COUVENTS
Santo Domingo, San Francisco, La Merced, La Recoleta,
San Juan de Dio(^ La Compania (supprimé), San Agustin (supprimé), San Camilo (en raine).
MONASTÈRES
Santa Catalina, Santa Teresa,
Santa Rosa.
Il y a, en outre, un béguinage, une maison d'exercice, une autre pour les prêtres pauvres, appelé V Hôpital de San Pedro^ destiné à leur servir d'habitation et de refuge, conformément aux dispositions de son fondateur, le senor Arcediano Ëchevarria.
Toutes les églises des couvents et des monastères que nous avons mentionnées, sont bâties en pierre, et dans l'ordre de la renaissance. Elles sont construites avec goût, à l'exception des tours qui, à cause des tremblements de terre, sont de peu d'élévation, et assises sur des bases très-massives. Néanmoins^ la tour de Santo-Domingo et les deux tours de la cathédrale sont très-élégantes. L'église de Santo-Domingo est richement ornée d'une tapisserie de soie, couleur cramoisie, et bordée de franges d'or. Tous ces somptueux ornements sont dus au zèle et i l'enthousiasme religieux du R. P. Fr. Geronimo Cavero, qui, chaque fois qu'il a été éla prieur, a fait des efforts immenses en faveur de son couvent.
On compte, en outre : l'église de Santa- Marta, qui est une église paroissiale, celle de San Antonio Abad^ qui est également une
GÉOGRAPHIE DK LA REPUBLIQUE DU PÉROU
église paroissiale, San Lazaro, chapelle qui sert de succursale, de même que San Gamillo, San José et d'autres de moindre importance. L'église de la Gompania est la paroisse de la cathédrale.
Il y a des cloches magnifiques et même colossales. La grosse cloche de la Gompania a un son très-agréable, et qui vous frappe d'étonnement : le bourdon de la cathédrale, fondu en 1842, est énorme, et peut entrer en comparaison avec les plus grosses cloches.
Dans le couvent supprimé de San Agustin, il y a une maison d'éducation secondaire et supérieure, appelé collège de la Independencia^ où l'on étudie le latin, le français, la philosophie, les mathématiques pures et mixtes, les quatre droits, l'économie politique, la religion, la grammaire espagnole^ le dessin et la musique. Get établissement a une grande importance, mais les révoltes fréquentes lui ont porté un grand préjudice
Dans le môme local se trouve installé le siège de l'Université del Gran Padre San Agtistin, fondée, ainsi que le collège de la Independencia^ peu de temps après la bataille d'Ayacucho. Cette université tombe également en décadence pour les mômes motifs que nous venons d'exposer.
Les Pères Franciscains entretiennent gratis un collège où l'on enseigne presque les mêmes matières que dans le collège de la Independencia. Le zèle et l'abnégation de ces religieux sont vraiment admirables, surtout celui de l'habile et érudit Fr. D^ Galienes qui, depuis plus de vingt ans, s'est consacré, avec un dévouement et une ardeur sans bornes, h l'enseignement de la jeunesse, sans recevoir aucune espèce de récompense pécuniaire.
n compte, parmi ses disciples, des hommes éminènts, tels que le D' D. Miguel W. Garaicochea, qui pourrait occuper une place dans les académies européennes. Il a établi une théorie de [/ — l, moyennant laquelle il résout, avec la plus grande facilité, les problèmes les plus compliqués des mathématiques. Ge docteur est le Lagrange d'Aréquipa, ou pour mieux dire de l'Amérique.
Les P.P. de la Merci (Mercedarios) entretiennent aussi, quoique sur une plus petite échelle^ un collège qu'ils dirigent avec un
désintéressement et un patriotisme égal à celui des Franciscains.
Les Dominicains ne font que des cours de latin, et leurs classes sont peu fréquentées.
