II
%de$crta; Zede portus; Mecha; hic inveniuntur smaragdi (en Arabie), \t à la place de Arabia eudemon, on y Ht Arabia déserta. Ainsi qu'en Asie et en Afrique les copies bruxelloises sont plus riches en épigraphes que la copie parisienne.
La même observation se rapporte à certains égards à l'Europe. Les copies bruxelloises portent au nombre des épigraphes : Gode* , Porlugalia, Yspania, Cor du, Sevil, Granala, Navarra, Maior, Minor, Francia, Tholosa, Sanlona, Pisi* (Parisius), Viena, Pnmncia, Almlia, Holandia, Vasfalia, Hassia, Sueuia, Curualla (Khour-Falz, Palatinai), Bayuaria , Sdiria , Miseina marchia , Morauia , Letoni payant , Rutenia (avec l'addition) prolenditur usque ad oeccanum et Polonos et sunt scismatici, Cumania, Dalmatia, Macedonia (avec l'explication) alias Emalia, Thcssalia, mons Ropedes (Rhodope) , les villes : Stepis (Thebae), ad Romeam, Slabala, Conslantinopolis , ce qui est négligé totalement par la copie parisienne. — Nous avons restitué et inscrit presque toutes ces omissions dans la carte que nous avons gravée suivant la copie parisienne (50).
Cette négligence est cependant compensée dans l'Europe par d'antres épigraphes, que de leur part les copies bruxelloises, ou leur modèle , avaient passé sous silence. De ce nombre sont Olimpe Lacedemonia, répétition de Auslria, Carniola, Carinthia, Spira, Arlones, Lolaria, Odra fleuve, Toronum , Vandalus fleuve, Gurland. Lintesunia, Riga, Variant, Barbarica, la répétition de Kireli (Kareli), occeanus Sarmalie, aux montes rifei , addition sarmatico evulsi occeano; enfin toutes les différences déjà indiquées dans la description du Danemark et des îles adjacentes.
119. La carte de Marino Sanuto, en observant les copies qui nous sont connues, entrait dans de nombreux détails. Elle nommait les pays, les provinces, les montagnes, les rivières, les Iles, parce que chaque copie a sa part dans ces indications. Elle notait quelques singularités et observations; elle marquait la situation et les noms de villes : les copies le prouvent. La copie parisienne a marqué et nommé plusieurs villes en Europe, et celles de Bruxelles en ont dans toutes les trois parties du monde; en Afrique, les copies ont marqué la position d'une multitude de localités dont trois seulement sont déterminées par leur nom , toutes les autres restent sans épigraphes , anonymes. La copie du manuscrit dell 'abb. Ganonici constate que les épigraphes bruxelloises sont sanutines, parce qu'elles se trouvent toutes dans la carte de Sanuto. Il faut donc conclure que ces copies, que nous connaissons, sont inachevées, qu'elles étaient copiées sur des modèles imparfaits, que l'original portait infiniment plus de détails. Peut-être l'original était-il exécuté sur une plus grande échelle. En effet, la copie ctu manuscrit dell 'abb. Ganonici est exécutée sur une échelle considérablement plus grande , circolare di un piedo e tre linee di diametro. Cependant la copie parisienne était susceptible d'offrir beaucoup plus de détails qu'elle ne renferme, d'avoir tout ce cftvt-4&> autres ont inséré et ce qu'elles ont marqué sans inscription. Mais eu?
(50) Snr l'Europe la description de Zurla ne donne pas de renseignements.
ii6 les a pas, parce qu'elle est inachevée et dans cet état elle est précieuse pour nous, parce qu'elle conserve un monument bien exécuté et sans aucun doute d'une exactitude remarquable. Les copies bruxelloises, bien qu'inférieures dans l'exécution et l'exactitude, sont cependant utiles en ce qu'elles complètent ce qui manque à la copie parisienne et elles aident à débrouiller et déchiffrer ce qui est obscur dans cette dernière.
On ne peut douter, qu'à l'exception des péninsules baltiques, qui sont d'une composition postérieure dans les copies bruxelloises, toutes les épigraphes inscrites, tantôt sur la copie parisienne, tantôt sur les copies bruxelloises , appartiennent à la carte originale de Marino Sanuto, et on peut s'en convaincre en confrontant leur concordance et en réfléchissant sur l'absence de la quantité considérable d'épigraphes convenables et absolument nécessaires à la mappemonde parisienne.
120. La connexité intime de toutes ces épigraphes de diffère nies copies, comme appartenant à un original commun, que nous ne connaissons pas , est encore confirmée par une notice inséparable de la mappemonde et de l'ouvrage de Marino Sanuto : sécréta fidelium crucis. Cette notice le dit elle-même à la fin, prévenant que la mappemonde ne pouvait contenir tout ce qu'elle a signalé , mais la vue de celle mappemonde pourrait aider les conceptions des ignorants sur ce qui est dit dans l'ouvrage sur les affaires ultra marines (si). La mappemonde parisienne est privée de cette notice, elle y est remplacée par une note sur la Germanie ; note différente de la notice. La notice en question comble les quatre coins des deux copies bruxelloises et de celle de petau-bongars; elle donne plusieurs explications des épigraphes de la mappemonde parisienne; elle est nécessaire pour comprendre la composition de la carte de Sanuto. Le reste de celte notice se trouve dans les deux codes bruxellois sur quelques autres pages et séparément. Ce reste contient rénumération des petites îles, le dénombrement des provinces de l'Italie et quelques notes éparses relatives au dessin de la Syrie , de l'Egypte et de la Palestine (sa).
(51) Scienduro est quod hujus mappa roundi, non ut cuncta tigillalim oontincat, cam sit impossible, est descripta, sed ut quod io libro secreU fidelium erucis intitulatîc, supra ultra marino negotioedito,insprauutur, orbis situs ignaris, per eam, quadam sensitiua demonstratione lucescant.
(SI) La notice de quatre coins et de petites îles a été publiée par Bongars t. Il, degesta dei per Francos, p. 285. — Elle est extraite d'une description plus ample , sur laquelle eu 1410 le cardinal D'AiUy composa son traité di imagine mtiadi, comme nous le dirons en son lieu (plus bas chap. 1B5). — Quant à la note de la mappemonde parisienne elle est entière, comme suit : in Germania superîore, versus Ungariam, est Austriasivc Ostericb, soquitur Bavaria, postea Tiiringia, postea Saxonia. Il' Germania usque ad Alpes, ubi Renus nascitnr, attingit et Renus est terminus oecidentalis. Albin s fluuius aquilonalis. AbAlbio flumine, usqne ad occamun, Germania inferior dicitur, in qua est Albia regio, qnac oceano termiuatur. Post Albiam Dania, versus Saxoniam, Frixia, iu medio coostituta. Ultra Dauuim, Norvecia; ultra Norveciam Russia versus soptentrionem mari interposito, quod Britanico interposilis insuliscoutiueulur, in quibus insulis cyrfalcui (orichalci) ex altissimis rupibus in mare dependentibus artîficiosc accipiuutur. h' Germauia sicut a s^pteutrioue oceano, ita a tneridie montibus dausa est : sunt in u traque Germania, nrbes xxiiij. (Communiquée par H. Jomard). — La notice publiée par Bongars au sujet do la Germanie, est réduite, à ces mots seulement : Germania post Sitiam , ab oriente habet Danubium , a meridic Henum , ab occiduo et septentrioue occeanum , jnxta quod est Germauia superior, sicut circa Rcnum inferior. — Ce passage est copié par d'Ailly plus amplement : Germania post Scilniam inferiorem , a Danubio inter Henum Ouvium occeanumq'ue conclusa, cingitur a septentrioue et oceano, ab ortu vero Danubio, a meridie Reno fluvio dirimitur. Terra diues virium ac populis numerosis et immauibus, vndc et propter fecunditatem gigoendorum populorum Germania dicta est. Miltit cristallum et gemmas
98 G&OGR. LATINE, 1350-1410.
Cette notice respire comme la carte elle-même, l'érudition antique, qui n'avait jamais été oubliée et commençait à reprendre parmi les Italiens. La notice reproduit fidèlement les mots d'Isidore de Sévillo, des ravennates et des géographes antérieurs : elle divise les trois parties du monde en provinces, établies du temps de la domination romaine. En Afrique pas un seul nom moderne ne se mêle à la description. En Europe, toutes les appellations postérieures ou modernes sont subordonnées à l'ancienne division et accidentellement rattachées. La seule description de l'Asie offre en partie une esqnisse double, ancienne et moderne. Moderni aliter diuidunt,et ce que la notice a dit de cette division moderne est à peine soulevée par quelque nom de la mappe de mari et terra , qui abonde en appellations modernes dans la seule Europe.
