‹ Géographie du moyen âgeChapitre 94 sur 135 · II · texte numérisé non relu

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sur ces bases. Ces portulans fournirent en grande partie des matériaux à la composition des cartes générales, des mappemondes, et donnaient à ces mappes on certain fondement d'exactitude et de perfectionnement.

iiO. De grands événements sur le continent, ébranlèrent aussi les habitudes surannées de la géographie, la configuration de différente points de la mappemonde et de toute sa figure. Les distances de l'intérieur de l'Europe , réunies par les investigations rogériennes, dirigèrent longtemps les cosmographes. De nouveaux renseignements confirmèrent leurs chiffres ou provoquèrent des rectifications. Quant à l'intérieur de l'Afrique et de l'Asie, il était plus difficile aux cosmographes de toucher à la table ronde de Roger. Mais l'Asie ouvrit ses entrailles aux latins.

L'invasion de Mongoux dans le khalifat délabré, fit espérer aux chrétiens de gagner un allié aussi formidable à l'islamisme , que favorable à la religion de l'évangile. Les espérances diplomatiques et la propagande traversaient avec ardeur les routes percées par le commerce. Les légations des frères cordeliers, Jean Plan de Carpine l'italien-pérousin , et de son interprète Benoit le Polonais, envoyés en 1245 par le pape à la grande horde; du dominicain Simon de S. Quentin, au commandant des armées tatars en Perse; du franciscain Guillaume de Ruysbroek, brabançon, envoyé en 1255 par le roi de France à la grande horde , apportaient consécutivement des relations importantes qui changeaient la nomenclature habituelle de la géographie latine (3s). Tous les efforts diplomatiques de la cour de Rome étaient certainement illusoires. Les conquérants du khalifat aimaient mieux simuler leur conversion à l'islamisme, afin d'affesmir leurs conquêtes. Mais la propagande chrétienne fit un progrès parmi les populations orientales, et les évéchés, fondés jusqu'au delà de l'Indus, soutenaient une communication lente avec l'Europe, animée beaucoup plus par l'activité commerciale.

Souvent le marchand, enrichi par ses expéditions, jaloux des connaissances qu'il avait acquises, se garda de découvrir ses perlustrations, rebutées par des récits de danger réel ou imaginaire. Son heureux retour, ses succès excitèrent cependant la curiosité et la cupidité des autres, qui s'enflammaient à braver le péril et à pénétrer le mystère. Les marchands vénitiens Polo, eurent l'audace de s'aventurer dans un voyage de vingt ans (1250-1270). De retour sains et saufs, ils repartirent pour une autre excursion de trois ans (1271-1275), à

navega senza bossolo, perche i portano uno astrologo, elqual sta in alto eseparato, e cûnl'astrolabio in man, da ordene al navegar (légende de 4489 de fra Mauro, apud Znrla, nnm. 80). Fra Mauro qui le dit, et les Vénitiens de son temps, avaient de nouvelles et des i enseignements très-positifs de la mer rouge et de celle de l'Inde. L'usage de la boussole chez Les arabes est tardif. Les écrivains mahommédans, qui aiment à jaser sans fin et à se copier réciproquement, ne disent rien de la boussole ou de l'aiguille aimantée, qui fut connue chez les Chinois tout au plus tard dans le xiu" siècle. Voyez ce qu'en dit le savant Reinaud dans son introd. à la géogra. d'Aboulf. p. SOS, et à la fin du volume.

(38) Mathias Christian Sprengel, Geschichte der geographischen Entdekungen , Halle, 4793, capit. Î5, S6. — Malte-Brun, précis de la géogr. livre 40. — La profonde et l'inappréciable notice sar les anciens voyages de Tartarie, par d'Avezac, dans le recueil de voyages et de mémoires, publié par la société géogr. Paris, 4889, t. IV, p. 599-602. — Le texte des voyages de Plan Carpin et de Ruysbroek, par Hacluyt, Ramusio, etc., en dernier lieu,)>ar d'Avezac et Thomas Wright dans le IV** du recueil susmentionné.

