurs, leur époque n'est pas mieux déterminée que d'autres, dont le siècle est incertain, parce que tontes sont de copies des dessins antérieurs, toutes ayant la même origine
remontent à un modèle commun , modifiées qu'elles sont par quelque décoration ou supplément postérieur : spécialités et particularités d'occasion.
Ce sont des roues à trois rayons, deux diamétralement opposés sur une ligne, le troisième dressé perpendiculairement. La circonférence représente l'océan environnant; les deux rayons alignés Tanais, Pont- Euxin, détroit de Constantinople , la mer syriaque et le Nil, qui divisent l'Asie de l'Europe et de l'Afrique; le rayon perpendiculaire, la mer m édi terra née, séparant l'Europe de l'Afrique. Dans l'hémicycle, ou plutôt dans le segment asiatique plus ou moins large, sur le sommet du quel se trouve le paradis , vers le milieu , ou au centre est placée Jérusalem (207). Les compositions moins anciennes , surtout celles des xme et xive siècles gardent plus scrupuleusement l'emplacement central. Sur chacune de ces nombreuses images il y a toujours quelque chose à observer.
49. Celle du manuscrit de Strasbourg remonte avec son dessin au ixe siècle. On y lit tout autour : mare magnum quod vocatur oceanum. Le segment asiatique commence par les Amazones, renvoyées vers le Paradisus, qui est au delà de YIndia; suit après cilia (citia, scythia) et dans l'autre colonne dés épigraphes : Moabite, asia, Egiplus, Galilea et iherusalem, accompagné de Golgolha, Bethléem. Au bord de la ligne diamétrale : Meodide PaludsnC (paludes surit) maris; sur la ligne même flumen tanai. Dans le demi-segment européen : Alamania, Dacia Golhia, Germania, Saœonia, fresia, Grecia, Europa, Ilalia. Dans le demi-segment africain : Libia, Penlapolis, affrica, cartago, Mauritania, Ethiopia (20s).
Limage du manuscrit de S. Orner n'est qu'un fragment dessiné pour la localité : aussi les Morini y sont inscrits par excellence seuls sur les trois parties vides d'épigraphes. Le dessinateur aima mieux indiquer les îles de l'océan : hibernia, Anglia, Tila ... dza JScandza) (aoo). On avait alors à Saint Orner d'autres cartes plus détaillées, dont nous verrons bientôt une copie faite en H20.
L'image du manuscrit de Leipzig (n° 54 de notre atlas), décorée de bâtiments, indiquent les positions de villes, de .trois en Asie, d'une en Europe, de cinq en Afrique. Ses épigraphes oifrenl quelques erreurs d'écriture. Ces épigraphes sont les plus nombreuses en Afrique. Cette image développe plus d'idées géographiques que les précédentes. Tanaïs venant de Riphei montes et danubius sortant des Alpes entrent dans hellesponlus , sur la ligne diamétrale, terminée d'un autre bout par l'embouchure de Nilus.
(207) Operatus est salutem in medio terrae, (psalm lxxiii, iî)« — Columna in eo statuta loco, obimortuQS iavenis cruce domini superposita revixit, mirum in moduin, in aestivo solstitio, meridiano teinpore ad centruxn coeli perveniente, iimbram non facit : Hierosolymam orbis in medio sitam esse protestatur (Adamnani, sec. vu, script, de locis sanetîs). — Ibi est médium orbis; ibique sol festo s. Johannis stat in centro cœli (Nicoï. filius Saemundi, abbas tiiingor. 4454 ; Werlauff, symbolae ad geogr. p. 30,8%).
(208) La figure de mon atlas n* «5, est copiée sans diminution sur le dessin et la gravure de François Joseph Mone (Anzeiger fur Kunde der teutschen Vorzeit, Karlsruhe V Jahrg. 4830, I* Qnartalheft. n» 4). .
(*09) François Joseph Mone publia son dessin (loco citato n* *), nous l'avons réduit presque a moitié de sa grandeur, n* tf de notre atlas.
86 GÉOGB. LATINS, 843-1154.
Dans l'hémicycle asiatique , la place réservée pour le Paradis. Puis babilonia, Asia (Jérusalem), Libanus (mous) tyr, Sydon, phenices. Le long du diamètre eu commençant par hellespontus : Troia, Sestos, Creta, Rodus, Carpaluê, Cyprus, Egyptus.