Que celte notice marginale soit une partie intégrante de la carte de Sanuto, on le voit, non-seulement par l'aveu qu'elle a faite elle-même à la fin, mais par la conformité totale et partielle qu'elle présente avec les copies des cartes , surtout avec la copie parisienne. La Médie, la Mésopotamie se trouvent sur celle-ci, tandis qu'elles sont passées sous silence par les copies bruxelloises; les Vandales de la notice répondent à l'appellation de la vistule Vandalus, qui ne se trouve que sur la copie parisienne. La notice dit : moderni ponunt ubi Sitia regnum Catay et la seule copie parisienne répète : Sitia siue regnum Catay. Elle seule nomme les pays de Lacedemonia, de Barbarico, dont on trouve l'explication dans la notice.
421. D'après ce long examen des copies de la carte de Sanuto et les recherches auxquelles je mê suis livré sur l'état de leur original , il est temps d'analyser la connaissance géographique de la carte et les sources où elle a pu puiser.
Personne je pense ne contestera des connaissances géographiques à Mari no Sanuto, s'il entreprend de dessiner les cartes ou de les faire dessiner pour l'usage des ignorants; que les cartes nautiques lui étaient certainement assez familières et qu'il était au courant des explorations des voyageurs. Cependant, la notice qui accompagne les copies et la carte elle-même reposent sur les anciens antécédents, c'est un écho de ce qui a été répété depuis les géographes ravennates par mille bouches. On se copiait par habitude et dans cette répétition infatigable on semait des nouveautés et on se perfectionnait. Les géographes de Sicile avec Edrisi marchant plus indépendants de préventions , ouvrirent la voie à ce progrès imposant et fournirent des matériaux qui ne cessaient d'alimenter l'exercice italien. Nous avons dit que la récolte abondante de leurs efforts ne pouvait être perdue et en analysant la carte de Sanuto nous rencontrons le tableau de leur conception, et les paroles qu'ils ont tracées sur leur carte ronde.
Le premier coup-d'œil peut convaincre que la mappemonde de
aliquas. Due sunt autem Germanie, snperior juxta septentrionalem oceanum, inferior circa Rensm (d'Ailly, cap. 26) : copié mot à mot de ce que dit la cosmographie du manuscrit de Bruxelles de Tannée 4119 (p. 45); copié textuellement de originum d'Isidor de Seville. —La notice en entier déiive de cette source: elle est importante autant qu'elle admet des passages et des appellations plus modernes. ,
SANUTO, fit. 29
Sanuto est calquée sur la carte rogérienne d'Edrisi. La moitié n'est qu'une simple imitation et copie. Toute l'Afrique, avec ses rivières, montagnes et villes marquées sans noms, pourrait être chargée d'épi-
Î graphes tirées de la description d'Edrisi et de ces cartes, dont il a ait la description, par exemple au delà de Zanguebar, inscrivez Sofala et les deux bourgs qui s'appellent suivant Edrisi {I, 8, p. 65) Djenlama et Dendema , situés sur les bords de la mer et qui sont marqués sur la carte de Sanuto dans le lieu désigné. Toute l'Asie , depuis l'embouchure du Nil , au sud des montagnes qui montent dans le sens incliné vers nord-est , n'est qu'une reproduction de la carte édrisienne , ainsi que celle de Sanuto invente deux mers caspiennes , une rapprochée à l'Euxin de la nouvelle exploration, et l'autre édrisienne plus éloignée et retirée vers l'orient, conformément au dessin antérieur des géographes de Sicile. Les nouvelles explorations italiennes prenaient évidem ment leur assiette sur la configuration édrisienne.
122. La notice parle d'une région Lacedemonia , qui s'étendait en Europe au midi du Danube, ayant ce fleuve au nord, a seplenlrione (lumen, située entre la Mésie, les Apennins ou les Alpes, l'Islrie et la Germanie, dont Gallia belgica est une partie (53). Ce pays de Lacedemonia est nommé sur la mappemonde de la copie parisienne et c'est le nom donné par les géographes de Sicile aux pays montagneux depuis la mer adriatique jusqu'aux extrémités de Hemus qui touchent l'Euxin. De même la mappemonde parisienne avance l'épigraphe de Carinthie jusqu'aux sources du Danube et du Rhin , conformément à la description d'Edrisi. Les Talares inclus par Alexandre-le- grand, Gog et Magog, sont des contes arabes qu'Edrisi ût connaître aux Italiens. Les Kareli avec l'épithète d'infidèles , sont les Kalovri madjous d'Edrisi. Mais les explorations récentes acquirent de nouveaux renseignements, tant pour l'Asie centrale, que pour le nord.
Les îles de la mer de l'Inde sont latinisées : à peine reconuaît-on quelque nom des écrivains arabes. Cependant elles se retrouvent en partie par la description d'Edrisi (I, 9, 10, il , 6). Ainsi l'île
Ris est certainement ^±S Kaïs du golfe persique; Meric (Messireh
sur la côte d'Arabie) , ^^j* Merlan d'Edrisi. Cellalcs , répond à
A£ Kelah, Kelal; insula Piperis , est une antique dénomination;
Nebula, c'est ^Is-^t el sahab, ou des nuages des arabes (Edrisi, I ,
8, 10, p. 68, 91); insula Siledpa Camar des copies Bruxelloises est
sans doute Selediba, Serindib, Geilan, vis-à-vis du cap Comorin et
confondue avec y£ Komor des arabes. Les copies de Paris et d'abb.
Canonici offrent à la place de Siledpa Lince de Camar et décèlent la même confusion de Ceilon Lanka avec Komor. En effet , la carte d'Egypte et de Syrie des codes bruxellois, donnant à cette île le nom de Larice Comar, fait croire qu'il y est réellement question de l'île
(53) Lacedemonia, habet ab oriente Messiam, ab euro Ystriam, ab aflïieo montes Apeninos , ab casuGalliambelgicam, a septentrione flumen quod Galliam et Germaniam. diuidit (à Lacedemonia).
occasu
Komor Mal ai , dont la capitale portait le nom de Leiranc (d'après ibn Saïd). Mais Komor Malaï, sur la carte de Sanuto paraît être représentée plutôt par Tcrmelic. Esfacie ou Afacie et Asizia, sont plus embarrassants pour la comparaison (s *). Nous trouvons dans Edrisi (1 , 7, p. 59) à côté de l'Afrique, parmi le groupe des îlesZaledji, une fie qui porte
le nom Andjebeh, dont la capitale tewytil Anfoudja répond assez à
Esfacie. Il y a dans Edrisi (VII, 9), deux villes chinoises qui portent le nom de Asiiria, Askiria, Asfizia ou Asiira, etc. (55), qui ont pu engendrer le nom d'une île. Le nom d' Asizia répond aussi à ! .^ib Aschoura
d'Edrisi (I, 9). Quelle que soit l'incertitude qui règne sur certains points, toujours est-il indubitable que la mappemonde de Sanuto dérive de la table ronde rogérienne , et que la description d'Edrisi lui donne certaines explications.
123. Au centre de Y Asie , Tarse, Turqucslen, Sym, India superior Johannis prcsbyteri; hic stat magnus canis, tout le Calkay, Délia , sont le fruit des investigations des voyageurs et des envoyés. C'est par des informations de Piano Garpini qu'on s'avait que Cumania s'étendait au-dessus de la mer Caspienne jusqu'à un immense fleuve , dont il n'existe pas le pareil. C'est encore lui qui donna des notions sur la province russe Susdalia, inscrite p. iradalia dans la copie parisienne, et p. uradalia dans les copies bruxelloises (se).