laquelle prit part le jeune Marco Polo. Conduit au fond de l'Asie, il entra en 4274 au service de Koublaïkhan , ce qui lui fournit le moyen d'explorer la Chine, l'Inde, les tles. Quand il reparut en Europe en 1295, il s'engagea dans la malheureuse expédition qu'entreprit sa patrie contre les Génois. Grièvement blessé dans la bataille de Curzola, il tomba au pouvoir des vainqueurs. Pendant les quatre années de sa captivité à Gènes, il fit venir les matériaux qu'il avait rassemblés et dirigea la rédaction du récit de son voyage, exécutée par le pisan Rusligiello; les Génois d'abord, ensuite tous ceux qui prirent connaissance de sa narration , furent émerveillés. Du vivant de Marco Polo, en 1307, Thibau de Cépoy traduisit son ouvrage en français, et bientôt en 1520, François Pipin, bolonésan, en prépara une version latine (so). Marino Sanuto avait peu de connaissance de cette exploration de son compatriote, toute récente encore, du moins il en fit peu de cas : mais la partie plus rapprochée de l'Asie était assez connue des Italiens pour qu'il ait pu former ses idées sur l'intérêt qu'elle devait offrir aux puissances chrétiennes.

Marino Sawiitô, 1320.

111. Marino Sanuto (ou Sanudo), dit Torsellus, vénitien de Rivoaltf, s'étant passionné dès son enfance pour la cause des chrétiens de l'orient, fit jusqu'à cinq voyages dans la Palestine et visita l'Arménie roubénite, l'Egypte, les tles de Chypre et de Rhodes et les côtes adjacentes. A son retour, il composa, en 1306, l'ouvrage intitulé : liber secrelorum fidelium erucis, où il expose ses connaissances de l'orient, l'état de ses régions et de l'Egypte, le commerce, et argumente sur la nécessité et les moyens d'y établir la domination chrétienne.

Il parcourut ensuite diverses contrées de l'occident, afin d'exciter le zèle des princes chrétiens et essayer de les déterminer à une nouvelle croisade. En 1321, il présenta son ouvrage au pape Jean XXII, et quelques années plus tard , au roi de France.

Cet ouvrage fut publié par Jacq Bongars (gesta dei per Francos , Hanau 1611). L'éditeur s'est servi de deux manuscrits, l'un de Paul Petau, l'autre deScaliger, qui ne contenait que le troisième livre; il y a joint trois cartes, mais il n'a pu se procurer la quatrième qui représentait la mer méditerranée. Plusieurs bibliothèques possèdent les manuscrits de son ouvrage accompagnés des cartes. Le plus magnifique et le plus authentique est celui de délia ricca, rinomatissima coïlezione dell'ab. Canonici. Placido Zurla en a donné une description (40). Une carte d'un manuscrit de Paris a été publiée par Santarem. La bibliothèque de Bourgogne possède deux copies manuscrites avec les caries. Nous n'avons pas fait grand usage de la publication de Bongars, n'ayant pu que jeter momentanément un coup-d'oeil sur ses cartes. Nous nous

(39) Sprengel, chap. 28. — Malte-Brun, livre 40. —-Placido Zurla, di Marco Polo e degli altri vîag-

Siatori vencziani, dissertation!, vol. I. — < Le texte publié en dernier lieu par Roux, dans le lM volume u reeneil de voyages, publiés par la société géographique à Paris.

(40) SuUe antiene raappe idro-geograficho, lavorate in Veoczia , commentario del p. ab. Placido Zarla ; Venezia, 4618. — Le même commentaire inclus comme appendice dans le second volume de dissertazioni, p. 199-392. *

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référons souvent à la description de Zurla, et nous allons faire une longue analyse de trois copies de la mappemonde que nous avons sous les yeux, une du manuscrit de Paris, deux bruxelloises. Nous commençons par ces dernières.

112. Les deux codes de la bibliothèque de Bourgogne n" 9404 et 934 7, sont de la même époque, du xv* siècle ou plutôt; ils sont tous deux conformes dans les moindres détails. Les mêmes accessoires se trouvent dans le même ordre; les figures et les cartes ont aussi le caractère de l'identité; une notice sur le jeu d'échecs et les figures des échecs, sont les mêmes : de façon qu'il est nécessaire de conclure que les deux codes sont des copies du même original, ou qu'ils ont été copiés l'un sur l'autre. On y voit la même orthographe des noms propres, et les omissions du texte complétées par des renvois aux insertions marginales.