Le demi -segment européen est inscrit de : Constantinopolis , Grecia, Abido, Europa, Roma, Germania, Renus ; venant des alpes vers l'océan : Francia, Normannia; pirrenus (mons), hispania, bena (betia , Betica), Luiitania, britannia; sur l'océan : Anglia, Scotia, Orckades.
Le rayon représentant la mer méditerranée est chargé de deux îles : Cilicia (Sicilia), corsica, et se termine par Calpe, ethlas, (Atlas), Gades.
Le demi-segment africain, en commençant de l'Egypte, indique Catapathmon, Cirene, demonis (ammonis), templum, lerco (Barca), philenon are, berenice, Syrlis maior, Leptis , Syrtis minor, Africa, adremetum, hippone, utica, Karlago et le fleuve hagada (Bagrada), Numide, puput, Libies, armenia, mauri perse\ Getuli, Ethiopes, loca perusta. Cette nombreuse nomenclature décèle un dessinateur chrétien qui s'intéresse spécialement de l'Afrique, où le christianisme s'entredétruisit avant son anéantissement par les mahommédans : mais en même temps c'est un érudit, qui connaissait Salluste, ou s'est servi de la carte préparée à l'ouvrage de Salluste : Armeni et Persae le démontrent, et je pense que putput est là montagne Papua, assez renommée dans les agitations affreuses des donatisles (aïo).
50. L'image de l'habitable du manuscrit du xu* siècle est à Turin (n° 55 de notre atlas), attachée à la copie du commentaire de l'apocalypse, composé en 787. Elle a fait assez de bruit parmi les investigateurs (ai i). On s'imaginait qu'elle était aussi ancienne que l'auteur du commentateur. Plusieurs épigraphes s'y opposèrent. On a donc conjecturé qu'elle est du x* siècle. Pas aussi ancienne dirent les autres, mais antérieure au xirm*.
En effet, dessiné par l'écrivain du xn* siècle, elle est évidemment une copie d'un dessin plus ancien, copie sous certains égards servile, parce qu'elle renferme des erreurs d'orthographe qu'on ne saurait attribuer à un compositeur, quelque ignorant qu'il serait, et son écriture est aussi entachée d'archaisme, de capitales de l'écriture romaine antérieure et même plusieurs siècles plus anciennes. La lettre Y mainte fois renversée : hic caput earope (europe), getali (Getuli), tascia (Tuscia). Plusieurs erreurs sont indévinables. Dessinée d'après un modèle plus ancien, elle décèle l'érudition ancienne, mais elle est garnie de célébrité de son époque; calquée sur une plus ancienne, elle
(140) La figure de la carte de Leipzig avait été publiée en 4898, par Nenmman (catak de la blbl.), reproduite par Santarem : ( priorité de la découverte de la côte occident. del'Afriq. 4842) : nous avons réduit sa grandeur en proportion de 40 à 23 de l'échelle.
(211) Cette carie a été publiée en 1 749, par Pazini, dans le catalogue de la bibl. de Turin, 1. 1, p. 18, puis reproduite par d'autres. Dans notre atlas elle est diminuée en proportion à peu près de Î9 & 44 de sa grandeur, d'après la copie de Santarèra (supra cit.) — Sprengel, Gesch. der geogr^BatdekuDgen cap. 20, e, p. 236, donna sa description , répétée par Malte~6run, livre xvi de sa geogrTtv%^88 de Vedit. Huot. Sprengel conjeclere Ibrkn% vielleicht Hebron, Halte-Bran le répète, et tous dcuL ^^ eent que la carte de Turin peut servir à l'explication du géographe deRavfane^ sans refléchir ôtî*e1 est roade, et le système ravennanle est quadrilatérale.
est pour le ni' siècle. L'ignorant dans la reproduction des antiennes épigraphes, est plus correct dans les récentes.
La carte offre assez de situations géographiques, de fleuves, tle montagnes , d'îles , de mers , quelque peu déterminés par des indications dans leur ordre respectif, assujetti à l'alignement et à l'encerclage.