On avait de nouveaux renseignements assez détaillés sur les côtes sud-est de la mer ballique. Les exploits précédents des Danois, stimulés par l'esprit des croisades , et le uouveau commerce des villes anséatiques, leur donnèrent quelque retentissement. On y marche , à partir de la gorge de Dana et de la Olsatia , par Slavia (Meklenburg), Pomaria ou Pomerania, qu'avoisine l'île (Rina, Rugia, Rana, Rima); traversant Odra, on rencontre Toronum, peut-être Thorn , construit par les chevaliers teutoniques en 1255, sur la Vistule, qui est appellée Vandalus sur la carte; au delà de Vandalus, on voit Prucia et les pagani Lcloni (Litvaniens) ; Kurland , Linlesunia (Lindanissa , nom de Revel), ville agrandie par les Danois; Riga, construite vers 1163 par les Allemands, et les provinces Liuonia, Variant (Virland, Vironia), Estonia enfin Kireli ou Kareli infidèles. Cette suite est quelque peu dérangée par des transpositions et la situation en est déplacée, mais on voit que des renseignements commerciaux arrivèrent aux Italiens de ce point éloigné. On le voit encore par la notice qui, à la lin de la description des petites îles situées dans la méditerranée , s'exprime ainsi : post has insulas... Circa partes Anglie, Ybernie et Scotie sunt multe insuie, quarum nomina sunt ignola. Circa partes Datte et maxime in mari quod apud indigenas orientale vocalur, sunt valde multe bone insuie et bene habitale, que regno Dalie sunt subiecte. In partibus regnarum Suetie et Norvegie sunt quam plures insuie subjectc regnis
(tu) Ptolémée place dans le golfe peraique une île Aflanla , elle pourrait-étre déplacée , comme cette autre Kis.
(55) Asfetira du ferganlen Ibn Ketiri, Aspitra de Ptolémée (edit. Golii, p. 85, notre, p. 77).
(56) Regnum Géorgie kabet ab oriente magnum montem vocatum Âlbzor, ubi multe aalioncs feabitant, dit la notice ; c'est la montagne de Gnilan, Elbrous.
SAttUTO, 194. 31
predictis. Norvège et Suède ne se trouvent pas nommées dans la copie parisienne, mais leur existence n'était pas inconnue aux géographes de Sicile, du temps d'Edrisi.
Je ne touche pas à quelques épigraphes de cette carte , trop obscures et inintelligibles pour moi , et j'appelle toute l'attention de mes lecteurs sur le progrès, que la connaissance géographique avait fait dans la construction des cartes, ce que décelé la mappemonde de Marino Sanuto.
124. Sanuto dit lui-même, anno domini 1521 , die 24 mentis scplembribus, ego Marinus Sanudo diclus TorxeUus de Venetiis, gratia dei preuia, inlroitum habui ad sanclissimum palrem noslrum dominum papam, cuius sanclitati, duos libros super terra reeuperatione el conservalione fidelium presenlaui. Quorum unus cooperlus fuerat rubeo, aller vero de croceo. Eidem eliam presenlaui quatuor mappas mundi : unam de mari medilerraneo ; secundam de mari et terra; terciam de terra sancla; quartam vero de terra Egipti : qu'en 1521 , le 21 de septembre il présenta au pape les deux volumes reliés en rouge et jaune, contenant son ouvrage sur la récupération de la terre sainte et sur la conservation des fidèles; qu'en même temps, il lui présenta quatre mappes, dont une représentait la mer Méditerranée, l'autre la mer et le continent, de mari et terra, la troisième la Palestine et la quatrième l'Egypte ; j'ignore s'il y a des manuscrits de l'ouvrage de Sanuto, qui contiennent toutes ces cartes; le manuscrit de Paris, autant que je sache, dont se servit Bongars, et ceux de Bruxelles n'en ont que trois : la carte de mari el terra, et celles de Palestine et de l'Egypte, Cependant au dire de l'auteur, la carte de la mer méditerrané figurait au premier rang, comme si elle était essentielle el de prédilection. Pour nous, elle aurait été de la plus haute valeur. Elle avait sans doute été dessinée par des mains habites avec exactitude et aurait pu nous fournir un moyen indubitable d'apprécier l'aptitude des Italiens dans la construction des caries.
Privé de ce monument nous sommes réduits à recourir à la mappemonde ou, suivant la qualification qui lui a été donnée par Sanuto de mari et terra, dans laquelle, celle de la mer médilerranée se trouve réduite à une échelle assez petite et enclavée dans la masse des continents. Le soin que décèle la copie parisienne, nous garanlit de l'exactitude de sa réduction.
Nous avons observé que les cartes italiennes furent nautiques, produits de courses des marins et même dessinées par des marins. La carte de la mer médilerranée était nautique parcequ'elle représentait une mer et avait été confectionnée par des marins. La mappemonde , qualifiée de la mappe de mari el terra, par son titre même donnant la préférence à la mer , doit être considérée comme nautique , comme œuvre des marins qui donnaient le plus de soin à la mer médilerranée. Nous pensons que cette mer mérite d'être confrontée avec la connaissance qu'on en a aujourd'hui.
Or, pour donner une carte comparative de la carte de cette époque avec celle d'aujourd'hui , nous extrayons cette mer médilerranée de la copie parisienne et nous la plaçons sur les positions littorales graduées
3â GÉOGR. iATIHB, 1530-1410.
île la mer meditierranée, suivant le» longitudes et les latitudes géographiques déterminées par nos géographes modernes. A cet effet, je me suis servi de la projection ptoléméenne arbitrairement modifiée. Dans l'exament de la composition dtr cartes postérieures, j'indiquerai les motifs de l'arbitraire : en attendant je ferai remarquer que dans une semblable épreuve on n'applique pas la carte à une projection déterminée, mais on cherche la projection qui résulte de sa composition. Aussi pour graduer la carte de Sanuto, afin de comprendre ses proportions et les situations de ses positions, j'ai tracé les parallèles au rayon de 165 à partir de l'équateur (voyez n° 75 de notre atlas).
Sur la carte de Sanuto graduée de cette façon , je place les positions d'après les longitudes et les latitudes actuellement déterminées , et je trouve dans le nombre d'une trentaine de positions, quelques déviations, mais le total, l'ensemble de la construction de la mer médtterranée, déploie une admirable conformité avec la connaissance actuelle, tant dans la latitude que dans la longitude, depuis Alexandrie jusqu'à Venise et Tana , depuis Ceuta jusqu à Antiochie. Les proportions de toute la mer en sa largeur et sa longueur offrent une dimension bien réglée.
Le savant Jomard en examinant la belle peinture de la carte pannesane des frères Pizigani, faite à Venise en 1567, a admiré l'exactitude de certaines parties qui présentent un singulier coutraste avec la grossière imperfection d'autres cartes contemporaines. Je pense que si la précision des parties des cartes bien dessinées de cette époque, est digne d'admiration , l'harmonie et l'exactitude dans l'ensemble de toutes ces parties en est plus méritoire encore, et je défie de trouver les compositions de Visconli, de Pizigani ou autres contemporains inférieures à celle de Sanuto. Qu'on veuille les prendre à la même épreuve (57).
125. Les cartes italiennes de cette époque et celle de Sanuto, étant nautiques et l'œuvre des mariniers, ceux-ci portaient tout leur soin k la configuration de la mer, à faire ressortir les promontoires, les golfes» les petites sinuosités des côtes. Par ce soin spécial, on comprend bien que la mer gagnait sur la terre , et l'entraînement aquatique se plaisait à soutenir le courant des fleuves élargis. Par cette disposition des con-structeurs de caries, les lacs, les petites îles et péninsules paraissent agrandis, gonflés: mais le gros de la terre du continent est aminci quelquefois très-sensiblement. Dans la carte de Sanuto, l'Italie, par la pression aquatique, perdit de son étendue convenable.
Nous avons aussi observé ce raccourci des accessoires qui était en usage dans le dessin, dans la peinture, dans la sculpture et qui s'était installé dans la composition des cartes libres de toute projection et sans échelle déterminée. Ce raccourci a lieu dans les caries de Sanuto , et
(57) Mon ouvrage était sous presse lorsque on m'a communiqué la publication savante de M. Vivien de Saint-Martin, liist. des découvertes géographiques. Voici ce qu'il y dit des cartes q«e nous examinons et analysons : Quoique les marins dont elles sont l'ouvrage, n'eussent pas à leur disposition le secours si important des observations astronomiques pour en fixer les points principaux dans le sens des longitudes , elles n'en présentent pas moins un merveilleux degré d'exactitude... Elle est d'autant plus remarquable, que les cartes du dernier siècle... étaient tombées fort au-dessous de ce degré d'exactitude des cartes du treizième siècle (chap. 4î, t. II, p. 404). Nous, tâcherons d'expliquer cette chute remarquable.
tANUTO, M6. 33
sur celle de de mari et terra, il est très-harmonieux. Sur cette carte, en proportion de la mer médi terra née, l'Espagne, la France, l'Allemagne sont diminuées à la suite de la précision de la mer méditerranée et de ces connaissances de la mer bakique qu'on a voulu préciser. Mais sous une autre et moindre échelle, les formes de ces parties sont harmonieuses et admirables (ss).