Quant au dessin des peintures, celui du n° 9404, que nous désignerons par À, est plus fini , plus certain : le dessinateur comprenait ce qu'il fesait, ce qu'il achevait. Le dessin du n° 9347, que nous désignerons par B, décèle beaucoup d'incertitude. Le dessinateur, en voulant donner plus d'élégance à son ouvrage , en amaigrit la composition. On voit qu'il a suivi son modèle sans le comprendre, d'où résultent des défauts et des fautes. Tantôt il oublie de crayonner une jambe, tantôt il confond les têtes. En changeant de couleur, il déborde par-ci par-là. Asservi à son modèle, on voit qu'il ne l'a pas bien discerné sur chaque point et que maintes fois il ne l'a pas même compris. Cela est plus sensible encore, lorsqu'il se permet de changer l'attitude. Cette différence dans les peintures des deux codes prouve l'habileté du dessinateur de À et le manque de talent et de bon sens de celui de B, et que si l'un des deux servit de modèle à l'autre , ce ne peut être A. Mais il est plus probable que chacun de ces codes fut indépendamment exécuté sur le même modèle , comme l'examen des cartes me le fait présumer.

Il y a dans l'un et l'autre code bruxellois quatre cartes géographiques. Une de la Palestine, une autre contenant les plans d'Antiochie et de Jérusalem , la troisième représente l'Egypte, la Syrie et le littoral jusqu'à Rhode, la quatrième est la mappemonde. Tout y est identique, couleur, pose et direction des inscriptions, pointes du littoral, courbure des traits. Mais l'exécution du B est plus facile, plus déliée, plus claire; celle du A est pénible, on y remarque beaucoup de maladresse malgré le soin. La Palestine est exécutée dans tous les deux de la même manière : à l'aide des lignes en carreau dense , tracées an crayon. Le A a omis le nom de Nicopolis, et son écriture est tremblante, embrouillée. Au reste, les omissions des épigraphes sont les mêmes dans chaque copie (voyez n° 77 de noire atlas).

La carte de l'Egypte et du littoral de la mer de Syrie (voyez n° 76 de l'atlas) est exécutée dans les deux codes, sans aucune marque directrice.

Le A jette ses traits au onde partout où la place se présente; le B les traîne avec circonspection. Ce dernier a réussi à bien tracer le littoral deCilicie,de la Pamphylie, de la Lycie ec de la Carie, mais il s'est égaré dans rinse$ion des épigraphes : à la suite de quoi il déplace nie

•ANUTO, 113. 2!

de Rhode avec les autres lies adjacentes. Ces Iles et les épigraphes du littoral sont mieux placées dans le A (41).

113. La mappemonde du À, n° 9404, offre une copie dans laquelle le dessinateur n'a pas réussi à donner un dessin net et clair. D'abord , sur deux pages désunies, où chaque moitié de la carte devait être dessinée, il a trace les lignes croisées parlant des points cardinaux avec inexactitude et très-irrégulièrement ; puis il a dessiné en contours et en couleurs, le continent, les îles, les mers, les rivières et les montagnes, guidé dans tout par les lignes mal croisées. Le dessin est très-grossier. Ensuite il se mit à placer les inscriptions et on ne sait dans quel but , probablement pour leur vider une place plus claire, l'infortuné dessinateur fit gratter, sur plusieurs points de la carte , les lignes croisées, les rivières , les bords de la mer où les inscriptions passaient ou touchaient (4s). Aucune inscription n'a subi d'effacement semblable. Enfin, peu content de son ouvrage à demi détruit , il fit ressortir sur plusieurs points, avec le noir, les contours de la terre , et avec le rouge plusieurs traits de division : ainsi que maintes fois , le rouge donne la couleur aux montagnes et aux rivières.

Le copiste du B, n° 9347, copiant sur une échelle un peu plus grande, évita un semblable embrouillement. Cependant il serait difficile de dire s'il a suffisamment distingué les contours du modèle. Ce qui est évident c'est que , sans se guider par des lignes croisées, il copia à vue d'œil les deux parties de la carte enfoncée dans la reliure d'un volume, et que son œil n'a pas sa mesurer la profondeur de l'enfoncement de la carte dans le dos du volume (43) : par conséquent, tout le diamètre, depuis Sera jusqu'à Gades, offre un raccourci qui affecte et exténue toute la méditerranée et tout le diaphragme ultérieur de l'Asie, jusqu'à Sera. Enfin, après avoir achevé son dessin, il a croisé au crayon les lignes des points cardinaux.

