DÉCADENCE, 93. U
sance des cœurs. Dans le troisième livre il traite des principales villes de la Perse, avec leur longitude et leur latitude, et leur horoscope (sos).
94. Abod Hafs Omar ben Mouftir, (sirradj) zineddein, Ibn al Ouardi (Vardi), né vers 4292, mourut à Haleb, 4349, laissa une géographie très-répandue dans le monde, sous le titre de : perle des merveilles, ouvrage divisé en deux parties, la première traite de la géographie, la seconde est consacrée aux trois règnes de la nature (sos).
Ibn al Ouardi, compilateur des ouvrages géographiques, ne possédant aucune instruction ni connaissance d'objets qu'il traitait, a placé en tête de son ouvrage une carte générale, image du monde, qui mérite notre attention, afin d'exhumer lïgnorence du sol fertilisé par la culture savante et prospère.
Ibn al Ouardi nous apprend dans sa préface, qu'il se servit du livre de Nassir eddin le thousien, de la géographie de Ptolémée, du livre de Massoudi, de celui dlbn al Athir le djezirien, d'un ouvrage géographique d'un marokain ; il cite Talmageste de Ptolémée , il répète les chiffres de la dimension du globe, il a dû comprendre par les écrits de Nassir eddin la nature des cartes : cependant il a préféré le produit misérable»
La montagne Kaf environne toute la terre ou plutôt tout l'océan, sur lequel la terre habitable nage au milieu , comme le jaune dans un œuf, dont le blanc serait ce grand océan et la coquille cette même chaîne de la montagne Kaf (voyez n° 82 de notre atlas). On y distingue l'immense mer indienne , la mer méditerranée et la mer noire , les mers Caspienne et aral nommée khovarezm. Le centre est à l'embouchure du Tigre , près de la péninsule de l'Arabie. L'Afrique s'étend sur toute la partie méridionale. Le Nil vient de l'orient et se replie au nord dans le Saïd pour se perdre dans la mer méditerranée. Dans la même direction au nord, le Tanaïs débouchant dans l'océan, forme de l'Europe une lie; il communique par un bras avec l'Atel. Sihoun et Djihoun se jettent dans le lac khovarezm. Si l'on distingue l'Eufrat et le Tigre, on ne saurait expliquer le grand fleuve qui vient de l'orient s'accrocher au Tigre, si l'épigraphe ne disait que c'est Mahran Indus. Quelques montagnes sont dessinées sur les lisières de l'habitable. Jadjudj et Madjudj sont au nord. Bab(gazna) etKomr sont nommées. Le sud inhabité à cause de la chaleur et de la sécheresse. A plusieurs compartiments et marques je ne sais pas indiquer leur juste destination (507).
(308) Nofthet al coloub; il composa aussi tarikbi gutideh, ou chronique choisie. — Fraehn, Ibn Foszlan, p. 487. — Biographie universelle classique, Paris 4819, article Kaxwiny. — Reinaud, introd. p. 165, 16». J ^ . - ,
(508) Les manuscrits d'Ibn al Ouardi sont nombreux : 9 dans la bibliothèque de Pans, deux a Petersbourg, à Upsal, à Berlin, à Kazan, à Londres et ailleurs. — On a publié différents passades de cet ouvrage, de résumés, des extraits. — Aurivillius et Axelsons, particula ex opère cosmogr. Ibn al Ouardi, Upsal, 4 75ï ; Degoignes, notices et extraits des inscrits, t. H; Hylander, spécimen operis eosnogr. Ibn al Ouardi, London, 1784-4803; Carolus JohannesTornberg, ftagmentum hbn marganta mirabilium, auctore Ibn al Vardi» Upsali» 4838; Chr. Mart. Fraehn, Ibn al Vardi ^Egyptus, Hâte, 4804. — La publication de Hylander se compote d'une suite de dissertations académiques sur différents chapitres et passages dlbn al Ouardi. «««si,»
(807) Le journal des savants, avril 4788, p. 497, dit que dans le manuscrit la carte est si grossière* ment faite, Won ne soupçonnerait pas ce qu'il a voulu représenter, s'il n*y avait ajouté quelques noms de pays. — Par la copie de notre atlas, on voit que les épigraphes des pays sont assex abondante». Nous arons le facsimile de ces épigraphes par le soin de mon ami Leopold Savmikiewicz, auteur de plusieurs ouvrages touchant l'orient. - Pour l'explication des !*»£•. je< Ans toute obligation a mon ami Pietraszewski, orientaliste solide, profond, expérimente par la lumière qn il
Celle image, grossièrement tracée en cercles et lignes droites, est conforme à l'image d'Istakhri, d'ibn Haoukal, deMassoudi et autres; elle est analogue à toutes celles qui abondent chez les latins depuis le xm< siècle (sus). Elles convenaient aux latins, parce qu'ils donnaient à leur intérieur de proportions géographiques : mais on est étonné de les retrouver au xivmc siècle chez les arabes, dont la géographie se constitua sur un globe gradué. La tradition perpétua chez les arabes l'existence des images.