Par une semblable composition , les distances continentales serrées , cédaient à celte pression des constructeurs. Toute leur attention portée sur la mer centrale s'emparait de la moitié du diaphragme du cercle, pour y développer exactement ses dimensions, le reste extérieur fut tracé pour la plupart en raccourci dans de justes formes, suivant les conceptions conçues par l'expérience des navigateurs , ou par les relations des voyageurs. Sous ce rapport même la carte de Sanuto de mari et terra offre un progrès remarquable, parce que personne ne contestera, je pense, que l'Espagne, la France et l'Allemagne, malgré leur contraction, sont bien assises; l'Angleterre et l'Irlande y tiennent leur position relative au continent. Certainement il a fallu visiter et bien observer les côtes de ces pays pour tracer une semblable configuration, qui ne dérive d'aucune forme connue , arabe ou ptoléméenne : elle est l'œuvre des géographes, cosmographes du siècle.
126. J'ai rédigé mon analyse et mes observations précédentes avant de recourir à la description des cartes sanutines publiées par Placido Zurla en 1818. La mer méditerranée de la mappemonde de mari et terra se présentait naturellement comme réduction d'une carte spéciale de cette nier qui composait l'assemblage de plusieurs cartes attachées à ce livre de secretorum fidelium crucis. Cette carte spéciale n'a pas été publiée, mais elle existe, elle est enfouie dans le manuscrit délia rinomatissima collezion dell' abb. Canonici ; manuscrit contemporain de Sanuto, préparé probablement par l'auteur lui-même à quelque haute destination. Placido Zurla en donne une notice, et ce qu'il en dit surpasse toute idée qu'on a pu se former d'une carte qui est qualifiée de la première des quatre. Nous en extrayons ce qui est essentiel.
La carte de mari mediterraneo est composée de cinq feuilles ou cartes (59). La première contient la partie occidentale de l'Europe, commence de la Flandre, qui avance comme un tronc, commençant par Je nom de Fli$say Fltilanda. Vis-à-vis est Inglitera avec les seules épigraphes de Notigales et Sanbelor. A côté est tracée l'Irlande ayant à l'occident un grand golfe avec l'épigraphe gtdffo de issole ccclvui béate et fortunate. On voit sur cette carte la France, l'Espagne et toute l'étendue de l'Afrique jusqu'à Tunis, et ses côtes occidentales étendues jusqu'à Sam et Daman. Les côtes sont remplies de noms des pays littéraux, ornés deoavillons coloriés et d'armoiries; toute la carte est repassée par les rombs des vents.
(58) Un semblable raccourci de la partie secondaire est poussé a l'exes sur la carte de l'Egypte et de la Syrie, où le dessinateur a tracé l'Arabie et tontes les îles jusqu'à l'Ile nébuleuse.
(59) La prima di queste carte, le quali generalcmente occupano ciascuna due intere pagine di fronte contiene una parte soltanto dcl gran periplo dei mari cognite a que* giorni cbe qui è distiaU» in cinque carte , mercate tutte al dissopra colla générale indicazione de mari mediterraneo, di roano pin recenta, non perb arbitraric, montre lo stesso Sanuto etc. (Zurla, p. 10, 800).
La seconde contient toutes les côtes de l'Italie, les Iles de la mer ionienne et la partie correspondante de l'Afrique au sud de l'Italie : edèda ammirarsi la bellezza délia forma e contorni di questa, quale appunto net posteriori portolani si ravcisa ; mentre i geografi solianto alla fine del sec. xvi cominciarono a ben disegnarla suite loro carte (eo).
La troisième représente l'Asie mineure, la Mésopotamie, la Syrie, l'Arabie, l'Eygypte avec les mers rouge et perse, une portion de la mer indienne avec ses îles; les cours du Tigre et du Nil, les indications et le dessin des villes intérieures, des monts et des fleuves à couleur verdàtre, accompagnés de courtes épigraphes (ei).
La quatrième contieut le périple de l'archipel et les côtes africaines vis-à-vis de celui-ci.
La cinquième enfin offre le périple de la mer noire. Suit une figure d'astrolabe à plusieurs cercles concentriques avec les signes du zodiac, etc., et un compartiment carré inscrit les noms de ces signes, le tout de la belle configuration et de couleurs variées.
C'est l'atlas de Sanulo composé de 8 à 9 cartes générales, spéciales, portulanes, topographiques et de plans des villes, accompagné d'une courte esquisse de géographie. Zurla ne nous a pas averti si ces cinq cartes de la méditerranee sont de la même échelle , pouvant ainsi se coordonner et joindre dans un seul tableau; ou si elles sont des périples de portulans détachées de différentes échelles, à rebords irréguliers : toujours est-il certain pour nous, qu'elles ont servi à composer la méditerranee entière délia forma e contorni quale appunto net posteriori de l'époque de la renaissance des lettres.
Dessinateurs.
127. Marino Sanuto a pu savoir dessiner et connaître la méthode de la construction des cartes : mais comme il ne le dit pas lui-même, nous ne devons considérer les cartes de son atlas que comme des copies des cartes de l'époque et des cartes antérieures, qu'il a fait faire, afin de les attacher à son ouvrage, pour donner la lumière aux ignorants. Elles sont de l'école vénitienne, de la fabrique vénitienne. Celte école a pu fournir à cette époque beaucoup d'exemplaires copiés. Le doge Francesco Dandolo (1529-1539), suspendit alors dans la salle ducale une carte nouvellement exécutée (ea). On ne peut pas contester le primato dans l'art du dessin géographique aux Vénitiens, dont la puissance, le commerce , les relations, l'activité, les possessions maritimes , la marine, surpassaient toutes les autres nations : mais on ne peut refuser une collaboration fructueuses à d'autres cités, surtout aux Génois, qui se distinguaient par leurs entreprises océaniques. Le petit atlas de 1318, de Pietro Yisconte de Janua (le génois), est là pour
(60) Nous verrons comment ces belles formes se sont perdues et ne reparurent que vers la fin du xvi* siècle.
(64) Zurla prévient que cette carte est la même qui est publiée par Bongars comme quatrième qualifiée par Sanuto de terra Egypti : nous la donnons presque entière sous le titre de littora maris Syriaci.
(62) Correva l'anno 4339, quando questo principe, .. . venea morte efu sepellito nel monastère de minon. Dicesich' in suo" tempo, fossero fatte le nobilissime carte di cosmografia, che tuttavia sono e si vedono se ,bene dopo rinnovate, e risarcite nella sala ducale (Paolo Morosini, istoria di Veqezia, 4637, p. 233) .
PIZ1GANI, 128. 55
attester qu'à Gènes existait une fabrique de cartes non moins active : Pelrus Visconte de Janua fecit islas tabulas, anno domini mcccxviii, dit une note de cet allas (es). La carie castillane de 1316 n'est pas trop postérieure (ôa). Le portulan médicéen de Tannée 1351 est un grand atlas, grand-folio, composé de huit cartes doubles sur parchemin (65). Nulle part il ne manquait de dessinateurs plus ou moins exercés. Partout on copiait les cartes géographiques, il n'y avait à cet égard ni secret d'état, ni privilège, ni monopole quelconque, ni propriété intellectuelle, ni brevet d'invention : on dessinait, on copiait. Sanulo fit préparer plusieurs copies de son atlas et l'exposa à Rome , à Paris , a Bruges. Les italiens excellaient dans l'exécution, les Espagnols ne leur étaient pas inférieurs, et le produit partait de la même source. On se communiquait, on se recherchait mutuellement. L'école de Venise avait la connaissance de ce qu'on avait consigné en Sicile : tout le monde connaissait les récits de Marco Polo et pouvait avoir sous les yeux les cartes de la fabrique vénitienne. Plusieurs noms de dessinateurs de cartes de toutes les nations sont connus : mais, à mon avis, on peut avec plus de certitude tes considérer comme copistes que leur attribuer une composition nouvelle. Peut-être un jour aura-t-ou le bonheur d'exhumer quelque auteur. Mais dans l'état actuel des connaissances : comme les copistes et l'auteur de l'atlas de Sanuto nous sont cachés, de même on n'a aucun droit de qualifier d'auteurs ceux qui ne s'appellent pas compositeurs eux-mêmes. Visconti , Marcus ne sont ni auteurs, ni compositeurs. Us ont signé la date de l'exécution de leur copie comme font oVdinairement les copistes. Et ceux qui composaient, comme Ptzigani, avaient devant eux des compositions, des matériaux possédés aussi par les autres. Car les compositions ne s'improvisent point, elles ne se décèlent pas dans le xive siècle , comme invention récente d'un seul, l'art n'était pas nouveau. Les véritables auteurs de ces cartes , sont ces* laborieux cosmographes , qualifiés d'ignorants, dont on ignore les noms, et qui travaillaient dans 1 obscurité du siècle précédent : le xiv* siècle nous ouvre l'abondante moisson de leurs labeurs.