En raison de cette défiguration , le dessin grossier, plus ou moins

(41) Les deux cartes de la Palestine et de l'Egypte avec le littoral de la mer de Syrie, ont été publiées du manuscrit de Petau pir Bongars (t. Il, de gestadei par Franco* , Hanau 461 1). Nous donnons dans notre atlas (n° 76, 77) du manuscrit bruxellois, celle de la Palestine très-diminuée ; do l'autre, le littoral de la mer deSyiie réduit seulement d'un tiers d'éclielle. Nous les reproduisons pour donner un exemple des cartes spéciales de l'époque ; quoique leur exécution ne se recommande

Bs beaucoup. Il y eu avait pourtant à cette époque d'une exécution supérieure. L'angle du littoral de Lsie mineure et de la Syrie est excessivement ouvert, de façon qu'il n'y a pas moyen de soumettre cette carte à la graduation ; les autres, de meilleure exécution, cèdent à cette épreuve.

La carte dudit littoral porte le titre : de terra Egypti : mais l'Egypte, quoique occupant avec son NU assez de place y est presque nue et n'offre qu'une ébauclie vide de sens. Le Nil se prolonge formant successivement deux îles, une innommée, l'autre portaut le nom de eastrum degise, à l'orient duquel est Kayrus, Babilonia et eastrum in monte. A l'occident du Nil il n'y a que trois bâtiments abbaHe in deserto versus occident, avec une marque de collectio aquarum subter abbaciis ; deux tours, isttu, ». turres fecit pharao in capite sollitudinis ; et un pont, hune ponêem fecit bendogdar, ad tranceundum quando flumen habundat ad fecundandam terram. Enfin on y lit une note ou citation d'érudit Honorhu. Egyptus. c, uillarum et incUta in teba prouintia a tebe ciuitate dicta, quam catinus agenoris filins edificauit, huit adiacet maxima solitudo in qua olim conuersabutur tnonachorum multitude Nous ajoutons qu'à la suite du mons Seyr, est aqua marat , et tout à côté un carré attaché à la chaîne orientale avec l'épigraphe lex, la chaîne de cette montagne est terminée par nu bâtiment ecclesiœ sancte margaritt. Au reste c'est mechael l'Arabie avec les mers adjacentes en raccourci forcé. — Sanuto sacrifia dans son ouvrage on chapitre (II, iv. 25, pour donner la description du littoral de cette carte : ce qui se trouve à la p. 85/88, do l'cdit. Bongars. Voyez notre portulan général, 20, p. 15, 16.

(42) De semblable grattnurcs, se foot remarquer sur sa carte de Palestine.

(43) Le môme cas affecta, comme nous l'avons observé, la carte ronde d'Edrisi du manuscrit parisien d'assetin.

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détruit du A est préférable, puisqu'il donne plus de garantie dans la justesse de la reproduction du modèle. La conformité sur tous les points des deux codes n'est guère démentie par cette inégale exécution de la carte , leur examen détaillé met à l'évidence qu'elles sont le produit du même modèle. Partout, à peu d'exceptions, la même pose et la même direction des épigraphes , dans lesquelles on remarque une singulière identité. Sur chaque carte , Gordou , Séville et Grenade , sont inscrites ordi siluV gnate; sur chacune des deux Europa est inscrite par PÀ et la forme bizarre du dernier À est la même ; le premier A de l'Asia est tourné de la même manière , c'est-à-dire couché.

Quant à la forme de la terre et de toutes ses parties, c'est aussi la même chose. Le nord de l'Europe est le même. Nous appuyons sur ce point identique des deux cartes, car, la forme de la Suède et du Danemark n'est pas celle du temps de Sanuto , mais d'un modèle postérieur. (Voyez n° 97 de notre atlas).

114. Maintenant nous allons signaler quelques différences dans les inscriptions et dans le dessin des deux caries. Le A a déplacé l'insertion de Forum julii, trevisana, romadiola, à cause du peu de place. Cependant il y a beaucoup pjus de déplacement dans le B : prussia, liuonia, estonia, par exemple, sont jetés au delà de finlandia; montes ropedce, sont inscrits sur le fleuve Danube ; lombardia, au delà des Alpes ; quantité d'épigraphes poussées vers l'intérieur du continent. Le A offre dans les épigraphes de plus: mare rubrum, les abréviations de Maïorque et de Minorque. On pourrait donc croire que le B est une copie de A et qu'en le copiant il a oublié de les inscrire. Mais quand on voit réciproquement sur la carte du B de plus 'copF (Gonstantinople), thessalia; les dénominations des côtes de l'Adriatique mieux placées; les noms do Africa et Asia entiers , tandis que ce dernier n'est marqué sur le A que par son initiale : il faut absolument convenir que le modèle de celte copie portait toutes ces épigraphes et que A et B, copiant indépendamment l'un de l'autre, ont fait plusieurs omissions ou déplacements, chacun de sa part.