L'exécution d'une carte géographique demandait beaucoup de soin , de patience, de dépense et une certaine capacité. Quelle quesoit la forme qu'on donnait à ces cartes, les mêmes conditions chargeaient leur exécuteur et elles n'étaient pas nombreuses.
Puisqu'on s'efforçait de fixer les points par les longitudes et les latitudes , il ne manquaient pas de cartes exactes : mais à coup sûr nous pouvons admettre que le dessinateur de la carte restait loin de l'exactitude rigoureuse, nécessaire à une carte graduée. — On aimait mieux satisfaire l'œil par l'apparence et la peinture. On se contentait de cartes sans échelles, on les dessinait à vue d'œil, en belles couleurs éclatantes, relevant, exagérant les parties plus intéressantes. Les travaux assidus de savants géographes se perdaient dans l'exécution ordinaire des cartes. Les données astronomiques cependant inspiraient, soutenaient le vague dans une harmonie qui calmait le regard du spectateur, l'imagination amplifiait ce que l'esprit scrutateur espérait y trouver.
Par cette disposition de l'esprit pour les cartes peu exactes, les images conservaient leur crédit, avaient leur place distinguée chez les écrivains et chez les compilateurs de la décadence.
Le siècle suivant commença à dérouler l'abandon du sol fertilisé, et bientôt après le manque de culivaleurs le fit chômer. Le génie arabe s'était épuisé pendant les guerres des croisades; leur empire inondé de hordes tourkes et mongoles, s'écroula et l'indolence transmit les productions de l'esprit aux conquérants grossiers et sauvages.
Il ne manquait jamais de ceux qui imitaient, répétaient, compilaient, fesaient des extraits, abrégeaient, copiaient. Les auteurs de mérite s'exerçaient dans ce genre sur leurs propres ouvrages (309); les écrivains
a versé avec tant de succès sur la numismatique arabe. Toujours empressé à répondre, il m'a aidé même à débrouiller maintes uoms propres. Je ne puis cependant déchiffrer tous ceux qu'offrent la petite carte d'Ouardi, faute d'indications rassurantes.
(308) Il est dit (notices et extraits, t. U, p. 386; Sprengel, cap. 48, p. 151; Halte-Brun, édit. Huot, t. 1, 16, p. 435), que la carte est conforme en bien de points (viel iibereinstimmend) avec celle de Sauuto, qu'on voit dans Bongars. — Elle est conforme à la Sicilienne d'Kdrisi et plus à celle de 11 19 de Bruxelles, et à toutes les cartes de ces époques là, tant latines qu'arabes. — Le tork Katib Tcnelebi dit d'ibn al Ouardi : l'auteur a placé en tète de son livre une sphère, où il a tracé les contours des pays et des mers, croyant les avoir exactement représentés : c'est une erreur bien grande : mais cet homme n'était pas géographe et sa carte ne ressemble pas aux autres cartes. U a d'ailleurs rapporte dans cet ouvrage des faits dénués de vérité et même des choses impossibles selon l'usage des Arabes et des hommes de lettres peu versés dans les sciences. Aussi ce livre est-il très-répandu parmi les gens qui sont bornés comme son auteur. — Aussi ce livre fut très-répandu parmi les latins de l'Europe, admirateurs du grand savoir des arabes. Longtemps on a jugé de la géographie arabe d'après cet ouvrage. Cependant on se formait une haute idée de cette géographie : elle reposait sur le savoir d'Aboulféda de la traduction de Reiske, dépouillée de son plus bel ornement, de tables de longitudes et latitudes géographiques ; on jugeait sans essayer de dresser la carte géographique de la conception aboulfédine.
(509) Hassoudi résumait ses ouvrages étendus dans un moindre cadre, puis abrégeait; Iakont extrayait. — lbn Ilaukal est très-disposé à copier ce que les autres ont dit ; — Al Outari dimesdiki fourra la chronique entière d'Aboulféda dans son ouvrage volumineux.
ABOULFÉDA, 95, 06. 147
médiocres mettaient à contribution les autres. Mais le goût de compilation et d'abréviation ne s'empara de la plume des écrivains, que lorsque les capacités créatrices affaiblies venaient de s'éclipser. C'est alors que ce goût érudit prévalut chez les arabes et enrichit leur géographie d'une série nombreuse d'érudits, de compilateurs et d'abréviateurs, entre lesquels Aboulféda occupe la première et la plus haute place (310).
Aboulféda, 1523.