Au sommet de l'Asie, au delà du Paradis, figurent sur l'océan deux fies Crisa et algure insula, insuîa , chryse et argyre, d'or et d'argent. Paradis est désigné par les figures d'Adam et Eve tentés par le serpent. Asia, à droite : Mons caucasus, areno$a, déserta, Flumen Eusis (Fasis), Armenia, Capadocia, Calcedonia, Frigia, Pamphilia, Asia Minore; sous leurs pieds : Mons earmelus, Mons synai, Ihrlm (Jérusalem), AscaUmes, Judea, Babilonia (aegypti); à gauche : Mons libanus, Jordan, Sydon, Mesopotania , Anliochia , Mons arabie. Le fleuve Trgris innommé se perd dans la mer innommée, à côté de l'embouchure de mare rubrum. Au delà du Tigre : Abicusia (Arachosia); et au coin de l'océan près d'une montagne, d'un côté, lisez : temiscire suni ei eampi deserti (na). In hoc regione gens Amatona fertur habitasse; de l'autre côté : Déserta et Arenosa india.
caropa commence par : hic caput europe, Sarmati, Mesiea (Mesia) , Reltacum canoricum (Retia, cum ea Noricum) (aïs). Germania, Ren
Ïon fondu avec le Danube), flumen danubi, Dardania, Macedonia, hesalonica , Constantinopoli , flumen eusis ( Hebrus) , Aquileia , Epirum. — Reprenant notre marche des sources du Danube : Suebi (Svevi), Francia, G allia Belgia, Gallia lugdunensis, montes Galliarum, Aquitania, Tolosa; les îles de l'océan Tile insula, Taneuses (tu) insula, britania insula, Seotia insula» — Reprenant de nouveau le centre de l'Europe : Epirum, Apolin (Apulia), Spolilo (Spoleto) (sis). Hiauraria (Mauraria, Ma u rien ne), Ravenna, Dalmacia, Salerna, Uenèbenti, Roma, Tuscia, (montagnes Alpes), Narbona, Cesaraugusta , Fluvius Tauus (Tagus), Belica, Asturia, Gallecia, Sancli Jacobi apostoli. — Sur la suite des îles à double rang de la méditerranée on lit : Coos insula (Cos) , Samo insula, Tasis (Thasos), Sicilia, Ers s (Creta), Corsica insula.
Le coin de l'obscure Mauraria peut faire présumer que le dessinateur dessinait dans le canton de Maurienne.
L'Afrique offre très-peu de légendes : Duo alpes (deux montagnes) contra aras (philenorum), ibi, Gar amantes y BagigetuH (dans la tripolitaine), lacus; ensuite : Tingi, Abencania (Abnenni à l'ouest du mont Papua), Gens (innomée), Montes atlanni et les îles Fortunées insula innommées. — Vers l'Asie, le Nil formant de ses deux bras l'île Meroe, et entre ses sources et bras : Fluuius nilus quam alii auctores feruntur procul habitante montes habentes et continuo aureis arenis immergi. Inde in angusto immergi brevi spacium vastissimo laco, déserta et arenosa et elhiopie.
dans
(tlS) On lisait : Timigci fixi eampi de Sera, sans sortir de Terreur qull faut absolument reconnaître os l'épigraphe. Peut-être pourrait-on admettre : timiscire trici (id est lapidosi) eampi, déserta.
bert
modèle k» (***) Suivant la lecture de Pazini dans Sprengel ; ta copie de Santarem offre rantute*.
Bk^^2siS} J'aime mieux considérer ces noms, déplacés, que d'y voir Apollonia et Spalatro, qui seraient ***J!^^^^ moins mal places.
Cette image offre encore cette distinction des autres, qu'elle marque la mer ou l'océan qui baigne le sud des montagnes, d'où, loin de l'habitable, descend le Nil. Au delà de cette mer est un segment représentant le continent d'outre-mer transocéanique, sur lequel on lit : Extra 1res autem partes orbis, pan trans oceanum ulterior est , qui solis ardore incognila nobis est y cuius finibus antipodes? fabuloso inhabitare produntur.
Dans les quatres coin de la carte, on voit les figures des quatre vents, ce qui est plus important à remarquer, que l'annotation des antipodes fabuleusement relatés.
Dans chacune des images dont nous faisons la revue, on observe quelque chose de spécial qui résulte de la fantaisie des dessinateurs. On y remarque qu'ils n'étaient pas privés de la conception de la configuration des mers et du continent, mais s'enfermant dans les limites de la circonférence et agissant arbitrairement, ils traçaient de bizarreries, annotaient la nomenclature quelquefois sans suite, pêle-mêle, sans égard à quelques traits difformes de configuration qui sortait de leur imagination. Le dessinateur de la carte de Turin (maurienne), essayait de cette manière d'organiser mieux l'intérieur de l'orbe océanique; les images connues des années 1119 et 1120, offrent le même essai plus avancé.