Pizioani, 1367.
128. La grande carte de 1367, des deux vénitiens François et Dominique Pizigani, est certainement dé l'école de la fabrique vénitienne. Objet d'admiration. La dimension de la carte n'a pas moins de 158 centm sur 92 (4 pieds V* sur 3 moins 2 pouces). Les nuits vents principaux sont figurés et accompagnés de légendes comme beaucoup d'autres figures. De leurs huit points, sont tirées les lignes à l'usage des marins. On voit en outre de petits traits accompagnés de points disséminés en guise d'échelle sur différentes directions de vents. Les
(63) L'atlas hydrographique de Visconte 8* est d'une petite échelle. Il est conservé dans la bibliothèqne de Vienne en Autriche. La copie se trouve depuis plusieurs années à Paris.
(64) Mss de la bibl. nat. de Paris, n* 6816 (Malte-Brun, géogr. de l'édit. de Huot, livre XX, p. 521).
(65) Baldelli Boni del portolano mediceo e délie sooperte dei Genovesi ncll' Atlantico, inséré dans ton storia del milione, p. 433-472. —La huitième carte de cet atlas offre ira calendrier lunaire perpétuel, avec divers exemples qui tous se rapportent à Tannée 4351, (D'Avezac, notice des découverte* dans l'océan atlantique, chap. 5, p. 82, 33).
pavillons des Vénitiens, Génois, Catalans, Portugais, etc., sont placés aux lieux de leurs domination et dans les mers que sillonnaient leurs vaisseaux. Les écritures sont nombreuses, variées, d'une grande délicatesse, heureusement, presque toujours lisibles, en latin quelque fois peu intelligent. Per tacere di quauto spetta al Europa, la quale giusta i limiti di que'giorni si stendo fino al I ri and a : l'exactitude de certaines parties présente un singulier contraste avec la grossière imperfection d'autres caries contemporaines (es), sur lesquelles on a voulu juger la connaissance géographique de l'époque et mesurer l'ignorance des siècles.
La carte porte à son extrémité orientale la note suivante : mccclxvh hoc opus compoxuit francisent pizigano venetiarum et dominicus pizigano in venexia mejfecit Marcus a die xn decembri*. Le dessinateur était un certain Marcus, et les compositeurs deux Pizigani vénitiens (si). Les compositeurs surveillaient et dirigeaient leur dessinateur et peintre : mais ils savaient dessiner eux-mémès et certes, les Pizigani ne se sont pas bornés à composer une carte unique. Dans un code de l'abbaie de S. Michel de Murano se trouve , sur une petite feuille, le tableau des côtes de la méditerranée et deux autres tableaux peints de chiffres et de figures astronomiques et relatives à la sphère; le premier tableau offre l'épigraphe suivante : mccclxxiii adi vin du zugno Francesco Pizigano viniziano in veniexia mefece (68 ). Nous n'avons pas été assez heureux pour avoir à notre examen ces précieux monuments, mais nous ne négligerons pas d'utiliser quelque fragment de leur description (69). Le même xiv* siècle a vu paraître un manuscrit du libro da navegar per mi Antonio Liprando, qui contient plusieurs portulans de différente grandeur (70).
Ce sont de beaux monuments qui par leur exécution , leur peinture , leur scrupuleuse exactitude et la précision des détails, ont conquis l'admiration de savants géographes. Tous sont le produit de l'Italie. Inspirés par l'influence des arabes, des byzantins, des franks, les Italiens cultivaient les connaissances humaines, la poésie, la philosophie, les sciences. Acceptant l'initiative des autres, ils avançaient, créaient leur goût, leur méthode, leurs idées et façon, et bientôt initiaient les initiateurs eux-mêmes dans le mystère des sciences. Les connaissances géographiques, à dater des efforts rogériens et de la composition des cartes, étaient du nombre des connaissances qui se communiquaient de l'Italie à la chrétienté et la péninsule pyrénéenne se mit en première ligne pour suivre la marche des navigateurs et des cartographes italiens.
166) La carte des Pizigani passa des mains de Girolamo Zanètti dans celles de P. Paciaudi, ensuite à >rbl. de Parme où elle est conservée. La bibl. de Paris s'en est procuré une copie en 1845. — ZanetU dell' origine di alcune arti principali appresso i Viniziani 1788 en a donné une description; dont on a un extrait par Zurla, sulle antiche mappe idro-geograpbiche cap. 7-40.
(67) Voici la conjecture de Formaleoni, sur le modèle qui a pu servir à la composition de Pizigani. Constantinople porte une couronne et un double pavillon , dont un aux cinq croix , l'autre au lion ailé. Formaleoni conclut que le modèle fut dessiné immédiatement après la prise de Constantinople par les croisés en 1202. — Une lutte s'est engagée sur l'ancienneté de la carte des Pizigani entre P. llegnini et Angelo Pezzana.
(68) Voyez la note du ebap. 10, solla antique mappe idro-geograpUicbe, de Zurla. [69 j Voyez ci-dessous ebap. 117-119.
(70) Zurla , ibidem.
C1RTE CATALANE , 1*9. 57
Carte catalane 1375-1378.
129. La splandeur à laquelle les Catalans s'étaient élevés sous leurs comtes, dont le dernier, Raimond Y, monta sur le trône d'Aragon, s'accrut encore en 1230 et 1234 par la conquête que le roi Jacq fit de File de Majorque et du royaume de Valence sur les Maures. Toutes les entreprises royales augmentaient la renommée des Catalans. Ils passaient-pour les plus éclairés de la péninsule; leurs courses commerciales et militaires dans un grand nombre de ports des mers noire et méditerranée, ouvrirent une vaste connaissance de toutes les parties du monde dont elles étaient entourées. Ils avaient, bien avant 1286, leurs cartes marines, et se servaient des instruments d'astronomie nautique propres à trouver sur mer l'heure de la nuit par les étoiles. Depuis Tan 1303, ils succédèrent aux Génois dans la domination du vaste et faible empire grec et sous leur amiral Roger de Flor , soutinrent les guerres contre les Turks de ce pays. Majorque, depuis la conquête avait formé un royaume à part. Elle participait à l'activité entreprenante des Catalans en 1315. L'infant Ferdinand (mort en 1316) se fit nommer à Clarenza souverain de la Morée. Le roi de Majorque Jacq III , épousa en 1362, la reine de Naples et pensait à des découvertes do pays éloignés pour étendre la navigation et le commerce. Les Major quins avaient de fréquentes relations avec l'Afrique, faisaient des courses vers l'océan et les îles appelées Canaries et autres. C'est dans l'océan que les investigations majorquines allaient faire de malheureuses expéditions (71); c'est là que se dirigeait vers le fleuve d'or, l'expédition de Jacq Ferer, dans l'année 1346 (72).
Par cette disposition, les Catalans et les Majorquins, s'ils n'étaient pas supérieurs aux Italiens, leur étaient égaux dans la marine et la connaissance géographique. Ils avaient d'autant plus besoin de cartes marines , d'autant plus que les ordonnances royales d'Aragon , prescrivirent, dès l'année 1359, que chaque galère devait avoir non-seulement une mais deux cartes marines. Dans la navigation, dans la composition de leurs portulans , de leurs cartes marines , de leurs mappemondes , ils suivaient la même méthode des vents et de la boussole que les Italiens. Leur boussole était italienne et portait les noms italiens des vents, quoique leur propre idiome et l'idiome provinçal, variassent tous deux.
Le roi de France Charles V, le sage, était curieux de connaître le monde, lequel depuis plus d'un siècle fatiguait la curiosité croissante des Italiens et des Espagnols. La rondelle surmontée de paradis, qu'on voit dans la chron. de S. Denis (n° 71 de l'atlas), devenait une image suspecte : il désirait avoir quelque chose de mieux, de plus positif dans sa bibliothèque. Il s'adressa donc à l'école catalane, aux cosmographes catalans, pour en avoir une mappe bien exécutée. La demande pouvait avoir lieu vers 1375, pareeque la composition de la mappemonde s'arrête dans ses prolégomènes à celte année. On y lit : sachez comme chose certaine
74) Tastu et Buchon dans la geogr. de Malte-Bran, livre XIX, p. 8*3, de redit, de Huot. Voyez le coin de notre copie de la carte catalane et la note.
6St
que le nombre d'or de l'an 1375 court en vin, une fois arrivé au janvier, nous laisserons vm et nous prendrons ix, qui est le nombre d'or de toute cette année 1376 (73).