95. Emad eddin Aboulféda, Ismael, issu de la maison d'Ayoubites, descendant du frère de Saladin (311), naquit en 1271 à Damask. En moslesmin accompli, d'un esprit martial, il prit dans sa jeunesse une part très-active à la destruction des colonies de croisées en Syrie, qui fut achevée en 1290, Aboulféda n'ayant que 19 ans. Après diverses vicissitudes, investi en 1310 du gouvernement de Hemat, par le sultan d'Egypte, décoré en 1312, pour ses services et sa bonne administration du titre de prince, et en 1519 de celui de sultan, mourut en 1531.
Cultivant pendant toute sa vie les éludes, il se familiarisa à un haut degré avec toutes les connaissances humaines. Interprétation du koran, principe du droit canonique et de la religion, grammaire, philologie, belles-lettres, histoire, logique, philosophie, jurisprudence, médecine, astronomie, géographie, concoururent à son savoir. Comme écrivain, il acquit une grande réputation en poésie, en histoire et en géographie. Son abrégé de l'histoire du genre humain est très-ample ; sa géographie
intitulée lakvimal boldan jIjJLÎI *>J3 est un abrégé de moindre
extension. On voit qu'il aimait à abréger. Il dit lui-même que dans sa géographie, il s'était proposé de ramasser sommairement tout ce qui est dispersé dans différents ouvrages (512). En effet, à chaque page la lecture peut convaincre, que c'est une compilation sommaire d'une quantité considérable d'ouvrages quelquefois volumineux.
96. Sa propre opinion géographique se prononce dans l'introduction. Cependant souvent elle n'est autre chose que le choix entre les opinions variées des écrivains, suivi d'extraits et de citations de leurs paroles. L'ouvrage entier consiste en tables de longitudes et latitudes géographiques, avec des notes marginales, précédées de la description succincte de chaque province. Les tables offrent un ramas précieux de longitudes et latitudes géographiques de quatre géographes, savoir : de rasm du khovarezmien; d'Abou Rihan le birounien; du Persan, et d'ibn Saïd le inagrebien, qui sont mis à contribution peut-être en entier. Certaine quantité de longitudes et latitudes est tirée d'autres ouvrages : une
(540) Ibn al Athir, mort 423Î, ne voulait pas donner à son ouvrage trop d'étendue, parce que de son temps on préférait les abrégés : ce sont ses propres ternies. De Guignes ajoute : les sciences avaient suivi le sort de l'empire des kbalifs : ainsi l'auteur se conforme au goût de son siècle (notices et extraits, t. 1,-p. 543).
(341) Voici sa lignée : Ismael fils d'Ali, f. de Mohammed, f. de Mahmoud, f. d'Omar, f. de Schahihschab (frère de Saladin), f. d'Ayonb, f. de Schadi; et ses qualifications : al milek al movaïiad (bien appnyé) emad eddin (colonne de la religion) Aboulféda prince de Hamat.
1342} Nos itaque hoc in compendium coegiraus, quae sparsa varios per libros jacebant ut ipso iu opère ubi singula pertractabimus loca bénévole lector cbgnoscès (p. 426).
nonanlaine du volume de l'analogie /wLi spécialement pour la Syrie et la mer Nitasch ; une trentaine d'une carte géographique de al Haraïr jjlpr^l ^p ^jj spécialement pour la Syrie, et une trentaine de différents autres, ^dont on voit nommés Kousiar, ibn al Àkoul ou ibn al Atval, et plus souvent anonymes, indiqués par les mots de +$&*> quelqu'un, Jji d'un.autre.
Les notices succinctes sur les provinces et les notes marginales sont de la même façon , contextées de passages extraits, détachés et tranchés en premier lieu de quatre auteurs de la géographie descriptive, savoir: d'Ibn Haukal le bagdadien, de Hassan le mollabite (azizins), de Yakout le hamatin (moschtarek) et d'Ali ben Aladir le djezirien (al lobab). C'étaient des ouvrages de prédilection qu'il fouilla à chaque pas. Une vingtaine d'autres enrichissent abondamment son érudition, ou paraissent mentionnés à l'improviste. Dans le nombre de ces ouvrages , il y avait d'importants et considérables par leur mérite et leur étendue, mais ceux qui n'étaient pas de son goût sont négligés. 11 connaissait les ouvrages d'Edrisi et de Nassir eddin, mais le premier lui déplût, à cause qu'il était privé de longitudes et latitudes géographiques; l'autre parce qu'il les donnait comme les autres. Tout y est cousu de paroles et passages empruntés, c'est par extraordinaire quand il dit lui-même : et moi j'ajoute; quand lui-même il se prononce entre différentes opinions.