Mais de tous les collèges d'Aréquipa, celui qui mérite d'occuper le premier rang, c'est le Seminario de San Geronimo, tant par son antiquité que par les hommes célèbres dans la politique et dans la science qui sont sortis de son sein. G'est là qu'ont fait leurs études le senor Luna Pizarro, qui devint archevêque de Lima, et le senor D' D. Francisco de Paula Gonzalez Vigil, tous deux de véritables géants de la science, et des modèles parfaits de vertus ; les habiles politiques et jurisconsultes^ le D*" D. José Gregorio Paz Soldan ; le D*" D. Andres Martinez, et une foule d'autres. Enfin, l'infortuné D. Manuel Melgar, grand poète et grand patriote.
Malheureusement ce collège se trouve aujourd'hui dans un état misérable ; néanmoins, il poursuit son but en essayant de vaincre les mille embarras que lui cause le manque de ressources.
Pour les jeunes demoiselles il n'existe à Aréquipa que le collège de Educandas, protégé et soutenu par les senores Fierros ; car l'un d'eux a été le fondateur de cette maison. Les élèves internes ne sont généralement que de jeunes filles pauvres ou étrangères. Cependant on enseigne convenablement la grammaire espagnole, la géographie, l'arithmétique, le dessin, un peu d'histoire et même de droit naturel. Il est à regretter que le Gouvernement n'ait pas songé à s'occuper de cet intéressaîit établissement et à lui allouer quelques secours, pour l'élever à la hauteur de la civilisation de notre pays.
L'hôpital se trouve malheureusement situé au centre de la ville ; c'est une source perpétuelle de danger pour la santé des habitants qui respirent sans cesse l'air méphitique qui s'en exhale : aussi résulte-t-il de cet état de choses un grand nombre de maladies graves parmi la population.
Cet hôpital occupe le couvent de San Juan de Dios, où les religieux étaient consacrés au service et au soin des malades^ dont le nombre est toujours en moyenne de cent personnes, appartenant toutes à la classe pauvre, et venues généralement des bourgs
GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU
et des villages d'alentour. Les minces revenus de cet établissement, et le défaut de surveillance de la part des autorités^ sont cause qu'il se trouve toujours en mauvais état, et mal entretenu.
Dans une situation aussi fâcheuse, le premier point à résoudre, c'est la translation de cet hôpital hors de la ville et sous le vent, puisque la santé publique est sans cesse menacée, sans cesse attaquée par ce foyer pestilentiel. On a pu se procurer 300,000 piastres (1,500,000 fr.) pour construire une magniûquc cathédrale, et on ne peut en trouver 100,000, dont on a un extrême besoin, pour accomplir l'œuvre la plus humanitaire, l'œuvre qui intéresse le plus la santé de tous les habitants de celte ville. « Il faut ADORER Dieu en esprit et en vérité, » a dit Jésus-Christ, quand on lui demandait quel était le lieu où l'on devait rendre un culte à Dieu.
La Casa de Huerfanos (la maison des Orphelins] est aussi plongée dans un grand dénûment, par le manque de fonds ; il serait à désirer qu'on lui allouât de plus grands revenus.
Le Panieon nuevo, commencé en 1826, mais non encore achevé, est un autre monument magnifique qui embellit le pays. Il est construit sous le vent, à une lieue au Sud de la ville. Il est en pierres de taille, et entouré de grilles de fer, que l'on détruit et que l'on enlève peu à peu, vu la négligence des préfets du département, de sorte que ce monument, au lieu de s'achever, va bientôt tomber en ruines. Malheureux pays, où l'on ne songe qu'à la politique! L'ancien Campo Santo est un autre foyer d'infection pour la ville : il y a longtemps que ce cimetière devrait être interdit.
Nous citerons encore un autre monument public qui ne manque pas de goût dans sa construction, c'e^t l'ancien hôtel de ville [local âe la municipalidad)^ occupé aujourd'hui par la Cour de Justice [Corfe de Justicia). Cet édifice s'élève sur la Plaza moyor, en face de la cathédrale, au milieu de la galerie des Escribanos. La Cour do Justice occupe la partie supérieure, qui est ornée d'un superbe balcon ; le Trésor se trouve au rez-de-chaussée, dans un local mesquin et resserré. Au-
près de cet édifice se trouve la prison publique, de construction sûre et solide, mais extrêmement étroite, et très-incommode.