La même observation se présente sous le rapport du dessin. Le A offre trois rivières, qui, partant du Caucase, se jettent dans le Pont, tandis que le B n'en a que deux. Mais, vice-versâ, ce dernier en trace trois en Arabie, versant leurs eaux dans le golfe persique, trois autres à l'est de Zanguebar, avec les marques de deux villes que la copie A a négligées.

Le A a négligé aussi de tracer les rivières qui tombent dans l'Adriatique , ou plutôt il les a effacées pour y insérer les inscriptions ; il a omis l'Elbe. Mais le B y a inventé une singulière confusion dans les rivières croisées: il a réuni par un isthme l'Angleterre au continent; il a resserré les fleuves et les montagnes de l'intérieur de l'Asie , il a défiguré le continent dans son diaphragme longitudinal , comme nous l'avons observé. Enfin, l'un et l'autre numéro, A, 9404; B, 9347, ont suivi une singulière aberration de leur modèle, dans l'invention d'un fleuve qui coule près de Jérusalem et enjambe la mer rouge (a*). On

(44) Cette monstrueuse rivière est démentie dans les deux codes, par la carte de l'Egypte et de la 8yrie, qui trace les fleuves conformément au dessin de la mappemonde du code parisien que nous analyserons tout à l'neure. — Le code petau-bongars offre le même fleuve, de même démenti.

voit par cette comparaison' que les copies bruxelloises ne peuvent satisfaire notre curiosité , qui voudrait retrouver l'exacte copie des cartes de Sanuto.

Une copie de cette mappemonde du manuscrit de Petau, qui était entière, avait été publiée par Bougars , dans le deuxième volume de gesta dei perFrancos, Hanoni» 1611. Je l'ai examinée et confrontée avec les copies bruxelloises et je puis dire qu'elle est de la même origine et ne se recommande pas mieux que les autres. Qui voudrait avoir l'idée de ces copies bruxelloises, n'a qu'à regarder celle de petau-bongars. Elle s'accorde mieux avec la copie À, sous le rapport de la méditerranée; avec B à d'autres égards; à elle seule elle offre l'extension exorbitante du golfe persique vers le nord, aussi bien que quelques omissions, imperfections et variétés en détails. La Suède, figurant sur toutes trois suffirait à ébranler la confiance qu'on pourrait avoir dans leur exactitude , et stigmatise toutes les trois du caractère qu'on pourrait avoir de la refonte postérieure.

415. En résumé, l'insuffisance des deux cartes bruxelloises et de celle de Petau, pour la connaissance de la composition de Marino Sanuto est évidente par les discordances , et elle ressort ostensiblement par la mappemonde, qui se trouve dans le code de chronicon ad annum 1520, n° 4939 de la bibliothèque de Paris (n° 74 de notre atlas).

Cette mappemonde, préférable par l'ancienneté de son dessin, parce que c'est une copie du xive siècle, presque contemporaine de l'original, est supérieure aux précédentes sous tous les rapports : par l'exécution, par le soin et l'exactitude qui la distinguent et parce qu'elle est le produit d'un modèle supérieur à celui des autres. Elle répond à l'original sans doute. Elle est publiée dans l'atlas de Sanlarem : recherches sur la priorité de la découverte des pays situés sur la côte occidentale d'Afrique au delà du cap Boïader, Paris 1842, 8° (atlas, pi. xxm); et tout ce que nous dirons sur cette mappemonde résuite de l'examen de cette publication, dans laquelle on peut, je pense, avoir d'autant plus de confiance, que l'exactitude n'en peut être mise en doute : Santarem avait reçu sa copie de l'obligeance du respectable Jomard.