97. Aboulféda aimait à revenir à son ouvrage : autant pour le corriger et perfectionner que pour copier, changer l'ordre et i'augmenter de quelques notices de plus. Ainsi les copies de son takvim sont très-différentes sous le rapport de l'ordre, de la série et du nombre de chapitres ou sections, enrichies de quelques additions, purgées par quelques suppressions, rarement corrigées dans de nombreuses erreurs de chiffres. Les descriptions des géographes se rapportaient, comme nous l'avons observé à des provinces ; leur connaissance, leur opinion sur les limites, divisions et subdivisions de ces provinces variaient quelque peu. Aboulféda a signalé plusieurs semblables divergences qui dérivaient de motifs érudits plutôt que politiques ou administratifs. De sa part , il embrouillait cette division , changeait le plan de son ouvrage, formait tantôt de chaque province une section spéciale, tantôt les accouplait dans de sections, divisait, morcellait quelquefois entre plusieurs, agissaitarbitrairement. Ainsi, dans une des dernières rédactions la même section contient l'Adherbidjan , l'Arménie, l'Aran et une portion du Roum, et tout ce qui se trouve entre la mer Nitasch et la mer Khozar est englobé dans une section , on ne sait pas quelle province a pris des proportions vraiment extraordinaires (31s).
Cette inconstance dans le plan de l'ouvrage variant, les copies donnèrent de la peine aux éditeurs. Plusieurs chapitres de la géographie d'Aboulféda avaient été imprimés et traduits. Les descriptions de Khovarezm et de Mavaralnahar par Graevins, à Londres, 1650, in-4°;
(34 S) Déjalslakhri avait réuni dans un même article, l'Arménie, l'Aran et l'Adherbidjan, mais il n'a pas entamé le Roum , sur lequel l'islan ne s'était pas encore étendu.
ÀBOULFÉDA, 98. 149
reproduites avec le texte arabe de la description de l'Arabie par Hudson, 1712, (t. III, géograph. miii. grec); de l'Arabie en français par de la Roque 1718, (p. 276-346, de son voyage en Palestine, Amsterdam, in-8°); de la Syrie par Kœbler, à Leipzig, 17G6, in-4°; de l'Egypte par David Micbaelis, à Gôttingue, 1776, in-8°; de la Nigritie par Rink (histoire des rois d'Abyssinie) à Leyde, 1790; de Magreb par Eichhorn, Gôttingue, 1794 ; de la Mésopotamie par Rosenmùller (nouveau répertoire de la littérature orientale, vol. 5); de l'Arabie par Roramel , à Gôttingue, 1802, in-4°; de Khovarezm, Mavaralnahar, Arabie, Egypte, Perse, avec la traduction grecque par Demetr Alexandrides, aux frais des frères Zosimados, à Vienne, 1807, in-8°; de la Mésopotamie par J. Chr. Frid. Tucb, Halae, 1850; de Magreb avec la traduction française par Solvet, à Alger, 4859; les prolégomènes en latin par Mura lori (diss. xliv, anliq. ltalise, t. 111, p. 941, 942) à Milan, 1740. Jean Jac. Reiske a donné une version latine de tout le texte de l'ouvrage (Buschings magasin, t. IV, V, p. 121-366) à Hambourg 1770, à l'exception de plusieurs provinces, dont on avait des publications antérieures et entièrement privées de tables de longitudes et latitudes géographiques. Rink en a donné quelques- unes (tabula? quœdam géographie» specimina, Lipsise, 1791, in-8°); Michaelis, dans son Egypte; peut-être aussi Ferdinand Wûstenfcld (tabula? quœdam, nunc primum arabice (lithographiquement) editse, Gôltingae 1835). L'ouvrage entier d'Aboulféda n'était publié qu'en 1840, texte arabe par Reinaud et Mac Guckin de Slane, aux frais de la société asiatique à Paris; la traduction française est sous presse (314).
98. Cette compilation, rédigée dans la forme d'un abrégé de la géographie, est un manuel inappréciable pour la connaissance géographique des arabes; magasin plein de variété; trésor pour les scrutateurs qui veuillent étudier l'histoire de la géographie; trésor mis à la portée de tous les investigateurs depuis quelques années. Aboulféda s'est basé spécialement sur les données mathématiques. 11 reproche à ceux qui suivent un autre plan dans leurs ouvrages la négligence des longitudes et des latitudes géographiques. Lui-même il suivit l'exemple de Nassir eddin, du Persan et d'autres, composa les tables de longitudes et latitudes en copiant celles de quatre géographes à la fois. Il transcrivait fidèlement ce qu'il trouvait dans les manuscrits qu'il avait dans sa possession. Il y avait les erreurs et l'altération des chiffres, mais il les donne telles dépravées qu'elles se présentent, et, n'accusant nulle partde faute les copistes, il rejette tout le blâme d'erreur sur les géographes mêmes, ordinairement sans analyser ce qu'il répète, il les surcharge, surtout le vénérable Abou Rihan, de bévues impossibles, que le bon sens répugne (sis). Cependant, se basant spécialement sur les données
(344) Ignorant l'arabe , les chiffres seuls et quelque peu Ips noms propres furent accessibles pour moi dans l'édition arabe. L'iuterprétation latine de Reiske ne me donnait pas tout le texte ; la traduction grecque de Demetr Alexandride suppléait ce qui manquait , mais ne complétait pas.