51. Lambert fils d'Onulf, voulant en 1120 décorer d'une carte son liber floridus, ou anthologie des connaissances humaines , puisa dans un manuscrit de l'abbaie de S. Bertin à S. Omer, où il trouva et copia un fragment, le quart de l'habitable : l'Europe. Cette Europe, séparée du reste de l'habitable, est changée en une île (voyez n° 51 de notre atlas). Elle est entourée des épigraphes suivantes : au sud, en remontant la mer médilerranée : Columpne kerculis, gades, godes, liparis b' s' (Baléares), maiorica, mare Tyrenum, minorica , Sicilia, corsica, poncia, creta; à l'orient en marchant vers le nord : naxo> Mare ponlicum, Rodus, cypros, insula Tenedos, Mare macedonum , Brachium georgii, Mare meotis, euxini pontus; — sur les côtes inclinées du nord à l'occident : Thulana (l'île Tantutes ou Taneuses de la carte de Turin), Orcades, hibernia, Scocia, Britlania, Mauania, Yberus (fleuve d'Espagne), Barcinona (ville d'Espagne), Thyle. On y remarque de transpositions et les noms mal placés, ce qui se fait voir de même sur le continent.
Les contours du continent distingnent trois montagnes, tracent les golfes, pénétrants grêles dans l'intérieur, quelques fleuves et les divisions des provinces. La péninsule ibérique, divisée en quatre, hesperia, lusitania, galitia, hespania larracona. Au delà de Mons pyrenorum quatre divisions de Gaule terminées par \e venus, inscrites : Flandria, Morini, Gallia neustria, Gallia colonia , Narbona, quatre fois, dans chaque portion, gallia, et à travers ces quatre portions, Aquilania, Burgundia, enfin rodanus fleuve découle des Alpes à l'épigraphe mons louis. La péninsule italique est inscrite de luscia, lauinia, italia, Roma sur le tibre innommé, campania, Apulia Sabinia, elruria, ymbria.
Le golfe de Venise avec son épigraphe Mare adrialicum, sépare les quatre portions orientales de cinq péninsules; chaque portion étiquetée
de quatre noms. La première portion à la double péninsule offre les noms de : Venecia Aihen, Achaia (Péloponèse), Macedonia. — La seconde portion contient : Grecia, dardania, olympus (mons), dalmaziâ, Pamonia, arckadia. — La troisième contient : Mesia, Recia, norica, Sclaui. — La quatrième est inscrite de : Huni, Wandali, gothi, septentrion; cette dernière portion est terminée par une péninsule, chargée de Scanzia, Norvegia, dada..
Entre ces quatre portions orientales et le Rhin s'étend l'Allemagne et la confusion. Traversée tout au long par hysler qui se décharge par cinq bouches dans l'océan , elle offre quatre divisions : Boioaria est séparée de Sueuia et histria par le danubyus qui sort de hyster ; près de l'océan Saxonia, et le long du Rhin, Alemania et deux fois Germania.
Il y a donc quatre parties, à quatre divisions chacune. Le compositeur de la carte aima le nombre de quatre. Lambert dessinant sur le modèle audomarien pour son manuscrit gantois, n'a pas négligé d'insérer en premier Heu Morini et Flandria (210).
52. Il y a plus de satisfaction à réfléchir sur la carte bruxelloise ou guidonienne de Tannée 1119. De toutes les images rouelles connues, c'est la seule qui dans l'orbe océanique précise la configuration terrestre et garde sérieusement l'insertion de la nomenclature.
Ce dessin décore le code de l'année 1119, qui contient quantité de différents extraits géographiques et historiques en les attribuant tous à Guido de ravenne. Parmi ces extraits on a la description de trifariœ divisionis mundi d'Isidore de Séville et une rouelle dessinée à la page 44 verso, donne le spécimen de ce triparti, exposant à lu tue l'idée d'Isidore, qui plaçait Jérusalem au centre (n° 28 de notre atlas). Cette rouelle est reproduite dans un orbe plus considérable folio 51 verso : orbis (n° 29 de notre atlas).