La peinture en est belle; le dessin fini et certain, observe et rend les petits détours, sinuosités et nœuds du rivage, surtout de l'Europe et de la mer méditerranée. L'écriture estNen petit caractère, très-soignée, mais souvent obscurcie tant par des abréviations nombreuses et forcées, que par la ressemblance des lettres , qui empêchent quelquefois de distinguer le K de R (Kareli, Kireli, Kurlad), un s de r (Yslandia), les ci de a; et très-souvent, e,c,rft, presque uniformes, ne se laissent pas déterminer tout de suite. Ajoutez à cela que le temps y a fait disparaître nombre de traits de lettres et de mots entiers, ce qui augmente les difficultés à débrouiller plusieurs épigraphes.

116. Au fond, le modèle des deux copies bruxelloises est conforme à la mappemonde parisienne, mais il est différent dans ses proportions et dans plusieurs détails. La copie A , qui a certainement mieux suivi ce modèle, correspond mieux que l'autre avec la mappemonde parisienne et ses détails de grossière exécution s'accordent mieux. Son modèle

cependant , quoiqu'il ait la môme circonférence que la mappemonde parisienne, change les proportions dans la configuration de la terre. Il la diminue en donnant plus d'espace entre la terre et la circonférence?' la mer niéditerranée est plus courte dans sa longueur et plus large dans sa largeur que celle de la mappemonde parisienne (4»}. La «er de Sara (Caspienne , est plus éloignée de l'Ëuxin , diminuée et d'une autre forme; les Pyrénées n'y sont pas marquées et le nord de l'Europe est modernisé : les figures du Danemark et de la Suède sont toutes différentes et de nouvelle invention.

La mer caspienne , du modèle des copies bruxelloises, est presque triangulaire et privée du fleuve Otil (Volga) , et porte le triple nom de mare caspit , yreanum , de tara. Celle de la mappemonde parisienne est carrée et est accompagnée d'une longue inscription, pleine d'abréviations , dont la lecture devient quelquefois presque impossible. Elle parle d'abord des appellations de la mer. Istud dicilur mare de Sara, propler civitatem inqua imperator moral; quod dicitur et Caspium prople uicinitales ad montes Caspios; Gorgianie, eadem caussa. Puis elle raconte le danger de la navigation. In eo catet uorago, vades reddebant aquas inaccessibles, gressus propler urinorum opturata sunU In eo mari lumescit per paludem in omni anno et iam ptures hoc anlea gressi dcstrucle fuerunl, tandem ut quis deleclarel inlrare innalaret anlea non absque mullorum perieulo. Ensuite elle signale le concours des peuples et le voisinage sablonneux. Hic et convenils in estiua gens de Sara usque Noga, eum ponit mililiam. Supra eo mare est regio arenosa temishira , enfin , fl. OUI magnus patel. . al, . bat. (46).

117. La plus forte et la plus frappante différence entre la mappemonde parisienne et le modèle des copies bruxelloises , se présente dans l'Europe et spécialement dans sa partie septentrionale. Dans sa formation entière elle donne dans le dit modèle plus d'embonpoint à l'Espagne, à la France , pousse l'Allemagne plus au nord des Alpes et rétrécit le continent au delà du Danube. Scolia est réuni à ïAnglia par un isthme et conserve avec Ybernia , la même position.' A l'est , au delà de Holsalia, sur la péninsule on lit : Datia, Julia, et sur le dernier coin des côtes prolongées nord-est infidèles Kardi. Ici est attachée par un isthme une autre péninsule plus vaste, qui se prolonge vers l'occident au dessus du Danemark, vers la Scotia chargée des noms de Noruegia, Skania, Gocia, Suecia, Finlatia, Alania. Cette forme correspond avec la figure de la Skandinavie que donnaient certaines cartes des xve et xiv° siècles (voyez le n° 97 de notre atlas).

La mappemonde parisienne, par ses nombreuses inscriptions, et par la construction des côtes et des fies de cette partie, prouve qu'elle avait soin de rendre d'une manière suffisante ses conceptions sur la mer bal tique. On y voit une seule pénipsule excessivement prolongée vers le nord. Près de Olsàtïa, dans sa gorge, on lit :

(48) U est évident que les deux copies bruxelloises dérivant du même modèle enfoncé dans on volume n'ont pas su prendre la dimension de renfoncement , le B ne l'a pas sondé jusqu'au fond, le À se l'imagina plus profond qu'il ne l'était réellement.