(313) Voyez ce que ebap. 14, 15, II, 34, 66, 67
150 GÊOGR. ARABE, 1090-1330.
mathématiques il devait porter tonte son attention aux cartes, a ia possibilité de les construire : néanmoins, touchant les cartes, il y a le moins dons son ouvrage. En l'absence de cartes géographiques, grâce à son goût d'extraire et de copier, nous avons essayé de rétablir les cartes de rasm du Khovarezmien, d'Abou Rihan, du Persan, d*Ibn Said; de la Syrie de l'ouvrage d'analogie, et de la mappe de al Haraïr.
Aboulféda a touché la question de la construction des cartes, quand il parle de la réduction des distances en longitudes et latitudes (p. 184) ; mais on n'a pas de preuves positives qu'il ait jamais lui-même dressé une carte. On pourrait même douter s'il ait jamais vu une carte géographique quelconque, s'il n'avait pas aperçu la position maritime de la ville d'Anlalia sur une carte peinte (sis); s'il n'avait pas cité expressément la
carte de al Haraïr et quelques autres tables {joxi j>\jaJ\ ^ ^*\ oLarf. vJt Cette citation de la carte est toute extraordinaire, ^attachée à une trentaine de lieux seulement.
Cependant il a dû pratiquer le dessin au moins de quelque partie de la terre, surtout lorsqu'il forme ses propres combinaisons, ou lorsqu'il entreprend de démêler de plusieurs, la plus certaine longitude ou latitude géographique. Enfin, à défaut delà carte, la description des mers, des lacs, des fleuves, des montagnes, nourrie par les longitudes et latitudes, qui compose l'introduction de sa compilation, fournit des indications nombreuses et déterminées pour la construction d'une carte, conformément à ses propres idées, reçues, inventées ou choisies, acceptées et approuvées. Ordinairement il y est sans biais, trèsexplicite : nonobstant on y rencontre de difficultés dérivant de l'insuffisance de la description de plusieurs points, de l'adoption ou répétition d'opinions discordantes , d'erreurs de copistes ou de la reproduction d'erreurs de latitudes et longitudes acceptées sans discernement; ainsi qu'on peut douter s'il a jamais eu devant ses yeux sa propre création dessinée en entier.
99. Gomment, par exemple, concilier la position d'Abzou (Abydos) sous le méridien de Konstantinople mais inclinée vers l'occident? comment concilier cette belle expression que tous les points du littoral de la Syrie sont presque sous le même méridien (p. 147), avec la position acceptée du lac Tiberias et l'embouchure de Soveidiah? certainement Aboulféda ne changeait rien de l'inclination observée généralement par tous les géographes arabes. Il relate différentes longitudes géographiques de Kolzouin, avant qu'il accepte positivement celle de 56° 50' (p. 141). Les longitudes de kasr ibn Habira, de daïr el akouli, de Nomania (p. 101), sont évidemment fautives. La latitude de Hit (p. 164, 165), de Trebizond (p. 149), et les chiffres de la position de plusieurs points de la mer Nitasch sont aussi dépravés, on ne peut en douter. Les données variables et se contrariant réciproquement dans la description du fleuve Jordan el de son lac Zogar (p. 147, 154, 156, 166), répondent à la confusion constante sur ce point dans les données tirées des autres géographes. Cet embrouillement dans la description
(316) Et sane deprehendimus illam (Antaliam) in mappa depictam in mare porrectam (p. 504).
ABOULFÉDA, 100. 451
d'Aboulféda est fâcheux : cependant il a lui-même soigné les copies et on en a une Leyde, accompagnée de notes de sa propre main, ainsi qu'elle doit être considérée comme autographe et servir de guide irréfragable (317).