Ceci prouve que la composition avait lieu en 1375» mais la copie, le dessin n'a élé fait que trois années plus tard en 1378, probablement mis à exécution à la suite de la demande qui arrivait en 1378. Voici les indications qu'en donne la carte elle-même.
Dans Tannée de la composition 1375, mourut Jacq III roi de Majorque, en conséquence cette île était réunie au royaume d'Aragon : or, le dessinateur couvrit le sol de Majorque de pals d'aragon et écarlela son pavillon d'Aragon et de Valence (i&).
Rome et Avignon sont dépourvus de pavillons. Celle privation des deux capitales du chef de la chrétienté est significative. La seule vacance ordinairement de courte durée ne pouvait pas l'occasionner : un autre événement plus grave a dû en être la cause. Le pape Grégoire XI arrivé d'Avignon à Rome le 17 janvier 1577, mourut dans cette dernière ville le 28 mars 1378. L'élection d'Urbain VI, son successeur, eut lieu à Rome le 18 avril 1378. Les mécontents, après Un certain délai, élurent, le 20 septembre 1578, à Fundi, Clément VII qui prit possession d'Avignon ; le schisme se déclara alors et commença à déchirer la chrétienté. C'est donc l'événement qui a pu priver de pavillons les deux capitales des papes. Le roi d'Aragon et de Majorque Pierre IV, ne se déclara ni pour l'un ni pour l'autre, et le choix ne convenait pas au dessinateur catalan. Avignon cl Rome sont par conséquent privés de pavillon et il est présumante, que cette copie de la composition de Tannée 1375, n'a été commencée et exécutée que vers la fin de Tannée 1378, au plus tôt, ou dans une des années suivantes (74).
Cette privation du pavillon des deux capitales du chef de la chrétienté, a lieu sur les dernières cartes, 5mc et 6nic de Tatlas. A la suite de quoi le dessinateur ayant marqué sur la première planche de prolégomènes, à l'interruption de la vignette de la bande circulaire, Tannée mccclxxvi, ajoute à la seconde petite bande les trois indications lxxv, vi, vu, des années 1575, 1376, 1577, postérieures à la composition de la carte dont il exécutait la copie.
130. L'atlas se trouvait à Louvre à la chambre par bas vers 1380. On le voit dans l'indication faite en 1583 par GilesMallet, gardien de la bibliothèque; après sa mort il est signalé dans un autre inventaire de 1411 ; il en est de même dans les années 1415, 1323, 1425, et il se trouve actuellement compris sous le n° 6846 ancien fonds.
Bien que son existence continue soit aujourd'hui aussi clairement dépistée, il restait cependant comme un reclus dans une oubliette pendant
(75) L'année courante 437», est répétée plusieurs fois: sapiats que en lany 1575 corra lauro nomero en vm .... quest ayn de 1575... e sapiat de sert que layn 4575 eorre lauro nomre en vm, fins que sarem al primor dia de janer e lexarera vm e pandrem vmi pertot a quel ayn de 4576.
(7i) La pose des pals d'aragon est singulière.
(75) Tastu semble faire peu de cas des pavillons pour la détermination de l'époqne des cartes; cependant il tire de cette source des conclusions décisives pour Tatlas catalan. Au fond nous avons suivi sa remarque, présumant toutefois une double rédaction de l'atlas : l'une de l'année 4375, l'autre postérieure à l'année 4578.
430 ans. Observé et examiné pour la première fois par Walckenaer vers 1804 (76), il ne fut retiré de sa cachette et publié que quarante ans plus tard par Buchon et Tastu, et il doit reparaître dans la grande publication des monuments géographiques (77).
Buchon et Tastu en rendant public le fac-similé de l'atlas catalan, exécuté au moyen de la lithographie, l'ont pourvu d'une notice de la version des légendes, et de l'impression de toute la nomenclature des lieux, expliqués ou collationués avec les dénominations des anciennes caries, c'est-à-dire de celles duxvi* et xvne siècle. A vrai dire, le collationnement de ces cartes anciennes avec une carie plus ancienne encore , n'offre que des variantes pour retrouver et déterminer avec plus de facilité les positions sur une carte moderne. C'est surtout les côtes d'Afrique, de la mer noire, de l'archipel , qui avaient besoin de cette confrontation , partout enfin , où la dénomination nouvelle remplaça ou déiigura la nomenclature ancienne. Dans l'intérieur de l'Afrique et surtout en Asie, quantité de lieux sont répétés sans explication. Aussi il n'y a rien d'étonnant quand dans la masse des expliqués on remarque quelques interprétations hasardeuses ou qui demandent des rectifications (78).
131. L'atlas se compose de six tableaux en parchemin vélin, collés sur bois, peints en couleurs or et argent et renfermés en un seul volume à reliure ancienne. Chaque tableau a 25 pouces de hauteur sur 18 de largeur; ils se replient dans leur largeur en deux feuilles, chacune de 9 pouces de large. Les deux premiers tableaux contiennent un traité de cosmographie et d'astrologie en guise de prolégomène à quatre autres qui composent la mappemonde. Tout le long des replis des tableaux, le dessin et l'écriture sont plus ou moins affaiblis et endommagées (79).
(76) Voici comment Tastu signale cette première indication de son existence: Walckenaer, dit-il, fut le premier qui mentionna 1 existence de l'atlas catalan de 4375. — 1* Dans sa traduction de Pinkertou 4804, 6 vol. et atlas, t. 111, p. 398, 399, IV, p. 364, 364, 334 ; — «• dans les annales des voyages, 4809, p. 214 (voyez la lettre de Malte-Brun à ce sujet, et celle de Graeberg à Malte-Brun sur les mss. d'Usodimare) ; — 3* dans ses recherches géogr. sur l'intérienr de l'Afrique , 4849, 8% p. 48, 49; — 4° dans sa dissertation sur les voyages des frères Zeni (annales de voyages 4897). — Placido Zurla, Angelo Pezzana, Gio Batt, Baldelli Boni et Malte-Brun répétaient les conclusions de Walckenaer.
(77) Tastu , observant avec une noble émotion cet oubli d'un monument aussi précieux , n'a pas réfléchi qu'il en rendit la publication presque inaccessible à bien de monde, en la reléguant dans le xivc volume d'une collection volumineuse in-4*. — Résidant dans une capitale, je l'eus... pour quel-
3 nés jours... (dépêchez-vons !) — Il esta regretter que toutes ces publications des monuments et es sources historiques, d'un prix élevé par leur nature , soient ordinairement excessivement renchéri es par leur insertion dans des recueils énormes, par le peu d'exemplaires qu'on en tire, par le grand format et le luxe , par des exigences et des spéculations mal entendues. En général , ces publications ne sont accessibles qu'aux gens opulents. Comment un laborieux indigent pourrait-il aborder Rubriquis , Edrisi , Marc Polo , Aboulieda , Santarem et tant d'autres ouvrages cotés par 50 et centaines de francs ? Au lieu de populariser les connaissances , on élève des barrières insurmontables aux curieux qui veulent s'instruire ou élaborer quelque branche de connaissances humaines. J'ai vu tomber ces publications des mains de gens qui , l'œil mouillé, se détournaient des monuments qui les intéressaient A ces plaintes, à ces émotions on répond : chacun peut trouver ces ouvrages dans nue bibliothèque bien approvisionnée. Oh ! quelle jactance ! quelle dérision I
(78) Nous avons remarqué que la lecture des noms est quelquefois en désaccord avec le fac-similé, Par exemple , au lieu de Cbaufuy je trouve dans le fac-similé Chayansu ; Cimirey se laisse mieux lire ciuit rey ; Godausse, Godanssc (Gdansk, Dantzik et pas Gœttingue, qui est loin de la Baltique) ; ins. Cria, Eria ; Goppardia, Boppardia; San d'araicus de Silves en Espagne, est San Dominicus de Silves; insalade gante, insuie déserte, etc. Plusieurs épigraphes du tac-similé se laissent lire rlus régu
d'autres.
(70) Je prends sous ma responsabilité la lecture et l'interprétation de ce passage presque entière-
de cosmographie et d'astrologie, le cosmographe rd de l'univers et le compare à un œuf; puis de la
Dans son traité catalan parle d'abord
création qu'on peut s'imaginer de cinq manières; ensuite des quatre éléments. Il explique la forme, la position et l'intérieur du globe terrestre. Le grand cercle de la terre est de 180000 stades, c'est-à-dire vingt mille cinquante deux milles (so). C'est par l'entremise des arabes qu'il savait le nombre de stades inusités, nombre puisé dans les relations ptoléméennes. Les 20052 milles donneraient 9 (8,97) stades à un mille et 55,7 milles à un degré. L'origine d'une semblable supputation serait introuvable si l'on n'admettait pas une erreur du cosmographe ou de son dessinateur. Il semble qu'au lieu de 20052 on donnait 20520 milles à la circonférence de la terre. Ce nombre donnerait 8l32/ni (*/*) de stades à un mille, 57 milles à un degré ou 19 parasanges, grandeur communiquée par les arabes.