Ses contours sont grossiers, larges, empoulés; cernés rondement par l'océan, ils se développent dans l'intérieur dans de positions réciproquement relatives, observant les quatre points cardinaux : Oricns, Meridies, Occident, Septentrion. Asie : Mons caucasus traverse l'Asie; au nord Caspias portas sont entre l'Euxin et la mer Caspienne qui se perd dans l'océan. Du Caucase coulent les quatre rivières bibliques: Fison, Geon, Tigris, Eufraten; au fond de l'orient insula représente l'île chryse , ires indie jusqu'à Geon; ensuite, média, persia; entre Tigre et Eufrate, Babilonia, caldea; près de la mer méditerranée, troia séparée par le golfe cypriaque de Samaria, Judea , Jérusalem. Vers midi, Egyplus, Alexandria, le long du fleuve nilus. Le dessinateur, conformément à la tradition de l'existence du canal d'Adrien, tourna son embouchure vers la mer persique et indienne, c'est-à-dire rouge: ensuite il corrigea en la détournant vers la mer méditerranée (217).
(416) Cette carte de l'abbaie de S. Bertin, imitée par Lambert, est conservée avec son manuscrit à Garni ; François Josepb Mone, en 4836, a donné son dessin et sa description (Anzeiger frir Kunde der teutseben Vorzeit, Confies Jahrgang, 4* Heft p. 38-41). De Saint -Génois (messager des sciences, publié à Gand en 4844] a fait la description du manuscrit, accompagnée du fac-similé de la carte gravée par de Vigne. D après ce fac-similé nous donnons notre copie, diminuant la grafideur à moitié.
(£17) Le canal d'Adrien était navigable du temps de Grégoire de Tours (I, 40); visité encore par
90 C&OGR. LATUCEy 84» M M.
De fH/tof mantes , du nord , descend Tanay fluvius et Meotiêa palus. Au nord de l'Euxin et du Danube, se succèdent : Golhia et dacia, Girmania, B's, g, s (su). Au delà du danubius et de l'Euxin, près de la mer Conslanlinopolim, séparée par un golfe de Alhena, Macedonia (Grèce), d'où se prolonge la péninsule Achaiia (Peloponnesus) ; dans l'intérieur longe le Danube Bolgaria, suivi de Dardania, Dalmatia, laquelle accoste l'Adriatique. La péninsule Ilalia, touche à Rctia, de laquelle s'étend jusqu'au Danube panonia. L'Italie touche aussi au cercle inscrit Narbona, rayonné de Gallia belgiga, Gallia lugduna, aquitania, Spania. Des îles, les seules Baléares sont nommées et marquées. Les côtes de mare nostrum, n'offrent que Mauritaniaet CarlaQO* dont la situation péninsulaire y est désignée. Au sud près de l'océan, sont les deux Elhiopia et dans l'intérieur de l'Afrique un lacus, recevant de deux côtés les fleuves, font nului, fons darda. Par méprise le lac est introduit dans le mare nostrum. Ces fleuves sont de l'intérieur de la Libye, nommés par différents géographes : Nuhul, Nilvi , Nujus, Paras, Daradus et sont de la famille de Ger et Niger.
Cette composition supérieure à tant d'autres de cette espèce, par toutes ses dénominations, se fonda sur l'antiquité et la bible, sur la description d'Isidore le sévillieo; c'est à peine que la Bulgarie y donne un trait de nouveauté. Narbone encerclée, ferait croire que la carte est composée par un Narbonais pour Narbone.
Le même code, folio 1, spécifie les environs de Narbona, séparés par Rodanuê de Arelalia. L'italia y est entière, avec ses alentours. Carte spéciale de provinces, pays et lies adjacentes à l'Italie et à Narbone (n° 30 de notre atlas) (a 10).