La carie d'Aboulféda que nous avons composé sous la dictée de ses prolégomènes (n°* 59, 60 de notre atlas), offre des singularités étrangères à d'autres géographes et des infirmités qu'on ne saurait rejeter sur ses prédécesseurs connus. Les côtes de l'Afrique en sont affectées ; le cours du Tigre et de plusieurs rivières; mais les plus étranges se manifestent dans le golfe persique et dans le cours du Nil. Il est assez difficile de s'expliquer leur origine. La traduction latine donne toutes les longitudes et latitudes en chiffres, or, je pensais que ces singularités absurdes dérivaient des erreurs de copistes, qu'une rectification était praticable à l'aide de variantes ou par la découverte de méprises-copistes. L'indication double de la position de Siniz (p. 142, 171), venait à l'appui de ma supposition. Mais quel a été mon étonnement , lorsque, en confrontant les noms et les chiffres de la traduction latine avec le texte arabe, je trouvais toutes les longitudes et latitudes du cours du Nil et du golfe persique, tracées en toutes lettres dans l'autographe de Leyde, exactement les mêmes, comme elles sont dans la publication latine. En effet, les directions indiquées, inclinées vers le nord ou tournées directement vers l'orient, indiquées de la façon comme si Aboulféda les voyait sur une carte , confirment sans réplique , qu'il avait adopté ces seules longitudes et latitudes, mais non pas les autres discordantes qui ne paraissent que comme un mélange des opinions étrangères et différentes, insérées par inadvertance, sans confrontation de ce qui avait été avancé ou accepté , sans essai du dessin de la carte entière qui pouvait mettre à l'évidence l'accord ou la discordance. Qu'il me soit permis de le dire à celte occasion , qu' Aboulféda était privé de l'instinct géographique, qu'il se trouve bien mal dans ces grandes questions, et qu'il ne se rencontre point avec la vérité.
Tout porte à croire qu'il a puisé la description du golfe persique dans Abou Rihan , gravement compromise par d'inombrables erreurs de copistes. 11 a tiré d'autres géographes les descriptions des rivières du Khousistan et du Fars, qui contredisent la direction tracée des côtes du golfe. C'est une méprise du compilateur. Mais d'où a-t-il pris le cours du Nil? comment a-t-il pu imaginer le cours édenté du fleuve, lui qui pendant sa vie visita l'Egypte plus d'une fois.
100. Aboulféda, dans son traité, prend pour base les données mathématiques, et souvent, sous ce rapport, découvre ses infirmités; en essayant d'expliquer les points obscurs il s'embrouille. A l'aide delà carte moderne, sa description de l'Eufrate se laisse vérifier et arranger, mais si l'on n'avait pas recours à ce guide, comment se tirerait-on de ce dédale de son érudition indigeste?
En suivant différents auteurs, sans doute il donna la préférence au birounien pour les mers de Fars el de Kolzoum; à Ibn Saïd pour les
(317) Eu effet lui-même ne doute guôre qu'en se servant des opinions divergeantes il ne serait tombé daus de contradictions : accidit, nt etiam in librum nostrum tôt contradictiones siut iuvcctae (p. 185). Elles ne sont que très-fréquentes.
452 G&OGR. ARABE 9 1050-1350.
environs de la mer méditerrajiée; au Persan pour le continent asiatique et la mer Caspienne; à l'ouvrage de l'analogie pour la mer Nitascb. Mais il a modifié leurs descriptions par l'admission de quantité de notices détachées qu'il trouvait disséminées dans différents auteurs, ou qu'on lui rapportait oralement. Les relations fréquentes d'Ousbek avec les ayonbites de l'Egypte lui ont procuré de notices spéciales du nord du Kaukase, où malgré l'altération des chiffres, on obtient des conformations plus satisfaisantes; il a des renseignements oraux sur les fleuves qui découlent dans la mer du Nitasch : mais comment se former l'idée de la configuration de l'Europe septentrionale avec ces renseignements oraux qu'il accepte et les situations indiquées par Ibn Saïd qu'il approuve? Comment y tracer les directions de Thona et de Koschkatag, voulues par l'acceptation des renseignements oraux?
Observant un respect invincible pour l'autorité surannée de rasm du khovarezmien , il accepte la situation des montagnes de la Syrie qu'il y trouve; il cherche sa lumière pour l'Asie mineure; admire l'immensité des fleuves qui la traversent, embarrassé seulement avec la direction du fleuve Ankira qui ne se conforme pas à ce qu'il a avancé sur la mer Nitasch (p. 149, 172) (sis).
Ce qu'il répète du Sihan et Djihan arméniens sans le reprouver, prouve l'ignorance des pays limitrophes. Les incertitudes de la connaissance du géographe pèsent sur plusieurs points du Djezira même; il fait écouler près de alSennleZab el madjnouno,Zab le furieux, en le distinguant du petit Zab qui réellement y perd ses eaux (p. 162). On doit s'étonner, que tant d'erreurs dans les chiffres de l'Egypte, de la Palestine, pays voisins, n'ont provoqué aucune plainte de sa part; pas même celles de quelques lieux de Syrie. Il est bon d'observer en même temps, que le prince de Hamat, le sultan Aboulféda, pour la position de Hamat, ne se révoque sur aucun auteur , mais il donne lui-même sa longitude et
latitude ,£&2S"* certaine, d'exploration : toutefois cette position aussi
simplement indiquée , passe admirablement à la table géographique de al Haraïr.
