‹ Géographie du Péron, corrigée et augmentéeChapitre 153 sur 321 · COUTUMES · texte numérisé non relu

COUTUMES

La principale industrie du pays consiste dans l'éducation des troupeaux et dans U préparation des laines, dont on exporte en Europe des quantités considérables. La laine d'Alpaca (ou Alpaga) surtout, est très-riche et très-fine, et se vend à un prix très-élevé. . Aréquipa, Tacna et autres localités du Pérou sont les entrepôts et les principaux marchés des articles de cette riche province. On tisse dans le pays des étoffes grossières, pour les vêtements des indigènes, et môme pour l'exportation, comme la Jerga, la Bayeta^ le Cwdoncilloy les Pullos (espèce de Poncho$ ou manteaux), les couvertures de lit, des tapis très-fins pour les églises, d'une grande dimension.

Les langues séchées, les Ubres^ les Bog^Êti (sorte de poisson) salées, d'excellents froma* ges, du beurre exquis, sont aussi des articles de commerce du pays.

L'idiome général du peuple, dans ce d^

GÉOGRAPHrE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU.

tartement, c'est le Quichuay et, dans quelques ocalités^ comme Ilave> Acora, Juli, Chuuito, Pomata, etc., VAymara, On remaruera, toutefois, que celte dernière langue l'est parlée que dans Pespace compris depuis ss montagnes de Tacna , comme à Torata, lar exemple, jusqu'à La Paz, sur une étendue rés*limitée en longueur et en largeur. VAytara est très-guttural ; mais il est néanmoins lannonieux et màle. Il est aussi sonore que 'espagnol, aussi énergique et aussi lacoligue que l'anglais. Nous l'avons parlé penlant quatre ans. *

Les coutumes sont plus ou moins celles de DUS les Indiens du Pérou. Les vêtements des lommes et des femmes sont les mômes que ur d'autres points de la République. Le penchant des habitants de ce pays pour l'ivresse ist également bien grand.

Les hommes portent des culottes qui descendent jusqu'aux genoux, une veste de peau le motiton, appelée Chamarra; une chemise le Tocuyo grossier (sorte de toile de coton), it^ au lieu de souliers, des sandales, ou pluôt des semelles de cuir, provenant du cou lu Uama (Pezcuezo), attachées avçc des ourroies du même cuir. Cette espèce de haussure s'appelle OJofa et Usuta, Au lieu le chapeaux^ ils portent une Montera, qui si ordinairement faite d'une étoffe ornée e broderies, et composée de deux moreaux semi-circulaires , réunis par la partie ourbe, de sorte qu'on peut la plier en deux, t la réduire en une pièce d'étoffe unie.

Les femmes portent une robe qu'elles tisent elles-mêmes, toujours de couleur brune, t serrée à la taille par une ceinture bariolée^ le quatre à cinq pouces de large. Leur mante

un mètre environ en carré : c'est elles mènes également qui la tissent : elle est généalement de couleur noire ou café. Pliée en leux par la diagonale, et quelquefois jetée ur leurs épaules dans toute sa largeur, cette nante est ramenée sur leur poitrine par des igrafcs en forme de cuiller, larges et oblonçues, en or, en argent ou en cuivre; cette igrafe se termine en pointe déliée et cylin- Irique, et s'appelle Topo. Elle sert quelquefois aux femmes d'arme défensive. La mante se nomme Lliclla, et la robe Anaco. Ces ieux parties du vêtement des femmes sont

«ftOGRAPBn DU PÉROU.

d'un tissu épais, mais fin et de laine riche.

La Coca, ainsi que nous l'avons déjà répété^ est une espèce d'aliment répandu généralement parmi les indigènes du Pérou, qui la supposent pleine de vertus; mais nous pouvons assurer, par expérience, que l'usage de cette plante est une passion comme celle du tabac, et qu'elle fait plus de mal que de bien. On la mâche lentement, ainsi que nous l'avons dit, avec un petit morceau de Uucîa.

Et néanmoins les Indiens, avec un petit sac de coca, un peu de Cancha ou Anca (maïs rôti], et un morceau de Charqui (viande salée, découpée en grillades), traversent des distances énormes, sans avoir besoin d'autre aliment, tant est grande leur économie, quand ils vivent à leurs dépens I

Leur lit ne contient pas plus d'une paire de peaux de moutons, et une couverture de laine grossière et peu épaisse ; même sur les cimes des Cordillères, ils n'ont pas besoin d'autre abri.

Leur danse est triste et monotone : elle s'exécute au son de la Quena, sorte de flûte aux accents lugubres. Ils dansent en rond, en se tenant par la main^ en élevant et baissant la tête, et en la tournant de côté i mesure qu'ils tournent eux-mêmes. Cette danse s'appelle Cachua et ils l'exécutent toujours au milieu de l'ivresse. Nous avons assisté quelquefois comme acteur à ces danses des Indiens.

Quand un ami va s'absenter, on se réunit et l'on danse le soir des Cachuas; celte récréation s'appelle Cacharparihuai. Cette coutume de prendre congé de ses amis existe encore à Aréquipa et dans d'autres localités : c'est l'eau-de-vie ou la Chicha qui, dans ces circonstances, joue toujours le rôle principal.

C'est un usage très-commun et très-fréquent chez les Indiens de voir coucher dans un même lit père, mère, frères^ sœurs, maris, amants, etc. Une telle immoralité vous épouvante I

Les enterrements [sont] toujours un beau prétexte pour se jeter entre les bras de Bacchus, comme s'il était le consolateur suprême dans tous les malheurs.

Timides et défiants par caractère, et se souvenant de ce qu'ils ont souffert de la part

GÉOGRAPHIE DE LA KEFUBLIUUE DU PEHUr.

des blancs, les indiens refusent constamment de donner les renseignements qu'on peut leur demander soit sur les mines, soit sur les chemins. Si un voyageur leur demande : « Combien y a-t-il jusqu'à tel endroit? » quand même il serait h mille lieues de distance, ils répondent toujours avec un ton humble et modeste : « Chaillallapi tataiy » c'est-à-dire : « Ici tout près^ mon petit père ^ » comme pour se débarrasser de cet étranger dont la vue les importune : car, nous le répétons, ils se défient de tous ceux qui ne sont pas de leur race^ tant ils ont éprouvé autrefois et même jusqu'aujourd'hui de trom-

peries et d'injustices de la part des Espagnols qui ont envahi leur patrie !

Il n'est pas hors de propos de parler ici des distances immenses que les indiens traversent à pied en ne mangeant que de la Coca et de la Caiicha. Avec une armée d'Indiens, Napoléon serait allé à St-Pétersbourg sans perdre peut-être cent hommes. Nous pouvons l'afûrmer, preuves historiques en main : en 1837, par exemple , une armée d'Indiens parcourut 400 lieues en vingt jours, depuis Tarija jusqu'à Aréquipa : ils arrivèrent prêts à combattre comme s'ils n'avaient pas marché du tout.

Hauteurs barométriques depuis Quilca jusqu'à Puno, établies par D. Mariano Eduardo de Rivero.

Quilca (niveau de la mer) .

Aréquipa

Cangallo

Alto de los Huesos

Apo

Pati

Alto de Toledo

Tincopalca

Lagunillas

Lsi Compuerta

Lampa

Puno

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