Le cosmographe fait ensuite une courte et incomplète revue des trois parties de la zone ou du cercle de l'habitable, c'est-à-dire de l'Asie, de l'Europe et de l'Afrique (si). Il y reproduit quelques passages et élymologies d'Isidore de Séville , plus d'une fois nommé dans cet allas. 11 touche spécialement l'Italie, le Chypre, la Sicile et l'intérieur de l'Europe. Tout ce qu'y est, vient de la géographie ancienne romaine, modernisée par le langage catalan.
Voici ce que dit ce passage purement géographique. — La zone ou le cercle habitable que nous occupons ou que nous supposons se divise en trois parties. L'une est l'Asie, l'autre l'Europe et l'autre l'Afrique. L'Asie est septentrionale ou nord ; l'Afrique s'étend du midi à l'occident et comprend toute la côte de Barbarie.
L'Italie vient ensuite, qui autrefois s'appelait Grèce, puis Saturnîa, puis .... Latium.... ensuite elle fut appelée Ausonia et prit enfin le nom d'Italie (cf. Isidori ortginum XIV, p. 190édit. Paris, 1601).... commence au pied des montagnes appelées Alpes, qui ont leur penchant du côté de la Lombardie et se terminent dans la mer Tyrrhenienne. Dans ce pays se trouve la ville de Rome qui a pris son nom de Romulus, roi, qui édifia antiquement. On bâtissait les villes en leur donnant la forme de grands animaux ou bêtes sauvages, voilà pourquoi Rome a la forme du lion dominateur de cent bêtes. Cette Rome est la capitale de toutes ks villes. Tous ses édifices sont faits de brique et de tuile, voilà pourquoi elle est appelée Laternis, ce qui veut dire faite de briques. Brindes a la forme d'un cerf; Carthage a la. forme d'un bœuf; Troie, prit la forme d'un cheval.
L'Afrique prit son nom d'Afer, un des bâtards d'Abraham. Elle est du côté de l'orient au sud-ouest du fleuve Indus et s'étendant vers le midi, s'en va vers l'occident.
Ile signifie endroit situé dans l'eau salée (ïsidor, orig. p. 192). — Chypre se trouve dans la mer méditerranée en face de la Syrie; elle a
ment effacé aujourd'hui , dit l'estimable éditeur de l'atlas catalan , et que j*ai cru pouvoir lire il j a quelques années (notices et extraits de la biblioth., t. XIV, p. 14). 11 n'y a pas de doute, chaque jour le temps fait de nouveaux ravages dans ces monuments et la multiplication de leurs copies marche a pas de tortue , s'ajourne , éprouve des peines inouïes, des obstacles incroyables.
(80) Empero laredonea de la terra es mesurada per clxxx millers de stadis, los quais son xx milita ui milles.
(84) La zona o cercle habitable , laquai per nos es tenguda e pensada se departeis en in parts.
tiré son nom. d'une ville appelée Ciper, qui se trouve dans la dite fie. Elle est encore appelée Centapole, parce qu'elle renferme cent villes. Elle est située vis-à-vis la mer Libyenne appelée Adriatique; — Ensuite vient la Sicile, nommée d'abord Sicania et située de la même manière* Elle s'appelait aussi Trinacria, des trois monts qui s'y trouvent. Dans cette île est le mont Etna, où le soufre brûle en tout temps.
La mer rouge sort de la grande mer et prend cette couleur rose de • la terre, qui est presque toute vermeille et vicie tous ses rivages (Isidor, orig. p. 181).
La mer est appelée mer, parce qu'elle est aroère. Elle passe secrètement à les veines de la terre, y dépose son amertume et sort ensuite travers douce par les sources, après quoi elle reprend «a nature.
L'Europe a pris son nom d'Europus, roi, ou d'Europa, fille d'Agenor. Dans cette partie du monde , vers le nord , sont les monts Ryphées et le fleuve Tanais, qui doit son nom au roi Tanaïs. Là sont aussi les grands dépôts de la grande mer, qui se réunissent près de la ville de Theodosium (Cafa) au fleuve Tanaïs; et celle-ci est située au-dessous du Tanais et s'étend jusqu'au Danube.
Dans cette partie se trouvent les provinces d'Alania , île Dacia et de Gothie. Du Danube jusqu'aux Alpes est la grande Germanie, laquelle est ainsi nommée à cause de la confraternité des peuples; elle finit vers le couchant au fleuve du Rhônes et au nord au fleuve de Alba. Dans cette contrée se trouve la région de Se via, qui est dite Amont (montante, supérieure). Celle-là est l'AUemanya, laquelle prit son nom du bassin dit Alaraan (lac Léman).
La grande mer s'appelle Occeanus. Océan veut dire la même chose que lleti ou limite de courroies ou cercles en fer.
De semblables notices accompagnaient de temps anciens les mappemondes et les images rondes.
Ayant touché l'océan, le cosmographe abandonne sa revue géographique pour expliquer le flux et le reflux, qu'il spécifie particulièrement sur les côtes opposées de fa Manche. Il parle intermédiàirement du cours du soleil et de la lune; comment on peut trouver cette dernière en mesurant les quarts des vents; l'heure de la nuit par les chariots et Ifes deux frères; le lever et le coucher du soleil relatifs aux quarts des vents. Suivent les pronostics de tous les jours de la lune, la spécification des vents; puis le cosmographe compte le temps et donne pour les pronostics une figure humaine aux signes zodiacaux correspondants à ses membres, d'après ce qu'a dit Ptolémée: diu Tolomeu, l'astrologue (sî). C'est ce que contient le premier tableau.
Le second tableau présente une suite de 57 cercles eu bandes circulaires déroulées d'un centre et entourées d'une bordure où figurent des entre lacs arabes qui cachent les informes caractes arabes. Aux quatre coins sont les figures des quatre saisons. Dans les bandes on distingue les noms, les chiffres, les figures représentant : calendrier, zodiaque, mois,
(89) Tkamarat fi abkam al nogium, est le titre d'un abrégé de ce que Ptolémée a écrit sur l'astrologie judiciaire, composé par Saouani, qui est peut-être un Severus, que Hadji khalfa prétend avoir été disciple dn môme Ptolémée; plusieurs auteurs ont fait Mes scharh, ou commentaires sut cet ouvrage : entre autres : \bou Josef al Oclidfrssi , Abou Mohammed al Schaïbani, Abon Saïd al Tharaami, Ebn Thaïb al Djetbaïïki, al SaràWisî, etc. (Dherbelot).
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lettres dominicales, nombre d'or, heures, constellations, planètes; correspondant aux trois éléments et le quatrième élément, la terre, se trouve an centre, où l'astrologue mesure la hauteur da soleil. Les 28 constellations portent les noms arabes en écriture latine et orthographe catalane.
132. Chez le cosmographe catalan, mapa mondi, avait autant de valeur que la géographie. Plinus est maestre de mapa mondi , c'est-àdire dans la géographie. Cependant, mapa mondi vol dir aytant con ymage del mon e delos diversas étals del mon e de los régions qui son sus la terra,' de diversas maneras de gens qui en da babiten, signifie ; image du monde (imago mundi) des divers états du monde, des régions qui sont sur la terre et des diverses espèces de gens qui l'habitent. C'est donc l'image et la description (sa). Le cosmegrapbe a dessiné limage eu monde ou de l'habitable en quatre tableaux ou caries qui composent un seul tableau. Chaque carte est sous la rose de seize vents. Celte répétition de la rose ferait le tableau quatre fois plus long que large, mais ces roses s'empièlent Tune sur l'autre et diminuent un peu cette longueur; aussi le cosmographe, dans toute la longueur du tableau au nord et au sud,a-t-il étendu son dessin au delà de la rose, de façon que son tableau entier est trois fois plus long que large.