Il est clair que la carte d' Aboulféda est rapiécée de trois différentes couleurs, d'Abou Rihan, d'ibn Saïd et du Persan, trouée, raccommodée en bigarrures par les notices surannées du khovarezmien , les postérieures et les plus récentes nouvelles et relations orales (319).
(316) Cependant Aboulféda remarqua qu'il y avait dans rasm de choses qui ne méritaient plus de répétition (p. 444), et dans les rédactions réitérées de sa géographie, sa confiance dans rasm allait évidement faiblir, lorsqu'il purgeait son ouvrage par suppression des allégations rasmiennes, comme de celle de la position de nie de Toulé ou du fleuve imaginaire qui aurait découlé de Sihan on Djihoun pour se jeter dans la mer de Karamanie. M. Reiuaud observe qu' Aboulféda commençait à se méfier d'ibn Saïd et qu'à la suite il élimina plusieurs de ses passages. S'il avançait avec une semblable méfiance il aurait fait un grand tort à son ouvrage. Heureusement dans ses remaniements da texte et des notes marginales il n'a jamais touché au collationnement des positions qu'il avait réuni d'avance.
(319) M. Reinaud remarque le changement dans la disposition de différents lieux par les rédactions réitérées des tables; il pense qu'a l'aide de kyas et de Tordre qui plaçait en tète la longitude et la latitude de choix, Aboulféda trouva le moyen de se prononcer sans entrer dans aucune discus sion. M. Reinaud indique en lettres italiques ces chiffres qui lui paraissent répondre à la pensée de l'auteur. Une carte dressée d'après ces indications accompagne la traduction française. Si Aboulféda pouvait être ressuscité, il serait certainement ravi d'étounement comme on fait de belles choses en son nom.
BEAMBKS tCRIYAINS, lOi, 109. 153
Suite des Écrivains.
101. Certainement Aboalféda n*cst pas comparable avec ses prédécesseurs. Y a-t-il parmi les postérieurs à ce géographe quelqu'un de comparable avec ses prédécesseurs? il serait difficile de l'avancer. Si Fou connaît qu'il y a quelque chose de grand, d'important pour le progrès de la géographie dans les siècles suivants, je l'ignore. Autant que je m'imagine, autant que je puis entrevoir dans ce qui est allégué, on a une médiocre récolle pour la géographie descriptive, on a des compilateurs érudits, et en général des compositions de peu de valeur, modelées sur les paroles des anciens écrivains ; on a des abréviateurs , des extrayeurs et des copistes infidèles. Aussi nous ouvrons cette époque bien tristement par quelques abréviateurs.
A peine qu'AbouIféda ferma les yeux, son contemporain du même âge, Schems eddin abou Abdallah Mohammed al deheby, né 1275, mort 1347, s'empressa d'abréger sa géographie. Deheby est, en effet, connu par plusieurs entreprises de ce genre (sso).
Safi eddin Abdoul Moumin ben Abdel Hakk , sous le litre de : livre des observations qui font voir les noms des lieux et des pays, abrégea le grand dictionnaire de lakout. Il annonce que ce dictionnaire étant trop volumineux pour être facilement multiplié par les copistes, il avait cru, dans l'intérêt de la propagation des connaissances utiles, pouvoir enfreindre la terrible défense faite par l'auteur, de rien changer à son ouvrage, et qu'il en avait retranché les étymologies des noms géographiques comme étrangères au sujet ; les longitudes et les latitudes , parce qu'elles auraient besoin d'être vérifiées, et la mention des hommes illustres que chaque lieu a vu natire, parce qu'elle appartient proprement aux ouvrages biographiques. L'abréviateur nous apprend eu outre, qu'il a fait des additions à quelques articles de son original et qu'il en a corrigé d'autres d'après des informations exactes (ssi).
Le même service rendirent à Ibn Batouta les abréviateurs Mohammed Kelebi et Mohammed Biloum (sîî).
Mais il devenait difficile aux copistes de multiplier les exemplaires des anciens ouvrages trop volumineux : ils tronquaient leur texte, supprimaient de nombreux passages et livraient des copjes défectueuses, décorées de pompeux titres des auteurs.
402. Un des auteurs de la géographie descriptive , Abdouraschid ben Saleh ben Nouri , bahoui , florissait en 1397. 11 est connu par la description des merveilles terrestres. Elle a été rédigée en 1413 (333).
C'est une misérable compilation de Kasvin et de Yakout , surtout de
(320) Dict. biogr. d'Ibn Khalekan , trad. par Slane; 1. 1, p. xxrv ; Beinaud , introd. p. 453.
(321) D'Ohsson, des peuples du Caucase, préface, n* 6, p. 11.
(jllj Tbe travels of lbn Batuta, par Lee, Londres 1829. — Voyez Beinaud dans la géogr. de llalle- Brun , livre xyi, p. 458 de l'édit. de Huot ; le même, introd. p. 157.