53. Nous terminerons notre revue des images rouelles antérieures au xnic siècle par imago mundi de Honorius d'Auxerre (n°* 32, 33 de notre atlas) (220). Sans nous arrêter à ces non-sens que les deux dessins présentent, un dans la qualification des mers Atlanticum et Indicum; l'autre dans l'insertion de Ni lus, nous remarquons que sur l'un les refluxiones maris annotées, sur l'autre les zones appellent les investigateurs à de sérieuses réflexions. Non, ces compositions bizarres,
le moine Fidelis. Quamquam in libris alicujus auctoris fluminis Nilt partcm in Rubrum mare exire, nequaquam legimus : tamen affirmans Fidelis frater meo magistro Suibneo narràvit coram me , quod.... intrantes in navet in Nilo fluorine, usque ad introitum Rubri maris navigavernnt (Dicuil, cap. 6, p 17, 48). Hodie in cosmographia quae sub Julio Caesare et Marco Antonio consalibus facta est, scriptam inveni Nili fluminis exeuntem in Rubrum mare juxta ciuitatem Olivam et castra Monsei
i Dicuil, ib. p. 48, 49).. Le voyage de Fidelis pouvait avoir Heu vers 765. Bientôt après, en 767, le ihalif Abou Giafar Almansor le fit combler, afin d'empêcher qu'on ne pût envoyer des vivres aux révoltés de la Mekke et de Medine. Depuis , l'histoire n'apprend pas qu aucun souverain ait fait des tentatives pour rouvrir cet importante communication. Cette explication est donuée par Letronne, dans les prolégomènes (p. 9-*l) de ses recherches sur Ducuil. — Sur cette question dissertaient les moines assez longtemps : au xiva siècle , encore vers 4S70, l'écoulement du Nil dans la mer rouge était dessiné pour Instruction de Charles Y, le sage roi de France , dans la chronique de & Denys, du code de la biblioth. de SM Geneviève, (voyez n* 71 de uotre atlas).
(948) Abréviations presque uniques dans toute la carte, indevinables , réduites à l'initiale et la finale. Le manuscrit se trouve en Belgique , n'était-il pas copié en 1449 en Flandre, annotant par ces initiales les puissantes citées Bruges, Gandet.
(219) L'orois du manuscrit bruxellois est publié dans le catalogue de la biblioth. de Bourgogne , en 48 . . La carte spéciale, qualifiée, je ne sais à quel titre de : empire de l'occident, en 4844, par Rciffenberg, dans 1 Annuaire de la biblioth. royale de Belgique. Les copies de notre atlas sont levées directement du manuscrit , sans la moindre diminution d échelle.
(MO) Les deux Images sont copiées de la publication de Santarem.
n'attestent ni l'ignorance ni le savoir du siècle , elles font voir seulement 411'on fabriquait des colifichets géographiques pour enjoliver les manuscrits, de même comme on dessinait et coloriait les grandes lettres; les hommes instruits connaissaient la valeur de ces compositions pittoresques; suivant toutes les probabilités, on négligeait l'étude géographique , on ne se proposait jamais de construire les cartes géographiques, mais on possédait une conception avancée sur ce point. La tradition scientifique se conservait chez les hommes spéciaux, qui méditaient la nature du globe, les zones, les climats, les vents, les points cardinaux, Téléva tion du pôle, la longueur du jour; qui étaient assez habiles d'annoter dans leur imagination les positions et les formes des pays, d'annoter au besoin les situations cantonnales; qui, versés dans les anciennes connaissances, ne négligeaient point d'observer et de suivre le savoir des mahommédans. Il ne manquait pas d'instruits , capables de se mettre à l'œuvre et à l'exécution , dès que l'occasion favorable se présenterait et les circonstances le demanderaient.
Il ne manquait pas d'hommes qui portaient leur attention vers le ciel et la terre, qui exploraient l'univers et les pays. Abo (vers 980) traçait le mouvement des étoiles; Gerbert ou le pape Sylvestre II
S vers 999), versé dans l'astronomie arabe, composa le globe céleste ; ean Gampanus (vers 1030), Hermanus Conlractus (vers 1050), écrivirent sur l'astrolabe et la sphère, ce dernier sur les éclipses; l'abbé Guillaume (vers 1080) rédigeait pour l'instruction les éléments de l'astronomie; Athelard et Robert, évéque de Lincoln (1130-1140), reprirent en considération l'astrolabe et la sphère. Sur tous les points de l'ancien monde germait l'antique science.
Pour la géographie , la connaissance de l'état , d'administration des pays , n'était pas perdue et de monuments dégradés se conservaient encore. De nouvelles découvertes et l'observation des contemporains de l'époque , avaient un certain appui dans des antécédents.
Nous ne répéterons pas ce qui a été dit cent fois sur les découvertes des Skandinaves dans les mers glaciales; ni ce qui a été dit sur le cadastre de Gui)laume-le-conquérant et sur son ouvrage doomsday book (1080-1083) (iai) : la géographie descriptive et les découvertes n'étant pas notre but , nous cherchons la science géographique et les connaissance qui produisirent les cartes géographiquement construites.