Pour notre examen et notre allas, nous l'avons réduit à la proportion de 200 à 49, c'est-à-dire à un quart de l'échelle (v. n" 80, 81, de l'atlas), A la suite de quoi, sur toutes les côtes de l'embouchure de l'Elbe, en côtoyant l'Irlande, l'Angleterre, le continent jusqu'au détroit; la mer médilerranée et noire, et l'Afrique baignée par l'océan, nous n'ayons inscrit qu'une partie des inscriptions qui chargent trop abondamment la mappe catalane. De même, j'ai pu désigner toutes les fies de la Méditerranée, et à peine quelques-unes de celles qui sont dans l'adrialiçue. Au reste, dans les autres parties de la mappe et partout dans l'intérieur du continent toutes les nomenclatures s'y trouvent, à l'exception de deux ou trois des côtes de la mer Caspienne. Quant aux longues légendes, elles sont insérées en entier ou eu extrait pour autant qu'elles signalent la nomenclature, la situation géographique, la direction du commerce, ou qu'elles expliquent les figures; ce qu'elles disent des produits, de la saison, ou ce qui dérive de l'érudition, a été abandonné ou passé sous silence faute de place. Les figures, figurines, pavillons y sont tous (sa). Les différences exceptionnelles de constructions, dans Tombouctou, san Jago de Composlella, Jérusalem, sainte Catherine, Mekke, lourde Babel, trois églises, Ssiras, Yssicol sont observées; les villes chrétiennes,
(83) Mappemonde , bab mondou , maba mondi , a la même -valeur chez les arabes : carte et livre de géographie. Kharth* ou Khartas chez eux signifie ordinairement carte marine. — Les prolégomènes du cosmographe catalan décèlent une confusiou de la valeur de mappa mundi : en effet: mappe, image, présentait une description géographique, partout ou elle trouvait une place vide. La même confusion offre le mot latin de*crip$it. Au xvia siècle encore on dirait : an fol descripsit regionem , parce qu'il a publié un volume de sa description ; un autre descripsit eandem, parce qu'il a compose sa carte géographique.
(8i) Quant aux pavillons (disent Buchon et Tastu) nous les avons marqués ne tenant pas toujours compte du blason , qui ne laisse pas d'être souvent d'une grande exactitude histori-
3uo. — A. quoi nous répoudous : que c'est dommage que le fac-similé n ait pas garanti l'exécution es pavillons et y ait laissé beaucoup de doutes. Tous les lions y sont de même forme. Le cosmographe ne les at-il pas distingués? a-t-il inventé pour tous une figure étrangère à l'héraldique? rar partout, au Heu de la queue, le lion est décoré d'une aile. Je suis peiné d'avoir à l'observer.
surmontées d'une croix, et non chrétiennes, surmontées d'un globe, sont désignées. Je pense qu'on distinguera toutes les variations des villes dans leur ligure, qui a été amoindrie, pour faire plus de place aux épigraphes, à un tour seulement à coupole ou appointée par une croix ; à la tour accostée de deux tourelles crénelées; à la tour rehaussée en nn étage ou en deux étages ; enfin les figures doublées ou triplées , de Cambelech, Fes, Paris.
455. La carte, dans sa longueur, se laisse tourner indifféremment, nord, sud, en bas ou en haut, comme on le voit par les figures, par les longues inscriptions et les épigraphes en majuscules. Les dénominations des lieux sont inscrites en tous sens, continentales, comme de rigueur, sur le continent, à l'exception extraordinaire. Les dénominations insulaires sur la mer, celles de grandes îles, suivent le mode continental. Toutes ses dénominations partent du point qui indique la situation du lieu r une autre direction est à peine trouvable. Par ce mode d'inscrire les dénominations, abstraction faite des Iles, se forme une seule série non interrompue de toute la nomenclature des rivages, qu'on peut suivre d'un bout à l'autre en tournant la carte à chaque grand pli et repli des rivages (cette nomencl. est examinée dans le portul. génér.).
Du paradis au sommet du monde, il n'y a pas de question; l'orient est à droite ou à gauche. Tourner la carte sud en haut , est la méthode arabe; sud en bas est une nouvelle méthode, introduite depuis l'invention de la boussole.
Le propos de la mesure de la circonférence du globe, est une vaine érudition pour cette image du monde. La dite image ou figure est ronde comme une balle à jouer : cla dila ymago ho figura es rodona a manera de pilota («s) : mais elle se déroule en tableau oblong, parce que les lisières septentrionales et méridionales du tableau sont en raccourci; toute la masse interminable de l'Afrique, qui s'étend du midi à l'occident est comprimée.
La carte est nautique. Elle avait pour sa partie occidentale tons les éléments pour une construction de cette nature. Pour la partie orientale elfe est accablée par le continent asiatique. Le cours du Tigre et Baldac ou Bagdad, la Mekke, l'arche de Noé sur la montagne d'Ararat et la Tour de* Babel, d'où se dispersèrent les peuples, constituent une ligne qui divise le tableau en deux moitiés égales. Or, l'immense Asie est aussi représentée en raccourci. Le cosmographe catalan savait qu'il construisit dans la moitié occidentale une carte nautique : quant au reste, il traça une image figurative. La seule mer de Sarra (caspienne) est dessinée en portulan.
Or, la seule partie occidentale mérite d'être confrontée avec la connaissance d'aujourd'hui, autant de la mer méditerranée que de côtes
(85) A cette occasion le catalan compare cette balle à un œuf e a semblant dou : comparaison
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comme le semea est enclos dans le jaune d'œyr:e la terra es enclosa dius laer, axî «on lagota d«j la grexa es enclosa en lo vermeil. Ce sont 1rs quatre cléments qui s'enveloppent : la terre, l*eau, l'air etlefeu.
extérieures, et pour donner une carte comparative de la carte catalane avec celle d'aujaurd'hui, nous procédons de la même manière que nous l'avons fait pour la carte sanutine (voyez n° 81 de notre atlas). Or, pour graduer, le méridien élant réglé et tiré par Venise sur la direction de Home, le même rayon de 165 qui a servi à graduer la carte sanutine, indiqua les parallèles de la carte catalane. Il est évident, par cette graduation, que la composition de ces deux caries de Tune et de l'autre ^est juste la même, toutes les proportions et poses, à quelques exceptions près soûl les mêmes. De celte façon la portion nautiquement élaborée de la carte catalane, se trouve placée sur les positions littorales déterminées par nos géographes modernes. Chacun peut examiner et juger jusqu'à quel point elles correspondent avec celles de la carte catalane, et à quel point d'exactitude est arrivée la méthode nautique pour former un ensemble d'un espace de 50 degrés en longitude et de 20 en latitude, sans chercher à déterminer les longitudes ou les latitudes par des observations astronomiques.
Et je répète le défi de trouver les caries de Yisconti , de Pizigani et d'autres inférieures à celle-ci. Dans la composition de chacune, se feront sans doute remarquar des déviations, des irrégularités, mais la composition laborieuse avait déjà ses bases, ses certitudes pour soutenir la proportion et la configuration.
154. Il y est clair que le levant est une partie moins solide. Il semble que les navigateurs et les cosmographes ne purent pas saisir au juste les deux angles : aigu du golfe d'Alexandrette et obtus du littoral de l'Egypte et de la Palestine. C'est la cause pour laquelle la composition catalane s'égare très-sensiblement avec la Grèce et tout l'archipel, avec la mer noire et l'Asie mineure : c'est ainsi queRhod,Constantinople, et tout ce qui tient les méridiens rapprochées, et la mer noire, montent presque à un degré trop au nord.
La graduation de ces cartes nautiques découvre un autre vice, affectant la totalité de la construction. Ce vice charge, je pense, toutes les cartes nautiques sans exception. C'est la position oblique de la mer, la déclinaison de la rose des vents : ainsi que la ligne d'est à ouest, représente à peu près la direction de E */* SE à 0 */* NO. Cette obliquité paraît être un peu plus forte dans la carte de Sanuto et monte à 10 degrés dans la carte catalane. Par conséquent la rose fait incliner l'Espagne et le détroit dans la direction de 0 </* SO et fait remonter la mer noire vers E */4 NE.
Cette irrégularité est grave, elle montrerait que les marins ne savaient pas s'orienter au juste, leurs vents ne répondant pas aux points cardinaux. Leurs rumbs, partout et toujours dans la mer méditerranée, furent pris dans un sens incliné et tracés obliquement; leur Est n'était que E </* SE; leur Nord était 0 */* NO et ainsi de suite, de toutes les directions des vents. Ce désaccord vient évidemment de la boussole dont l'aiguille déclinait à l'est. Les marins, dès qu'ils commencèrent à se servir de boussole, remarquèrent certainement celte déclinaison : mais confiants dans leur instrument, ils s'abandonnaient à ses directions décorées des appellations des vents, ne se souciaient ni de l'élévation du pôle, ni des points cardinaux» s'habituant bientôt à