(3%3) Le manuscrit de cet ouvrage, copié en 1644 d'un plus ancien .fut déposé par de la Croix dans la bibliot. de Paris en 1683. De Guignes en a donné un ample résumé en 1789, dans le 11 vol. de notices et extraits des manuscrits de la bibl. du roi, p. 386-S44, sous le nom de l'ouvrage de Bakoui. 11 est bon d'observer une méprise de De Guignes. Toutes les minutes dans les longitudes et latitudes qu'il a marqué par un simple 8, sont des nulles, des zéros : parce qu'il a pris par inadvertance un signe capricieux de zéro pour la lettre de cinq.
ce dernier. Elle ne s'occupe que presque exclusivement des merveilles. Remplie suffisamment d'inexactitudes et de bévues : elle confond les Boulgars du Danube avec ceux de Volga; elle transforme lesBadja Abissin en Badja Tourks, etc.
Elle suit Tordre alphabétique à l'instar de Yakout, mais elle le divise en sept climats et reprend Tordre à chaque climat.
Abdotir raschid le bakouin , remit dans cet ordre 464 articles, et annotait les latitudes et les longitudes de 155 positions. La division en climats et les chiffres des latitudes et 'longitudes sont extraits parce compilateur de Nassir eddin , dont il mentionne Tobservatoire à Maragha (IV, 104, p. 498). A peu d'exception, tous ces chiffres sont exactement les mêmes qu'a donné le manuscrit de Nassir eddin, publié par Graevius et Dcmetre Alexandride, que nous avons analysé. Les mêmes jusqu'à l'identité des erreurs, que nous avons relevées dans les longitudes et les latitudes de Sedjelmese, Kortouba, Sikilia, Arzandjan, Ardjan, Djarbadkan, Sarkhas, Merouschahdjan , Oman, Siraf, Sumenat, etc.; ainsi on voit qu'à l'époque d'Abdour raschid, la carte ilkane et l'ouvrage de Nassir eddin étaient lésés comme nous le connaissons par la publication de Graevius et de Demetre.
Dans cette répétition de longitudes et latitudes de 155 lieux, on trouve quinze variantes qui ne s'accordent pas exactement avec les dites éditions ; mais presque toutes ces variantes résident dans les chiffres des minutes. A l'exception d'Abadan , aucune ne s'accorde avec les variantes d'Ouloug bey, et plusieurs, comme celles de Donkola,de Medine, d'Esfaraïn , de Mahadi , de Bardaa, sont de grossières erreurs. Ainsi qu'elles ne sont presque d'aucune utilité pour la rectification de la carte ilkane (zu) (voyez les tables dans notre atlas XI, n" 10, il).
Dans différents manuscrits, on retrouve des annotations de longitudes et latitudes, tirées de listes plus abondantes des anciens auteurs. Quelquefois elles offrent certaines améliorations (535). Mais comme on copiait les parcelles de géographes anciens , transcrivait leurs ouvrages entiers, on copiait quelquefois les cartes anciennes. C'étaient des copies. L'image de l'habitable copiée par Ibn al Ouardi avait des copistes, et s'il en fallait composer une carte régulière on tenait à suivre les indications de Nassir eddin.
Les exploits de*Tamerlan ébranlèrent l'intérieur de l'Asie. Son fils Mirza Schah Rokh , maître de la Perse et d'une partie de l'Inde avait besoin de connaître les états. 11 échangea des lettres avec l'empereur de Chine et fit partir, en 1420, une solennelle ambassade à la cour de Pékin. Plus tard , en 1442, Abdalrazzak le samarkandien, fut envoyé auprès du roi de Kalikut et du roi Bijnagor dans l'Inde (sae).
(ftiJ) La seule variante de latitude de Serindib , 40* 0' au lieu de 20* 10% comme elle est donnée dans les éditions, serait préférable et utile. — Il y a dans la compilation d'Abdourraschid remplacement de deux pays assigné par la longitude et latitude qui ne sont pas justement de Nassir eddin, mais de l'invention du compilateur. De Scliasch combinées de celles d'Esfidjab et de Djadj. Lee secondes de Soudan par confusion avec Habesch ou Djarmi de Nassir eddin.
(325) Àbulf. e codice bibliot. Johannit Viennae, cura Demetrii Alexandridi, p. 290. C'est la liste de 22 villes de l'empire Ottoman. La latitude géographique de Constant! nople y est en effet 41* 16* '• mais Jérusalem , se trouve sous le même méridien que lkonium, et l'inclination des côtes de Syrie s'étend sur cinq degrés de longitudes.
(326) Abdalrazzak lui-même raconte les faits dans son histoire de Samarkand. Cet ouvrage-est traduit en manuscrit par Galland. —En 4672 Melcbiscdch Tnevenot inséra dans sa collection de