L'Hôtel de la Préfecture (Casa de la Prefeclura) est très-spacieux. C'est une résidence agréable, bien située et somptueusement meublée. A côté se trouve la Casa de la Polida (Hôtel de la Police)^ local très-étroit et aussi très- incommode.
La ville possède deux promenades : l'une est l'allée d'arbres qui conduit aux bains de Tingo, et l'autre VAlameda pvhlica (Promenade publique], située le long de la rivière, de l'autre côté de la ville. Cette dernière promenade est dans un site charmant, mais malheureusement elle est privée de tous les ornements qui constituent une promenade véritable, et les fontaines qu'on y a élevées sont à sec depuis plusieurs années. Ainsi, le seul lieu de récréation d'Aréquipa^ c'est Sam LazarOy qui possède un bois magnifique de peupliers très-élevés et très-toufîus, et une perspective tout à fait pittoresque. San Lazaro a néanmoins, comme VAfamedapubliea, l'inconvénient d'être exposé aux vents froids : c'est seulement quand le temps est doux que l'on ne court pas risque de revenir enrhumé de sa promenade.
Le pont d'Aréquipa n*est pas très-élégant, mais il est très-solide, et d'une longueur assez considérable. Il est formé de six grandes arches et d'une petite ; sa longueur totale est d'environ 150 varas (127 mètres), et sa largeur de 6 varas et demie. 11 a coûté 1 million de piastres (5,000,000 de francs), et fut bâti par l'évêque Villarroel.
Au coin de la rue Est-Ouest, qui descend directement à la Plaza mayor, à côté de l'église de Santa Marta, il y a des fontaines qui fournissent de l'eau aux habitants sans qu'il soit nécessaire de payer un maravedi. La fontaine de la Plaza mayor, et d'autres petites fontaines, fournissent de l'eau aux autres parties de la ville. On croit que l'eau d'Aréquipa est malsaine et nuisible à la santé. Les étrangers, du moins, éprouvent toujours une grande indisposition d'estomac ou une affreuse dyssenlerie pendant les premiers mois de leur séjour dans cette ville. Il paraît que celte eau est trop chargée de sels.
Aréquipa est la patrie d'un grand nombre
GÉOGRAPHIE DE LA RÉPUBLIQUE DU PÉROU
de personnages illustres. Dans les sciences^ nous citerons principalement : Don Juan de Dios Salazar^ qui a été sans contredit un des hommes les plus habiles dans les sciences mathématiques. Il s'appliqua pendant toute sa vie à inventer de nouvelles méthodes, car ce n'était pas une intelligence qui pût se contenter de répéter ce que les autres avaient dit Un traité de Gonometrie fut le fruit de ses travaux. Dans ce traité il prétend établir une méthode, pour résoudre les triangles, différente de celle que doime la trigonométrie ordinaire. Quel que soit le "mérite de cette invention, personne ne pourra nier qu'elle ne révèle du génie dans son auteur. Don Mariano Eduardo de Rivero, savant naturaliste, d'une réputation européenne, un des premiers Péruviens qui ail explore son pays. Il a écrit sur les antiquités péruviennes, et a composé un grand nombre d'autres mémoires scientifiques. Plût à Dieu que les Péruviens suivissent un si bel exemple.!
Dans les beaux-arts, nous pouvons citer des musiciens tels que Tirado, dont les compositions, à Paris môme, ont mérité des éloges. Au barreau, des jurisconsultes habiles comme D. D. Benito Lazo, magistrat intègre, excellent écrivain, et l'un des fondateurs de notre indépendance. Cervantes fait mention d'un poCte d'Aréquipa nommé Rivera, mais malheureusement nous ne connaissons pas ses ouvrages.