Ufi) J« ne *ais pas si i'ai réussi à débrouiller cette longue épigraphe : la mappemonde du code dell* *b. Canonid, a sa place offre suivant Zurla : Caspû, Yreanum, âe Sara, ptanicies Êfogan in wa Tartari kyemont. x

SANtfTO, 118. 25

inlroitus datte f puis datia ou dana, ensuite cpaia dalia, qu'il faut" probablement lire prouineia iucia dalia ou primaria dacia, la première danie; et vis-à-vis ep cp*or, c'est-à-dire , provincia posterior iucie; au delà vers Test sont les fies. La plus grande est chargée d'une inscription double excessivement difficile à débrouiller. L'une donne le nom de l'île Zcania dû iditusme f. ol dacie, peut- être Scania diuidit insuie sunt orientales dacie. L'autre dit regio dacie freiditiana peut-être, super ei ditione. Sur File suivante on lit : in hoc mari est maxima copia alcliorum; sur les deux petites : Rina (c'est Rugia ou Rana) et Yslandia, nom qui sur ce point figurait déjà dans plusieuis cartes précédentes.

Nous reviendrons encore sur ce point de la carte de Sanuto; en attendant, sans s'arrêter à de nombreuses déviations moins importantes du modèle, des copies bruxelloises, nous allons examiner les épigraphes,

118. Comme les copies bruxelloises, la mappemonde parisienne est atteinte de quelques déplacements et oublis , parce qu'il est impossible de ne point rappeler à cette cause l'insertion mal placée de Pamphilia, de Galatia. Les oublis ou les négligences sont plus nombreuses, parce qu'on ne peut attribuer qu'à celte cause les différences des copies bruxelloises , que nous allons énumérer.

En Afrique , le modèle des copies bruxelloises avait toutes ces inscriptions qu'on voit sur la mappemonde parisienne. Mais il avait de plus, ce qui ne se trouve pas sur celle-ci : Locaccssim; regio inhabitabilis propler calorem; Habesse terra nigrorum; Nese; Chus; Haden; Bedoni; Zinc et imo Zinziber dicitur.

Entre les Iles , la mappemonde parisienne nomme les deux îles Meric et Afatie : mais elle a négligé de nommer l'île Kis que connaît le modèle des copies bruxelloises (41).

En Asie, à l'exception de la longue légende de la mer Caspienne, du fleuve Atol, de la Media et de la Mésopotamia, ce modèle contient toutes les inscriptions de la mappemonde parisienne, étant chargé de beaucoup d'autres. En commençant par le nord : regio inhabitabilis propter algorem; Alania; hic fuerunt inclusi Tartari; Carab terra deslructa; caslrum Gog et Magog; Sera; hic nascunlur elefanles (dans l'Inde); hic convenu mullitudo tartarorum (dans le centre de l'Asie); ad Tauris (as) ; Taurisium (ou Taurus mons) ; Armcnia (avec Tépilhèle) magna; Persia (répétée comme appellation plus générale (49), lerra eufrates (vers l'embouchure de ce fleuve); porta ferréa; (les villes) Trapesunda, Gerala ou Gerasa, Ascara, Sebaslc; Baldac; Jérusalem;

(47) Les deux îles entre l'Arabie et l'Afrique : Meric et Asfacia, restent innommées sur la carte deU' abb. Canonîci ; Zurla donne une autre lecture de quelques autres. Au lieu de Larice dicta Camar, il lit: insula lince ai eamai; au lieu de Celtales et Termelic, il a : Jeltale» et Timclit.

(48) Zurla y voit P. Tauris et au lieu de montes Sythie il lit : montes Syriae. — La carte du inscrit dell* abb. Canonici donne le nom du fl. Cyon, qu'on ne trouve pas dans nos copies. Voici ce qu'en dit Zurla : fini» Indiae. Nell* intemo poi verso l'occaso trovasi espresso flu. Cyon, nonche Indus fin. e tra qvesti due tta scritto hic convenu multitude Tartarorum, nonche hic elefanles pascuntur, India magna, al occaso dell' lndo India parva que et Elhiopia.

(49) Nous apprenons par la carte de 1 Egypte et du littoral de la mer Syriaque, que tout le pars jusqn'au fleuve Tigre, portait le nom de Syrie, et au delà du Tigre jusqu à l'Inde était la Pnrtltie. Il y est dit : Partta extenditur ultra Tygrum usque ad Indum flnvium, ubi India terminaîur et ekutdit intra se Atyriam.

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