ROGER ET BDB1SI
ronde. La division en sections n'est point établie par des lignes partageant naturellement les parties égales, mais bien d'après des lignes inégales (c'est-à-dire d'inégale dislance), imaginées par les géographes descripteurs de climats. La carte itinéraire est donc privée d'échelle, elle n'a aucune direction , sous ce rapport tout y est arbitre. Je la qualifie de table ou carte itinéraire, parce qu'elle a le but de marquer ce qui est dit dans le texte des distances et des itinéraires; parce qu'elle indique les voies et les routes connues : Edrisi lui-même le dit (p. 8).
Cette table est très-utile et même nécessaire à l'intelligence de la description d'Edrisi; elle peut servir de guide dans la triangulation des distances (**i); elle peut suppléer ce qui manque à la carte ronde; elle peut concourir à réédifier la table rogerienne : mais une carte routière de la nature de cette table itinéraire, ne peut guère constituer une carte géographique dressée sur de bases géographiques, soumise à une échelle. Ni la carte ronde, bien qu'elle est une petite image de la table rogerienne, ne constitue de carte géographique et ne doit être considérée que comme une des peintures figuratives. Cependant dans la table rogerienne existait une carte géographique exécutée en règle. Elle est perdue. La table d'argent, pesant 450 livres, fut coupée par morceaux et fondue; le parchemin de la planche dessinée périt par quelque accident, ou céda à la lente et vorace destruction.
Mais tant d'efforts, tant de succès dans la confection du grand œuvre rogerienne ne pouvaient être perdus pour les contemporains ni pour le progrès de la connaissance géographique.
Pour nous, il ne nous reste qu'Edrisi et nous y voyons ce qui est passé au savoir des arabes. Par l'organe d'Edrisi ils apprirent ce qu'on fit alors pour la géographie en Sicile. Dans les ouvrages postérieurs on peut facilement remarquer l'avantage très-modique que les arabes tiraient des connaissances occidentales communiquées par Edrisi. Ces avantages de peu de valeur, sont claires, parce que chez les arabes nous trouvons d'abondantes productions géographiques. Chez les latins la marche du progrès était différente , et a cet égard nous restons dans quelque obscurité. L'œuvre sicilien périt pour nous, les petites et nombreuses productions ultérieures des italiens, périrent de même. Il en reste cependant assez pour se convaincre que l'œuvre rogerienne n'était point perdue pour la géographie , donua l'impulsion au progrès , ouvrit une nouvelle époque pour la connaissance et la science, et dirigea longtemps la connaissance et l'esprit des géographes. Mais avant de scruter cette intéressante question pour l'histoire de la géographie, nous allons reprendre la suite connue des cartes arabes.
(*4f) Noos avons essayé d'élaborer la triangulation de France, d'Allemagne., de Hongrie et de* pays an sud du Danube jusqu'à Constantinople (n* 40, 43 de notre atlas). Nous rendons compte de cçtte fatiguante opération dans l'analyse de la description d'Edrisi. — Il e*t bon d'observer l'extraordinaire ressemblance dans la configuration de la Norvège , du Danemark et de l'ile britannique de la carte itinéraire édrisienne, avec celle de la carte anglo-saxonne. Voyez la note antérieure «50. — Quant à la triangulation de Hind Stn,n* u de notre atlas, elle estfaite.non pas dans le but de recoft struire la carte des arabes, mais pour expliquer leurs descriptions.