On pourrait conjecturer et avancer que le normand Guillaume avait les cartes spéciales de sa conquête , s'il ne possédait aussi des mappemondes. Son ouvrage doomsday book, entrait dans les descriptions circonstanciées des districts, cultivés, habités ou déserts. Ces détails étaient à même de créer les cartes topographiques : Ges cartes se multipliaient alors et malgré leur destruction , plusieurs du xme siècle se sont conservées et méritent une sérieuse attention, comme nous le verrons en son lieu. Il est probable que les Normands , comme en Angleterre, et partout ailleurs, avaient les cartes de différentes conditions. Cette probabilité se décèle sur un autre point de la domination normande et se déroule comme un événement important pour la géographie et la cartographie , suivi des conséquences les plus remarquables.
(tt I) Voyez Malte-Brun , géogr. livre XIX de redit- Huot, p. «07, 808.
Roger de Sicile, Edrisi l'Africain, 1154.
54. La première moitié du xii* siècle (1101-1154) fut illustrée parla gloire et la renommée d'un prince qui a donné une immense impulsion a la géographie. Le normand Roger , comte de Sicile , de Galabrc et de Pou i lie, ensuite (1127-1131) des pays napolitains, couronné en 1129 roi de Sicile, étendit sa domination sur toute la Sicile, sur le tiers de ritalie (et entre 1154 et 1148), sur Tunis, Mahadia, Djerbi, Tripolis, sur la dynastie mahommédane des Zeiridiles eu Afrique ; appuyé d'un côté sur la puissance colossale du pape, il menaçait d'un autre côté l'empire grec dégénéré et croisa sa formidable marine avec celle des Pisans et des Génois , qui parcouraient les mers et animaient le commerce. Les Vénitiens à cette époque prenaient part à ces entreprises commerciales et fesanl un progrès extraordinaire et rapide, manifestaient leur génie belliqueux par des conquêtes précaires en Slavonie, où prédominaient les Hongrois. L'élan des croisades, secouant toute la ehrétienneté fesait passer ou toucher le sol et les ports des dites républiques et do roi Roger par de nombreux étrangers : Lothariogiens, Normands, Espagnols, Français, Allemands, Skandinaves, se succédaient continuellement dans tous les abords de l'Italie et de Sicile.
La Sicile, fertile et abondante, depuis peu conquise sur les grecs et les mahommédans, était peuplée d'hommes riches et industrieux. Roger tenait sa résidence à Païenne: sa cour brillante était composée de chrétiens et de mahommédans. Dans son palais existait une manufacture d'étoffes et de broderie, dirigée par les mahommédans (222}. Une manufacture de soieries était aussi fondée au moyen d'ouvriers, hommes et femmes grecs, amenés captifs en 1149, par une expédition entreprise contre la Morée (225). La Sicile était matériellement dans un étal prospère; son industrie animait le commerce.
Aucun pays de l'Europe n'était mieux favorisé pour avoir des renseignements de toute part sur tous les états, si l'on voulait les avoir, que l'Italie : la papauté y résidait remuant le monde; le commerce de louie sorte de marchandises s'y concentrait et s'étendait vers le levant; l'occident traversait continuellement vers l'orient. Marchands, pèlerins, croisés, étaient de gens qui n'étaient pas dépourvus de la connaissance du monde, Ils connaissaient les pays d'où ils venaient et ceux desquels ils retournaient. Dans leur voyage, partout ils s'arrêtaient, observaient, examinaient et étaient en état de rendre compte de ce qu'ils ont va et appris. Ces avantages de la péninsule entière, partageait l'île de Sicile, attachée à la péninsule, par sa situation, par d'antiques relations et
mantes*
royal, fabrique dans le magasin royal de Païenne , l'an 528 de l'hégire (1133) que les empereur» enlevèrent dans son temps du trésur royal de Sicile. Voyez Wenrich , hist. des Arabes en Italie, Leipzig 1845, p. 291 , et I explication de l'épigraphe brodé , par fteinaud, dans le voyage en Sicile de ebn Djobaïr par A mari , Paris, 1846, p. vu, 69. — Il y a dans cette ville (Païenne), dit Benjamin de Tudcle (chap. 23}, environ quinze cents juifs et une grande quantité de chrétiens et de mahommédans. Dans le jardin il y a un grand palais, dont les murailles sont ornées de figures d'or et d'argent, et le pavé est de marbre , où sont gravées toutes sortes de figures , qui sont dans le monde, fi n'j en a point de semblable sur toute la terre. (323) Amari , ibid , noté 42, p. 70.