COMPARAISON, IS
combiner la vue du ciel avec leur boussole. Les cosmographes n'ayant que les directions de la boussole et les distances rapportées par les navigateurs, composaient leurs cartes sur la rose de l'aimant, qu'ils qualifiaient rose des vents (se).
En examinant le littoral de l'océan atlantique, la carte catalane décèle un autre défaut qui était en train de la régularisation. C'est la petitesse de proportions extérieures, comparativement à celles de toute la mer méditerranée. Elles sont très-sensibles dans la carte de Sanuto, nous les avons qualifiées d'accourcics. Elles sont beaucoup moins diminuées dans la carie catalane : cependant le cap Boïador serait d'un degré plus au nord à raison de la graduation que nous avons appliquée à la mer méditerranée, et Lisbone, Paris, etc., se trouvent trop au sud. Les cartes postérieures établirent de plus justes dimensions de ces parages océaniques. Dans leurs compositions laborieuses, les cosmographes et les hydrographes s'efforçaient sans relâche à perfectionner les caries nautiques et continuaient à faire un progrès remarquable.
Tous les marins étaient en possession de ces caries. On les dressait, dessinait et copiait à leur usage, à Venise, à Palermc, à Messine, à Gènes, à Majorque, à Barcelone et ailleurs. Les marins savaient ce qu'ils possédaient et les savants ne les comprirent pas, lorsqu'ils se mirent eux-mêmes à battre la campagne pour devenir cosmographes.
Marche de la cartographie latine, comparée à celle des arabes.
135. Personne ne contestera, je pense, que les cosmographes qui dressaient les caries spéciales, générales et les mappemondes, avaient à leur usage un bon approvisionnement de matériaux. Les portulans peints de quelques rivages ne leur auraient point suffi pour composer l'ensemble, s'ils n'avaient eu de la part des marins des données générales de distances à travers les mfcrs. Le cabotage prépara des maté* riaux pour la construction des portulans; la navigation hautur'.ère fournit des dislauces nécessaires pour la composition de la carte générale.
Les cosmographes comprenaient bien la position des lieux relative au pôle ou la latitude géographique, mais leur mélhode de dresser les cartes ne se souciait pas de tracer les parallèles. Quant aux longitudes, elles leur convenaient encore moins. Les marins par conséquent, et les cosmographes, ne voulaient pas entendre de longitudes, et les cosmographes n'avaient aucun chiffre, ni de longitude, ni de latitude pour la composition des cartes. Leur carte ne se fondait point sur ces bases scientifiques. La construction sans assiette sur le globe, régulièrement couchée sur le plan, se basait sur les dislances parlant d'un point déterminé, dans la direction déterminée par la rose de la boussole.
du
Colomb, w . ..... -,
suite que les boussoles, dont les directions avaient été au nord-est, déclinaient vers le nord-ouest et que cette déclinaison à l'ouest augmentait le matin suivant. Cabot, en 4497 1 remarqua aussi ce phénomène et indiqua le méridien (à 440 milles italiens de Florès) sur lequel l'aiguille montrait le vrai nord (Humboldt , examen de Khist. de la géogr. du nouveau monde-, t. III, p. «9 5Î^. Dans cette remarque des investigateurs du nouveau monde , on ne voit que l'observation du contraire de ce qui était connu.
46 GÉOGtt. LATIHK, 1530-1410.
Les marins trouvaient la lune, en mesurant les quatre venis; ils déterminaient l'heure de la nuit par le ebarriotet les deux frères; ils observaient le lever et le coucher du soleil de différentes saisons et relataient les degrés aux quatre vents (s 7). Mais ces, vents dans leur direction et leur langage, sont reportés sur l'indication de la boussole. Dans la composition des caries , ils ne fournissent que les indications de la boussole., de sa rose. La pratique comprit de bonne heure les rumbs des grandes distances et détermina Leur direction et leur dimension suivant que le navire avançait ou s'allarjguait; ou bien elle les rendait à déterminer aux cosmographes (ss).
Les cosmographes , par des combinaisons laborieuses et judicieuses, arrivaient à la formation de l'ensemble, ils soumettaient toute la carte à une rose de la boussole et fixaient les distances, l'éloignement do point déterminé sur les rayons pour préparer les moyens les plus faciles aux dessinateurs et pour les transmettre aux gens de leur école. Or, les cosmographes versés dans l'art de la composition des cartes, gardaient et conservaient chez eux les notes et les distances nautiques; ils gardaient aussi les distances continentales et les transmettaient toutes à leurs successeurs, à leurs disciples. Ils étaient en possession de ces matériaux, depuis des temps éloignés, si ce n'est à partir de l'école ravennate, au moins dès l'époque de Roger. Bien qu'aucune de leurs nombreuses notes ne nous soit parvenue , elles* encombraient cependant leurs dépôts : les notes rogériennes et des marins postérieurs n'étaient guère perdues. C'est d'après ces notes, que les connaissances géographiques se développaient, et la cartographie se perfectionnait dans le cercle de l'habitable examinée par la navigation*
Rien encore n'appelait les cosmographes à réformer la partie orientale. Pour opérer cette réforme , il fallait ou accepter les cartes graduées des arabes ou réunir des matériaux suffisants pour convaincre de la nécessité de la réforme: fournir enfin le moyen de l'accomplir. Les premières, étant d'une autre nature et fondées sur d'autres bases, ne convenaient pas aux conceptions'des cosmographes : ils se méfiaient du produit des infidèles, qui aurait ruiné le centre du monde et le cercle accepté. Par la même raison, ils récusèrent les proportions que pouvait offrir la grande carte rogérienne : elle était graduée, elle sentait trop l'arabe. Les cosmographes se contentaient des seules figurines rondes, tant siciliennes qu'arabes, aussi conformes à leur image du monde.
Quant aux matériaux, au moyen desquels on pouvait opérer la réforme des conceptions étroites des cosmographes, dès que les proportions et les dimensions arabes étaient desavouées, ils manquèrent très-longtemps : de nouveaux renseignements n'arrivaient point. Ceux qu'apportaient les marchands , les moines, les ambassadeurs, étaient insuffisants; les itinéraires gigantesques de Marco Polo n'offraient aucun appui connu pour en organiser une construction ; les voyageurs narraient plus de géographie descriptive , que de chiffres nécessaires à la géographie des mappes. Tout ce qu'on aurait pu extraire pour cette
(87) Voyez, prolégomèna de l'atlas catalan de 1378, et Pigafetta, de la navigation.
(88) Science de marteloïo, voyez chap. 162 et sa note.